La viticulture, dont la culture remonte à environ 8000 ans avant Jésus-Christ, est une discipline qui, bien que millénaire, a constamment évolué au gré des innovations techniques et des défis biologiques. Si le vin est considéré depuis la Grèce antique, 1500 ans avant notre ère, comme un breuvage amené par les dieux, l'acte de planter la vigne est resté, pendant des siècles, un geste fondamentalement manuel et précis. Au cœur de cette pratique se trouve un objet modeste mais essentiel : le plantoir.

Les fondamentaux de la plantation : du crayonnage au plantoir
La mise en place d’une parcelle de vigne ne s'improvise pas. Avant même que la terre ne soit ouverte, le vigneron procède au « crayonnage », une opération destinée à tracer l’écartement des rangs et la densité des pieds de vigne sur le rang. Une fois les mesures prises, le travail commence. La mise en terre du plant raciné ou soudé-greffé se pratique traditionnellement avec un plantoir en bois.
À l’intersection des lignes marquées, des trous étaient creusés à l’aide d’une « plantadoira », un outil qui permettait de préparer l'accueil de la jeune pousse sans briser la structure du sol. Cette méthode manuelle garantissait que le plant soit inséré à la profondeur idéale, assurant ainsi un enracinement profond, crucial pour la survie de la vigne face aux aléas climatiques.
L’art de préparer le sol : les outils des anciens agronomes
Avant que le plantoir ne puisse entrer en action, le sol doit être préparé. En Beaujolais, les anciens agronomes utilisaient des termes spécifiques pour décrire cette étape : « blaincbayer », « défoncer » ou encore « miner ». Pour ces travaux de préparation profonde, ils se servaient de trois instruments complémentaires : le bipalium (une bêche robuste), la pala (pelle) et le rutrum.
L’araire, utilisé universellement pendant des millénaires, jouait un rôle complémentaire. Contrairement à une charrue moderne, l’araire ne retourne pas le sol mais effectue un travail d’ouverture peu profonde. Au XVIIIe siècle, une transition majeure s'opère : le soc en bois est remplacé par un soc entièrement en fer, appelé reille. Les reilles les plus anciennes, forgées d’une seule pièce, témoignent de la transition vers une métallurgie plus durable et efficace dans le travail de la terre.
La lutte contre les fléaux : une révolution chimique et technique
Jusqu’au début du 19ème siècle, la vigne ne connaissait pas les attaques de parasites modernes. Cependant, vers 1847-1850, l’oïdium, champignon d’origine américaine, commence à dessécher les parties vertes de la vigne. Ce fléau est combattu efficacement à compter de 1856 par le soufre, marquant le début d'une ère de traitements préventifs.
En 1878, un nouveau champignon, le Mildiou, est identifié. La réponse technique ne tarde pas : vers 1885, les bouillies à base de sulfate de cuivre, connues sous les noms de Bouillie bordelaise et Bourguignonne, sont mises au point. Ces avancées ont permis de protéger le vignoble, mais ont également nécessité le développement de nouveaux outils pour l'application des produits. Le phylloxéra, quant à lui, reste l'ennemi le plus redoutable. Ce puceron (Phylloxéra vastatrix) possède un cycle complexe : il se présente sous forme « gallicole », « radicicole » et « ailée et sexuée ». Il est fascinant de noter que les variétés européennes sont résistantes au Phylloxéra gallicole qui se développe sur les feuilles, alors que les variétés américaines le sont au Phylloxéra radicicole qui s’installe dans les racines.

De la taille à la récolte : l'évolution des instruments de coupe
Le travail de la vigne est rythmé par les saisons. En janvier, l’on « semarde », c’est-à-dire que l’on enfouit l’engrais répandu sur la terre. Le vigneron veille ensuite anxieusement sur ce trésor, jusqu'à la floraison, où une subtile et suave odeur embaume l'air.
Pour maintenir la vigueur de la vigne, la taille est primordiale. À partir de 1860, certains vignerons remplacent la serpe à dos tranchant par la scie égoïne pour enlever les bois morts. Le travail de rognage, consistant à couper les extrémités des hauts sarments, utilise également des outils spécialisés comme le pal en cuivre et fer. Pour la récolte, la serpette à lame recourbée, appelée la « picourelle », demeure l'instrument de référence pour découper les grappes avec précision.
Le travail du vin : du pressoir à la mise en bouteille
Une fois les raisins récoltés, le processus de transformation débute. Le pressurage s'effectue traditionnellement par un pressoir à claies, actionné par un mécanisme à cliquet qui permet de pressurer le marc de raisin fermenté. Ce travail libère le vin de presse, qui est ensuite stocké dans des fûts en bois.
L’entretien de ces fûts demande un savoir-faire de tonnelier. L'ouverture du fond du tonneau pour le soutirage se fait soit à l’aide d’un vilebrequin, soit par un outil spécifique appelé « mèche à manche ». Pour l’ouverture du tonneau lui-même, on utilisait un tire-bouchon ou tire-bonde, datant du XIXe et du début du XXe siècle. Enfin, pour assurer la limpidité du vin, on pratique le collage, une technique ancienne consistant à précipiter les particules indésirables. La mise en bouteille, quant à elle, s’opérait de façon artisanale avec un bouchoir à main, un appareil en bois de buis permettant d’introduire un bouchon de liège cylindrique préalablement macéré dans le vin.
Artisanat : Du bois et des jeux !
Le renouveau des cépages et la multiplication de la vigne
Le choix de la variété de vigne est déterminant. Un mauvais choix de variété et des absences de soins adaptés, surtout concernant la taille, expliquent pourquoi de nombreuses vignes de particuliers restent essentiellement décoratives. Aujourd'hui, on assiste à un retour des cépages hybrides, issus de la méthode ancestrale de croisement pour améliorer la qualité et la quantité. Ces hybrides, souvent américains ou canadiens, sont très bien adaptés aux climats nordiques et produisent de grosses grappes sucrées.
Pour multiplier une bonne variété, le bouturage est une technique accessible. La bouture aoûtée se pratique sur rameaux aoûtés, de la fin août jusqu'au début du printemps. Le bois est dur à la base et ne se plie pas facilement. La technique consiste à tremper le biseau dans une hormone de bouturage pour favoriser la croissance des racines. Pour les particuliers, l’INRA a également mis au point des variétés dites d’agrément, telles que Aladin, Amandin ou Perdin, sélectionnées pour leur rusticité et leur résistance aux maladies.
Pratiques culturales : du bouturage à l'ensachage
Le bouturage vigne n’est pas compliqué à réaliser. Il s’effectue en deux opérations : le prélèvement et la préparation des boutures après la chute des feuilles, puis la plantation. Il faut faire un trou de 20 à 25 cm de profondeur, selon la longueur de la bouture, et laisser sortir le bourgeon supérieur juste à 5 cm au-dessus du niveau du sol.
Après le débourrement, il est crucial de maintenir la terre légèrement humide durant l’été, mais sans excès, car la vigne craint l’humidité. Enfin, pour protéger les fruits contre les insectes et les oiseaux, une solution ancestrale bien plus ancienne que les produits phytosanitaires existe : l’ensachage. Cette pratique permet d'obtenir des fruits beaux et sains, garantissant une récolte de qualité pour la consommation familiale, loin des contraintes industrielles et des traitements chimiques systématiques.