Le fumier bovin représente une ressource agronomique et économique d'une valeur considérable, souvent sous-estimée. Face à la flambée des prix des intrants et notamment des engrais, gérer au mieux sa fertilisation organique permet de réaliser quelques économies substantielles. Bénilde Lomelet, conseiller élevages allaitants chez Seenovia, ne cesse de marteler ce message aux éleveurs qu’il accompagne : « Il y a de l’or dans les élevages qui n’est pas forcément exploité comme il faut ! » Cet "or", c’est le fumier et le lisier, qu’il convient de ne pas gaspiller.

La Richesse Fertilisante du Fumier Bovin : Comprendre ses Constituants
Le fumier de bovin est un amendement organique précieux, non seulement pour les jardiniers amateurs et professionnels, mais aussi pour l'agriculture à grande échelle. Riche en nutriments essentiels, il peut considérablement améliorer la qualité du sol et favorise également une croissance saine et abondante des plantes.
Un Apport Essentiel en Azote, Phosphore et Potassium
Le fumier de vache est riche en nutriments essentiels tels que l’azote, le phosphore, le potassium et divers oligo-éléments. Ces éléments favorisent la croissance des plantes, renforcent leur système racinaire et stimulent la production de fleurs et de fruits. Pour l'azote, les effets des engrais de ferme l’année de l’apport dépendent du type d’effluents et de la date d’épandage. Ainsi l’azote apporté par un fumier de bovins épandu au printemps (4 à 5 unités par tonne de produit frais) est valorisé à 30 % par le maïs. L’azote disponible la première année d’épandage comprend l’azote ammoniacal et la part d’azote organique qui se minéralise vite : « pour un fumier pailleux, comptez 20 % la première année », assure Christelle Dehaine, ingénieure. La potasse des effluents d’élevage, elle, est disponible à 100 % immédiatement. Quant au phosphore, il est disponible entre 80 % et 100 % la première année, mais 100 % sur la rotation. La magnésie peut également être considérée disponible en totalité pour les plantes. Tous les engrais de ferme contiennent aussi des oligo-éléments, tel que le soufre, nécessaires dans les rotations avec céréales, colza ou prairies, et des bases calciques qui contribuent à limiter l’acidification naturelle des sols. Ainsi, les épandages d’effluents d’élevage permettent de réduire significativement les apports d’amendements basiques.
Le fumier de bovin, par exemple, représente en moyenne 3 kg/t brut de phosphore (P2O5), 7 kg/t brut d’azote total (NTK) et 9 kg/t brut de potassium total (K2O). Cependant, les analyses sont très hétérogènes selon l’échantillon de fumier prélevé. Cela dépend du type d’animaux, des modes de logement, de l’alimentation, du niveau de paillage, des conditions de stockage, et d’autres facteurs. Pour cette raison, l’analyse de vos effluents reste la méthode la plus précise pour les caractériser. Une analyse agronomique complète coûte environ 40 €.
Azote Ammoniacal vs. Azote Organique : Une Distinction Cruciale
Quel que soit le type d’effluent, l’azote se retrouve principalement sous deux formes. L’azote ammoniacal (NH4) peut être utilisé immédiatement par la plante en se transformant rapidement en nitrate, forme préférentielle d’absorption de l’azote par les plantes. Dans les fumiers, l’azote est majoritairement présent sous forme organique et une partie seulement (de l’ordre de 30 % pour un fumier de bovins) sera disponible pour la culture de maïs qui suivra l’épandage. L’azote sous forme organique nécessite une phase de transformation avant d’être assimilé, sous forme nitrate, par les racines du maïs. Cette matière organique devra être dégradée par les bactéries du sol pour libérer l’azote sous une forme assimilable par les plantes. Le temps nécessaire à ce processus est fonction de la composition du fumier (rapport carbone/azote). La dégradation a lieu lorsque les bactéries se trouvent en conditions favorables (température, humidité…). L’azote organique est donc disponible à plus ou moins long terme pour les plantes.
À l’inverse, la forme ammoniacale constitue la majeure partie de la fraction azotée présente dans les lisiers de porcs, les fumiers et lisiers de volailles. Cette forme est rapidement disponible pour la culture, mais elle est aussi très sensible à la volatilisation dans l’atmosphère.
L'Importance Cruciale du Stockage et de la Protection du Fumier
La gestion du fumier ne se limite pas à son épandage ; son stockage est une étape déterminante pour préserver sa valeur fertilisante et éviter le gaspillage. L’or, c’est le fumier et le lisier, qu’il convient de ne pas gaspiller. Pour cela, il faut commencer par couvrir le tas de fumier, pour éviter à la fois le lessivage et la volatilisation.
Les Pertes Substantielle en Cas de Stockage Inapproprié
Les conséquences d’un stockage sans protection sont alarmantes. Un tas de fumier qui passe l’hiver dehors perd 60 % d’azote, 35 % de phosphore et 70 % de potasse, selon les essais réalisés par le service agronomie de Seenovia. La moitié de ces valeurs disparaissent dès le premier mois de stockage. Du pur gaspillage. Au Gaec de Sainte-Pauline à Joué-sur-Erdre (Loire-Atlantique), la moitié des 1 200 tonnes de fumier produit dorment dehors. Bénilde Lomelet a calculé que « Si ce fumier était couvert durant l’hiver, cela permettrait d’économiser 6,4 tonnes d’ammonitrate, 1,5 tonne de superphosphate et 6,7 tonnes de chlorure de potasse ». Ces chiffres mettent en lumière l'importance économique capitale d'un stockage adéquat.
Techniques de Couverture pour Maximiser la Valeur du Fumier
Pour minimiser ces pertes, plusieurs options de couverture existent. Sur sa ferme du Loroux-Bottereau, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Nantes, Thierry Têtedoie recouvre son tas de fumier de paille. Il explique que « cela permet de garder la chaleur à l’intérieur, tout en laissant respirer ». Toutefois, il n'est pas certain que cela évite le lessivage lorsque qu'il pleut. La paille ne résiste pas au vent et ne permet pas les échanges gazeux de manière optimale dans tous les cas. Il est donc nécessaire de faire attention à l’oxygénation du tas. La paille peut convenir pour les fumiers secs (volailles, caprins, moutons) car elle préserve bien l’humidité.
L’idéal est d’opter pour une bâche géotextile. Il s’agit d’une trame en matière synthétique, tissée ou non. Elle laisse les échanges gazeux se faire mais reste imperméable à l’eau, offrant une protection supérieure contre le lessivage tout en permettant l'aération nécessaire. La couverture du tas de fumier doit se faire rapidement après la mise en place de l’andain. Pour éviter les reprises de fermentation, il faut tasser avec le chargeur, et éviter le plus possible de manipuler le fumier, recommande le technicien élevages allaitants. Dans l’idéal, le tas doit être constitué si possible de façon pyramidale, de sorte que l’eau puisse s’écouler.
Comment mieux gérer son fumier - Pauline Doligez
Stratégies d'Épandage pour une Efficacité Maximale en Grandes Cultures
Un épandage optimal, c’est un apport au bon moment pour une meilleure minéralisation et une valorisation accrue par les cultures. La part d’effet direct des effluents à prendre en compte dans le plan de fumure variera aussi selon les périodes d’apport et les cultures fertilisées.
Calendrier d'Épandage et Valorisation par les Plantes
Les besoins en azote du maïs s’expriment essentiellement de la mi-juin à fin août et peuvent être satisfaits en grande partie par l’azote des engrais de ferme apportés avant le semis. À titre d’exemple, un apport de 25 à 30 tonnes de fumier de bovin pourra couvrir les besoins en phosphore et en potasse d’un maïs fourrage à 15 t MS/ha. L’azote apporté par un fumier de bovins épandu au printemps (4 à 5 unités par tonne de produit frais) est valorisé à 30 % par le maïs. Les effets constatés l’année suivante sont faibles car la majeure partie de l’azote restant est intégrée dans le stock d’azote organique du sol et se minéralise à une vitesse proche de celle de la matière organique.
En Pays-de-la-Loire par exemple, où l’épandage est interdit du 15 décembre au 15 janvier, il est intéressant de disperser son fumier à l’automne sans attendre tant que cela porte, sur les pâtures. Les conditions le permettaient à l’automne dernier, les épandeurs ont tourné à fond dans les campagnes ligériennes. La végétation valorisera ensuite les éléments présents, avec les pluies. C’est ce qu’a fait Thierry Têtedoie sur ses prairies à fauche. L’éleveur de vaches allaitantes, en bio depuis l’an dernier, constate que « Épandre à l’automne, cela me permet d’avoir un fumier plus composé, et je trouve que les prairies valorisent mieux à cette période ». Il a environ 1 000 tonnes à épandre, 20 t/ha, conformément aux recommandations de son technicien. Le fumier épandu à l’automne peut représenter environ un quart à un tiers du volume produit durant l’année. Le reste sera épandu sur les cultures de printemps et sur les cultures d’automne. Pour ses cultures de maïs et tournesol implantées après prairies, Thierry Têtedoie n’apporte pas de fumier. Il en épand en revanche 20 tonnes sur la culture suivante, le plus souvent un mélange céréalier.
Il est préférable de mettre 20 tonnes de fumier tous les ans que d’apporter 30 ou 40 tonnes une fois tous les 3 ans. « Ne pas apporter de grosses quantités mais les répartir sur une surface plus grande », précise Bénilde Lomelet. « On épand une dizaine de tonnes par hectare sur les prairies pâturées et on va jusqu’à 20 tonnes tous les ans pour les prairies 100 % fauchées. » Pour la fertilisation minérale, la dose doit être calculée en fonction du chargement d’UGB à l’hectare. Le premier apport d’azote sur les prairies doit se faire à 200 degrés jours (c’est la somme des températures journalières cumulées depuis le 1er janvier). L’apport d’azote doit être fait rapidement, c’est-à-dire dans les 5 jours qui suivent le retrait des animaux de la parcelle. « Les éleveurs sont parfois un peu surpris de l’apprendre », constate Bénilde Lomelet. Après une fauche, le délai de latence peut être un peu étendu, jusqu’à 10 jours environ.
Précautions et Timing pour les Différents Types d'Effluents
Un épandage trop tardif risque d’induire des effets dépressifs sur la culture, liés à la décomposition des pailles et à l’organisation de l’azote. À l’inverse, d’autres produits doivent être appliqués au plus près du semis du maïs. C’est par exemple le cas des fientes, des fumiers stockés de volailles, des lisiers de bovins, des lisiers de porcs et des lisiers de volailles.
La forme ammoniacale constitue la majeure partie de la fraction azotée présente dans les lisiers de porcs, les fumiers et lisiers de volailles. Cette forme d’azote est soumise au phénomène de volatilisation dans l’atmosphère qui débute immédiatement après épandage. Ce processus rapide est fortement lié aux conditions climatiques. Ainsi, un épandage sur sol sec, avec un temps venté et chaud, favorise le phénomène. Ainsi, en conditions de sol sec, de temps venteux et ensoleillé, les pertes par volatilisation peuvent aller jusqu’à 50 %. Pour une efficacité optimale, ces produits doivent être épandus au plus proche du semis. Un enfouissement rapide doit donc être réalisé le plus vite possible après épandage, au plus tard dans les 2-3 heures, afin de limiter au maximum les pertes d’azote.

Les Matières Organiques : Pilier de la Fertilité des Sols
Les effluents d’élevage sont bien plus que de simples sources de nutriments minéraux ; ils sont des contributeurs essentiels à la santé à long terme des sols, grâce à leur apport en matières organiques. « Un fumier, c’est quelqu’un qui ne vaut pas grand chose. Et pourtant, votre fumier est riche pour votre exploitation ! » C’est ainsi que Daniel Platel, conseiller en élevage bovin à la Chambre d’agriculture de la Somme, introduisait la journée « vos effluents ont de la valeur », ce 9 janvier. Les fumiers, comme les lisiers, ont d’abord des valeurs fertilisantes et agronomiques. Dans la Somme, les quantités d’effluents ne manquent pas : 290 000 t de matière sèche (MS), presque 50 000 ha par an d’épandage et plus de 8 000 t d’azote maîtrisable.
Amélioration de la Structure du Sol et de la Vie Microbienne
Autre valeur des effluents d’élevage : ils permettent de limiter la perte de matières organiques des sols cultivés. Ces matières organiques ont un rôle important sur les propriétés physiques et chimiques du sol. Olivier Ancelin, ingénieur, résume : « Un sol riche en matières organiques est un sol fertile, avec une activité biologique riche, qui présente une meilleure travaillabilité… En bref, elles rendent les sols plus résilients ». Le fumier favorise le développement de micro-organismes bénéfiques dans le sol. Les bactéries et les champignons aident à décomposer la matière organique, libérant ainsi des éléments nutritifs essentiels pour les plantes. En plus des nutriments, le fumier de vache améliore la structure du sol en favorisant sa rétention d’eau et sa capacité de drainage. Il crée un environnement idéal pour la croissance des plantes, en évitant le compactage du sol.
Contribution à l'Humus Stable et Rôle des Amendements
On détermine la contribution de ces effluents dans le bilan humique grâce à l’Ismo (Indice de stabilité de la matière organique). Plus l’Ismo est élevé, plus le produit fournit au sol de l’humus. Ainsi, les fumiers de bovins présentent un intérêt important pour la matière organique des sols : environ 170 kg/t de MO brute. Chaque effluent a néanmoins un comportement différent dans le sol. Les fumiers et composts sont des amendements organiques. Leur minéralisation est lente et progressive. Ils sont donc plutôt destinés à entretenir ou reconstituer le stock de matière organique (MO) du sol et apportent de l’azote qui se minéralise progressivement. Les autres éléments fertilisants sont par contre facilement disponibles. Les lisiers, eux, sont assimilables à des engrais organiques. La minéralisation est rapide et l’effet sur la stabilité structurale des sols est très limité. Ils apportent aux plantes des éléments facilement assimilables.
Par rapport au phosphore minéral, l’efficacité du phosphore issu des engrais de ferme, l’année de l’apport, est de l’ordre de 70 % pour les composts de fumier de bovins, 80 % pour les fumiers de bovins, 95 % pour les lisiers et fumiers de porcs. Quant au potassium contenu dans les engrais de ferme, il a exactement la même efficacité que celui contenu dans les engrais minéraux. Les teneurs seuils (proposées par la méthode COMIFER) permettant de calculer les doses de phosphore et de potassium ont été réévaluées récemment.
Fertilisation en Pratique : Optimiser les Apports d'Effluents
Alors, comment utiliser ses effluents au mieux ? Le principe général est d’assurer chaque année à la plante une nutrition en phosphore et en potasse. Un sol pauvre reste pauvre, mais nécessitera des apports réguliers, alors qu’un sol riche permettra plus régulièrement des impasses.
Cultures Adaptées et Dosage Optimal
Parmi les cultures, la betterave est celle qui valorise le mieux le fumier. On compte 20 à 30 points de plus d’azote grâce à l’apport de fumier. Le maïs et le colza le valorisent aussi très bien. « Il faut retenir un besoin général de 70 U de phosphore et de 200 U de potasse. En fait, 25 t/ha de fumier bien décomposé suffisent pour fertiliser deux ans », confie Hervé Georges, ingénieur. Souvent, mieux vaut diminuer les doses d’effluents et fertiliser plus régulièrement. Les fumiers et lisiers sont une ressource riche pour la fertilisation des sols. Cette ressource se monnaie ! « On considère que la paille s’élève à 19 €/t, toutes charges de mécanisation et de main-d’œuvre comprises. Le fumier, lui, peut valoir un peu plus de 17 €/t, valeur humique comprise. En gros, la paille vaut autant que le fumier. »
Développer les Légumineuses : Un Levier d'Économie
Un autre levier d’économie de fertilisation consiste à développer les légumineuses. « Ce sont les moteurs des prairies », rappelle Bénilde Lomelet. Dans les associations graminées + légumineuses, une partie de l’azote est en effet fournie par les légumineuses, capables de fixer l’azote atmosphérique grâce aux nodosités présentes sur leurs racines. Une prairie qui compte 30 % de légumineuses peut ainsi se passer d’azote minéral. Les bios l’ont bien compris. Mais un bon nombre d’éleveurs en conventionnel, dans l’Ouest, n’en ont pas plus de 10 % à 15 %. Sur les dérobées à base de ray-grass avec plus de 50 % de trèfle annuel, il est conseillé d’apporter 40 unités d’azote. Sur les dérobées à base de seigle, avoine, trèfle annuel, il est possible de descendre à 0 unité s’il y a eu un apport d’engrais organique à l’implantation, à l’automne.
Comment mieux gérer son fumier - Pauline Doligez
Le Fumier de Vache dans le Potager Naturel : Avantages et Précautions Spécifiques
Le fumier de vache est un amendement organique précieux pour les jardiniers amateurs et professionnels. Dans cet article, après avoir exploré les avantages du fumier de vache, nous verrons comment l’utiliser de manière efficace ainsi que les précautions à prendre pour en tirer le meilleur parti dans un potager naturel.
Les Avantages du Fumier de Vache au Potager
Le fumier de vache est riche en nutriments essentiels tels que l’azote, le phosphore, le potassium et divers oligo-éléments. Ces éléments favorisent la croissance des plantes, renforcent leur système racinaire et stimulent la production de fleurs et de fruits.
En plus des nutriments, le fumier de vache améliore la structure du sol en favorisant sa rétention d’eau et sa capacité de drainage. Étant lourd, ce type de fumier est tout particulièrement recommandé pour les terres légères, alors que le fumier de cheval sera plus favorable aux terres lourdes. Il leur conférera en effet davantage de « coffre » et les rendra ainsi plus stables. En outre, le fumier crée un environnement idéal pour la croissance des plantes, en évitant le compactage du sol.
Il est important de rappeler que le fumier est un mélange de déjections animales et de litières, en général de la paille. Les déjections de bovins seules sont de la bouse et ne doivent en aucun cas être utilisées telles quelles dans votre potager. Si vous en récupérez, il est conseillé de la composter avec vos déchets de cuisine et de jardin.
Le fumier favorise le développement de micro-organismes bénéfiques dans le sol. Les bactéries et les champignons aident à décomposer la matière organique, libérant ainsi des éléments nutritifs essentiels pour les plantes.
Comment Utiliser le Fumier de Vache au Jardin : Amendement ou Engrais ?
Avant d’aller plus loin, il est essentiel de distinguer les engrais des amendements. Les engrais visent à nourrir directement les plantes cultivées, alors que les amendements ont pour objectif principal d’enrichir la terre sur le long terme par la production d’un humus stable. Le compost, bien que contribuant tout de même à la vie du sol, est d’abord considéré comme un engrais, mis à disposition immédiate des éléments minéraux pour les cultures. Le fumier non décomposé est un amendement, sans doute le meilleur qui soit. En jardinage naturel, l'objectif premier devrait être d’amender la terre, les « engrais » ne venant qu’en complément.
Utilisation du Fumier de Vache Composté au Printemps
Pour un apport printanier, le fumier de vache doit impérativement être composté. Le fumier de vache composté est l’allié idéal pour démarrer la saison au potager. Contrairement au fumier frais, il est déjà décomposé, ce qui permet aux éléments nutritifs (azote, phosphore, potassium) d’être rapidement assimilables par les plantes. Au printemps, incorporez le compost mûr, c’est-à-dire bien décomposé, en surface ou lors du bêchage léger avant vos plantations de légumes gourmands comme les tomates, courges, pommes de terre ou choux. Le fumier composté stimule la croissance sans risque de brûler les jeunes racines, tout en évitant tout risque sanitaire. Ce fumier composté aura principalement un effet engrais, nourrissant directement la plante, même s’il est tout de même bénéfique pour la vie du sol. Selon les légumes cultivés, les quantités de fumier composté varieront de 0 à plus de 3 kg au m², soit 30 kg pour 10 m², ce qui représente environ une brouette.
Utilisation du Fumier de Vache Frais à l’Automne
Le fumier de vache frais, riche en azote et en matière organique, peut être trop puissant pour un apport direct sur les cultures en place. La meilleure période pour l’utiliser est l’automne, juste après les récoltes. Épandu en couche au sol, il aura le temps de se décomposer pendant l’hiver, enrichissant la terre et préparant une structure souple et fertile pour le printemps suivant. Vous pouvez également l’incorporer en surface ou l’utiliser comme paillage temporaire sur les planches nues. Attention toutefois à ne pas en mettre sur les zones de semis immédiats.

Le fumier de vache est moins concentré que le fumier de cheval ou de volaille, mais un excès peut tout de même entraîner un développement exagéré du feuillage au détriment des fruits, une sensibilité accrue aux maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium) et une pollution des nappes phréatiques par lessivage de l’azote. Un apport raisonnable de fumier de vache frais se situe entre 1 et 3 kg/m². Sans entrer dans des calculs complexes, une bonne brouette, environ 30 kg selon la densité et le chargement, pour 10 m² est là aussi un bon ordre de grandeur.
Pour bien épandre le fumier au potager, répartissez-le uniformément sur les planches de culture. Laissez-le en surface, vous pouvez alors le recouvrir de feuilles mortes, de foin, de paille, ou de BRF. Ces matériaux supplémentaires favoriseront la décomposition tout en apportant une couche de protection supplémentaire pour le sol, ou intégrez-le éventuellement superficiellement au sol par un léger griffage. Arrosez si le sol est sec pour activer la décomposition. Bien utilisé, le fumier de vache devient un amendement équilibré, qui nourrit vos cultures et enrichit durablement le sol.
Précautions Essentielles et Bonnes Pratiques
Éviter le Fumier Frais sur les Légumes Consommés Crus
Le fumier de vache frais contient encore de nombreux germes pathogènes (E. coli, salmonelles, listeria, etc.). Son contact direct avec des légumes qui se consomment crus (salades, radis, carottes, concombres, fraises) présente un risque sanitaire. Pour ces cultures sensibles, n’appliquez que du fumier composté et parfaitement décomposé, ou assurez-vous que plusieurs mois s’écoulent entre l’apport de fumier frais et la récolte.
Limiter les Excès pour Protéger l’Environnement
Un apport trop important de fumier de vache peut provoquer une surdose d’azote, qui favorise un feuillage exubérant au détriment des fleurs et fruits, perturbe l’équilibre du sol, et entraîne des fuites de nitrates dans les nappes phréatiques, polluant l’eau potable. Il est crucial de respecter les doses recommandées : 0 à 3 kg de fumier composté par m² ou 1 à 3 kg de fumier frais par m², et d’éviter d’en apporter chaque année sur la même parcelle.
Choisir la Bonne Période pour l’Épandage
L'automne est idéal pour le fumier frais, qui se décomposera tout l’hiver. Le printemps est réservé au fumier composté, directement assimilable par les cultures. Il ne faut jamais apporter de fumier frais juste avant un semis ou une plantation : l’ammoniac qu’il dégage peut brûler les racines et ralentir la levée des graines.
Associer le Fumier à d’Autres Pratiques de Fertilisation Naturelle
Le fumier de vache, utilisé seul, n’apporte pas toujours un équilibre parfait entre azote, phosphore et potassium. Pour optimiser son efficacité, il est recommandé d’alterner avec du compost de déchets de cuisine et de jardin, de combiner avec des engrais verts pour structurer la terre et nourrir la vie du sol, et de compléter avec des paillages (paille, foin, feuilles mortes, BRF) pour protéger la surface et stimuler l’activité microbienne. Bien dosé et utilisé au bon moment, le fumier de vache est un allié précieux en permaculture : il nourrit les sols en profondeur, soutient la biodiversité et favorise des récoltes abondantes, tout en restant respectueux de l’environnement. Il convient aussi d’utiliser le fumier avec parcimonie et conformément aux besoins des différents légumes.
En résumé, pour le fumier de vache au jardin, il est préférable de l'utiliser à l'automne s'il est frais, comme amendement, en le laissant décomposer 3 à 6 mois. Au printemps, il doit être uniquement composté, comme engrais direct. Quant à la manière de l'apporter, frais, c'est 1 à 3 kg/m², épandu en surface et couvert (foin, feuilles mortes, paille). Composté, c'est 0 à 3 kg/m² au pied des cultures. Il est très bénéfique pour les légumes gourmands tels que les choux, courges, tomates, pommes de terre. Il est à éviter sur les légumes racines et les salades s'il n'est pas composté. Enfin, les précautions incluent de ne jamais utiliser de fumier frais sur les cultures consommées crues et de respecter les doses pour éviter l’excès d’azote et la pollution des nappes.
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