L'Épopée Végétale : Histoire et Mécanique des Plantes Grimpantes sur vos Murs

À Versailles, il suffit de lever les yeux pour voir la nature reprendre ses droits, doucement, mais sûrement. Lierre, jasmin, chèvrefeuille… Ces plantes grimpantes s’invitent dans le décor urbain avec une élégance désarmante. Silencieuses, mais tenaces, ces plantes racontent une autre histoire de la ville, plus intime, plus sensorielle. Elles adoucissent l’architecture, habillent les murs, transforment les clôtures en rideaux verts. Le lierre, le plus répandu, s’accroche aux vieilles pierres comme s’il les protégeait. Le jasmin, plus solaire, joue la carte de la séduction avec ses petites fleurs étoilées et son parfum entêtant. On les trouve partout, souvent là où on ne les attend pas. Et c’est ce qui fait leur force : ces plantes grimpantes ne cherchent pas à être remarquées, mais elles changent subtilement notre rapport à l’espace.

Une façade ancienne recouverte de lierre luxuriant en milieu urbain

Une présence bienfaisante au cœur de l'habitat

Elles ne sont pas juste décoratives. Le lierre est un purificateur d’air naturel. Il reste vert toute l’année et abrite de nombreux insectes utiles. Le jasmin blanc, au parfum envoûtant, est généralement planté près des entrées ou des balcons. Il symbolise l’amour et la beauté. Dans certaines traditions, il est aussi un porte-bonheur. Le chèvrefeuille, avec ses longues tiges souples et ses fleurs tubulaires, est un aimant à papillons. Souvent associé à l’amour inconditionnel et à l’amitié fidèle, il représente l’attachement sincère et durable.

Et vous, avez-vous repéré d’autres recoins où les grimpantes ont pris leurs quartiers ? zOOm a besoin de vous ! Pour préserver son identité et son indépendance, zOOm Versailles (association bénévole) repose uniquement sur vos dons et vos partenariats pour faire fonctionner ce site.

La question de la préservation du bâti : Mythes et réalités

Lierre de Boston (Parthenocissus tricuspidata) poussant sur un mur de brique. Non, il ne l’endommagera pas. Certaines grimpantes, comme la vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia, zone 2), le lierre de Boston (P. tricuspidata, zone 5), l’hydrangée grimpante (Hydrangea anomala petiolaris, zone 5), le lierre commun (Hedera helix, zone 7) et le fusain de Fortune (Euonymus fortunei, zone 6), montent grâce à des «crampons» (racines aériennes ou ventouses, selon le cas), ce qui leur permet de gravir même des surfaces plates comme les murs d’une maison.

Il y avait peut-être un fond de vérité dans cette croyance, car les types de mortier utilisés jusqu’au début du 19e siècle s’effritaient avec le temps, et le poids d’une plante qui s’y serait fixée aurait pu théoriquement arracher le mortier, mais ce n’est plus le cas. Le mortier utilisé depuis les derniers siècles n’est pas le moindrement dérangé par la présence de crampons, pas plus que les pierres ou les briques qui recouvrent les murs ou même les revêtements d’aluminium ou de vinyle. De nombreuses études indiquent que les grimpantes cultivées sur un mur le font durer plus longtemps, car elles le protègent contre ses pires ennemis, soit les rayons ultraviolets, la pluie et les polluants atmosphériques.

Schéma explicatif montrant la différence entre crampons et ventouses sur une surface

Si le mortier est en mauvais état, il faut bien sûr réparer le mur avant d’y installer une plante grimpante! Si vous doutez que le mortier de votre maison soit en bon état, essayez de le gratter avec une clé métallique. S’il reste intact, il n’y a aucune raison pour craindre que des plantes grimpantes l’endommagent. Les ventouses, de toute évidence, restent en surface : d’ailleurs, elles n’ont aucun mécanisme pour «pénétrer» quoi que soit. Racines aériennes: elles restent sagement à la surface et ne s’enfoncent jamais dans le mortier ni dans les fissures. Les racines aériennes des grimpantes de climat tempéré sont des organes très différents des racines souterraines et servent strictement à fixer la tige sur son support. Elles n’accomplissent pas, non plus, les autres fonctions des racines souterraines, comme absorber l’eau et les minéraux.

Entretien et gestion de la végétation sur les façades

Mais devrait-on laisser les grimpantes monter sur les murs en bois? Au début, les grimpantes protègent le bois et font durer les peintures et teintures pendant des décennies; beaucoup plus longtemps que les enduits exposés aux éléments. Par contre, quand la peinture s’écaille ou que la teinture s’estompe, il est impossible de repeindre ou de reteindre le mur tant qu’il est couvert de plantes. Et ces peintures et teintures aident, en partie, à empêcher le bois de se dégrader. Donc, à très, très long terme, probablement pas au cours de votre vie, il faudra penser à enlever les grimpantes pour repeindre. Il vaut quand même mieux dégager les surfaces autour des fenêtres de la végétation à tous les 3 ou 4 ans, sinon les grimpantes peuvent finir par les obstruer.

Et une autre croyance a aussi été réfutée, car les mêmes vieux livres prétendaient que les murs couverts de grimpantes restaient humides plus longtemps, ce qui pouvait résulter en leur dégradation. Mais aujourd’hui, on sait que c’est plutôt le contraire qui se passe. C’est la variation dans l’humidité - quand un mur passe d’humide après une pluie à sec après quelques heures - qui cause la dégradation. Un couvert végétal modère nettement les écarts d’humidité (moins de pluie touche le mur, mais le feuillage maintient une humidité modérée en tout temps).

Lierre de Boston (Parthenocissus tricuspidata ‘Veitchii’) sur le mur de ma maison. Personnellement, j’ai décidé que, même si les murs de ma maison sont en bois, la situation la plus douteuse, comme je ne prévois pas vivre 300 ans, j’allais profiter de la beauté des plantes grimpantes de mon vivant et j’en ai donc plusieurs qui grimpent directement sur la maison chez nous.

PLUS IMPORTANT que la taille! Palissez votre rosier grimpant pour plus de fleurs

L'héritage horticole et le regard de Larry Hodgson

Journaliste et blogueur horticole, auteur de 65 livres de jardinage, conférencier et vulgarisateur hors pair, le jardinier paresseux, Larry Hodgson, nous a quitté en octobre 2022. Reconnu pour sa grande générosité, sa rigueur et son sens de l'humour, il a touché plusieurs générations de jardiniers amateurs et professionnels pendant 40 ans de carrière. Le blogue le jardinier paresseux offre plus de 2800 billets aux amateurs de jardinage, toujours dans le but de démystifier le jardinage et le rendre plus facile aux participants.

Perspective historique : La vigne et les murs monastiques

Introduit par les romains au premier millénaire après Jésus Christ, on ne savait pas encore bien en faire mûrir les grappes. Le vin était une nécessité, notamment pour le culte du Christ, mais aussi pour se consoler des peines et tourmentes ainsi que, distillé, pour servir de désinfectant et de narcotique dans la médecine. Mais à cette époque, le contenu des fûts ressemblait plus souvent à du vinaigre acide plutôt qu’au vin comme on le connait aujourd’hui, car les pieds manquaient souvent de chaleur et de soleil, les moines privilégiant les variétés précoces.

Si la vigne était plantée près du mur protecteur du monastère, d’un mur de soutènement en pierre sèche ou d’un mur de maison, elle recevait la chaleur emmagasinée par la pierre, le raisin mûrissait mieux et devenait plus sucré ! Le vin issu des grappes ainsi cultivées (enfin celles laissées par les enfants et autres gourmands) avait une plus forte teneur en alcool… Le palissage sur les murs était avant tout une question pratique. Les vignes peuvent parfaitement être plantées sur les bâtiments du moyen-âge : partout où il reste des constructions de cette époque on pratiquait la viticulture.

Gravure ancienne illustrant une vigne palissée contre un mur en pierre

Les mécanismes biologiques : La science de Darwin

Les plantes grimpantes peuvent être divisées en quatre classes : premièrement, celles qui s'enroulent en hélice autour d'un support sans qu'aucun autre mouvement n'intervienne. Secondement, celles douées d'organes sensibles qui, en touchant un objet, s'y cramponnent; ces organes consistent en feuilles, branches ou pédoncules floraux modifiés. Mais ces deux classes arrivent parfois à se confondre insensiblement jusqu'à un certain point l'une avec l'autre.

Quand la tige du houblon (Humulus Lupulus) s'élève du sol, les deux ou trois premiers articles ou entre-nœuds formés sont droits et restent stationnaires; mais on voit celui qui leur succède se courber d'un côté, pendant qu'il est très-jeune, et se diriger circulairement avec lenteur vers tous les points de l'horizon avançant, comme les aiguilles d'une montre, avec le soleil. Le mouvement atteint bientôt sa vitesse habituelle.

D'après les observations de Charles Darwin dans son ouvrage Les mouvements et les habitudes des plantes grimpantes (1877), il est fascinant d'observer sur le même individu de Corydalis claviculata et sur la Vigne ordinaire des degrés intermédiaires entre des organes adaptés à des fonctions fort différentes. Ces faits démontrent d'une manière frappante le principe de l'évolution graduelle des espèces.

Les vrilles, par exemple, sont des adaptations remarquables pour saisir différentes sortes de support. Les vrilles de la vigne vierge fuient la lumière, et, après le contact, développent des disques adhésifs. C'est une subdivision la plus nombreuse; elle est probablement l'état le plus simple ou primordial de cette classe.

L'adaptation cinétique des tiges et vrilles

Si on choisit un jeune plant en croissance, on peut facilement le courber successivement dans tous les sens, de manière à faire décrire à l'extrémité un cercle semblable à celui que décrirait le sommet d'une plante s'enroulant spontanément. Par suite de ce mouvement, le jeune plant n'est nullement tordu autour de son axe.

Il est intéressant de noter, avec les recherches de Hugo de Vries, que les mouvements des vrilles diffèrent dans leur accroissement entre les faces supérieure et inférieure. Chez la Hoya carnosa, une tige pendante, sans aucune feuille développée, se balançait d'un côté et de l'autre continuellement, mais lentement dans une direction semi-circulaire pendant que les entre-nœuds extrêmes accomplissaient des révolutions complètes.

Chez une autre Asclépiadacée (Ceropegia Gardnerii), le sommet a pu atteindre presque horizontalement une longueur de 79 centimètres; il se composait alors de trois longs entre-nœuds, terminés par deux courts. Le tout s'enroula suivant une direction opposée à celle du soleil, avec une vitesse de 5 heures 15 minutes à 6 heures 45 minutes pour chaque révolution. La pointe extrême décrivit ainsi un cercle de plus de 1,57 mètre de diamètre et de 4,88 mètres de circonférence, marchant à raison de 81 à 84 centimètres par heure.

Diagramme illustrant le mouvement révolutif d'une tige de plante grimpante

La question de la torsion et de la mécanique de croissance

On a ainsi une fausse apparence de torsion qui, pour les plantes s'enroulant spontanément, m'a trompé pendant quelque temps, d'autant plus que les axes de presque toutes les plantes volubiles sont réellement tordus, suivant la même direction que celle du mouvement révolutif spontané. Il n'est donc pas surprenant que Hugo von Mohl ait pensé que la torsion de l'axe était la cause du mouvement révolutif; mais il n'est pas possible que la torsion répétée trois fois de l'axe du houblon eût déterminé trente-sept révolutions.

De plus, le mouvement révolutif commença dans le jeune entre-nœud avant qu'on pût découvrir la moindre torsion de son axe. La meilleure preuve cependant que la torsion ne produit pas le mouvement révolutif est fournie par un grand nombre de plantes qui grimpent à l'aide de leurs vrilles, comme Pisum sativum, Echinocystis lobata, Bignonia capreolata, Eccremocarpus scaber, et à l'aide de feuilles, comme Solanum jasminoides et diverses espèces de Clematis; leurs entre-nœuds ne sont pas tordus, mais ils opèrent régulièrement des mouvements révolutifs, semblables à ceux des vraies plantes volubiles.

L'influence de la rugosité du support sur la production de la torsion de l'axe fut évidente sur les tiges qui s'étaient enroulées autour des baguettes de verre; ces baguettes, en effet, étaient fixées en bas dans des bâtons fendus, et maintenues en haut dans des bâtons transversaux, et les tiges en passant sur ces points devenaient très-tordues. Aussitôt que les tiges qui avaient grimpé le long des baguettes de fer atteignirent le sommet et devinrent libres, elles se tordirent également.

En comprenant ces mécanismes, nous réalisons que la présence de ces plantes sur nos habitations n'est pas seulement une question d'esthétique ou d'histoire, mais une interaction dynamique et intelligente entre la structure minérale de nos murs et la vitalité organique du monde végétal. Qu'elles soient purificatrices d'air, protectrices de façade ou témoins botaniques d'une évolution millénaire, les plantes grimpantes demeurent des alliées silencieuses de notre cadre de vie.

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