Le Bénévolat Maraîcher dans le Morbihan : Entre Solidarité et Engagement Collectif

Le paysage agricole du Morbihan est en pleine mutation, porté par une volonté croissante de reconnecter les citoyens à la terre, à la production locale et à la solidarité alimentaire. À travers diverses structures associatives, le département voit émerger des initiatives où le bénévolat dans le domaine du maraîchage devient un levier puissant de lien social et de transition écologique. Ces projets, loin d’être isolés, s'inscrivent dans une dynamique collective où la transmission de savoir-faire prime sur la simple production.

Paysage de maraîchage biologique dans le Morbihan

Les fondamentaux de l’engagement associatif : le cas du CIVAM AD 56

Depuis plus de 20 ans, le CIVAM AD 56 accompagne les agriculteurs dans l’évolution de leurs systèmes de production vers une agriculture autonome et économe. C’est un groupe d’agriculteurs qui travaille collectivement au maintien et au développement d’une agriculture durable dans le Morbihan. Le CIVAM est une association issue de l’éducation populaire, intervenant dans des domaines variés comme l’élevage, la conduite de grandes cultures, l’installation et la transmission dans les fermes.

Aujourd’hui, le CIVAM AD 56 compte plus de 70 adhérents (agriculteurs, porteurs de projets, salariés agricoles…), répartis sur tout le territoire du Morbihan. Les objectifs visés sont entre autres l’amélioration du revenu, de la qualité de vie et de l’empreinte sur l’environnement. Cela passe par le développement de systèmes d’élevages basés sur l’herbe, la réduction d’intrants sur les cultures, la transmission de fermes durables et l’assurance de produits de qualité. Ces accompagnements reposent sur les principes de l’éducation populaire au travers de différentes missions : animer et accompagner des évolutions au travers de temps collectifs ou individuels en reposant sur l’écoute active et l’approche globale des systèmes.

Cadre juridique et réalités du terrain

En agriculture, les coups de main occasionnels ou les services échangés entre voisins sont fréquents. Cependant, il n’est pas toujours simple de faire la distinction entre les dispositifs encadrés juridiquement comme l’entraide entre agriculteurs et certains « coups de mains » pouvant être apparentés à du salariat. L'entraide agricole est autorisée par la Loi : elle se définit comme un échange de services réciproques entre personnes ayant le statut d’agriculteur. Elle peut prendre la forme d’échanges de services en travail ou en moyens d'exploitation.

En dehors de l’entraide entre agriculteurs, il ne peut pas en principe exister de coup de main bénévole en agriculture, sauf rares tolérances, notamment dans le cadre familial. L’entraide familiale ne fait l'objet d'aucun statut juridique et s'inscrit dans une tradition de solidarité. Le WWOOFing, quant à lui, ne doit en aucun cas répondre à un besoin de main d’œuvre sur l’exploitation ; il s'agit d'une prestation de découverte et non d'un remplacement de salariat.

Le rôle du bénévolat en France

L’expérimentation au sein des tiers-lieux : la Ferme de Dolan

Reprise en 2024, la Ferme de Dolan, à Séné (Morbihan), est un tiers lieu associatif d’expérimentation, de partage et de transmission. « Nous voulions créer un tiers lieu associatif où on peut apprendre à vivre plus sobrement, en harmonie avec le vivant », expliquent Marie-Aude et Rémi Lengaigne, les créateurs du projet. La Ferme de Dolan est une micro-ferme de maraîchage bio intensif où les adhérents peuvent participer à la vie de la ferme en venant faire les semis, les récoltes et la préparation des paniers de légumes.

En contrepartie de cette activité bénévole, ils cotisent et peuvent bénéficier d’un crédit solidaire de paniers de légumes qu’ils peuvent soit garder, soit offrir aux plus démunis. Le maraîchage bio intensif, c’est quoi ? Sur place est cultivée une variété de 70 légumes différents. L’idée est de donner à manger au sol plutôt qu’aux légumes, car si le sol est en vie, les légumes sont pleins de vitamines. Ce modèle économique et juridique est hybride : il s'appuie d'une part sur une entreprise agricole qui gère l’activité maraîchère, et d'autre part sur l’association qui a en charge l’accueil des bénévoles.

La solidarité par la glanage et la lutte contre le gaspillage

Le bénévolat dans le maraîchage s’exprime aussi par la lutte contre le gaspillage alimentaire « à la source ». Certaines associations se consacrent à récolter les fruits et légumes invendus ou non récoltés chez des particuliers ou des producteurs. L’objectif est de participer à une meilleure répartition de nos ressources locales. Chaque cueillette est animée par un·e « Super Captain Cueillette », un membre actif formé qui encadre l’équipe et apporte le matériel nécessaire.

Schéma explicatif du fonctionnement d'une cueillette solidaire

Les habitant·es chez qui ces associations interviennent peuvent évidemment garder des fruits pour eux. Ensuite, les bénévoles peuvent prendre des fruits pour leur consommation personnelle, mais l’idée est surtout d’en faire profiter des personnes n’y ayant pas accès. L’association récolte les produits en quelques heures avec les bénévoles, puis les donne aux structures d’aide alimentaire. C’est une activité ludique et solidaire qui permet de rencontrer des personnes près de chez soi tout en préservant la production locale.

L’insertion par l’activité économique : Néo56 et Rebom

Le secteur du maraîchage dans le Morbihan intègre également une dimension sociale forte via les chantiers d'insertion. C’est le cas de la structure Rebom, ferme de 6,5 ha située à Sarzeau sur la Presqu’île de Rhuys, membre de Néo56, le premier groupement de l’économie solidaire en Bretagne. En tant que chantier d’insertion, cette ferme constitue un lieu d’accueil, de remobilisation, de développement de compétences et de savoir-faire pour des salariés en transition professionnelle. Ici, le travail maraîcher est le vecteur d'un retour vers l'emploi durable, combinant respect de l'environnement et inclusion sociale.

Dynamique collective et intelligence partagée

Sur les différents territoires du Morbihan, le CIVAM anime des groupes d’échanges où le collectif favorise le partage et l’intelligence collective. Des groupes géographiques mais aussi thématiques se réunissent et construisent ensemble les programmes d’actions chaque année pour continuer de se former, d’évoluer et de tester de nouvelles pratiques face aux nouveaux enjeux. Que ce soit au travers de l'accompagnement des agriculteurs ou de l'accueil de bénévoles au sein de fermes associatives, la constante reste la même : l'humain est au cœur du système de production.

Le développement de ces pratiques, bien qu'encadré par des règles juridiques strictes pour protéger le salariat, montre que le désir d'implication citoyenne dans l'agriculture est un moteur puissant de résilience pour les territoires. Qu'il s'agisse de maraîchage bio intensif, de récoltes solidaires ou de chantiers d'insertion, chaque initiative morbihannaise participe à bâtir un système alimentaire plus durable et plus juste.

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