Stratégies et enjeux de la valorisation du fumier de stabulation et équin

La gestion des effluents d’élevage représente un défi majeur pour les exploitations agricoles, qu’elles soient orientées vers la production animale bovine ou la filière équine. Bien au-delà de la simple évacuation des déchets, la valorisation du fumier constitue une opportunité agronomique et économique essentielle. À l’heure où les sols agricoles voient leur qualité se détériorer, marquée par un appauvrissement en matière organique, l’érosion et une perte de biodiversité, l’utilisation de fumier ou de produits dérivés (compost, digestat) apparaît comme une alternative durable.

Schéma illustrant le cycle de transformation du fumier en amendement organique

Les fondamentaux de la gestion des effluents

Le but recherché est d’avoir des effluents stockables et manipulables avec du lisier facile à malaxer et à épandre et un fumier qui se tient bien, facile à reprendre avec une fourche hydraulique. Au-delà du niveau de paillage, la fréquence du curage peut aussi avoir des conséquences sur le produit final. Le compromis est toujours délicat entre l’obtention d’un produit homogène et des bétons de sols le plus sec possible. Par exemple une grille d’égouttage bien conçue peut être une solution, pour cela il faudra bien dimensionner celle-ci en fonction des pratiques de chacun.

Une bonne gestion des effluents ne concourt pas seulement à réduire les fuites de nitrates mais avant tout à réduire le plus possible les achats d’engrais minéraux azotés devenus très onéreux. Pour une bonne activité biologique du sol, des restitutions de carbone facilement dégradable sont indispensables. Les cultures fourragères conservées, comme le maïs ensilage par exemple, ne présentent que très peu de résidus de récolte. Le retour des déjections est alors très bénéfique pour nourrir la vie du sol.

La spécificité de la filière équine

La gestion du fumier est une problématique incontournable pour les exploitations de la filière équine. Le fumier bien qu’étant initialement le déchet d’une structure équine devient alors une ressource agronomique. La valorisation du fumier permet de gérer les quantités produites en aval, permettant d’obtenir une plus-value de cette matière organique fermentescible.

En fonction de la gestion et du temps d’occupation des boxes, le fumier peut avoir une composition qui varie. Selon l’humidité et la teneur en déjections, le fumier ne se valorise pas de la même manière. Ces différences doivent être prises en compte afin de valoriser au mieux le fumier. Au sein du label EquuRES, c'est le critère FD3 qui est concerné par la valorisation du fumier. Les 10 thématiques d'action du Label permettent aux professionnels d'entrer dans une démarche globale d'amélioration continue.

Les enjeux du compostage : technique et agronomie

Le compostage du fumier présente de nombreux avantages pour les exploitants agricoles, à la fois sur le plan technique, agronomique et environnemental. Cette pratique, simple à mettre en œuvre, permet d’optimiser la valeur fertilisante du fumier tout en réduisant son impact sur l’environnement.

  • Réduction du volume : le compostage diminue d’environ un tiers le volume initial du fumier, ce qui signifie moins de transport et moins de quantités à épandre.
  • Moins d’odeurs : ce qui limite les nuisances pour les riverains et permet un retour plus rapide des animaux aux pâturage.
  • Hygiénisation naturelle : l’élévation de la température pendant le processus détruit une partie des graines adventices et des germes pathogènes.
  • Épandage plus homogène : le fumier final offre une meilleure régularité d’épandage.
  • Amélioration de la valeur fertilisante : le compost contient des éléments nutritifs plus concentrés et l’azote est libéré progressivement, ce qui est bénéfique pour les cultures.

Le compostage consiste à aérer de la matière organique contenant un peu d’eau et d’azote pour en accélérer l’évolution. La dégradation est réalisée par des micro-organismes. Elle permet d’obtenir un produit plus stable et hygiénisé. Les intérêts du compostage sont de réduire le volume de fumier de 50 % et donc de faciliter l’épandage, d’hygiéniser le fumier par la montée en température, de le stabiliser (ce qui limite le lessivage après épandage) et de le désodoriser.

Diagramme des étapes du compostage à la ferme

Mise en œuvre et hygiénisation

L’hygiénisation du fumier comprend une phase thermophile au cours de laquelle la température au sein du tas s’élève au-dessus de 50 °C. C’est cette élévation de température qui va permettre la destruction des graines d’adventices, des virus, bactéries et parasites. Le maintien de la température au-dessus de 50 °C pendant 6 semaines est nécessaire à une hygiénisation satisfaisante.

Les essais réalisés à la Jumenterie du Pin ont montré qu’un fumier pailleux de boxes ne se composte pas. Le fumier idéal est un fumier de stabulation riche en matière organique (C/N = 25-30 et 35 à 45 % de MS). Pour savoir si le taux d’humidité d’un fumier est convenable, le « test à la main » peut être pratiqué : prendre une poignée de fumier et la serrer, l’eau ne doit pas couler et en desserrant, le fumier doit conserver sa structure. Un fumier pailleux nécessite d’être, par exemple, mélangé avec un fumier de bovin bien fait pour pouvoir être composté.

Laisser vieillir le fumier en tas ne suffit pas à le composter. Deux retournements du tas à 6-7 semaines d’intervalle sont nécessaires. Les retournements peuvent être effectués à l’aide d’un épandeur ou d’une composteuse disponibles auprès d’une Cuma. Le compostage a lieu au champ après disposition du fumier en andain.

Analyse de la valeur fertilisante

Les pâturages utilisés par les chevaux présentent souvent des déficits en phosphore et potassium et l’apport de compost permet d’éviter un appauvrissement préjudiciable à la production d’herbe. Un épandage de 10 à 15 t de compost par ha apporte 37 à 55 U/ha de phosphore et 79 à 118 U/ha de potasse, rendant ainsi inutiles les apports d’engrais minéraux.

L’azote présent dans le compost n’est pas disponible au moment de l’épandage. Une étape de minéralisation est nécessaire. Celle-ci nécessite de l’eau et de la chaleur tout comme la pousse de l’herbe. Ainsi, la libération de l’azote intervient simultanément à la pousse de l’herbe, ce qui limite les pertes par lessivage. Cette libération va se faire progressivement, sur 4 années environ. C’est ce qu’on appelle « l’arrière effet ».

Le potassium des PRO (Produits Résiduaires Organiques) se trouve dans les urines et les litières. Sa solubilité est analogue à celle des engrais potassiques. Le phosphore se trouve en majorité sous des formes minérales plus ou moins solubles, mais aussi sous des formes organiques très diverses, comme les phospholipides et les phytates. Quant à la mise à disposition de l’azote des PRO, elle est très variable selon la part d’azote minéral et les formes d'azote organique qu’ils contiennent.

Fabrication de compost, à l'échelle locale !

Cadre réglementaire et accompagnement

Prendre connaissance et respecter le Règlement Sanitaire Départemental, différents d’un département à l’autre, est crucial, notamment en ce qui concerne les modalités de stockage. Pour les élevages de chevaux dont la production de compost est inférieure à 1 tonne par jour, la règle en vigueur est celle du Règlement sanitaire départemental. Pour ces exploitations, le fumier ayant séjourné plus de deux mois sous les animaux peut être stocké puis composté au champ.

Le programme Val’Fumier a pour objectif de développer des filières de valorisation du fumier de cheval pour apporter des solutions pérennes de recyclage de ces effluents. Développée par les Chambres d’Agriculture et l’IFCE, la plateforme Val’Fumier permet aux producteurs et valorisateurs de fumier équin de se mettre en relation et d’accéder à toutes les informations utiles sur la gestion et la valorisation du fumier équin.

Pour établir un plan de fumure organique intégrant l’épandage des PRO, il est indispensable de connaître leurs valeurs fertilisantes. Des valeurs moyennes de composition des principaux types de PRO ont été mises à jour en 2019. Pour chaque élément fertilisant, le Keq exprime l’efficacité de l’engrais organique par rapport à un engrais minéral de référence. Il existe aujourd'hui des outils numériques permettant de calculer le pouvoir fertilisant des produits organiques en un clic, aidant les éleveurs à estimer simplement la composition en azote, phosphore, potassium et magnésium de leurs effluents.

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