L'évolution de la motobineuse est une illustration fascinante de l'ingéniosité humaine face aux défis du travail agricole. Depuis les outils rudimentaires actionnés par la force humaine ou animale jusqu'aux machines sophistiquées d'aujourd'hui, cette transformation a révolutionné les pratiques culturales, rendant les tâches moins pénibles et augmentant considérablement la productivité. Plongeons dans l'histoire de ces engins qui ont modelé nos paysages agricoles.
Les Fondations du Travail Agricole : Une Lutte Manuelle et Animale
Avant l'avènement des machines, l'agriculture était avant tout manuelle, exigeant une force des bras considérable et une main d'œuvre importante. Les outils employés étaient rudimentaires, et les journées de travail étaient longues et pénibles. L'énergie nécessaire pour avancer ou actionner une machine était principalement fournie par la traction animale, avec des animaux comme les chevaux ou les bœufs. Ces bêtes tiraient des machines agricoles simples telles que le chariot, la herse ou l'araire. Dans les fermes, des manèges étaient utilisés pour actionner des machines, mais leur rendement restait faible.

Les exploitations agricoles du début du 20ème siècle, notamment dans des villages comme Kalhausen, reflètent cette réalité. En 1924, sur 15 exploitations recensées, la plupart des travaux culturaux reposaient sur la traction animale, en particulier le cheval. Seules 3 exploitations utilisaient la force mécanique, et une seule était équipée d'une batteuse et d'une écrémeuse. Cette dépendance à l'énergie animale a perduré jusque dans les années 70 pour certains types de travaux, en dépit des premières vagues de motorisation.
Le forgeron local, comme Léon Lett de Kalhausen (1903-1984), jouait un rôle essentiel. Ses factures annuelles pour les réparations de charrettes, faucheuses (doigts, sections, plaques, lames) et autres machines traînées, ainsi que pour les soins apportés aux sabots des chevaux, témoignent de l'importance de ces équipements et de la traction animale dans la vie agricole.
La Révolution Mécanique : L'Émergence de la Puissance et de la Vitesse
Le 19ème siècle marque le début d'une ère de grandes inventions et de mises au point destinées à faciliter le travail agricole. L'introduction de machines actionnées par la force humaine (au moyen d'une manivelle) ou animale (au moyen d'un manège) a constitué un premier pas vers la mécanisation. Des noms comme John Deere aux États-Unis, ou Braud et Célestin Gérard en France, sont associés à cette période. Célestin Gérard, par exemple, débute en 1847 à Vierzon par la fabrication de batteuses.

Le Labour : Une Étape Fondamentale
Le labour est une tâche essentielle pour préparer le sol. Initialement réalisé avec des charrues simples, comme la charrue brabant simple Hamant, il était souvent effectué par des attelages de 2 ou 3 chevaux, en fonction de la nature du terrain, qu'il soit argileux ou sablonneux. Le "labour d'automne, en refendant" (zòmme fahre) ou le labour "en billons" (labour en plein, à versant alternatif) étaient des techniques courantes. Les charrues, devenues plus sophistiquées avec l'introduction de l'acier par John Deere en 1837, permettaient d'aérer le sol et d'extirper les mauvaises herbes.

Le Déchaumage et l'Émiettage du Sol
Après la moisson, le déchaumage était réalisé pour désherber le champ. Les herses rigides en bois à dents métalliques, utilisées depuis des siècles, servaient également à émietter le sol avant les semis. L'introduction de herses plus performantes, comme la herse rotative ou la herse croskill, a apporté un gain important en rentabilité, notamment pour les grandes exploitations. Pour les semis, les semoirs manuels ou le "Sääsàck" (sac porté en bandoulière) étaient employés.
L'Évolution de la Fenaison
La fenaison, traditionnellement réalisée à la main avec la faux, la fourche et le râteau, était une tâche extrêmement exigeante. La motofaucheuse, apparue dans les années 1930, a révolutionné ce travail. Des entreprises comme Stafor, créée en 1930, ont été pionnières en France avec des modèles comme la C2 en 1932, équipée de roues pneus type auto de grand diamètre pour franchir les rigoles et d'une barre de coupe de 1,30 m. Cette machine, puis la Junior en 1950 avec un moteur Bernard, ont transformé la fenaison, surtout en montagne.

Sur la pente : fenaison traditionnelle en Bigorre
Le râteau à cheval (Pèèrdsrèsche) a permis de rassembler le fourrage, tandis que le faneur à attelage hippomobile rendait le fanage plus efficace en retournant le foin pour un séchage uniforme. Le chargement du foin en vrac sur des charrettes à échelles (e Lèèderwòòn) était une tâche collective et physiquement éprouvante. L'apparition du ramasseur-élévateur-chargeur a mécanisé cette opération. Plus tard, les botteleuses (e Haupréss) ont permis de former des bottes, simplifiant le stockage et le transport.
La Moisson et le Battage des Céréales
La moisson, autre travail agricole majeur, a connu une transformation similaire. La moissonneuse, inventée par Patrick Bell en 1826 et améliorée par Cyrus McCormick en 1831, a marqué un tournant. La moissonneuse-lieuse, introduite en France en 1877, a permis de récolter et de lier les gerbes, réduisant considérablement le temps de travail. Des machines comme la Cormick Deering étaient couramment utilisées après la Seconde Guerre mondiale.
Le battage des céréales, qui consistait à séparer le grain de la paille, était initialement un travail long et pénible, souvent réalisé avec des fléaux. Les batteuses, actionnées par des manèges ou des moteurs thermiques ou électriques, ont grandement simplifié cette tâche. Les batteuses mobiles, comme celles produites par Pétri, se déplaçaient de ferme en ferme. Dans les années 70, la batteuse à poste fixe, souvent installée au fond de la grange, est devenue plus courante. La moissonneuse-batteuse, combinant les deux opérations, est apparue plus tard, offrant un gain de temps et de productivité considérable.

L'Ère des Moteurs Thermiques et Électriques : Un Nouveau Souffle
Le 20ème siècle voit l'avènement de la force mécanique apportant puissance et vitesse. L'utilisation de la vapeur comme source d'énergie se développe avec des machines comme la locomobile. Cependant, ce sont les moteurs thermiques et électriques qui vont véritablement transformer l'agriculture.
L'Introduction du Tracteur
Le tracteur, né dans les années 1920, va devenir un acteur majeur pour l'augmentation de la productivité. Le tracteur International 8-16, introduit en France en 1920, refroidi par eau, représente une innovation significative. Si initialement, l'engouement pour ce type d'engin est faible en France, contrairement aux États-Unis, la Première Guerre Mondiale va accélérer sa diffusion. Le manque de main-d'œuvre et le besoin de reconstruire le pays après le conflit poussent à l'adoption de solutions mécanisées.

Les tracteurs des débuts sont souvent dotés d'un moteur à essence, comme le Fiat 18 La Piccola de 1957. Les agriculteurs doivent faire un investissement important et attendre plusieurs années avant de pouvoir investir dans des modèles plus puissants. L'arrivée des moteurs semi-diesels et, plus tard, des moteurs diesel, a amélioré le rendement et réduit les coûts de fonctionnement. Dans les années 1960, la généralisation du relevage hydraulique sur les tracteurs a également simplifié l'utilisation des outils attelés.
Sur la pente : fenaison traditionnelle en Bigorre
Le tracteur n'est pas seulement un outil de travail. Il devient un moyen de transport, voire un "merveilleux engin de transport pour les personnes", comme en témoigne la présence de sièges passagers sur certains modèles. Cela permettait aux familles de se déplacer pour des activités comme la cueillette des myrtilles, transformant l'engin de travail en un vecteur de loisirs.
La Montée en Puissance de la Motoculture
Parallèlement au tracteur, le motoculteur et la motobineuse ont conquis les petites exploitations et les jardins. Le motoculteur, né dans les années 1920, occupe une place importante dans l'agriculture spécialisée jusqu'aux années 1970-1980.

Des entreprises comme Staub, créée en 1906, ou Somua, initialement fabricants d'engins mécaniques, ont développé leurs premiers motoculteurs en utilisant des sous-ensembles automobiles de l'époque. En 1922, Georges Staub, fils du fondateur, contribue à l'expansion de l'entreprise en développant des blocs-moteurs agricoles.
Ferrari présente son premier motoculteur en 1950, puis le motocultivatore MC57 en 1957, donnant naissance à une gamme de produits qui perdure aujourd'hui.
L'entreprise Energic, créée par Monsieur Patissier, a également joué un rôle pionnier. Dès 1920, Monsieur Albert Patissier dépose et détient plus de 40 brevets français et 18 brevets internationaux pour des tracteurs, motoculteurs et motobineuses. Cependant, à partir de 1964, l'arrivée de matériel agricole importé, principalement du Japon et de Taïwan, à des prix plus compétitifs, a entraîné un déclin pour Energic. En 1976, André Patissier, aux commandes de l'entreprise, décide d'arrêter la production de motoculteurs et de tracteurs pour se concentrer sur la refabrication de pièces de rechange. La production de la gamme de motobineuses plus petites a été maintenue, avec environ 2000 machines vendues annuellement. L'entreprise a finalement fermé ses portes en 1986.
L'Innovation Continue : L'Exemple de PUBERT
L'histoire de la société PUBERT, tracée depuis 1840 en Vendée, est un témoignage de l'innovation continue dans le domaine des outils pour travailler la terre. Initialement spécialisée dans la fabrication de charrues agricoles sous la direction de Monsieur Grolleau, l'entreprise a connu une alliance romantique qui a fait évoluer sa direction vers la famille Pubert durant les périodes de guerre et d'après-guerre.

Au fil des décennies, PUBERT n'a cessé de réinventer le travail du sol :
- 1975 : Lancement du premier motoculteur Pubert, marquant le passage de la fabrication d'accessoires à celle de machines complètes pour la motoculture.
- 1981 : Arrivée de la première débroussailleuse à roue Pubert, une petite révolution sur le marché du débroussaillage.
- Années 2000 : Jean-Pierre Pubert s'intéresse au marché indien, soulignant l'importance de la collaboration internationale ("Nous sommes toujours plus fort à plusieurs").
- Innovation et Production : La société Pubert célèbre la fabrication de sa 2 000 000ème motobineuse en Vendée, signe d'une productivité et d'une efficacité remarquables, notamment grâce à l'optimisation de sa chaîne de production par le LEAN Management.
- Accessibilité : Création de la première motobineuse fraise et labour pour les petites surfaces à un prix inférieur à 1000€, rendant l'équipement accessible à un plus large public.
- Acquisitions et Collaborations : Intégration de la société Roques et Lecoeur (débroussailleuses) et partenariat avec Taral en Turquie pour créer PMG Taral®, démontrant une stratégie de croissance par l'expansion et le partage de savoir-faire.
- Vision d'Avenir : Développement de la première motobineuse à batterie sur le marché mondial, prouvant la capacité de Pubert à être en avance sur son temps.
- Rayonnement International : Fabrication de motobineuses pour des géants comme Honda et Husqvarna, ouvrant les portes de la culture mondiale à l'entreprise vendéenne.
L'engagement de PUBERT pour le confort de l'utilisateur et le maintien du savoir-faire français en France sont des constantes dans son développement. L'entreprise continue d'offrir des outils innovants, comme le Fairtill, à tous les utilisateurs, qu'ils soient particuliers ou professionnels, novices ou passionnés.
La Motobineuse au Quotidien : De l'Utilité Agricole aux Loisirs
La motobineuse, avec sa polyvalence et son encombrement réduit, a trouvé sa place non seulement dans l'agriculture spécialisée, mais aussi auprès des particuliers pour l'entretien des jardins et des vergers. Elle permet de travailler le sol autour des bornes et des arbres fruitiers, là où un tracteur serait trop grand. Elle peut même remplacer les tondeuses à gazon dans certains cas.
Les premiers modèles, souvent monovitesse et équipés de roues en métal, ont évolué. Il a fallu attendre les années 1960-1965 pour avoir des pneumatiques agraires performants (en chevrons) qui adhèrent bien, tout en se débarrassant correctement des sols gras. Cependant, certains constructeurs ont longtemps conservé les roues en fer pour le fraisage.
L'arrivée de moteurs adaptables et performants, comme le Bernard Moteurs W 610 (qui ne pesait que 36 kg) après 1950, a grandement amélioré la maniabilité de ces machines. Des moteurs américains tels que Briggs & Stratton, Tecumseh, Clinton et Kohler ont également été largement utilisés.
Les systèmes d'embrayage ont aussi évolué, passant du type automobile monodisque "férodo" à des embrayages à cône, à disques acier dans l'huile (Energic) ou multidisques à sec (Rapid, MotoStandard).
Aujourd'hui, la motobineuse, souvent influencée par les enfants des agriculteurs qui poussent leurs parents à se lancer dans la motoculture, incarne un équilibre entre tradition et modernité. Elle exige de nouvelles compétences (lubrification, antigel, emploi des outils) et offre une nouvelle forme d'autonomie et de plaisir pour les amoureux de la nature. La mécanisation, loin de faire disparaître les liens sociaux, a parfois tissé de nouvelles coopérations, comme le partage des machines entre voisins ou le recours aux entreprises de battage.

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