La fenaison, ensemble d'opérations transformant le fourrage vert fraîchement coupé en foin, est une pratique agricole fondamentale, généralement réalisée vers la fin du printemps lorsque l'herbe a atteint une hauteur suffisante pour être coupée. Cette activité intense, notamment pour les agriculteurs et agricultrices de montagne en juin, ne se limite pas à la simple coupe. Elle englobe un processus méticuleux de séchage et de stockage, essentiel pour assurer l'alimentation du bétail durant l'hiver, lorsque les herbages sont en dormance. La réussite de cette récolte dépend d'une série de facteurs, allant du moment optimal de la coupe aux techniques de séchage et aux conditions de stockage, chaque étape étant cruciale pour maximiser la qualité du fourrage et la rentabilité de l'exploitation agricole.
Les Étapes Cruciales de la Fenaison : De la Coupe au Conditionnement
La fenaison est une opération agricole essentielle qui consiste à récolter de l’herbe ou du foin destiné à nourrir les animaux d’élevage. Elle se réalise généralement par temps sec, lorsque l’herbe atteint son pic de croissance, et fait appel à des équipements spécifiques tels que des faucheuses, des andaineurs, des faneurs et des presses à balles.
La Fauche : Le Premier Acte
La première étape de la fenaison est la fauche. La faucheuse agricole permet de couper l’herbe ou diverses cultures en les mutilant le moins possible. Il existe plusieurs types de faucheuses, chacune ayant ses spécificités. Les faucheuses à disques sont équipées de lames entraînées par des disques rotatifs, tandis que les faucheuses à tambours sont dotées d’un système de lames entraînées par des tambours à vitesse élevée. Pour accélérer l'assèchement du foin ou de l'herbe coupée, il est courant d'utiliser une faucheuse conditionneuse, qui est l'association d'une faucheuse et d'un conditionneur. Ce choix de matériel est déterminant pour l’efficacité de la fenaison, car jusqu’à un tiers de la récolte peut être perdue par l’agressivité de la faucheuse.

Il est conseillé d'utiliser des machines avec conditionneurs à rouleau, lorsque cela est possible, car elles écrasent la tige et accélèrent l’évaporation de l’eau. À l’inverse, les machines avec conditionneur à fléau sont à éviter, notamment avec des légumineuses, car elles peuvent engendrer jusqu’à 11 % de perte. Des cultures fragiles comme le trèfle ou la luzerne nécessitent un équipement spécifique et des pratiques adaptées, comme l'utilisation de faucheuses à barre de coupe pour une coupe plus douce. La hauteur de coupe est également primordiale : ni trop haute pour optimiser le rendement, ni trop basse (idéalement 6 à 8 cm minimum) pour éviter de ramasser de la terre, source de contamination butyrique potentielle, et permettre à la prairie de redémarrer rapidement. Une hauteur résiduelle de 6-7 cm est un bon compromis entre ces objectifs, facilitant également le séchage en permettant le passage de l'air sous l'andain.
Historiquement, le fauchage était un travail pénible. Un agriculteur se levait aux aurores, avant la traite des vaches, pour faucher les foins. Il attachait sa motofaucheuse derrière son tracteur, veillait à ce que la machine soit en état de rouler, et rangeait le matériel nécessaire dans une remorque : la manivelle, les écrous, la clavette, les goupilles. Le fauchage se faisait en ligne de mire, avec un rythme soutenu, et le claquement caractéristique du va-et-vient saccadé de la lame résonnait dans le silence du petit matin. Les agriculteurs devaient veiller à ce que l'herbe coupée ne s'engorge pas et ne bloque pas la lame.
Fauchage des bandes enherbées - 2018
Le Fanage : Accélérer le Séchage
Le fanage est la seconde étape de la fenaison, correspondant à la phase durant laquelle l’herbe est étalée et retournée au sol pour qu’elle sèche. Cette machine permet de favoriser le séchage en procédant à sa répartition sur la surface du sol, son aération et son retournement. Les faneuses peuvent se différencier par plusieurs critères comme leur attelage, le nombre de toupies, ou leur mode de transport. La taille des toupies permet de déterminer la largeur de travail de la faneuse. Il existe trois grands types de faneuses : les faneuses traînées, tirées par le tracteur, et les faneuses portées, attelées sur le tracteur.
Le séchage de l'herbe se fait en deux temps : une phase rapide dans les quelques heures après la fauche, où l'eau est perdue par les stomates des feuilles, et une phase lente, pendant laquelle l'eau restante est évacuée à travers la cuticule. Pour profiter au maximum de la dessiccation rapide, il faut donc faner énergiquement dans les 2 heures après la fauche. Si le temps est beau, un deuxième fanage en milieu d'après-midi le jour même est recommandé. Durant ces manipulations, les parties les plus fragiles et les plus sèches de la plante, les feuilles, se détachent et tombent au sol, diminuant la valeur alimentaire du fourrage, car ce sont les parties les plus riches en sucres et en protéines. Les pertes par émiettement peuvent ainsi varier de 5 à 25 %, voire 30 % pour des légumineuses, selon l'intensité des manipulations.
Lors des opérations de fanage et d’andainage, le risque de pertes est avant tout déterminé par l’humidité du fourrage au moment de l’intervention. À mesure que les feuilles sèchent, elles deviennent cassantes, particulièrement pour les légumineuses. Il est donc préférable de réaliser ces opérations le matin sur un fourrage réhumidifié par la rosée pour limiter les pertes.
L'Andainage : Préparer pour la Récolte
L’andainage est la troisième étape, consistant à regrouper l’herbe séchée en andains (rangs). L’andaineur ou andaineuse est une machine qui permet d’andainer les fourrages lors de la fenaison, c’est-à-dire de les regrouper en lignes régulières. Cela facilite la récolte pour la mise en botte. L’andaineur est constitué de plusieurs râteaux tournant autour d’un axe. Cette méthode de travail offre de nombreux avantages, notamment en termes de gain de temps et d’efficacité. Il est estimé qu'il faut autour de 2 à 3 jours / 40 à 70 heures au mieux pour obtenir une dessiccation optimale du foin, voire une semaine.

Une fois suffisamment sèche, la récolte peut être andainée. Adapter la vitesse et la méthode d’andaineur en fonction de la culture permet de minimiser les pertes et maintenir la qualité du fourrage. La réduction de la vitesse de prise de force à 350-400 tours par minute peut également réduire l’agressivité des dents du giro-andaineur et donc les pertes de fourrages.
Le Pressage et le Bottelage : Le Conditionnement Final
La dernière étape est le pressage, qui se résume à ramasser le foin et le conditionner en bottes ou en balles. Cette machine permet de compresser et de mettre le foin sous forme de balles. Les presses agricoles sont disponibles dans une variété de tailles et de modèles pour répondre aux différents besoins des agriculteurs. Les presses les plus courantes sont les presses à balles rondes et les presses à balles carrées. Les presses agricoles modernes sont souvent équipées de fonctionnalités avancées telles que des systèmes de pesage et de contrôle de densité, permettant aux agriculteurs de produire des balles de qualité constante.

Botteler consiste à utiliser une botteleuse, une machine qui passe sur les lignes de fourrage préalablement andainées pour les récolter et les presser. Le fourrage récolté est ensuite transformé en bottes rondes ou carrées. Il ne reste plus qu’à ramasser les bottes dans le champ et à les stocker dans une grange, à l’abri des intempéries, jusqu’à l’hiver.
Pour les légumineuses en particulier, il est préférable de presser le matin dès que la rosée s’est retirée ou tard le soir. Les pertes sont les plus faibles en récoltant des gros andains avec les presses à balle ronde à chambre variable, car le temps de rotation dans la chambre est alors limité. Il est inutile de rechercher des densités élevées, car une forte pression sur le fourrage augmente le temps de rotation et le risque de perte, et si des zones de fourrage sont encore trop humides, une densité élevée augmente le risque d’échauffement du fourrage dans la balle. Le liage filet est indispensable pour ne pas gâcher toutes les précautions mises en œuvre en amont pour récolter du fourrage de haute qualité.
Fauchage des bandes enherbées - 2018
Différents Types de Fourrage : Foin, Regain et Ensilage
Dans nos régions montagneuses, le bétail se régale d'herbe fraîche des pâturages d’alpage durant la saison estivale. Pendant ce temps, les prairies de plaine, proches des fermes, sont fauchées. L’herbage ainsi récolté est ensuite séché et stocké pour l’hiver : c’est ce que l’on appelle le fourrage. Celui-ci nourrira les troupeaux, de la désalpe jusqu’au printemps suivant, lorsque l’herbe des prairies ne pousse plus. Comprendre les différences entre foin, regain et ensilage est essentiel pour une gestion optimale de l'alimentation animale.
Le Foin : La Première Coupe
Les foins sont la première fauche de l’année d’une prairie, ce qui correspond à sa première utilisation après la pause hivernale. Dans les régions de montagne, les foins sont généralement réalisés entre mai et juin, en fonction des conditions météorologiques et de l’altitude des parcelles. Il est crucial de ne pas effectuer cette première coupe trop tôt afin de permettre aux plantes de produire des graines et ainsi d’assurer la reproduction des espèces qui composent la prairie. Un foin de qualité est avant tout un fourrage qui répond aux besoins nutritionnels du troupeau tout en garantissant une bonne digestibilité. Sa valeur nutritive est importante, il est riche en protéines (MAT > 14 % pour légumineuse, 10-12 % pour graminée) et équilibré en fibres. Son aspect et sa couleur doivent conserver une teinte verte, signe d’une bonne conservation des pigments et vitamines. L'odeur doit être agréable de plantes séchées, et l’absence de poussières et de moisissures est primordiale, car un foin poussiéreux peut provoquer des problèmes respiratoires chez les animaux.
Le Regain : Les Coupes Ultérieures
Les regains désignent toutes les coupes d’une prairie effectuées après la première fauche. En général, dans les régions de montagne, les agriculteurs et agricultrices réalisent deux à trois coupes sur leurs parcelles. Ces coupes secondaires, bien que souvent moins volumineuses que la première, peuvent offrir un fourrage de bonne qualité si les conditions de récolte sont favorables.
L'Ensilage : Conservation par Fermentation
L’ensilage est une méthode de conservation du fourrage, basée sur la fermentation. L’herbe coupée sur la prairie n’est que partiellement séchée (environ 50% de teneur en eau) avant d’être andainée et bottelée par une botteleuse qui entoure les balles d’un plastique. Ces balles rondes d’ensilage sont souvent visibles autour des fermes, car elles ont moins besoin d’être stockées à l’abri, le plastique faisant effet de protection. Aucun échange avec l’air ne se fait, ce qui provoque une fermentation anaérobique à l’intérieur de la balle ronde, un moyen efficace de conserver le fourrage.
Optimisation de la Qualité du Foin : Choisir le Bon Moment et les Bonnes Techniques
Produire un foin de qualité repose sur le fait de faucher au bon moment. Un fourrage bien conservé, riche en nutriments et correctement séché, sera la garantie d’une ration efficace pour le troupeau et limitera les dépenses en compléments.
Le Moment Optimal de la Coupe : Plus qu'une Simple Date
Bien choisir le moment de la coupe est fondamental pour garantir la qualité du foin. L’idéal est de couper l’herbe au stade optimal de croissance, souvent juste avant la floraison, pour maximiser la teneur en nutriments. Il est important de surveiller les prévisions météorologiques et de choisir une période de temps sec pour éviter que l’herbe coupée ne soit exposée à la pluie, ce qui pourrait compromettre sa qualité. L'idéal étant de disposer d’une plage de 4-5 jours de beau temps, pour disposer d’une bonne « fenêtre météo ». En effet, le foin doit sécher pour atteindre une teneur en matière sèche de 80 à 85%, ce qui permet de le préserver sans risque d’échauffement. Avec des conditions météorologiques optimales, il faut prévoir entre 3 et 6 jours pour atteindre ce taux.
Plutôt que de se fier à une date fixe, il est recommandé d’observer la somme des températures, une approche objective et reproductible. Elle permet d'anticiper le stade physiologique des plantes afin d’ajuster la fenaison en fonction des conditions réelles. Cette méthode optimise la valeur nutritive du foin, limite les pertes et maximise la productivité des prairies. Le déprimage, qui consiste à faire pâturer les prairies tôt au printemps avant que les graminées n'atteignent la phase « épi à 5 cm », peut également être un levier pour la qualité. La fertilisation azotée est aussi un levier envisageable pour optimiser la production de foin, car elle aura une influence directe sur le rendement et la qualité du fourrage.
De nombreux outils sont disponibles pour les éleveurs et les agriculteurs pour suivre les conditions météorologiques, calculer les degrés-jours et anticiper le meilleur moment pour récolter. Météus, la station météo connectée développée par ISAGRI, est conçue pour donner une vision claire et précise des conditions sur l’exploitation, fournissant des données météo ultra-locales et alertant sur les risques météorologiques.
Techniques de Séchage et Stockage : Préserver la Qualité
Le séchage est une étape cruciale pour éviter la formation de moisissures et préserver les qualités nutritionnelles du foin. Il est recommandé d’étaler l’herbe coupée en couches fines et de la retourner tous les jours pour assurer un séchage homogène et uniforme.
Il existe deux manières de faire sécher le fourrage : le séchage au sol ou le séchage en grange. Le séchage au sol implique de laisser l'herbe coupée sur le sol. Au moment de la coupe, son taux d'humidité est d'environ 80% et doit être réduit à moins de 20% avant le bottelage pour garantir une conservation optimale pendant l'hiver. Il est donc nécessaire de le retourner plusieurs fois avant de le rassembler en andains. Lors du séchage en grange, l'herbe coupée est partiellement séchée sur le pré avant d'être ramassée en vrac à l'aide d'un char et stockée dans le séchoir en grange. Grâce à de l'air chaud soufflé depuis le bas du séchoir à travers le foin, sa teneur en eau diminue de 40% à 13% en seulement 2 à 4 jours. Ce système est couramment utilisé dans les régions de montagne où les journées sont plus fraîches qu'en plaine, rendant le séchage au sol plus difficile à réaliser de manière efficace.
Le stockage doit se faire dans des conditions optimales pour éviter l’humidité et la chaleur excessive. Utilisez des bâches pour couvrir le foin ou stockez-le dans des bâtiments bien ventilés. Le stockage doit se faire dans un endroit sec, bien ventilé et à l’abri de la pluie. Le taux d’humidité du foin lors du stockage doit être inférieur à 20 % pour éviter les risques de moisissures, ainsi que les risques d’échauffement pouvant provoquer des incendies. La présence de poussière dans le foin affectera sa qualité, réduisant son appétence et nuisant potentiellement à la santé des animaux.
Au-delà de la Récolte : Le Travail du Sol Post-Fenaison
Après la récolte des foins, le travail ne s'arrête pas pour les agriculteurs. Durant cette période, le sol nécessite toute une série de traitements agrotechniques destinés à améliorer sa structure et à préparer le terrain pour la culture suivante. Le travail du sol après récolte est important pour les semis ultérieurs, car après la récolte, le processus d'évaporation se produit, qui sèche et limite l'accès à l'eau pour les jeunes plantes, de sorte qu'elles ne peuvent pas se développer correctement la saison suivante. À cela s’ajoute une croissance incontrôlée de mauvaises herbes qui extraient du sol des minéraux précieux. En conséquence, la teneur en humus du sol diminue, ce qui a un impact négatif sur sa fertilité.
Le Déchaumage : Un Acte Essentiel
Le traitement de base est le déchaumage, c'est-à-dire mélanger la couche supérieure du sol avec les résidus de culture, empêchant ainsi l'évaporation de l'eau. D'une manière générale, cette procédure implique un mélange superficiel du sol avec les résidus de culture. De cette façon, le champ est recouvert d’une couche de résidus végétaux qui décomposent et enrichissent le sol en nutriments précieux. De plus, il empêche l'évaporation de l'eau des couches profondes de la terre, l'aère et, en stimulant la germination des graines, permet d'éviter l'émergence ultérieure de mauvaises herbes.

Actuellement, pour la culture après récolte, aucune charrue n'est utilisée, mais des charrues modernes, des granulats de chaume ou des herses à disques. Les deux machines servent d'accessoires au tracteur et sont mises en mouvement par celui-ci. Le déchaumeur est une machine multitâche composée de plusieurs systèmes différents. Le pulvériseur, quant à lui, est composé d'un système de rangées de disques dentés en forme de plaques et d'un rouleau intégré pour compacter le sol. Il n’effectue pas autant de tâches en même temps que l’agrégat, mais ses effets après la récolte sont presque comparables. À l'aide du rouleau presseur, il détermine avec précision la profondeur de travail des disques, mélangeant et compactant ainsi le sol afin que les résidus de récolte se décomposent rapidement. Les modèles de la gamme ATOS, disponibles en versions plus petites et plus grandes, sont un bon exemple de pulvériseurs. Le déchaumeur à disques ATOS XXL, par exemple, est replié hydrauliquement pour le transport et disponible avec une largeur allant jusqu'à 6 m.
L'Importance du Hersage
Le hersage est une pratique agricole importante qui apporte de nombreux bienfaits au sol et aux cultures. Cependant, l'utilisation d'une herse à disques n'est pas toujours opportune et dépend des conditions météorologiques et du type de sol. Ces travaux post-récolte sont indispensables pour maintenir la fertilité des sols et assurer la réussite des cultures futures.
Le travail agricole après la récolte des foins est donc une activité complexe et exigeante, nécessitant à la fois un savoir-faire traditionnel et l'adoption de technologies modernes. La qualité du fourrage, la santé des animaux et la productivité de l'exploitation en dépendent directement.