
Dans l'univers des startups, de l'entrepreneuriat et des systèmes informatiques, la scalabilité est un concept central, souvent perçu comme un indicateur clé du potentiel de croissance. Parallèlement, pour que cette croissance soit saine et pérenne, l'ergonomie des interfaces, notamment à travers l'application de critères tels que ceux de Bastien et Scapin, joue un rôle fondamental en assurant une expérience utilisateur de qualité. Cet article explore l'origine du terme "scalabilité", ses différentes formes, ses applications pratiques, son importance cruciale dans l'écosystème entrepreneurial, et met en lumière la complémentarité essentielle avec une conception ergonomique rigoureuse.
Origine et Signification du Terme « Scalabilité »
La scalabilité est la capacité de changer, à la demande et de manière transparente pour l’utilisateur, l’ordre de grandeur (accroître ou réduire les capacités) d’un équipement, d’un logiciel ou d’un processus informatique. Sans équivalent exact dans la langue française, "scalabilité" est la transcription littérale de l’expression anglaise ‘scalability’, qui vient de ‘to scale’, changer d’échelle. Ce mot, provenant de l'anglais "scale" (échelle), fut initialement employé dans le domaine de l’informatique. Chez les techos, il désigne la capacité d’un produit à s’adapter à un changement d’ordre de grandeur de la demande. L’idée est de maintenir les fonctionnalités et les performances en cas de forte augmentation. Par exemple, un serveur ou un site internet.
La scalabilité est désormais une caractéristique cruciale pour les infrastructures et les datacenters, comme pour les services informatiques. La scalabilité pourrait-être assimilée à la simple capacité d’ajouter des capacités de calcul, de stockage ou de réseau à une infrastructure, c’est en réalité plus complexe que cela ! Une entreprise scalable est donc une entreprise capable de soutenir, à la fois sur les plans économique et opérationnel, une croissance forte et rapide. Au fond, soigner la scalabilité, c’est comme s’assurer que les boulons d’une voiture sont bien vissés quand elle sort de la chaîne de montage. Sinon, quand elle atteint les 200 km/h, elle risque alors de se désintégrer ! Il est donc courant de voir certaines startups se développer à une vitesse considérable. La scalabilité d’une entreprise signifie sa capacité à produire plus et à réaliser des économies d’échelle. Une startup scalable dispose d’un potentiel de croissance bien supérieur aux autres modèles. Une montée en charge de l’activité ne nécessitera pas, dans un premier temps, de changements énormes, comme un recrutement massif, un renforcement important de l’architecture, le développement de nouveaux sites internet ou la création de nouveaux points de ventes. Faire attention à la scalabilité c’est comme les écrous d’un avion. On s’assure qu’ils soient bien serrés pour qu’à pleine vitesse l’avion ne se désintègre pas. La scalabilité, c’est le fait qu’une start-up multiplie par 10, 20 ou plus son volume d’affaires tout en confortant sa rentabilité.

Prenons l’exemple du stockage de données : pour augmenter le volume du stockage, il suffit d’ajouter un disque dur. Mais dans une infrastructure traditionnelle, cette opération va demander d’arrêter le système de stockage pour ajouter le disque, qui au redémarrage devient une entité de stockage supplémentaire (vous avez 3 disques de 1 To, C: + D: + E:, vous ajoutez un quatrième disque F: de 500 Go, vous vous retrouvez avec 4 unités de stockage). Sur un système scalable, les plus évolués vous permettront d’ajouter un disque sans interruption. De plus, la capacité de stockage se cumule.
La scalabilité est la propriété d’un phénomène qui supporte le changement d’échelle sans subir de modification. Dans la réflexion d’Anna Tsing, la scalabilité est la qualité requise pour transformer un objet non capitaliste en objet exploitable par le capitalisme. La plupart des phénomènes naturels ne sont pas scalables : dans le fonctionnement des biotopes, des écosystèmes, des biomes, l’échelle compte ; une flaque n’est pas une mare, et un étang n’est pas une mer. Pour devenir marchandises, les objets du monde doivent être scalable : l’exploitation forestière, étudiée par Anna Tsing en Indonésie puis en Oregon ou en Finlande, rend la forêt scalable pour les entreprises de foresterie : elles coupent le bois exactement de la même façon à toutes les échelles et à différents endroits du Monde.
Les Différentes Formes de Scalabilité et Leurs Applications
La scalabilité peut se manifester sous diverses formes au sein d’une entreprise :
Scalabilité Horizontale (Scale-Out)
Cette approche consiste à ajouter des ressources supplémentaires identiques pour répartir la charge de travail. Par exemple, dans le domaine technologique, cela peut impliquer l’ajout de nouveaux serveurs pour traiter un volume croissant d’utilisateurs. De même, une entreprise peut recruter de nouveaux employés dans des rôles identiques pour répondre à une demande accrue. Cette méthode permet de multiplier les unités existantes pour étendre la capacité globale. L’infrastructure informatique et le matériel physique (ou hardware) d’une entreprise se doivent également de supporter la montée en charge des demandes. Or toute machine, à l’exemple des serveurs, a une capacité par nature limitée. La scalabilité horizontale, ou évolutivité horizontale, consiste à ajouter des composants matériels pour satisfaire la demande. Il s’agit, par exemple, de s’équiper de plus de serveurs (même de manière temporaire) afin de faire face à une forte augmentation des flux et répartir les charges.
Scalabilité Verticale (Scale-Up)
Cette stratégie implique l’augmentation des ressources d’une seule unité pour gérer une charge supplémentaire. Cela peut inclure la mise à niveau du CPU, de la RAM ou de la capacité de stockage d’un serveur. Bien que la scalabilité verticale soit relativement simple à mettre en œuvre, elle présente des limites, car une seule unité ne peut être améliorée que jusqu’à un certain point. La scalabilité verticale, ou évolutivité verticale, se traduit par l’ajout de composants sur les machines déjà en place.
L'Importance de la Scalabilité pour Convaincre les Investisseurs
La scalabilité est une condition sine qua non pour attirer des investisseurs et garantir la pérennité du projet. Lorsqu’un fonds d’investissement ou un business angel examine une opportunité, il ne se contente pas d’évaluer l’innovation ou la pertinence du marché. Il cherche avant tout à identifier si l’entreprise a le potentiel de croître rapidement, efficacement et avec un contrôle strict des coûts. Une start-up qui ne peut pas démontrer sa capacité à scaler se heurte alors à un obstacle majeur pour lever des fonds.
C’est dans cette optique que la scalabilité doit être intégrée au pitch deck et aux discussions avec les investisseurs. Ils veulent comprendre non seulement la taille du marché cible, mais surtout comment l’entreprise prévoit d’y croître sans être freinée par des limitations structurelles. Il ne suffit pas d’affirmer que l’entreprise peut évoluer ; encore faut-il le prouver par des métriques et une méthodologie claire. Une start-up doit démontrer qu’elle peut absorber une demande croissante sans voir ses coûts fixes exploser, tout en améliorant sa rentabilité au fil du temps.
La scalabilité impacte directement la rentabilité et l’efficacité opérationnelle d’une start-up. Un modèle économique scalable repose sur l’optimisation des coûts et la capacité à produire davantage sans proportionnellement augmenter les ressources. Ce qui intéresse un investisseur, ce n’est pas simplement la viabilité à court terme, mais la trajectoire de croissance sur plusieurs années. Un modèle scalable permet à l’entreprise d’augmenter significativement sa valeur en peu de temps, avec un retour sur investissement potentiellement exponentiel. Une entreprise qui sait démontrer sa capacité à croître sans friction ni explosion des coûts inspire confiance, car elle présente une croissance maîtrisée et prévisible. Une entreprise scalable attire inévitablement les investisseurs. En effet, vous êtes dans une position où vous devez répondre à une forte augmentation de la demande pour vos produits ou services et avez donc besoin de fonds. La scalabilité a surtout permis de remettre au centre des débats la rentabilité.
Ainsi, une start-up qui ambitionne de lever des fonds doit se poser une question simple mais essentielle : comment puis-je prouver à un investisseur que mon modèle est conçu pour grandir sans limites ? La réponse passe par des chiffres concrets, une stratégie de déploiement efficace et une anticipation des défis liés à l’expansion. Plus une entreprise est capable de démontrer que sa structure lui permet de scaler rapidement et efficacement, plus elle aura de chances de capter l’attention des investisseurs et d’accélérer son développement.
Comment les Start-ups Peuvent-elles Devenir Scalables ?
Pour qu’une start-up soit attractive aux yeux des investisseurs, il est essentiel qu’elle développe un modèle économique scalable. Une entreprise capable de croître rapidement tout en optimisant ses coûts opérationnels présente un atout majeur : elle démontre qu’elle peut atteindre des niveaux de rentabilité élevés sans multiplier proportionnellement ses dépenses. Cela repose sur plusieurs stratégies clés :
Anticiper sa Scalabilité avec la Bonne Offre
Le point commun entre différentes startups qui sont devenues des références en matière de scalabilité ? Proposer un produit ou un service scalables. Autrement dit, une offre trop personnalisée ou nécessitant nombre de remaniements en cas de montée en charge pose problème. A contrario, la vente d’un produit « générique », convenant au plus grand nombre, favorise la scalabilité. Une start-up a mal soigné sa scalabilité lors de la phase de conception quand plus d'un quart de son chiffre d'affaires provient des adaptations « sur mesure » qu'elle doit réaliser pour ses clients. Pour être scalable, il faut y penser dès le départ. Et donc essayer de ne pas vendre des produits « sur mesure », même si vous pouvez faire du « non scalable » pour vous lancer. Le top de la scalabilité c’est de créer un produit générique qui conviendra au maximum de clients sans faire trop de modifications. Un exemple pour illustrer cette idée. L’Appstore de l’iPhone.
Utiliser un Modèle Technologique Scalable
La scalabilité informatique se révèle un des prérequis les plus importants lorsqu'il s’agit de rendre une entreprise évolutive. En effet, les startups scalables doivent dès le départ disposer de systèmes informatiques flexibles, capables de supporter une forte croissance de la demande pour éviter un allongement du temps de réponse du site… voire un plantage total ! Les outils informatiques du départ doivent être modulables. Si demain votre application enregistre 100 000 téléchargements, êtes-vous sûr que les serveurs tiendront ?
La Maîtrise Interne de sa Technologie
Certaines startups sont tentées, à leurs débuts, de faire développer leur produit en sous-traitance. Pourtant, pour assurer la scalabilité de son offre, il convient de se faire accompagner dès le départ par un CTO (ou Chief Technology Officer) et par une solide équipe en interne, capables de construire et de maintenir un site ou une application qui tiendront la route sur le long terme.
La Scalabilité Logicielle
Côté applications et logiciels (ou software), les développeurs doivent dès le départ prendre des mesures d’extensibilité (communication asynchrone entre serveurs, sharding, etc.), afin de ne pas confronter l'utilisateur à des défaillances. L’arme ultime de la scalabilité c’est l’automatisation des processus. Les nouveaux modèles sur internet permettent de pousser la scalabilité à son paroxysme. Prenons l’exemple d’une market place. L’inscription du client, la mise en relation, les relances, le paiement, la facturation, le prélèvement de la commission et même la gestion de livraison se font automatiquement. Dans ces conditions, la montée en charge sera très facilement assumée par l’entreprise et la rentabilité sera énorme.
La scalabilité d’une entreprise
Lors du développement d’un site de vente en ligne par exemple, il est important de choisir habilement sa plateforme marketplace ou sa plateforme e-commerce. Business en ligne et scalabilité vont souvent de pair. Toutefois, dans un objectif de scaler son entreprise, le modèle marketplace est à privilégier : si le nombre de clients de l’entreprise augmente, cela n’implique pas d’investissements supplémentaires en matière de logistique, comme c’est le cas pour un e-commerce. De nombreux éditeurs de logiciels ont d’ailleurs fait le pari de la modularité, à l’exemple de NetSuite pour les ERP ou de Sellsy côté CRM.
L’Automatisation des Processus
L’automatisation des processus joue un rôle fondamental dans la scalabilité. C'est l'un des piliers qui permet à une entreprise de croître sans que les coûts opérationnels n'augmentent proportionnellement. En digitalisant et en automatisant les tâches répétitives et à faible valeur ajoutée, une startup peut gérer un volume de transactions, de demandes clients ou de production bien plus important avec les mêmes ressources humaines et technologiques, ou avec une augmentation marginale.
Par exemple, la gestion des commandes, le support client via des chatbots, le marketing automatisé ou encore la facturation sont autant de processus qui, une fois automatisés, libèrent du temps et des ressources. Cette optimisation permet non seulement de réduire les erreurs humaines et d'améliorer l'efficacité, mais aussi de se concentrer sur des activités stratégiques qui apportent une réelle valeur ajoutée. L'automatisation est d'autant plus pertinente dans les modèles économiques numériques, où une augmentation massive des utilisateurs peut être absorbée par des systèmes pré-configurés pour gérer cette charge.
Préparer son Ouverture à l’International
Enfin, l'hypercroissance va souvent de pair avec une ouverture à l’international. Mais pour grignoter des parts de marché à l’étranger rapidement, il est important d’anticiper. C’est pourquoi il est recommandé de construire dès le départ un site internet à la fois en français et en anglais, afin d’éviter de travailler dans l’urgence une fois que les opportunités business à l’international se présentent.
La Scalabilité de l'Équipe
L’équipe doit elle aussi être scalable. Dans un premier temps, favorisez des jeunes talents à fort potentiel qui pourront s’adapter aux évolutions rapides de l’entreprise plutôt que des spécialistes hyper pointus qui seront perdus au premier pivot. Lorsque l’activité de la société s’intensifie, l’externalisation de certaines tâches chronophages et/ou à faible valeur ajoutée se présente souvent comme une voie à envisager. Ainsi, la masse salariale de l’entreprise n’explose pas avec sa croissance, mais elle conserve en parallèle en son sein les talents indispensables au bon accomplissement de sa stratégie. Et pour cause, les jeunes recrues sont en général plus enclines à s’accommoder au changement. Autre point, ne négligez pas les détails quand vous pensez scalabilité. Amazon avait, par exemple, construit des entrepôts géants. Devant l’afflux de commandes, le nombre de personnes travaillant a fait exploser la température des lieux. Résultat, Amazon a dû acheter en urgence des centaines de climatiseurs.
Scalability ou Not Scalability ?
Vous l’aurez compris, s’agissant de business model ou de développement informatique, un objectif de scalabilité s’anticipe, afin d’éviter toute erreur fatale pour la croissance rapide d’une société. Mais ne nous voilons pas la face. Si la scalabilité peut faire rêver sur le papier, bon nombre d’activités ne sont pas scalables. L’exemple le plus connu reste celui du prestataire de service, à l’instar du coiffeur. En effet, si un salon de coiffure voit sa fréquentation connaître une très forte hausse, le propriétaire devra embaucher du personnel en conséquence, voire ouvrir de nouveaux établissements ! Dans ce cas précis, le modèle n’est pas scalable. Un coiffeur par exemple ne pourra pas faire plus de 15 coupes par jour. Si le nombre de clients augmente, il devra nécessairement augmenter son personnel. La rentabilité n’augmentera donc pas malgré l’évolution positive du chiffre d’affaires.
Il y a ensuite les activités à moitié scalable. Par exemple, les sites de ventes privées. Tout le processus d’inscription, d’achat, de relation client est automatisé et scalable.
C’est pourquoi la scalabilité reste avant tout majoritairement l’apanage de startups, dont l'industrialisation du modèle économique et la recherche de croissance exponentielle s’inscrivent dans leur ADN.
L'importance des Critères Ergonomiques pour une Expérience Utilisateur Scalable
Pour qu'une croissance rapide et scalable soit durable, il est impératif que l'expérience utilisateur reste fluide, intuitive et satisfaisante, même face à une augmentation massive de la demande. C'est là qu'interviennent les critères ergonomiques, un ensemble de principes éprouvés pour évaluer et concevoir des interfaces utilisateur efficaces.
Les Critères Ergonomiques de Bastien et Scapin
Les critères ergonomiques sont des caractéristiques de l’interface qui vont déterminer son utilisabilité (ou ergonomie). Ils permettent d’identifier les problèmes d’ergonomie d’une interface. Ils sont utilisés en phase d’évaluation dite « experte » c’est à dire sans engager l’utilisateur. Ils sont généralement utilisés avant d’engager les tests d’utilisabilité.
C’est sous le nom de « Critères Ergonomiques pour l’Évaluation d’Interfaces Utilisateur » que les critères de Bastien et Scapin ont été édités en mai 1993 sous forme de rapport de recherche de l’INRIA. Ces critères ergonomiques sont donc issus d’une étude menée par Dominique Scapin assisté de Christian Bastien qui ont tous deux donné leurs noms à ces fameux « critères » pour identifier cet outil devenu une référence en ergonomie des interfaces. Ils ont réalisé en 1997 une synthèse d’environ 900 recommandations dans le domaine de l’ergonomie. Ce travail colossal a permis de produire 18 critères répartis en 8 dimensions dont vous trouverez le détail dans le document original sur le site de l’INRIA ou plus bas dans l’article.
Voici la liste des critères heuristiques de Bastien & Scapin, présentant les diverses appellations décrites en fonction des diverses déclinaisons possibles de leurs critères :
- Guidage1.1. Incitation1.2. Groupement / Dissociation (par localisation, par format)1.2.1. Groupement par localisation1.2.2. Groupement par format1.3. Feedback immédiat1.4. Lisibilité
- Charge de travail2.1. Brièveté2.1.1. Concision2.1.2. Actions minimales2.2. Densité Informationnelle
- Contrôle Utilisateur3.1. Actions explicites3.2. Contrôle Utilisateur
- Adaptabilité4.1. Flexibilité4.2. Prise en compte de l’expérience de l’utilisateur
- Gestion des erreurs5.1. Protection contre les erreurs5.2. Qualité des messages d'erreurs5.3. Correction des Erreurs
- Homogénéité / Cohérence
- Signifiance des Codes et Dénominations
- Compatibilité
Pertinence des Critères Ergonomiques Aujourd’hui
Les critères ergonomiques sont issus de travaux en psychologie cognitive. Les critères ergonomiques s’appuient sur la capacité de l’être humain à comprendre et interpréter les informations. Ils resteront d’actualité encore pendant de nombreuses décennies.
Quel Usage les Ergonomes et UX Designers Font-ils de Ces « Critères » ?
Les « critères » sont employés aussi bien en évaluation qu’en conception. C’est en conception qu’ils sont particulièrement utiles car ils permettent au designer de s’auto-évaluer et d’éviter ainsi des erreurs basiques.
Selon Julien Champagne, UX designer freelance et responsable de la majeure Design de la WebSchoolFactory : « … cette partie évaluation que je ne la fais pas, je l’inverse, je l’utilise dans la conception. Quand je fais mes Wireframes directement, j’ai tous ces critères en tête et donc je suis dans l’auto-évaluation de mon travail ». Julien évoque son utilisation personnelle et originale des critères ergonomiques qu’il utilise très peu en évaluation, mais qui ont toute leur importance en conception. Il parle d’auto-évaluation. Il aborde la place des critères de Bastien et Scapin dans sa conception d’interface ou dans le cadre d’un mentorat auprès de startups qu’il accompagne. Ces critères doivent être gardés à l’esprit dès la conception selon lui, afin de prendre en compte l’ensemble des facteurs favorisant l’ergonomie d’une application, d’un service ou d’un site web. Ils peuvent donc servir sans même être utilisés à des fins d’évaluation.

Carine Lallemand, chercheur en psychologie et ergonomie des IHM, met en regard l’évaluation experte et l’approche UX. Elle rappelle l’historique de l’évaluation experte, nommée « évaluation heuristique » dans les années 80 et pointe la complémentarité des deux approches. Elle insiste sur la démarche « ouverte » d’une approche UX associée aux « critères », et les possibilités de concevoir sa propre grille d’analyse pour une évaluation personnalisée.
« Avec l’UX, la recherche ne se focalise pas seulement sur les problèmes, mais aussi sur des déclencheurs d’expérience positive, d’émotion positive à l’intérieur d’un système. » et « Et ce qui est intéressant dans les études que j’ai faites, c’est que l’évaluation experte peut être soutenue par des outils flexibles qui permettent à la personne à la fois de se baser non seulement sur un set de critères, mais d’entrer une multitude de critères particuliers personnalisés et ensuite de pouvoir faire vraiment son évaluation de manière customisée. »
L’évaluation experte permet une analyse de l’utilisabilité. Elle suppose de se tenir à des « guidelines », ce qui la rend quelque peu rigide, mais très utile pour détecter les problèmes majeurs d’ergonomie. Elle permet « d’enlever des problèmes récurrents, des problèmes qu’on connait » afin d’éviter que des tests utilisateurs soient biaisés de problèmes qu’on aurait pu corriger bien avant. Elle peut s’utiliser en combinaison avec d’autres méthodes. L’évaluation experte ne doit donc pas empêcher d’impliquer des utilisateurs. C’est une méthode intéressante avant de lancer les tests utilisateur. Une approche UX, basée sur l’expérience utilisateur est, selon elle, beaucoup plus large que l’analyse de l’utilisabilité.
La scalabilité d’une entreprise
Complémentarité entre Évaluation Experte et Tests Utilisateurs
Utilisés en évaluation, les critères permettent de dégrossir le problème. Toutefois, il s’agit d’une évaluation experte sans utilisateur et sans prise en compte du contexte réel d’utilisation. Des problèmes liés à l’usage réel de l’application peuvent être oubliés. C’est pourquoi, il est essentiel de compléter cette première évaluation par un test utilisateur. La situation réaliste dans laquelle on place l’utilisateur lors du test permet d’identifier des freins liés à l’usage réel de l’application qu’on n’aurait pas vu lors de l’évaluation experte.
La Culture du Cresson de Thale dans l'Espace : Un Exemple de Scalabilité Biologique
L'expérience BRIC-24 (Biological Research In Canisters-24) menée par l'Université d’État de Caroline du Nord et la Division des sciences biologiques et physiques de la Nasa, illustre une forme de scalabilité dans un contexte biologique, essentielle pour des missions spatiales de longue durée. La plante modèle utilisée est l’Arabidopsis Thaliana, communément appelée cresson de Thale.
La germination est activée en orbite lorsque les boîtes, stockées à 4°C, sont laissées trois et six jours à température ambiante dans la station. Les génotypes sont ensuite exposés deux heures en présence d’un inhibiteur chimique, la wortmannine, avant d’être fixés dans une solution de paraformaldéhyde puis stockés à 4°C, jusqu’à leur retour sur Terre. Thomas Pesquet a ainsi exposé les génotypes à l’inhibiteur chimique et les a fixés dans leurs boites de Pétri le 9 juin (quatre jours après leur arrivée sur l’ISS), en appuyant simplement sur la gâchette d’un actionneur ressemblant à un pistolet.
Les résultats de l’expérience Bric-24 doivent améliorer la croissance des plantes dans l’espace, indispensable pour envisager l’alimentation des astronautes lors de missions lointaines et de longue durée. Cette recherche sur la capacité à cultiver des aliments dans des environnements contraints, et à en augmenter la production de manière contrôlée, est une application fondamentale de la scalabilité pour la survie et l'autonomie des équipages lors de futures explorations spatiales. La capacité à "scaler" la production alimentaire dans l'espace est cruciale pour réduire la dépendance aux approvisionnements terrestres.
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