Le Lierre : Symbole, Écologie et Réalités Architecturales

Le lierre, ou Hedera, est bien plus qu’une simple plante grimpante ; il est une entité complexe, ancrée dans l’histoire, la mythologie et les écosystèmes. Associé à l’ogham gort, à la lettre G, et à la période allant du 30 septembre au 27 octobre, il occupe une place singulière dans le calendrier végétal. Pour comprendre cette plante, il faut dépasser le stade de la simple observation paysagère pour plonger dans une étude multidisciplinaire qui lie la botanique rigoureuse aux mythes les plus anciens.

Le lierre grimpant sur un mur de pierre ancienne

Botanique : Une architecture végétale complexe

Le genre Hedera comprend environ dix espèces de plantes ligneuses à feuilles persistantes, originaires d’une zone allant des îles de l’Atlantique, de l’Europe occidentale, centrale et méridionale, au Nord-Ouest de l’Afrique et s’étendant jusqu’à l’Asie centrale et du Sud-Est et au Japon. Ces plantes présentent deux types de feuilles distincts : les juvéniles, à lobes palmés, sur les tiges rampantes et grimpantes, et les adultes, en forme de cœur sur les tiges fertiles portant les fleurs exposées au plein soleil, habituellement tout en haut dans la couronne des arbres ou sur le sommet des parois rocheuses.

Les pousses juvéniles et adultes diffèrent aussi : la première est élancée, flexible et escaladant ou grimpant avec de petites racines pour fixer la pousse sur le substrat, tandis que la deuxième est plus forte, se soutenant elle-même et sans racine. Sur des surfaces appropriées, comme des arbres ou des parois rocheuses, il peut grimper jusqu’à au moins 25 à 30 mètres au-dessus du niveau du sol. Ses racines superficielles ne concurrencent pas celles des arbres, plus profondément enfouies dans leur quête de nourriture. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent à tort, le lierre n’est pas une espèce parasite ; il se nourrit uniquement avec son système racinaire souterrain.

Le lierre et la biodiversité : Un rôle écologique majeur

Le lierre joue un rôle très important dans l’équilibre de la biodiversité. Les fleurs sont petites, produites à la fin de l’automne, regroupées en ombelles de 3 à 5 cm de diamètre, jaune-verdâtre et très riches en nectar. Elles forment une source tardive importante de nourriture pour les abeilles et autres insectes ; les fruits sont de petites baies noires mûrissant à la fin de l’hiver et procurent une nourriture importante pour de nombreux oiseaux, bien que toxiques pour les humains.

Les feuilles sont une nourriture de choix pour les larves de certaines espèces de lépidoptères comme les méticuleuses (Phlogophora meticulosa), le collier soufré (Noctua janthe), ou encore la vieillie (Idaea seriata), qui ne se nourrit que de lierre. Le feuillage est un refuge pour toute la petite faune diurne et nocturne. Les oiseaux n’hésitent pas à venir y dissimuler leur nid tandis que le citron (Gonepteryx rhamni), un papillon, s’y camoufle pour passer l’hiver.

L'interaction avec les murs : Entre protection et dégradation

La question de la dégradation des murs est au cœur des préoccupations. On considère généralement qu’un mur solidement maçonné est impénétrable aux racines d’escalade du lierre et n’en sera pas dégradé, car il est aussi protégé des intempéries par le lierre qui empêche la pluie d’atteindre le mortier. Les murs déjà faibles ou ayant perdu du mortier peuvent cependant être gravement endommagés car le lierre est capable de planter ses racines dans le mortier abîmé, ce qui fera s’écrouler le mur ensuite.

Dans le cas de murs qui ne présentent pas de dégradations, le lierre s’avère très efficace pour réduire les extrêmes de température et d’humidité ainsi que la fréquence et l’ampleur des variations qui peuvent autrement contribuer à la détérioration des maçonneries. Par ailleurs, le feuillage du lierre est un piège efficace pour les particules fines en suspension dans l’air. Il réduit la quantité de pollution atteignant la surface des murs qui contribue à la salissure et à la dégradation chimique. En résumé, le lierre peut bel et bien causer des dommages aux murs, mais seulement lorsque ces derniers sont déjà significativement détériorés.

Schéma illustrant les racines adventives du lierre sur une paroi rocheuse

Symbolisme et mythologie : De Dionysos à l'immortalité

Le lierre était très estimé des anciens. Ses feuilles servaient à confectionner la couronne des poètes, de même que celle de Bacchus, à qui la plante était dédiée, probablement du fait de l’habitude de s’en ceindre le front pour éviter l’intoxication. Les anciens Grecs employaient au moins deux noms différents pour distinguer helix de kissos. Le premier, helix, est celui qui porte des feuilles lobées, tandis que le second, kissos, représente une morphologie foliaire où les feuilles sont lancéolées.

Dans la mythologie grecque, le lierre est un attribut de Dionysos. Sémélé, enceinte de Zeus, portait Dionysos dans son ventre ; pour que l’enfant soit protégé de l’ardeur solaire du dieu du tonnerre, un lierre s’interposa entre la mère et l’enfant. C’est à cet extrait du mythe que Dionysos doit son nom qui, littéralement, veut dire « né deux fois ». Le lierre symbolise également l’immortalité avec son feuillage persistant épais et luisant que les saisons n’affectent pas.

Usages médicinaux et populaires : Une plante ambiguë

Autrefois, le dessin d’un buisson de lierre était dessiné sur les portes de tavernes anglaises pour indiquer l’excellence des spiritueux qu’on y vendait. C'est de là que vient le dicton « à bon vin point d’enseigne ». Les feuilles et les baies sont réputées être cathartiques, diaphorétiques et stimulantes. Une décoction de la plante est utilisée pour traiter les problèmes de peau. Cependant, il faut être vigilant : les feuilles et les fruits contiennent de l’hédéragénine, un saponoside qui, s’il est ingéré, peut causer des difficultés respiratoires et le coma.

La phytothérapie fait encore appel au lierre grimpant surtout pour ses hédérasaponines qui ont des propriétés antispasmodiques et expectorantes efficaces pour apaiser la toux, dégager les voies respiratoires et soigner bronchites et coqueluches. En usage externe, il sert également à soulager l’arthrose et les rhumatismes, cicatriser les plaies et les brûlures, et traiter la cellulite.

Le LIERRE TERRESTRE : la plante sauvage aux incroyables vertus

Perspective culturelle et historique

La coutume de décorer les maisons et les églises avec du lierre à Noël a été interdite par l’un des premiers Conciles de l’Église, du fait de son lien avec le Paganisme, mais la coutume perdure encore aujourd'hui. Une feuille de lierre est l’emblème des Gordon. En Orient comme en Occident, le lierre est vite devenu le symbole de l’attachement affectif et de la fidélité, voire de l’amour étouffant. Une devise lui est associée : « Je meurs ou je m’attache ».

L’association entre vieilles pierres et lierre grimpant a même donné le nom de l’Ivy League (ou la ligue du lierre) de l’Est américain : cette ligue regroupe huit prestigieuses universités américaines, qui, l’ancienneté pouvant être gage de qualité, comptent des bâtiments couverts de lierre. Sur le plan étymologique, le nom latin Hedera est dérivé du celtique hedra, qui signifie « la corde », soulignant la capacité de la plante à se lier et à grimper durablement sur ses supports.

Le lierre, avec son décalage dans le temps, est peut-être un marginal, et bien qu'il semble attirer des pollinisateurs somme toute généralistes, il a entraîné un insecte particulier à se décaler lui aussi : l'abeille du lierre (Colletes hederae), une espèce presque exclusivement inféodée à cette plante pour sa survie. Ainsi, cette plante, autrefois vilipendée comme une mauvaise herbe, révèle une complexité biologique et symbolique qui continue de fasciner les jardiniers, les botanistes et les poètes.

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