Le paillage au potager avec la tonte séchée : une ressource inestimable pour un jardinage durable

Dès les premiers mois du printemps, alors que les sols se réchauffent et que l’herbe pousse rapidement, le ronron des tondeuses se réveille progressivement dans les jardins. Les tas d’herbe s’accumulent, et trop souvent, sont amenés en déchetterie. Et pourtant, ce résidu bien vert et humide offre une matière très intéressante pour le jardin. Loin d’être un simple déchet, la tonte de gazon est une ressource précieuse, un véritable « or vert » pour le potager, riche en azote et capable de transformer nos pratiques de jardinage. Inspirons-nous d’un principe fondamental de la permaculture : « tout déchet est une ressource inexploitée ! ».

Tonte de gazon fraîchement coupée

Les multiples avantages du paillage avec la tonte

La tonte d’herbe, en tant que paillage, se révèle être un allié aux multiples facettes pour le jardinier. Cette matière organique naturelle offre une panoplie d'avantages qui contribuent à la santé du sol, à la croissance des plantes et à la réduction des efforts d'entretien.

Une source d'azote rapide et efficace

La tonte d’herbe est très riche en azote. Pour le comprendre en quelques chiffres, son rapport carbone/azote est de 10 à 15, ce qui est dix fois moins important que de la paille de blé (120 à 150) et bien inférieur au foin sec (25 à 30). De ce fait, la tonte délivrera très vite son azote aux plantes, faisant d'elle un "sucre rapide" pour le sol plutôt qu'un "sucre lent". En paillant à la plantation, les cultures bénéficient des minéraux présents dans la tonte au bout de quelques mois. L’azote est un élément fondamental pour le développement des feuilles ; il stimule la croissance des végétaux, étant l’un des principaux constituants de la chlorophylle et des protéines. Une plante bien nourrie en azote arborera des feuilles larges, d’un vert foncé et de belles tiges. Les légumes-feuilles, comme la laitue ou les épinards, qui ont une croissance rapide et sont gourmands en azote, trouveront dans la tonte un paillage parfaitement adapté à leurs besoins.

Maintien de l'humidité du sol et réduction de l'arrosage

À peine installée, la couche végétale fait office de barrage physique, freinant considérablement et stoppant l’évaporation de l’eau estivale. La tonte contient facilement 80% d'eau qu'elle puise dans le sol, et en la déposant sur les cultures, elle contribue à conserver un sol humide pour les plantes. Cette propriété permet de maintenir l'humidité, protégeant le sol du froid ou de la chaleur, et réduisant ainsi la fréquence des arrosages, un avantage non négligeable en période de sécheresse.

Lutte contre les mauvaises herbes

L’épaisseur créée par le paillage de tonte constitue une barrière efficace qui empêche les mauvaises herbes de s’épanouir. Une poignée de tonte déposée entre deux plants permet de limiter la pousse des adventices. De plus, en disposant une grosse épaisseur de tonte sur une prairie, vous allez détruire en partie les plantes poussant en dessous, grâce à la montée en température de la tonte, créant ainsi de nouvelles zones de culture nettoyées après un bon mois.

Nourrir la vie du sol

En se décomposant lentement, cette matière se mue en un excellent fertilisant, apportant une véritable perfusion naturelle d’azote dans le sol. La vie du sol est le fondement d’un jardin en bonne santé, et cet apport organique constitue un véritable banquet royal destiné à nourrir la faune souterraine. Les bactéries vont se régaler à foison d’un tel apport et générer comme une colle, leurs sécrétions, qui améliorera encore la structure de votre sol en permettant aux particules minérales de bien se tenir.

Régulation de la température du sol

L’utilisation de cet isolant végétal agit comme un remarquable manteau thermique. Il permet de protéger le sol du froid en hiver et de le maintenir frais en été, créant ainsi un environnement plus stable pour les racines des plantes.

Les bienfaits du paillage pour le jardin

Les bonnes pratiques pour un paillage réussi avec la tonte

L'efficacité du paillage avec la tonte repose sur une application judicieuse et le respect de certaines précautions. Il est crucial de valoriser cette ressource de manière optimale pour maximiser ses bénéfices et éviter tout inconvénient.

Préparation du terrain avant le paillage

Avant d’étendre le paillis, veillez à ce que le sol soit parfaitement désherbé. Les vivaces indésirables (chiendent, pissenlit, liseron, etc.) doivent être éliminées (racines et rhizomes compris), car le paillis n’empêchera pas leur pousse. Il est également recommandé de faire, si possible, un léger apport de compost avant le paillage. Une erreur commune est d'appliquer une matière organique sur un sol sec ; il faut systématiquement arroser le sol au préalable en insistant bien, pour créer une réserve d’humidité en profondeur. Enfin, n’enfouissez pas le paillis et ne recouvrez pas le collet des plantes.

Désherbage du potager avant paillage

La gestion de l'humidité : tonte fraîche ou séchée

La tonte peut être utilisée de plusieurs façons selon les objectifs visés. Si la tonte est une matière très intéressante pour les jardiniers, elle peut s’avérer contre-productive si elle est mal utilisée. L’herbe étant très riche en azote et pauvre en carbone, elle est très humide. Or, de la matière organique humide et sans aération rentre naturellement en fermentation et dégage de la chaleur. Si vous possédez un compost où que vous avez déjà laissé de l’herbe de tas, vous avez sûrement déjà remarqué ce phénomène de montée de chaleur.

Pour éviter cette nuisance qui causerait des dommages aux plantations, plusieurs approches sont possibles :

  • Tonte fraîche en fine couche : La tonte peut être répartie au pied des cultures juste après sa coupe, en petite épaisseur (2 à 5 cm maximum) aux pieds des plants. Cette méthode permet un apport rapide d'azote et maintient une certaine humidité résiduelle au niveau du sol, empêchant les herbes de pousser sur le rang et gardant le sol frais. Cependant, une couche trop conséquente (plus de dix centimètres) de tonte fraîche va rapidement générer un milieu manquant d’oxygène, ce qui peut provoquer une fermentation et une montée en température risquant de brûler vos cultures si la tonte est placée trop proche des tiges.

  • Tonte séchée pour des couches plus épaisses : Il est impératif de procéder au séchage complet des résidus de coupe pour utiliser la tonte en paillage avec une épaisseur importante (10 cm et plus). Laissez l’herbe coupée quelques jours au soleil, en l’étalant en andin sur une zone de stockage d’appoint, sur une épaisseur d’un maximum de dix centimètres. Une à deux fois par jour, il vous faudra oxygéner l’ensemble, remuer, et en quelques jours, vous obtiendrez comme du foin. Une fois sèche, dix à vingt centimètres de tonte peut être apporté en paillage. Elle servira de nourriture et de protection pour le sol, limitant l’évaporation et apportant de l’azote. Ce séchage évite la fermentation destructrice pour vos végétaux.

  • Tontes multiples et successives : Une autre méthode consiste à tondre votre jardin en plusieurs fois, et rajouter chaque fois une petite épaisseur (environ 5 cm) sur vos planches de culture. Cela permet un apport régulier sans risque de fermentation excessive.

  • Mélange avec des matières plus carbonées : Au potager d’Olivier, la tonte est souvent mélangée à quelques feuilles (tilleuls, érables) récupérées lors de la tonte. Cela a pour avantage de procurer un paillage légèrement oxygéné et aéré par les feuilles plus rigides, dures et carbonées que ne l’est la tonte seule. Ainsi, il est plus facile de faire sécher ce résultat de tontes et feuilles broyées ou de le mettre directement en paillage au potager sur une épaisseur de quatre à cinq centimètres. Mélanger les tontes d’herbe avec des feuilles mortes ou du carton permet d’équilibrer l’apport en azote et carbone dans le compost, ou directement au sol.

LE PAILLAGE au potager d'Olivier (et c'est pas miraculeux !)

Épaisseur de la couche de paillage

L’épaisseur de la couche de paillis dépendra de l’état de la tonte et de l’objectif visé. Pour de la tonte fraîche, il est conseillé d’étendre des couches de paillis de 3 à 5 cm environ aux pieds des plantes, sur un sol ameubli et décompacté. Si l’herbe est bien séchée, on peut augmenter l’épaisseur jusqu’à 10-15 cm pour une meilleure rétention d’humidité et une protection accrue. Un paillage de tonte sèche sur cinq à sept centimètres constitue l’épaisseur de référence par excellence pour protéger sans suffoquer la terre. Pour les feuilles mortes, une épaisseur plus importante est souvent recommandée.

Moment propice pour le paillage

La période pour utiliser cette ressource sera tout simplement en adéquation avec sa disponibilité. En effet, les tontes arrivent en grande partie au printemps et ce sera une période idéale pour les répandre en paillage au potager. En été, bien souvent, la ressource diminue avec une forte chaleur, une humidité moins présente, des pluies plus rares. Il est crucial de ne pas pailler par vent fort, car le paillage risque de s’envoler, et de ne pas pailler quand le sol est gelé, car le paillis freine le réchauffement. Lors des premiers mois du printemps, en avril et mai, laissez vos sols se réchauffer au soleil avant de pailler.

Renouvellement du paillage

Le paillis de tonte doit être renouvelé plus souvent qu’un paillis de petites branches ou de feuilles mortes, car c’est un paillage éphémère. En seulement quelques semaines, quelques mois, votre paillage disparaîtra pour être réduit à l’état de minéraux essentiels qui vont nourrir nos cultures. Pour conserver l’épaisseur initiale, il faudra rajouter du paillis régulièrement. En couche plus épaisse (plus de dix centimètres), la tonte durera un peu plus longtemps. Au contraire, les paillages carbonés comme le broyat ou la paille pourront durer plus d’une année. Si un paillage plus durable est déjà en place, il peut être judicieux de dépailler légèrement pour mettre la tonte en dessous, afin qu’elle profite pleinement au sol et à la vie qu’il héberge.

Précautions supplémentaires

  • Attention aux graines : Si votre pelouse présente des zones clairsemées ou jaunies, envisagez une rénovation au printemps pour retrouver un gazon dense et sain. Si votre gazon contient déjà plein de graines du fait de pousses qui le parsèment, vous pouvez l’utiliser pour le mélanger à votre compost après l’avoir séché. Au sein du compost, la fermentation et la montée de la température vont détruire la plupart des graines. Si vous avez une prairie fleurie plutôt qu’une pelouse, faites attention à vos tontes lorsque les fleurs sont en graines. Vous risquez d’emmener toutes ces graines dans votre potager. L’idéal est de pailler par-dessus avec d’autres paillages pour éviter toute germination par la suite, ou de prendre le temps de désherber par moment votre terre pour éviter trop de concurrence d’herbes et de plantes indésirables.

  • Ne pas enfouir le paillis : N’enfouissez pas le paillis, car cela va favoriser le risque de prolifération des vers blancs, vers gris, taupins.

  • Toxicité pour les animaux : Bien que les résidus de tonte soient naturels, ils peuvent être toxiques pour certains animaux, notamment les herbivores comme les chevaux et les lapins, surtout s’ils sont en grande quantité ou en fermentation.

Au-delà du potager : la tonte, une ressource polyvalente

La tonte de gazon ne se limite pas au seul paillage du potager. Ses propriétés en font une ressource polyvalente, utile dans diverses situations au jardin.

Utilisation dans les allées du potager

De nombreux jardiniers utilisent la tonte de gazon essentiellement dans les allées du potager. Cela permet de ne pas se salir les chaussures lorsque le terrain est humide et d’empêcher les mauvaises herbes de pousser.

Enrichissement du compost

D’avril à octobre, la tonte collectée est une excellente matière pour le compost. Cependant, elle est trop azotée, trop humide et trop peu rigide pour être compostée seule. Pour composter, il faut toujours raisonner dans un équilibre carbone/azote autour de 25 à 30. Le rapport carbone/azote de la tonte est de 10, ce qui est beaucoup trop bas. Il est donc essentiel de l’associer à des matières plus carbonées. En automne, les feuilles mortes feront l’affaire : une poignée de feuilles pour deux poignées de tontes et le tour est joué. Au printemps, vous pourrez trouver quelques brindilles, des feuilles mises de côté à l’automne, un peu de foin, paille, broyat, sciure, carton. Vous obtiendrez alors un beau compost végétal plus concentré encore en énergie que ne peut l’être un simple paillage de surface.

Compost avec des tontes de gazon et d'autres déchets verts

Création de buttes de culture en lasagnes

En permaculture, les résidus de tonte sont très utiles pour la création de buttes de culture en lasagnes. Ces buttes, faites de couches successives de matières organiques (bois, feuilles, compost, fumier et tontes), constituent un sol fertile qui retient bien l’eau et soutient la croissance des plantes.

Tonte raisonnée et biodiversité

La tonte raisonnée, aussi appelée tonte différenciée, consiste à limiter la tonte à certaines zones du jardin pour favoriser la biodiversité. En laissant des espaces d’herbes hautes, vous créez des habitats pour les insectes, les petits animaux et les oiseaux. Fleurs et graines attireront aussi butineurs et oiseaux aux jardins, des auxiliaires indispensables pour tout jardinier qui souhaite travailler avec la nature. Vous pourrez observer que ces espaces laissés en friche apportent de la vie au jardin. Pour l’entretien, réalisez une tonte une fois par an au moins pour éviter que les ronces ne s’installent.

Tonte différenciée pour favoriser la biodiversité

Alternatives aux tontes de gazon

Les paillis de courte durée de vie sont composés de feuilles tendres (tilleul, noisetier, robinier, charme, prunus, etc.), de tontes, de brindilles vertes ou encore de fougères. Riches en azote, ils se dégradent en quelques semaines et produisent un humus actif et nutritif. Utilisez-les partout, mais surtout sur les cultures à cycle court, au potager ou pour les plantes annuelles, afin de nourrir le sol.

Les paillis de longue durée de vie sont les paillis de feuilles coriaces (platane, lierre, érables, laurier-sauce…), de copeaux de bois, d’écorces, de tailles d’arbre et de haies, de coques de noix et noisettes. Riches en lignine, ils peuvent mettre un an ou plus à se dégrader. Ils ne sont pas très nourriciers, mais structurent durablement le sol et sont stables. Utilisez-les plutôt pour les plantes pérennes : arbres, arbustes, massifs de vivaces, pour structurer le sol.

Il peut être utile de mélanger et/ou alterner ces différents paillis pour équilibrer les apports et éviter des excès nuisibles tels que l’accumulation de bois, qui se dégrade lentement et est peu nourrissant, l’acidification des sols due à l’épandage régulier de résidus de conifères, la dégradation trop rapide de résidus riches en eau et fins (tontes de gazon), ou l’entretien ou la propagation de maladies, dus à l’utilisation sur place (ou sur des plantes de la même espèce) de débris de végétaux malades.

Au potager d’Olivier, les paillages sont complétés avec bien d’autres apports pour maintenir à la fois une fertilité en nutriment et développer un humus stable dans le sol. Il apporte des composts grossiers de fumiers, de végétaux, parfois même des engrais organiques pour répondre ponctuellement aux besoins des cultures les plus gourmandes. Il observe que si le sol est humide, oxygéné, idéalement texturé de sable, limon, argile, il saura bonifier au mieux un apport de tontes. Avec un sol constamment humide, souvent l’alliage de paillages et composts suffit à nourrir toutes les cultures du potager. Parfois même, un épais paillage diversifié de matières azotées et carbonées (tontes, feuilles, foin, paille, broyat…) se suffit de lui-même.

Exemples de différents paillages

Un "problème" qui devient une solution

La tonte peut étouffer et faire pourrir vos cultures si vous l’utilisez en trop grosses quantités sur vos plantations. Néanmoins, en permaculture, le problème est la solution ! Et si vous utilisiez ce pouvoir désherbant pour créer de nouvelles zones de culture ? En effet, en disposant une grosse épaisseur de tonte sur une prairie, vous allez détruire en partie les plantes poussant en dessous, grâce à la montée en température de la tonte. Après un bon mois, vous pourrez finir de désherber et planter directement dans votre terre nettoyée ! On aime beaucoup se servir de la tonte comme ceci, déposer une poignée entre deux plants : cela permet de limiter la pousse des adventices.

Ne jetez surtout pas vos tontes de pelouse, de gazon, de prairie ! C'est un paillage fortement intéressant à considérer bien plus comme une ressource qu’un quelconque déchet. Valoriser les résidus de tonte est une manière écologique et économique de soutenir la santé de votre jardin tout en réduisant vos déchets. La tonte en paillage s’avère donc très utile au jardin : ne la considérez plus comme un déchet ! Dans la nature, tout est question d’équilibre : rien ne se perd, tout se transforme. C’est précisément le cas pour les feuilles mortes et l’herbe tondue. On les appelle à tort les "déchets verts". Elles sont en fait de véritables "ressources vertes" essentielles à nos jardins et potagers ! Les plantes puisent leurs ressources dans la terre… qui emmagasine les nutriments provenant de la décomposition des végétaux. C’est pourquoi il est primordial de laisser de la matière organique sur le sol pour qu’il puisse se régénérer.

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