La question de savoir si un bonsaï peut grandir est au cœur de cet art millénaire. Pour comprendre ce phénomène, il est nécessaire d'aborder les fondamentaux de la biologie végétale et les techniques de culture qui permettent de maintenir ces arbres dans une forme miniature tout en respectant leur santé.

Les fondements biologiques de la croissance des arbres
Les arbres possèdent une tendance naturelle à distribuer davantage de croissance vers le sommet de l’arbre et la périphérie, un mécanisme biologique appelé la « dominance apicale ». Ce comportement encourage les arbres à pousser plus haut pour se prémunir de la concurrence d’autres végétaux et éviter de se retrouver à l’ombre.
Contrairement aux êtres humains, dont le développement est limité après la naissance, les plantes forment continuellement de nouveaux organes - feuilles, racines et fleurs - tout au long de leur vie à partir de structures appelées méristèmes. Robert Sablowski, chef du département de biologie cellulaire et développementale du John Innes Centre, souligne que « le développement des plantes est réputé pour être très flexible, et fortement tributaire de l’environnement ». Les cellules du méristème des bonsaïs sont identiques à celles de leurs homologues de grande taille, et leurs instructions génétiques sont similaires. Par conséquent, un bonsaï a tout à fait le potentiel biologique de grandir s'il est libéré des contraintes imposées par son cultivateur.
La taille : L'outil principal de la maîtrise
La manière la plus courante pour former un arbre est de le tailler régulièrement. Tailler est primordial autant pour conserver la taille miniature des arbres que pour les mettre en forme. Le but ultime est de créer un bonsaï qui ressemble autant que possible à un arbre au naturel.
Techniques de taille d'entretien
La taille d’entretien est nécessaire pour maintenir la forme de l’arbre. Pour ce faire, il faut simplement tailler les branches ou les pousses qui ont dépassé la taille désirée de la couronne, en utilisant des ciseaux fins. Il est important de noter une distinction majeure : contrairement aux arbres caducs, les pins et les conifères doivent être pincés à la main. Utiliser des ciseaux pour tailler des conifères mènerait à un feuillage sec et brun à l’endroit des coupes.
La défoliation et la réduction de taille
La défoliation est une méthode qui consiste à retirer les feuilles d’un caduc pendant l’été pour obliger l’arbre à faire pousser de nouvelles branches. Cette technique conduit au final à la réduction de la taille des feuilles et à la densification de la ramification.
La construction de la structure : Le travail du tronc
Le véritable art du bonsaï ne réside pas seulement dans l'entretien, mais dans la création d'une structure harmonieuse. « Je ne cultive pas des arbres, je cultive des troncs », disent souvent les experts.
Pour des troncs réellement gros, de 8 cm (3 pouces) et plus, planter en pleine terre est probablement le moyen le plus rapide. La pleine terre permet une croissance vigoureuse, une base plus évasée et un meilleur nebari (le déploiement des racines en surface), grâce au stress provoqué par le vent qui agite le tronc.

La gestion des branches sacrifices
Un procédé lié consiste à faire pousser des branches et troncs sacrifices afin d’augmenter le diamètre du tronc ou de corriger un défaut de conicité inverse. Il est important, quand on fait pousser des branches sacrifices, qu’elles n’ombragent pas les parties en dessous. Pour faire grossir l’ensemble du tronc, faites pousser une branche sacrifice près de la cime de l’arbre, mais pas à l’extrémité, afin de ne pas détruire sa structure délicate.
L'importance de l'équilibre entre racines et feuillage
Un arbre sain ne devrait avoir aucun problème suite à l’élagage de son feuillage jusqu'à 1/3. En tous cas, avec une taille significative, il est important de tailler les racines dans des proportions équivalentes. Ainsi, l’on évite que l’arbre ne développe une croissance trop rapide pour compenser le déséquilibre entre feuillage et racines.
Le rempotage régulier, tous les deux ans en moyenne, est primordial pour s’assurer que les jeunes arbres ne se congestionnent pas dans le pot, ce qui rendrait l’arrosage et la rétention d’eau moins efficaces. Comme l’espace des pots est limité avec peu de nutriments disponibles, la fertilisation pendant la saison de croissance est indispensable pour conserver la santé de l’arbre.
Choisir son arbre et son environnement
La plupart des gens ont commencé à cultiver un bonsaï après avoir acheté un arbre dans un magasin. Le point le plus important est de choisir une essence d’arbre qui convienne à votre environnement.
- Bonsaï d'intérieur : Les options se limitent aux espèces (sub)tropicales qui nécessitent beaucoup de lumière et une température relativement élevée.
- Bonsaï d'extérieur : La majorité des arbres non-tropicaux pousseront parfaitement bien tant qu’ils sont protégés de l’ensoleillement intense ou des températures glaciales. Un bon choix est de sélectionner une essence indigène.
Placer un arbre d’extérieur en intérieur, ou vice versa, est le meilleur moyen de le tuer. L'arbre réagit aux variations des saisons ; s'il est gardé à l'extérieur, il subit des cycles de repos hivernal et de croissance printanière qui régulent son métabolisme.
Comment ligaturer un bonsaï
Le temps comme allié et outil
Le temps et le bonsaï sont deux choses indissociables. Il faut compter au moins 10 à 15 ans de culture afin de former la structure de base si l'on part d'une graine. Construire un tronc avec une belle conicité et de grosses branches principales est un processus qui prend des années.
Une fois que les plantes sont mises en petit pot, elles cessent presque de grossir. C'est alors le moment de former d'autres aspects comme la réduction de la taille des feuilles et la ramification. Les débutants sont souvent pressés de placer leur arbre dans un pot à bonsaï, et ainsi se privent eux-mêmes de l'opportunité d'avoir un bonsaï réellement de qualité. Le véritable travail de bonsaika ne commence qu’une fois que la structure de l’arbre est bien établie. Au fur et à mesure que les années passent, vous vous rendrez compte qu’il y a toujours moyen d’améliorer votre arbre, car le bonsaï n'est pas une course, mais un chemin.