
Le monde de l'enseignement est en constante évolution, avec des réformes qui visent à valoriser les parcours professionnels des enseignants, conseillers principaux d'éducation (CPE) et psychologues de l'Éducation nationale (PsyEN). Parmi ces avancées, la classe exceptionnelle et le tutorat stagiaire occupent une place prépondérante, offrant des perspectives de carrière et de transmission des savoirs. Cet article propose une analyse détaillée de ces deux dispositifs, en s'appuyant sur les dernières informations et les retours d'expérience.
La Classe Exceptionnelle : Un Avancement de Carrière Salué mais à Perfectionner
La classe exceptionnelle représente un grade d'avancement significatif pour les personnels de l'Éducation nationale, ouvrant la voie à des rémunérations améliorées et une reconnaissance accrue de l'engagement professionnel. Les conditions d'accès à ce grade ont connu des évolutions notables, notamment lors de la campagne de 2022, suite à des discussions sur la valorisation des parcours professionnels.
Conditions d'Éligibilité et Viviers d'Accès
L'accès à la classe exceptionnelle est structuré autour de deux viviers distincts, chacun avec des critères spécifiques.
Vivier 1 : Reconnaissance des Fonctions Particulières et Exercice en Conditions Difficiles
Pour être éligible au titre du vivier 1, il est nécessaire d'avoir accompli au moins six ans de fonctions dans des conditions d'exercice difficiles ou sur des fonctions particulières. Ces six années peuvent être continues ou discontinues et sont décomptées par année scolaire, seules les années complètes étant retenues. Les services accomplis à temps partiel sont comptabilisés comme des services à temps plein. Il est important de noter que les services effectués en qualité de « faisant fonction » ne sont pas pris en compte. De plus, il faut avoir atteint le troisième échelon de la hors-classe au 31 août 2022 (ou le deuxième échelon pour les agrégés).
Les "conditions d'exercice difficiles" incluent notamment l'éducation prioritaire. Pour les services accomplis pour partie, ils sont comptabilisés comme des services à temps plein s’ils correspondent au moins à 50% de l’obligation réglementaire de service. Par exemple, une année de TZR (titulaire sur zone de remplacement) en éducation prioritaire est prise en compte dès lors que le service effectué atteint au moins 50 % de l’obligation réglementaire de service.
Parmi les fonctions et missions déjà validées lors des campagnes précédentes (2017 et 2018), beaucoup restent éligibles pour les campagnes suivantes. Il est toutefois à noter que les années effectuées en BTS ne sont prises en compte que si la candidature a été reconnue recevable en 2017 ou 2018. Les gestionnaires de la Direction des Personnels Enseignants (DPE) valident les nouvelles fonctions et missions saisies par les candidats. La fonction de formateur académique, par exemple, a pu être invalidée par le passé, mais les conditions d’éligibilité ont été élargies aux agents ayant exercé cette fonction auprès de l’IUFM ou de l’ESPE antérieurement à l’entrée en vigueur du décret n° 2015-885 du 20 juillet 2015 portant création du Certificat d'aptitude aux fonctions de formateur académique (CAFFA). Pour les fonctions n’ayant pas fait l’objet d’une validation dans I-Prof, les candidats doivent fournir les pièces justificatives attestant de l’exercice de la fonction.
Vivier 2 : Ancienneté dans la Hors-Classe
Le vivier 2 cible les agents ayant atteint le sixième échelon de la hors-classe au 31 août 2023. Pour les agrégés, la condition est d'avoir trois ans d’ancienneté au quatrième échelon. Pour les autres échelles de rémunération, les agents doivent avoir au moins trois ans d'ancienneté dans le quatrième échelon de la hors-classe (échelle de rémunération des professeurs agrégés) ou au moins le septième échelon de la hors-classe.
Le Barème et l'Appréciation Rectorale
Le passage à la classe exceptionnelle est conditionné par l’ancienneté de l’enseignant dans la plage d’appel et par l’appréciation formulée par le Recteur. Cette appréciation est établie à partir du CV I-Prof, qu'il est crucial de mettre à jour, et de l’avis littéral formulé par les évaluateurs primaires sur I-Prof. Les candidates en congé parental sont promouvables si elles sont en activité au 31 août de l’année en cours.
Procédure de Candidature et Recours
Depuis les dernières évolutions, les candidats aux deux viviers n’ont plus besoin de poser leur candidature. Ils sont directement repérés par l’administration. Il est donc fortement recommandé aux agents d'enrichir leur CV sur I-Prof afin de fournir le plus d’éléments possibles aux évaluateurs pour apprécier leur candidature.
En cas de non-promotion, les agents disposent d’un délai de deux mois pour effectuer par écrit un recours gracieux. Un syndicat peut accompagner les agents dans cette démarche. L’administration dispose alors d’un délai de deux mois pour répondre, une absence de réponse valant rejet implicite. L’agent peut ensuite saisir le tribunal administratif dans les deux mois suivant le rejet. Il est à noter qu'un recours avec accompagnement syndical dans le cadre de l’article 14 bis de la loi statutaire n’est pas possible, le ministère considérant que l’absence de promotion ne constitue pas une décision défavorable.
Reclassement et Échelon Spécial
Si un agent est promu à la classe exceptionnelle, son ancienneté dans l’échelon hors-classe est conservée. Si cette ancienneté atteint ou dépasse la durée nécessaire pour bénéficier d’une promotion, celle-ci est effective immédiatement. Par exemple, un enseignant avec deux ans d’ancienneté au troisième échelon hors-classe est promu et reclassé au premier échelon de la classe exceptionnelle, puis passe immédiatement au deuxième.
Les personnels en classe exceptionnelle avec trois ans d’ancienneté au quatrième échelon sont éligibles à l’accès à l’échelon spécial par liste d’aptitude. L’effectif de cet échelon est limité à 20% maximum de celui des membres du corps à la classe exceptionnelle. Cette promotion est soumise à l’avis du Dasen ou du Recteur. Un collègue promu à la classe exceptionnelle ne peut accéder à l’échelon spécial la même année que sa promotion.
L'Impact des Réformes et les Revendications Syndicales
Formation des enseignants pour améliorer le niveau des élèves
Les récentes évolutions ont permis un rééquilibrage entre les deux viviers, un abaissement de la durée exigée et un élargissement des fonctions éligibles. Ces avancées sont accueillies favorablement par des syndicats comme le SE-Unsa, qui les a portées avec ténacité, car elles permettent un nombre de promotions plus élevé chaque année et limitent les promotions « perdues » faute d'être distribuées. Le SE-Unsa poursuit ses demandes pour qu’aucune promotion ne soit perdue et que l’accès au vivier 1 soit équitable pour tous.
Cependant, des organisations comme le Snep-Unsa regrettent que le ministère n’ait pas fait évoluer les quotas entre les deux viviers (80% - 20%) et n'ait pas intégré de nouvelles fonctions ou missions telles que les remplaçants, l'affectation sur un poste relevant de l’ASH (adaptation scolaire et scolarisation des élèves handicapés), les professeurs principaux, les conseillers en formation continue, les coordinateurs de districts sport scolaire ou les enseignants référents aux usages numériques. L'objectif est d'étendre l’accès à la classe exceptionnelle à un maximum de collègues afin qu'ils puissent partir à la retraite avec une pension améliorée.
L’effectif total de la classe exceptionnelle est plafonné à 10% du corps. Une fois ce seuil atteint, le renouvellement s’effectuera uniquement par les départs en retraite.
Le Tutorat Stagiaire : Un Engagement Précieux mais Sous-Évalué
De nombreux collègues peuvent devenir tuteur ou tutrice d’un stagiaire ou d’un étudiant en Master des Métiers de l'Enseignement, de l'Éducation et de la Formation (MEEF) dans les collèges et les lycées. S’il est souvent apprécié par ceux et celles qui s’y consacrent pour les échanges et la réflexion sur le métier qu'il permet, le tutorat est, selon les retours des syndicats, mal rémunéré et peu reconnu par l’institution.
Le Rôle et les Missions du Tuteur de Terrain
Le ou la tuteur·trice de terrain est choisi·e par l’Inspection, car « expérimenté, reconnu pour ses compétences didactiques et pédagogiques, son engagement dans le système éducatif ». Il ou elle est théoriquement volontaire, même si des pressions peuvent parfois être exercées faute d’autres options ou en raison des contraintes de berceaux. Le tuteur exerce la plupart du temps dans le même établissement que le stagiaire.

Les rectorats et/ou les INSPE publient parfois des guides à l’intention des tuteurs·trices de terrain. Ces documents détaillent notamment les procédures de suivi et d’évaluation, fondées sur le référentiel des métiers du professorat du 1er juillet 2013 et des grilles ad hoc.
Il n’existe pas de texte spécifique détaillé pour les missions du tuteur, en dehors de l’Arrêté du 27 août 2013 fixant le cadre national des formations dispensées au sein des masters « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation », revu en 2019 et 2020. Cet arrêté prévoit un stage de 12 semaines en M2 (18 semaines sur toute la durée du master pour les étudiants qui ne sont pas en alternance), généralement annualisé en un tiers temps durant les 36 semaines de l’année.
Les guides publiés par certains INSPE font référence aux missions confiées aux tuteurs des stagiaires en responsabilité (fonctionnaire stagiaire ou contractuel alternant). L’organisation du stage SOPA (stage d'observation et de pratique accompagnée) n’est pas la même dans tous les INSPE, qui répartissent de diverses manières les 12 semaines à temps complet que doit représenter la durée du stage. Le SNES-FSU souligne que les objectifs de formation des nouveaux M2 MEEF sont très ambitieux, le Ministère attendant des étudiants qu'ils soient prêts à enseigner à plein temps dès leur année de fonctionnaire-stagiaire après l'obtention du M2 et du concours.
Tutorat des Étudiants Contractuels Alternants (ECA)
Les Étudiants Contractuels Alternants (ECA) ont en principe deux tuteurs : l’un choisi dans l’équipe enseignante de l’INSPE, l’autre « désigné, sur la base du volontariat » par l’IPR ou le chef d’établissement. Ce « tuteur de terrain exerce les fonctions de maître d’apprentissage et conseille le contractuel alternant pendant cette première phase de professionnalisation. Identifié pour ses qualités professionnelles et son expérience, il est chargé du suivi et de l’accompagnement du contractuel alternant. Il contribue à la construction des compétences professionnelles attendues dans le référentiel des métiers du professorat du 1er juillet 2013. Il accompagne le contractuel alternant dans la mise en œuvre des apprentissages et l’évaluation des élèves et pour toutes les questions relevant de la gestion et de la conduite de la classe ». Le SNES-FSU note que les missions de tuteur de terrain pour les ECA sont très étendues et pratiquement similaires à celles d’un tuteur de fonctionnaire-stagiaire, pour une rémunération pourtant nettement inférieure.
Tutorat des AED en Pré-professionnalisation
L'AED (Assistant d'Éducation) en pré-professionnalisation est un étudiant qui signe un contrat de 3 ans dans un établissement du second degré. Il est censé prendre en charge des missions de plus en plus nombreuses (observation et aide aux devoirs en L2 et L3, puis prise en charge d’heures de cours en M1) et doit être accompagné dans son collège ou son lycée. Les collègues qui s’engagent dans ce tutorat doivent être attentifs au fait qu’un AED Prépro signe un contrat de 3 ans (qui, en principe, devrait être renouvelé pour son année de M2 MEEF, mais les textes ne sont pas encore publiés). L’affectation dans un établissement est, sauf circonstance exceptionnelle, pour 3 voire 4 ans. Il est important de noter que depuis 2024, le dispositif de recrutement des AED prépro est suspendu en raison de l'annonce d'une potentielle réforme des concours.
Rémunération du Tutorat
La rémunération du tuteur est un point de discorde. Elle est de 150€ par étudiant pour l’ensemble de ses périodes de stage d’observation et de pratique accompagnée. Si l’étudiant a plusieurs tuteurs pendant ces périodes, ces derniers se partagent l’indemnité de 150€. Pour les étudiants en alternance, la rémunération est de 300€ par étudiant pour l’ensemble de l’année, soit 150€ par étudiant et par semestre. Ces montants sont jugés largement insuffisants par rapport à l'investissement demandé et aux manques de la formation INSPE.
Accompagnement et Ressources pour les Tuteurs
Le SNES-FSU s’efforce de développer l’accompagnement des tuteurs, dont les situations sont très diverses. Le syndicat met par ailleurs en place une liste de discussion spécifiquement destinée aux adhérents qui sont tuteurs.
Les INSPE et les rectorats publient parfois des guides, des mémentos et même des capsules vidéo à destination des tuteurs. Parmi les ressources, on peut citer le « Livret unique de l’accompagnement des professeurs et CPE stagiaires, des contractuels alternants et des étudiants en M2 SOPA » et la page sur le suivi des fonctionnaires stagiaires de l’INSPE de Limoges.
Débats autour des Pratiques de Tutorat
Le tutorat, bien que souvent valorisant, n'est pas sans défis et peut parfois générer des tensions. Des discussions mettent en lumière des problématiques liées à l'organisation et aux attentes.

Certains témoignages révèlent des situations où la nomination des tuteurs et l'organisation des réunions d'accueil peuvent être tardives, impactant la préparation des vacances ou la planification. Il est souligné que si la date de pré-rentrée est connue, la date de réunions spécifiques au tutorat peut l'être moins, ou la nomination du tuteur elle-même peut intervenir tardivement. Des cas de désignation "en catastrophe" de tuteurs et de chefs d'établissement peuvent survenir, notamment avec les réformes récentes qui ont parfois transformé des postes en postes berceaux.
Il est reproché à certains tuteurs d'accepter la mission sans s'en acquitter consciencieusement, allant jusqu'à être irrespectueux envers les stagiaires. La question de la communication entre tuteurs et stagiaires est également cruciale, notamment pour informer le stagiaire de l'absence du tuteur à une réunion ou pour coordonner les visites.
Des attentes divergentes émergent concernant le rôle du tuteur. Alors que certains estiment que le tuteur devrait fournir des cours ou des modèles, d'autres, comme Elyas, pensent que c'est à l'INSPE d'enseigner au stagiaire comment fabriquer ses cours. Il est également argumenté que la prime de tuteur est largement insuffisante au regard des lacunes de la formation dispensée par les INSPE.
Cependant, des situations où le tuteur exige du stagiaire de refaire ses cours à sa manière sans avoir fourni de modèles ni d'explications claires, et refuse que d'autres membres de l'équipe partagent leurs cours, peuvent être source de détresse pour le stagiaire. L'importance de poser un cadre clair et de fournir des éléments pour travailler avant la rentrée est soulignée, surtout lorsque le stagiaire doit préparer plusieurs niveaux. Les cris et les exigences démesurées sont considérés comme inacceptables.
Il est également évoqué que les professeurs, ayant subi des vexations, maltraitances et un déclassement salarial massifs depuis des décennies, peuvent être épuisés et se protéger en ne faisant que ce que leurs lettres de mission demandent, ou en refusant certaines tâches. Cependant, l'exigence de la part du tuteur de refaire des cours sans accompagnement adéquat est perçue comme un manquement professionnel. La possibilité de solliciter officiellement les supérieurs hiérarchiques sur ces arguments est jugée peu efficace.
Le débat met en évidence la complexité du rôle de tuteur, entre l'engagement professionnel, les contraintes institutionnelles et les attentes des stagiaires, le tout dans un contexte de revalorisation professionnelle inégale et de réformes continues.
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