Techniques de survie et permaculture : Vers l’autonomie urbaine et au-delà

Dans cet article nous traitons d’autonomie en ville qui est une des composante de la permaculture urbaine ou agriculture urbaine. Parce que vous y vivez ! Le quart de la population française habite dans les 141 plus grosses villes, et 43 % des Français vivent dans une ville de plus de 10 000 habitants, soit presque la moitié de la population. Parce que c’est là que vous consommez ! Évidemment l’approvisionnement en nourriture des villes occasionne des situations problématiques : impact environnemental des transports, fraicheur des produits à conserver (= énergie dépensée, trafic routier immense, coûts très élevés de la nourriture…). L’impact sur les citadins est très important : il faut tout simplement énormément d’argent pour manger correctement en ville. Parce que c’est possible ! Produire une partie de la consommation de nourriture de la population en ville est possible. De nombreux exemples commencent à fleurir dans le monde et en France. Contrairement à ce que l’on peut croire la ville est un excellent endroit pour produire de la nourriture, avec peu de pollution via les pesticides (les abeilles se portent mieux, parait-il, en ville qu’à la campagne !).

Schéma illustrant le zonage en permaculture urbaine du balcon au quartier

La planification : Le design comme fondement

Comme d’habitude une bonne planification ! En gros : faites un bon design ! Quel que soient votre nombre (seul, famille, groupe…) et votre localisation (hyper centre, excentré, périurbain) la planification sera essentielle. En reprenant le principe de permaculture de zonage, vous commencerez toujours par le pas de vos portes. Vous êtes sur du béton ? Il y en a partout autour de chez vous ? Rencontrer les voisins, s’organiser avec eux pour les productions de légumes, le petit élevage, les courses, les échanges de graines, d’idées, d’outillage, en gros, de tout ce qui fait que le lien entre êtres humains est tellement chouette ! Tout déchet qui sort de votre habitation doit être soigneusement étudié, car il a la possibilité d’avoir une seconde vie. Posez-vous la question avant de jeter un bien de consommation : comment pourrais-je utiliser cet objet pour en faire quelque chose à nouveau d’utile ?

L’espace public n’est pas qu’un espace stérile, où l’on ne doit trouver que des parcs aux pelouses interdites et aux zones essentiellement destinées à l’esthétisme. Pourquoi ne pas subtilement installer quelques plantes médicinales ou comestibles parmi ceux-ci ? Pourquoi ne pas se réapproprier cet espace pour ce qu’il doit aussi être, un lieu de rencontre et d’échange pour la communauté ? Il y a 12 000 000 de pelouse en France sur les propriétés individuelles. Environ 45 % des espaces verts urbains sont consacrés à la pelouse dans les villes de plus de 20 000 habitants. Attention, les défenseurs des pelouses vous diront que tout n’est pas à jeter dans la pelouse : fixation de CO2, perméabilité du sol, filtration du bruit, production d’air frais et d’oxygène. Mais franchement, est-ce que les arbres, plantes comestibles, herbes médicinales, fleurs mellifères ne remplissent pas aussi ce rôle et bien d’autres en suppléments ? Un des buts : rénover en utilisant un minimum d’énergie grise et fossile.

Gestion des ressources : L'eau et le sol

160 litres par jour et par adulte, 150 m3 par an pour une famille… Les toilettes sèches permettent une économie d’eau de 15 m3 par an et par personne, dans la communauté urbaine de Bordeaux cela représenterait la bagatelle de 10 000 000 m3 d’eau économisée par an ! Vous avez déjà rêvé de créer un coin de paradis écologique chez vous, où la nature prospère en harmonie avec votre quotidien ? La permaculture pourrait bien être la clé pour concrétiser ce rêve. Le sol est le fondement de tout jardin prospère. En permaculture, on favorise les méthodes de préparation du sol respectueuses de l’écosystème. Utilisez des outils tels que le râteau à herbe pour nettoyer et à égaliser la surface du sol ou bien la grelinette afin d’aérer la terre sans la retourner.

Diagramme des couches du sol en permaculture (paillage, compost, terre vivante)

L’eau est une ressource précieuse. Utilisez des techniques de collecte et de stockage d’eau de pluie, installez un système d’irrigation efficace et choisissez des plantes résistantes à la sécheresse. Le paillage et le mulch sont des alliés puissants en permaculture. Ils aident à conserver l’humidité du sol, à réduire les mauvaises herbes et à nourrir le sol au fil du temps. Utilisez des matériaux organiques locaux pour créer une couverture protectrice qui favorise la vie du sol. La permaculture prône la simplicité et l’efficacité. Planifiez des systèmes auto-entretenus, minimisez le besoin d’interventions extérieures et favorisez l’autorégulation de votre jardin.

La permaculture comme philosophie et méthode

Depuis plusieurs années, la permaculture rencontre un véritable engouement, aussi bien parmi les maraîchers professionnels qu’au sein des collectifs d’habitants désirant se réapproprier leur alimentation. Dans son dernier livre consacré au sujet, Grégory Derville nous apprend que, loin de se résumer à un système technique agricole, la permaculture est une manière de repenser les interactions entre les êtres humains et leur environnement dans l’objectif d’une société plus soutenable. La permaculture, c’est à la fois une philosophie de vie, une science et une méthode.

Si la permaculture est tant appréciée, c’est sans doute parce qu’elle offre une perspective positive. Par ailleurs, la permaculture met à notre disposition des principes et une méthode (le design permaculturel) qui sont très puissants, et qui peuvent transformer en profondeur notre façon d’habiter ce monde : n’intervenir que si c’est nécessaire, optimiser l’usage de l’énergie, stimuler et utiliser les ressources biologiques qui nous entourent plutôt que de lutter contre la nature, essayer d’envisager les problèmes comme des solutions, etc. La quasi totalité des systèmes qui sont à la base de notre mode de vie, pour nous fournir en eau, en nourriture ou en énergie, pour nous déplacer, pour évacuer le contenu de nos poubelles, etc., ne fonctionnent que parce qu’ils consomment d’immenses quantités de ressources (énergie, métaux, engrais…), qu’il faut en général aller chercher très loin, en piochant dans les stocks naturels bien plus vite qu’ils ne se reconstituent.

Agriculture industrielle vs Écosystèmes jardinés

Nous vivons à l’ère de l’agriculture industrielle, caractérisée par la monoculture, la dépendance aux engrais, aux produits phytosanitaires, au machinisme, au pétrole, à l’industrie agro-alimentaire, à la grande distribution, aux marchés financiers… Cette agriculture, souvent appelée « productiviste », est en réalité incroyablement contre-productive : il faut aujourd’hui investir une dizaine de calories d’énergie fossile pour sortir des champs une seule calorie alimentaire ! Le modèle de production de nourriture dont nous avons besoin est aux antipodes de l’agriculture industrielle. La permaculture invite donc à observer attentivement la nature et à nous en inspirer pour concevoir et mettre en œuvre des « écosystèmes jardinés », grâce auxquels nous pouvons satisfaire l’essentiel de nos besoins fondamentaux : des nutriments bien sûr, mais aussi de l’énergie, des remèdes médicinaux, de la vannerie, des tissus, du bois d’œuvre, etc.

Premiers pas en permaculture #3/7 - LES PRINCIPES

Dans une exploitation traditionnelle et surtout industrielle, on trouve souvent des productions monocultures : un champ rempli de maïs, d'échalotes, de blé… Ces techniques d’uniformisation ont un impact néfaste sur les écosystèmes et la biodiversité, faisant disparaître certaines espèces. En permaculture, casser cette uniformisation et faire de la diversité une force est une priorité car chaque espèce a son rôle à jouer et elles sont toutes interdépendantes les unes des autres. On trouve donc sur une même parcelle de terre, des fruits ou légumes différents.

Compagnonnage et techniques de culture

Certaines plantes, lorsqu’elles sont mises en interrelation, sont plus fortes : les courges, les haricots et le maïs cultivés ensemble mutualisent par exemple leurs forces. Lorsqu’il pousse, le maïs sert de tuteur aux haricots. La courge, quant à elle, couvrant le sol de ses grandes feuilles stoppe l’évaporation et retient l’humidité. Dans l'agriculture industrielle, la terre est retournée, ce qui tue une majorité des organismes qui y vivent, comme des insectes et micro-organismes qui participent à l’équilibre des sols. L’agriculture moderne appauvrit malheureusement les sols, jusqu’à les rendre parfois infertiles. En forêt, sans intervention humaine, le sol est naturellement recouvert d’une couche de matériaux organiques. Le compost, c’est la base quand on se lance en permaculture. Ce qu’on appelle “le compostage de surface”, c’est une technique pour étendre vos déchets organiques directement sur le sol de votre jardin. Vous pouvez même faire de la permaculture sur votre balcon !

Biorégionalisme et permaculture : Une alliance territoriale

La permaculture et le mouvement biorégional ont évolué en tandem pendant dix ans ou plus, chacun avec sa touche particulière. Les deux mouvements résultent d’un souci commun pour une vie en égalité et en empathie avec le monde naturel. C’est aussi à l’occasion de cette conférence que la définition de la permaculture évolue, passant d’« agriculture permanente » à « culture permanente ». Le biorégionalisme est une composante de la permaculture : c’est une vision qui propose l’incorporation du territoire dans le milieu par un mode d’existence in situ, c’est-à-dire un repositionnement des habitats humains selon une conscience des lieux et des autres êtres vivants.

Carte conceptuelle montrant les limites d'un bassin versant comme base d'une biorégion

Quant à la permaculture, elle est un design du milieu dont le point de départ est la mise en pratique concrète d’une réforme existentielle à travers les lieux de vie. Chaque mouvement est décentralisé et anarchiste dans son caractère. La permaculture mobilise des concepts écologiques, comme la succession et la stabilité de la diversité des espèces, dans une construction de principes de conception tels que l'emboîtement des fonctions et la création de lisières, pour développer des systèmes agricoles et culturels durables.

Vers une descente énergétique et une relocalisation

David Holmgren, après avoir tracé les points cardinaux des scénarios du futur, reprend le flambeau de cette permaculture urbaine dont Mollison s’était fait le héraut. Le retrofit, pour Holmgren, est un concept englobant, à la fois matériel et existentiel. Il porte sur les bâtiments et systèmes techniques, comme sur les modes de vie et les comportements, et sur le vivant. Trois « B » en ressortent : le Built (le construit), le Behavioural (le comportemental), et le Biological (le vivant). Holmgren vise délibérément le niveau de la maison et des individus plutôt que le niveau de la collectivité et du gouvernement parce que ce premier niveau est celui qui permet le plus de latitude en termes de changement radical.

Commencer par chez soi et par modifier son propre comportement donne une sensation de reprise de puissance sur nos vies et évite la déperdition d’énergie qui consiste à s’attaquer aux problèmes à grande échelle sans s’occuper de mettre en cohérence son propre mode de vie. Holmgren réaffirme son crédo sociétal : la descente énergétique est le déclin erratique et en cours de la base matérielle et énergétique des sociétés humaines. À mesure que la qualité et la teneur des combustibles fossiles va se dégrader et que vont s’accentuer les impacts de leurs usages (notamment sur le climat), la nature de la société va changer jusqu’à prendre les allures d’une société pré-industrielle qui reposera sur moins d’énergie et des combustibles au rendement énergétique faible.

L'éthique et la pérennité du modèle

Les principes éthiques sur lesquels repose la permaculture ? Prendre soin de la Terre, des humains, fixer des limites à la consommation et redistribuer les surplus. C’est tout le modèle agricole qui est réfléchi, pour faire en sorte de respecter ces valeurs. La permaculture est une méthode de culture naturelle sans pesticides et produits chimiques. Mode d’agriculture basé sur les principes du développement durable, la permaculture vous permet de créer un potager biologique et respectueux de l’environnement. Cultiver son potager en permaculture commence par la préparation du sol et leur enrichissement grâce à des engrais naturels (il peut s’agir de compost, de fumier ou d’un mélange des deux). Vous pourrez ensuite créer des buttes de terre pour y faire vos plantations. Le paillage de la terre est aussi très utilisé pour préparer le sol en permaculture.

La permaculture est un terme qui englobe de nombreux principes, techniques, toutes respectueuses de l’environnement. La permaculture se base sur l’interconnexion entre les êtres humains et la nature. Sur le savoir-vivre ensemble, dans le respect mutuel et le partage. En effet, la permaculture dispose d’un vaste champ d’action : maison autonome, préservation de la biodiversité, agroforesterie, compagnonnages au potager, recyclage… La permaculture c’est l’humain qui se base sur le fonctionnement de la nature pour créer des systèmes de survie écologiques. Ce qui nous intéresse surtout ici, c’est la permaculture au potager, au jardin. Si l’on s’attarde plus sur l’étymologie de ce mot, cela vient de « permanent agriculture ». La permaculture étant basée sur le respect de l’environnement et la cohabitation avec la nature, il va de soi que les animaux sont les bienvenus au jardin.

Schéma des trois piliers éthiques de la permaculture : Terre, Humains, Partage

La permaculture n’est pas une méthode de jardinage réservée aux idéalistes. La permaculture peut être rentable, comme l’a prouvé une étude scientifique qui s’est penchée sur la viabilité économique de modèle agricole alternatif. Pour parfaire vos connaissances, de nombreuses ressources et formations sont disponibles en ligne et dans votre communauté locale. Des ateliers pratiques aux cours en ligne, explorez les options qui correspondent à vos besoins pour devenir un jardinier permacole aguerri. En vous lançant dans la permaculture, vous ouvrez la porte à un mode de vie en harmonie avec la nature. Cultiver votre propre jardin permacole n’est pas seulement gratifiant pour vous, mais aussi pour la planète. Alors, prêt à transformer votre coin de terre en un havre de biodiversité et de durabilité ?

tags: #techniques #de #survie #permaculture