La gestion hydrique en maraîchage : Défis, opportunités et pratiques face aux aléas climatiques

L’eau est une ressource vitale pour l’agriculture, et sa gestion est devenue une préoccupation majeure. Dans un contexte de baisse des charges de production et de délestage des réseaux d’eau potable en période de crise, une telle démarche présente des intérêts certains. On ne peut que reconnaître l’aspect primordial et vital de l’irrigation et de l’arrosage des cultures dans le milieu agricole. Aujourd'hui, le monde doit faire face à de fortes périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes notamment dues au réchauffement climatique. En France, l'année 2022 a été la plus chaude jamais enregistrée d'après Météo France et l'hiver 2022-2023 a battu un record de 32 jours sans pluie. La raréfaction de l'eau douce met en péril l'ensemble de l'économie française. Sa mauvaise gestion, son utilisation excessive et le changement climatique sont les principales causes de cet épuisement. Les besoins d'eau en agriculture mais aussi en industrie sont en constante augmentation, dû notamment à la demande alimentaire et la population croissante.

Schéma illustrant le cycle de l'eau sur une exploitation agricole

Les enjeux de la récupération de l'eau de pluie

La récupération de l'eau de pluie est une solution possible pouvant aider les agriculteurs à anticiper les périodes de sécheresse et à bien organiser leur gestion d'eau. Que ce soit pour les besoins et usages de l’exploitation (lavage des locaux, abreuvement des animaux, arrosage…), faire face aux restrictions de consommation d’eau lors de périodes de sécheresse ou encore pour baisser les charges et les coûts d’eau potable, la collecte et le stockage de l’eau de pluie présentent plusieurs avantages.

L’eau de pluie est une source d’eau naturelle qui reste souvent inutilisée dans de nombreuses exploitations agricoles. Son utilisation permet de réduire la quantité d’eau qui doit être achetée aux systèmes publics d’approvisionnement en eau en diversifiant les ressources en eau, et d’accroître la durabilité des exploitations agricoles. L’eau de pluie est plus douce et moins minéralisée que l’eau souterraine ou de surface. Moins d’eau du robinet signifie moins de frais d’exploitation. L’utilisation de l’eau de pluie est particulièrement rentable à long terme dans les régions où l’eau est chère ou dans les régions sèches où l’eau d’irrigation est rare.

Cadre réglementaire et usages autorisés

Le plan eau, présenté le 30 mars par le gouvernement, comprend 53 mesures et vise à la sobriété dans l'usage de l'eau. L'objectif de ce plan d'actions est de garantir de l'eau pour tous, de qualité et préserver les écosystèmes terrestres et marins.

I. ― L’eau de pluie collectée à l’aval de toitures peut être utilisée pour des usages domestiques extérieurs au bâtiment. L’arrosage des espaces verts accessibles au public est effectué en dehors des périodes de fréquentation du public.II. ― A l’intérieur d’un bâtiment, l’eau de pluie collectée à l’aval de toitures, autres qu’en amiante-ciment ou en plomb, peut être utilisée uniquement pour l’évacuation des excrétas et le lavage des sols.V. ― Les usages professionnels et industriels de l’eau de pluie sont autorisés, à l’exception de ceux qui requièrent l’emploi d’eau destinée à la consommation humaine. En cas de restriction de l’utilisation de la ressource en eau, seuls les prélèvements impactant directement le milieu sont concernés (nappes phréatiques, cours d’eau…).

L’eau de pluie n’est pas une eau potable. Dans l’atmosphère et sur les toitures, l’eau pluviale peut se charger en divers polluants (métaux lourds, composés organiques, sables, micropolluants…). Pour l’approvisionnement en eau du bétail, il faudra donc une eau pluviale traitée, avec un réseau d’alimentation séparé de l’eau de la concession. Il est souhaitable d’enterrer le réseau à 60 cm de profondeur afin de conserver les qualités de l’eau et d’avoir un réseau hors gel.

Mise en place technique sur l'exploitation

Pour l’approvisionnement en eau, il faut prendre en compte plusieurs facteurs. Quelle surface sera affectée au captage ? L’inclinaison et le type de toiture (ardoises, tuiles, ondulée). Pour des raisons sanitaires évidentes, la collecte est interdite si c’est une toiture amiante-cimentée. Il faut aussi connaître la pluviométrie moyenne de la région dans laquelle vous êtes situé.

Plusieurs sortes de cuves et citernes existent : enterrées, de surfaces couvertes ou non, souples. Le réservoir s’installe très facilement sans bouleverser l’environnement. Aucun gros travail de terrassement ou d’excavation n’est nécessaire : une surface horizontale, plane ou en pointe de diamant recouverte d’un géotextile ou d’une surface de sable fin d’une dizaine de centimètres permet l’installation d’une citerne souple en quelques dizaines de minutes.

  • Filtre tamis de 200 μm en DN 50.
  • Corps translucide pour surveiller l’état de colmatage.
  • Facile à démonter, facile d’entretien.
  • Entièrement inoxydable.

Diagramme d'installation d'une citerne souple

Étude de cas : La Ferme de la Renaudière

Face à des besoins croissants en eau liés aux épisodes de sécheresse plus fréquents et intenses, La Ferme de la Renaudière, située à Ecueillé dans la région Centre-Val de Loire, décide de mettre en place un système de récupération des eaux pluviales sur son exploitation. Joseph Morin est maraîcher bio depuis de nombreuses années. En 2008, il change ses pratiques culturales et décide de travailler en permaculture.

Initialement, ils arrosaient leurs cultures avec un puits présent sur l’exploitation mais la réserve en eau du puits a fortement diminué. Ils ont donc décidé de mettre en place un système de récupération des eaux de pluies pour pouvoir arroser les cultures et faire face aux épisodes de sécheresse et aux pénuries d’eau. Les eaux de pluie de la maison principale sont récupérées sur la façade Sud. Ils ont construit une mare qui peut accueillir un volume d’eau de 90 m³. Afin d’éviter les pertes d’eau, la mare a été bâchée. Le terrain étant en pente, l’eau de pluie est également drainée dans les jardins grâce à des drains placés en amont qui permettent à l’eau de descendre et d’arriver dans une mare creusée en aval sur la propriété.

Le coût de mise en place d’un système de récupération des eaux pluviales est moins élevé que pour un forage. A titre d’exemple, pour l’exploitation de La Ferme de la Renaudière, le coût de construction d’un forage à 60 m de profondeur s’élevait à plus de 10 000 €. Pour construire l’étang de 600 m², cela leur a coûté environ 5000 €.

Les réalités du terrain : Entre excès et manque d'eau

Si la gestion de l'eau est cruciale, le travail du sol sous la pluie présente des défis majeurs. À Melay, l'agriculteur Jordan Gatineau témoigne : "Il avait tout préparé, labouré sa parcelle puis passé un coup de herse rotative pour que le terrain soit propre avant de semer son maïs. Et voilà qu’il a plu dès le lendemain. Fortement. Alors tout est à recommencer. La terre est gorgée d’eau, le sol retassé, impraticable."

24 Technique de culture hors sol

Ces épisodes illustrent le paradoxe de l'agriculture pluviale. L'agriculture pluviale ou agriculture sous pluie est une forme d'agriculture qui se différencie de l'agriculture irriguée. Ce type d'agriculture suit le cycle des précipitations annuelles. Avec une évaporation modérée, en dessous de 200 mm de pluie par an, l'agriculture pluviale n'a que peu de chances de produire une récolte.

Optimisation de l'agriculture pluviale et gestion des sols

L'augmentation de la productivité de l'agriculture pluviale, qui fournit encore quelque 60 pour cent des aliments produits à l'échelle de la planète, aurait un effet considérable sur la production alimentaire mondiale. Le potentiel d'amélioration des rendements est toutefois étroitement lié à la configuration et répartition spatiale des précipitations.

Dans les zones sèches, une mauvaise gestion des terres peut considérablement réduire les rendements agricoles, jusqu'à moins d'une tonne par hectare. L'une des causes principales d'une telle réduction est l'état de la surface des sols, souvent touchés par la dégradation des terres; celle-ci provoque la formation d'une croûte, ainsi que d'autres phénomènes, qui empêchent l'infiltration des eaux de pluie. Ces phénomènes sont essentiellement provoqués par le retournement trop fréquent du sol, que ce soit manuellement, ou mécaniquement par traction animale ou avec un tracteur. Cette opération laisse le sol fragilisé et exposé à l'érosion par le vent et l'eau.

Les autres techniques de travail du sol - retourner le sol seulement le long des lignes de végétaux, labourer en profondeur pour briser les encroûtements, former des billons surélevés qui suivent les courbes de niveau, faire pousser les végétaux dans des fosses et construire des terrasses en demi-lune autour des arbres et arbustes - peuvent améliorer le rendement des cultures et diminuer l'érosion. Elles permettent d'utiliser beaucoup plus efficacement les précipitations restreintes.

Schéma comparatif : Labour traditionnel vs techniques de conservation des sols

Stratégies d'adaptation et pérennité

La gestion des risques est un facteur crucial de l'agriculture pluviale. Une véritable réduction des risques passe nécessairement par l'irrigation par épandage d'eaux de crue, combinée au besoin par l'irrigation d'appoint. La meilleure manière de résoudre ce problème consiste à détourner les eaux de pluie ruisselant sur les bassins versants environnants pour les diriger vers les sols cultivés. Il suffit que des conditions d'infiltration adéquates aient été mises en place pour que les eaux puissent être stockées dans le sol autour des racines des plantes cultivées.

Il existe des méthodes de stockage du ruissellement des périodes pluvieuses qui permettent ultérieurement d’utiliser ces eaux pendant les périodes de sécheresse : ce sont les réservoirs, étangs, citernes et barrages en terre utilisés pour l’irrigation d’appoint. Elles présentent l’avantage de réduire considérablement le risque de faibles récoltes ou même leur absence totale, que fait peser la sécheresse. L’agriculture à petite échelle peut être productive dans les zones pluviales de faible rendement si une irrigation d’appoint permet de surmonter les sécheresses à court terme qui menacent les cultures et diminuent considérablement les rendements.

Enfin, au-delà du système de récupération des eaux de pluie, d’autres pistes peuvent être étudiées pour faire face aux problèmes de sécheresse, comme par exemple l’utilisation de voiles d’ombrage pour protéger les cultures fragiles ou encore l’utilisation de variétés plus résistantes telles que les cultures d’été lentes à monter en graines. L’utilisation de l’eau de pluie est un moyen précieux d’exploiter durablement les ressources en eau dans l’agriculture. Que ce soit pour les travaux de la ferme, l’élevage ou la culture des légumes, l’eau de pluie peut contribuer à réduire les coûts et à renforcer l’indépendance de l’approvisionnement en eau. De plus, le gouvernement a annoncé des aides de 30 millions d'euros supplémentaires pour les agriculteurs par an, qui seront consacrées au soutien des pratiques agricoles économes en eau.

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