Beaux à regarder comme délicieux à déguster, les arbres fruitiers ont plus que leur place dans nos jardins ! Et pour qu’ils soient pleins de vigueur et pleins de fruits, une bonne fertilisation est indispensable. Le phosphore (P), pilier central de ce processus, intervient dans le transfert d'énergie, l'entretien des membranes cellulaires et constitue un relais de l'information génétique. En conséquence, il influe directement sur le rendement et la santé de l’arbre.

Les fonctions biologiques fondamentales du phosphore
Le phosphore est indispensable aux racines et aux fleurs, il a aussi une influence sur la formation des fruits comme sur leur maturation et leur qualité gustative. Les arbres en demandent également pour mieux résister aux parasites et aux maladies. Il joue un rôle-clé dans la production d'un plus grand nombre de cellules dans les fruits lors de la division cellulaire, ce qui permet d'augmenter la fermeté des fruits.
Le phosphore accroit le nombre potentiel de fruits en augmentant le nombre de bouquets de fleurs. Il est donc particulièrement important que les apports ne soient pas limitant pendant les 6 semaines qui suivent la floraison. Par ailleurs, l’apport de phosphore a un effet positif sur la résistance aux maladies de conservation.
Dynamique du phosphore dans le sol : contraintes et disponibilité
La visualisation des différentes origines et compartiments contenant du phosphore dans le sol permet de mieux appréhender cet élément. Le phosphore se déplace peu en comparaison avec d'autres éléments nutritifs. Il se meut par diffusion dans la solution du sol et présente donc une faible mobilité, de l'ordre de quelques millimètres par an. A contrario, d’autres éléments comme le nitrate et le sulfate bougent par convection sous l’action de la transpiration des plantes et ont donc une mobilité rapide.
Dès le moment où est effectué un apport de phosphore sur une parcelle, une compétition se crée entre les matières minérales du sol qui vont retenir du P et les plantes qui doivent l’absorber rapidement pour en profiter.
Les formes inorganiques et le blocage chimique
Le fonctionnement est différent selon que l’on est sur des sols alcalins ou acides :
- Sols alcalins : Création de minéraux avec des liaisons Ca-P lentement solubles, une solubilisation intermédiaire est nécessaire avant de passer dans la solution du sol. Cela peut expliquer certaines problématiques de disponibilité du phosphore observées dans des argilo-calcaires.
- Sols acides : Phosphore contenu dans les argiles, oxydes de fer (Fe) et d'aluminium (Al) du sol. Le phosphore de cette partie est libéré lentement pour être absorbé par les plantes.
Les formes organiques
Tous les déchets végétaux, animaux et humains contiennent du phosphore organique qui va pouvoir se retrouver dans la solution du sol et donc être disponible pour les plantes après minéralisation. Parmi les formes identifiées, on trouve les phosphates d'inositol (10 à 60%), les phospholipides (1 à 5%) et les acides nucléiques (0,2 à 0,5%). L’immobilisation du phosphore par la biomasse microbienne accentue la compétition avec les racines des plantes.

Stratégies d'absorption racinaire
La plante absorbe d’abord du phosphore dans la solution du sol. Le phosphore étant très peu mobile, les plantes ont mis en place des mécanismes pour aller chercher le phosphore dont elles ont besoin :
- Augmentation du volume des racines pour explorer un plus large volume de sol.
- Acidification de la rhizosphère par les racines en favorisant l’absorption de cations.
- Exsudation de l’enzyme phosphatase pour hydrolyser le phosphore organique.
- Colonisation des racines par les mycorhizes.
Quatre facteurs principaux influent sur la disponibilité du phosphore dans le sol : la désorption, la présence de matière organique, le niveau d'humidité (l'inondation réduit l’adsorption du P) et le maintien d'un pH situé entre 6 et 7.
Fertilisation et gestion du risque « Bitter Pit »
Le phosphore peut avoir un rôle dans l’apparition du bitter pit s’il est amené à l’arbre sous forme phosphate de potassium. C’est le potassium contenu dans l’engrais qui va entrer en concurrence avec le calcium et ainsi diminuer son absorption/assimilation. Il faut donc veiller à raisonner avec attention ses apports de phosphore.
Il est recommandé de tester le sol tous les 2 à 3 ans au pied des arbres fruitiers, afin de déterminer si la fertilisation apportée est judicieuse. En parallèle, observer l’arbre, sa vigueur, sa croissance, vous permettront de savoir s’il est en bonne santé ou s’il a des carences.
Choix des engrais et périodes d'application
Les engrais organiques sont parmi les meilleurs engrais pour les arbres fruitiers. Composés de matières naturelles animales ou végétales décomposées, ils ont une action lente. Compost, fumier, paillage, purins sont des engrais organiques. Les engrais minéraux, eux, sont des engrais de synthèse dont les nutriments sont rapidement disponibles.
Calendrier de fertilisation
Les périodes clé de la fertilisation d’un arbre fruitier sont le printemps, pour stimuler la croissance et la fructification, et l’automne, pour préparer l’arbre à bien passer l’hiver.
- Au printemps : L’apport est composé de compost bien mûr. Les besoins de l’arbre sont importants à cette période. Le guano est une excellente source naturelle.
- En automne : L’arbre fruitier doit refaire ses réserves. Il a besoin à ce moment-là d’un engrais riche en carbone, du BRF par exemple, ou des feuilles mortes.
Fertilisation partie 1 - Comment et quand apporter des engrais pendant la culture
Spécificités par espèce
- Pour les pommiers et les poiriers : Un engrais riche en potassium avec un apport moindre en azote, type 5-3-6, à appliquer au printemps et en fin d’été.
- Pour les cerisiers et les pruniers : Un engrais riche en phosphore et en potassium, type 3-6-8, à apporter au début du printemps et après avoir récolté les fruits.
- Pour les pêchers et les abricotiers : Un engrais riche en phosphore et en potassium avec une moindre proportion en azote, type 4-8-8, à apporter au printemps, en début d’été et en automne.
L'importance de la fertilisation localisée
La fertilisation localisée prend tout son sens avec le phosphore. Puisque le phosphore se déplace très peu, l'engrais doit être placé à proximité des racines. L’engrais pour fruits s’applique tout autour du tronc de l’arbre, jusqu’à l’extrémité de sa couronne puisque cela correspond à peu près à l'étalement du système racinaire de l’arbre. Vous éviterez par contre d’appliquer l’engrais contre le tronc.
Vers une gestion durable du phosphore
Lorsqu'on qualifie le phosphore d'engrais précieux, ce n'est pas qu'une expression puisque les réserves de la planète en phosphore sont limitées, mal réparties et devraient s'épuiser dans un avenir relativement proche. Or les engrais à base de phosphore sont dérivés du phosphate naturel extrait des mines inégalement réparties sur la planète. Il devient donc urgent de mieux recycler les déchets contenant du phosphore.
La cendre de bois (non traitée), riche en potasse et en phosphore, peut être répandue en petite quantité au printemps autour des arbres et arbustes fruitiers. Griffez ensuite légèrement le sol pour l’incorporer superficiellement. L'utilisation de compost, de fumier décomposé et de paillages organiques reste la stratégie la plus pérenne pour maintenir un cycle du phosphore efficace au sein du verger tout en favorisant la vie microbienne indispensable à sa solubilisation.