La gestion des cultures agricoles repose sur une compréhension fine de la biologie végétale, de la chimie des sols et de la protection phytosanitaire. Bien que les termes soient parfois confondus, il est crucial de distinguer les fertilisants des produits protecteurs, tout en maîtrisant les protocoles de sécurité liés à leur manipulation.
Distinctions fondamentales : Engrais vs Produits phytosanitaires
Il est primordial de comprendre que l’engrais n’est pas un pesticide. L'enregistrement d'un engrais est effectué par le Ministère de l'Agriculture et de l'Élevage, tandis que l'enregistrement des pesticides est réglementé par plusieurs organismes, incluant les ministères de l'Environnement et de la Santé.
Les pesticides servent à éliminer, prévenir ou contrôler tout ce qui gêne la croissance d’une plante. En revanche, les engrais, ou fertilisants, favorisent la croissance des légumes, permettant une meilleure production. En effet, les pesticides consistent à détruire tout ce qui pourrait nuire au développement d’une plante, comme les insectes, les mauvaises herbes et les maladies fongiques et bactériennes. À cette fin, des herbicides (contre les herbes concurrentes), des insecticides (contre les insectes) et des fongicides (contre les champignons) sont utilisés.
Les engrais ont un objectif complètement différent : leur fonction est de fournir les nutriments qui permettent la croissance et le développement des plantes. De plus, ils peuvent aider les plantes à mieux résister à certains stress.

La matière active : Le cœur du produit phytosanitaire
Une (ou plusieurs) matière active est la substance qui donne au pesticide son effet toxique. Les propriétés d’un produit découlent pour l’essentiel de sa matière active. Un diluant, souvent une huile végétale, est une matière liquide incorporée à une préparation pour abaisser la concentration en matière active.
La plupart des étiquettes des produits ne sont pas toujours fiables. Pour une même matière active, les recommandations peuvent varier drastiquement. C’est pourquoi il est recommandé de se référer à des fiches techniques validées. Chaque produit s’utilise à une dose spécifique, étudiée pour limiter les risques pour les utilisateurs, les consommateurs et l’environnement, tout en réduisant le coût des traitements. Il faut toujours choisir un produit homologué.
Préparation de la bouillie de pulvérisation : Règles de sécurité
La préparation de la bouillie est une étape fondamentale qui obéit à des règles précises. La formulation du produit (par exemple les granulés dispersables WG) a une incidence directe sur la pulvérisation, notamment sur la taille des gouttes.
Ordre d'introduction des produits
Pour garantir la dilution homogène et prévenir les débordements, il est essentiel de respecter l'ordre d'incorporation. L'utilisateur est le seul responsable du mélange. Les bonnes pratiques incluent :
- Vérifier la compatibilité physique des produits (test « au seau »).
- Limiter à trois le nombre de produits dans une même cuve.
- Respecter les prescriptions d’emploi les plus restrictives (délai avant récolte ou de rentrée le plus long).

Le rôle des adjuvants
Les adjuvants permettent d’optimiser l’intervention :
- Mouillant : étale la gouttelette pour augmenter la surface de contact.
- Pénétrant : facilite le passage de la substance active dans le végétal.
- Humectant : ralentit le dessèchement de la bouillie.
- Adhésif : augmente la résistance au lessivage par la pluie.
Risques environnementaux et sanitaires
L’épandage d’engrais sur les terrains situés près des cours d’eau est très nuisible. Ces engrais contiennent beaucoup de phosphore, substance nutritive qui favorise la prolifération d’algues et de plantes aquatiques indésirables. Les pesticides jouent un rôle tout aussi nuisible, étant riches en produits chimiques potentiellement cancérigènes.
Les pesticides peuvent contaminer l’air, l’eau et les sols. Lors de l’épandage, une partie du produit se volatilise ou est emportée par le vent. Une surveillance nationale de la qualité de l’air montre que ces substances sont présentes aussi bien en milieu rural qu’en zone urbaine.
Santé humaine et biosurveillance
La cohorte AGRICAN (AGRIculture et CANcer) a été lancée pour étudier les effets des expositions professionnelles. Bien que la santé des agriculteurs soit globalement meilleure que celle de la population générale, certaines pathologies comme le mélanome ou le myélome multiple présentent des incidences accrues dans certaines études. La maladie de Parkinson est, quant à elle, officiellement reconnue comme maladie professionnelle liée aux pesticides.
🦺Les Équipements de Protection Individuelle (EPI)
Stratégies de réduction et alternatives
Le plan Ecophyto, décliné en plusieurs éditions, vise à réduire l'usage des produits phytosanitaires. L'objectif est de mobiliser des niveaux de rupture allant jusqu’à l’agriculture biologique.
Niveaux de rupture dans l'utilisation des pesticides
- Agriculture raisonnée : Optimisation des doses et des fréquences.
- Agriculture à bas niveau d'intrants : Utilisation de techniques alternatives sans changement radical de l'assolement.
- Agriculture intégrée : Réduction de 50 % de l'usage des pesticides par des changements de pratiques et de variétés résistantes.
- Agriculture biologique : Suppression des produits de synthèse.
Le recours au biocontrôle, utilisant des solutions d’origine naturelle, offre de nouvelles perspectives en viticulture et arboriculture. Ces produits représentent aujourd'hui une part croissante des ventes.
Principes de l'utilisation mixte : Pesticides et Engrais
Si un mélange est nécessaire, il doit viser l'efficacité, la guérison ou l'élargissement de la portée de contrôle. Cependant, des règles strictes s'appliquent pour éviter les réactions chimiques indésirables (précipitations, neutralisation, phytotoxicité).
Précautions chimiques
- pH : Les pesticides alcalins (ex: bouillie bordelaise) ne doivent pas être mélangés avec des engrais azotés comme le sulfate d'ammonium, sous peine de volatilisation ou de précipitation.
- Réactions : Les engrais alcalins (cendres végétales, chaux) sont incompatibles avec de nombreux insecticides organophosphorés, car ils provoquent leur décomposition.
- Compatibilité : Il est impératif de vérifier qu'aucun changement physique (délaminage, sédimentation) ne survient après le mélange.
En cas de doute, un test à petite échelle (« test au seau ») est indispensable avant toute application à grande échelle. La responsabilité de l'utilisateur est entière dans le respect de ces protocoles, garantissant non seulement la survie des cultures mais aussi la sécurité de l'environnement et de l'applicateur.
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