La gestion d'un potager en permaculture repose sur une compréhension fine des interactions biologiques sous la surface du sol. Lorsqu'un jardinier observe ses premières laitues flétrir juste après la plantation, le réflexe est souvent d'incriminer un manque d'eau ou une maladie cryptogamique. Pourtant, malgré des arrosages copieux, l'hécatombe continue. Il est alors nécessaire d'agir en observateur pour identifier les coupables. En soulevant une salade flétrie avec sa motte de terre, on peut fréquemment découvrir une petite chenille blanche à tête rouge-noire qui ronge la racine pivotante : l'hépiale, également appelée louvette (Korscheltellus lupulinus).

Identifier et gérer l'hépiale du houblon
L'hépiale mesure de 30 à 40 mm. Le papillon pond en mai-juin au pied des salades. Neuf jours plus tard, les jeunes chenilles partent à la conquête dans le potager en s'enfonçant à la recherche d'une bonne racine bien fraîche. Une fois la salade pompée, la racine rongée, elle passe rapidement à une autre et ainsi de suite. L'hépiale du houblon, appelé aussi louvette, est une chenille et non pas un ver, de couleur blanchâtre à tête brune. Il ronge les racines de toutes les salades mais aussi des fraisiers et de nombreuses fleurs.
L'hépiale continuera à fréquenter son garde-manger jusqu'en automne, passant d'une parcelle à l'autre jusqu'en hiver. Au mois d'avril-mai, comme tous les lépidoptères, la chenille se nymphose pendant un mois puis s'envole en papillon. Il n'existe aucun produit chimique ou naturel capable d'éliminer le parasite. Rien ! Dès qu'une salade fane, cela signifie que la chenille est à l'intérieur de la racine. En principe, la chenille est présente. S'il n'y a rien, elle peut être restée plus profondément et elle réapparaît par curiosité.
Il faut noter que l'emploi d'un insecticide du sol contribue à la prolifération de l'hépiale puisqu'on tue par la même occasion ses prédateurs. Les nématodes entomopathogènes, qui s'attaquent aux insectes présents dans le sol, parasitent la chenille à l'intérieur entraînant sa mort. On trouve dans le commerce des nématodes entomopathogènes vendus dans de la poudre d'argile.
Parmi les méthodes de prévention, on peut tester le piège avec une demi-pomme de terre enterrée lors de la plantation de la salade. L'hépiale préfère l'amidon de la pomme de terre et se cantonne à l'intérieur. La terre de diatomée non calcinée, un produit naturel issu d'une roche, peut être répandue en poudre sèche autour des salades. La terre de diatomée doit rester sèche pour être efficace car la chenille parasite est déshydratée à son contact. Une autre technique consiste à tester la toile de jute biodégradable pour faire barrage à l'hépiale : à la plantation, la motte est enveloppée dans un sac faisant barrière à la chenille mais laissant passer les racines.
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Le rôle crucial des vers de terre dans l'écosystème du jardin
Tout au long de leur voyage dans les méandres de votre jardin, les vers de terre décomposent la matière organique et la recyclent grâce à leur digestion. En effet, une fois digérée, ils rejettent des déjections qu’on appelle turricules. Celles-ci contiennent des éléments essentiels à la bonne santé de la terre : le phosphate, la potasse, l’azote, le magnésium et bien d’autres oligoéléments. Vos chers vers de terre dans votre jardin sont connus pour créer de nombreuses galeries verticales.
Premièrement, ceci a pour effet d’aider à l'aération du sol ; le dioxyde de carbone est libéré et quitte le sol. Ensuite, ces galeries permettent à la pluie de s'infiltrer profondément dans le sol. Une des autres conséquences est l'accroissement de la capacité d’enracinement des végétaux. Enfin, en créant ces galeries, ils modifient la structure physico-chimique de la terre : ils créent des agrégats plus stables et équilibrent le pH. Pour toutes les raisons énumérées plus haut, il est fortement recommandé d’aider à la prolifération des vers de terre.
Évitez l’apport de produits toxiques dans le sol comme en surface. Ne les utilisez qu’en dernier recours et préférez des méthodes de jardinage bio. On parle aussi beaucoup du retournement du sol lors du labour, qui perturbe la faune souterraine en la délogeant et l’exposant à la surface, car c'est un environnement qui ne lui est pas favorable. Ameublir le sol sans retournement avec une grelinette ou une aérabêche s’avérerait moins nocif. Le tassement du sol est également très perturbant pour les vers de terre. Dans nos jardins, il s'agit avant tout du piétinement répété du jardinier. Il empêche le développement normal des vers de terre, dont la population peut diminuer de moitié. Enfin, les vers de terre sont très sensibles aux produits toxiques, il est donc essentiel de ne jamais vider vos restes de liquides divers sur le sol.
Restaurer un sol vivant : approches méthodologiques
Si votre terre ne contient pas - ou plus assez - de micro-organismes, de vers de terre et de champignons, elle ressemblera un peu à nos intestins après 15 jours de traitement antibiotique : il manquera cette fameuse « flore » solide et équilibrée qui aide à bien assimiler les nutriments et lutter contre les attaques d’organismes pathogènes. L'urgence est donc d’apporter de la « vie » à son sol, et pas uniquement des éléments chimiques.
Quelques idées pour donner vie à un sol fatigué : booster la présence des vers de terre en laissant par terre les débris de végétaux frais dont ils raffolent, épandre du BRF ou des feuilles mortes pour chouchouter les champignons et leur magnifique réseau mycorhizien, miser sur le fumier ou le compost pour ensemencer le sol en certains micro-organismes. Les « probiotiques » du sol sont les micro-organismes que l’on trouve principalement dans le compost, le fertilisant traditionnel Or Brun, le fumier frais et dans d’autres produits tel le Bacteriosol, un concentré naturel de micro-organismes, ou le « thé de compost ».
Une fois le sol « ensemencé » par ces micro-organismes, il faut les nourrir pour qu’ils croissent et se multiplient. Alors, tontes de gazon, restes de cultures, engrais verts, paillages nutritifs, tout cela sera apporté plutôt en surface, ou alors juste enfoui dans les premiers centimètres de sol car l’oxygène est aussi nécessaire à leur bonne dégradation.

Ressources pour une fertilité durable
Le compost est la seule « nourriture » que j'enfouis dans le sol. Au printemps, mes deux tas de composts me fournissent environ 1/2 brouette par mètre carré de potager. Les tontes de gazon sont également une ressource précieuse : nos amis les vers de terre en raffolent. Les rangs d’épinards en guise d’engrais verts sont aussi une excellente option : au moment de libérer le rang, je coupe tout ce qu’il reste et je le laisse se composter sur place, à même le sol.
Le compostage de surface sur les sols déjà bien vivants permet de déposer les déchets végétaux de cuisine ou les restes de cultures. Le BRF (bois raméal fragmenté) est une source incroyable de nutriments et de vie pour le sol, et de plus un super « booster » pour les micro-organismes du règne des champignons, à condition qu’il soit réalisé avec des petits rameaux et épandu bien frais.
Le fumier de lapin est une merveille, je l’épands tout frais en surface et il ne brûle jamais les plants. Il a le pouvoir de transformer totalement le sol en une seule saison. Le fumier de poule est quant à lui beaucoup plus « caustique » et concentré ; je ne l’épands donc jamais frais au potager. La culture de légumineuses, principalement les fèves, fixe l’azote de l’air pour le restituer au sol via les nodosités de leurs racines.
Après avoir testé la paille et le BRF, c’est le paillage au foin que j’ai retenu. Le foin est beaucoup plus nutritif que la paille. La lasagne fait aussi des merveilles. Enfin, les amendements de jardinerie peuvent avoir leur intérêt : le basalte pour améliorer la teneur en silice et la rétention d'eau, le lithothamne pour remonter le pH des sols, ou encore la cendre, qui incorporée en petite quantité, sert aussi d'anti-poux et insecticide naturel dans le bac à poussière des poules. Il est essentiel d'ouvrir les yeux autour de soi pour attraper au vol toute opportunité, comme la laine de mouton ou les pommes abîmées, pour enrichir continuellement cet écosystème complexe.
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