La plantation d'arbres en agriculture dans le Morbihan : un engagement multifacette pour la biodiversité et l'avenir

Planter des arbres, agroforesterie, enfants

Le Morbihan est le théâtre d'initiatives dynamiques en faveur de la plantation d'arbres dans le milieu agricole, conjuguant préservation de la biodiversité, adaptation au changement climatique et transmission des savoirs aux jeunes générations. Ces projets, souvent multipartenariaux, illustrent une volonté croissante d'intégrer l'arbre dans les systèmes de production agricole, pour des bénéfices écologiques, économiques et sociaux.

Des projets d'envergure et diversifiés

De nombreuses structures, associations et agriculteurs s'engagent dans la plantation d'arbres, qu'il s'agisse de reboisement forestier, de création de haies bocagères ou d'alignements intraparcellaires.

La création de nouvelles forêts

Dans le Morbihan, notamment à Guiscriff, de nouvelles forêts voient le jour sur d'anciennes prairies et terres agricoles pentues. L'objectif est de créer un écosystème riche et résilient. Par exemple, une nouvelle forêt de 22 504 arbres a été plantée à l'automne 2023 sur une parcelle de 13,5 hectares, avec le pin maritime comme essence principale (70%), complétée par d'autres essences comme le Douglas sur une parcelle de 2,5 hectares (70%). Les essences sont choisies en fonction des exigences stationnelles (sol limono-sableux-argileux sur roche-mère granitique, orientation sud, pluviométrie d'environ 1000 mm/an) et économiques (bois d'œuvre).

La plantation en rangs, qui peut surprendre par son aspect initial de "plantation de poireaux", est une technique employée pour simplifier le travail physique des forestiers et faciliter les travaux d'aménagement ultérieurs, tels que le dégagement des jeunes plants de la végétation adventice. Cette méthode permet également de diversifier les essences et, à terme, grâce aux coupes d'éclaircie, de faire évoluer ces alignements vers une forêt mélangée où d'autres essences s'installeront naturellement.

L'agroforesterie : intégrer l'arbre dans les parcelles agricoles

L'agroforesterie, qui consiste à associer des arbres et des cultures sur une même parcelle, gagne du terrain. L'agriculteur Philippe Pinel, à Ambon, en est un exemple. Il a fait planter 360 scions d'arbre de 2 ans, de 50 à 80 cm, sur 7 hectares. La distance de plantation est de 6 mètres, avec des lignes espacées de 26 mètres pour le passage des machines agricoles. Le but est d'associer arbres et cultures pour procurer une alimentation aux abeilles du domaine de février à juin.

Ces projets agroforestiers sont pensés pour être cohérents avec les objectifs de production et le contexte agroenvironnemental de l'exploitation. Il s'agit d'étudier les contraintes des parcelles, d'agencer et de structurer les aménagements, et de choisir les essences à planter.

La plantation de haies bocagères

La plantation de haies est une action fortement soutenue par la Région via le programme de financement Breizh Bocage, mais aussi par le Conseil Départemental 29 dans le Finistère. Des associations comme "Des enfants et des arbres" et l'AFAF attribuent également des aides. Ces haies sont essentielles pour la biodiversité, le stockage de carbone et la protection des sols.

Carte du Morbihan, emplacements de plantation d'arbres

Les acteurs de la plantation

Ces initiatives mobilisent un large éventail d'acteurs, de l'agriculteur aux élèves, en passant par les associations et les syndicats mixtes.

L'engagement des agriculteurs

Des agriculteurs comme Jean-Marc Courant, à Lizio, et Philippe Pinel, à Ambon, sont des moteurs de ces projets. Jean-Marc Courant, par exemple, a répondu à un appel d'offres diffusé par Auchan, un partenaire qui apporte des financements à l'association "Des enfants et des arbres". Son parcours atypique d'ingénieur forestier a fait le lien avec l'idée de planter une haie sur son exploitation. Il s'est engagé à intervenir en classe pour présenter le projet, son métier, l'intérêt de planter une haie et les étapes que les enfants allaient devoir suivre.

Philippe Pinel, quant à lui, s'inscrit dans un projet à très long terme de transformation de ses terres en parcelles agricoles biologiques, reconnaissant que planter des arbres demande beaucoup de patience.

La mobilisation des jeunes générations

L'implication des enfants et des adolescents est un pilier de ces initiatives, favorisant la sensibilisation et la transmission des savoirs.

À Séné, plus de 150 élèves de sixième du collège Cousteau ont participé à une plantation organisée par Clim’actions Bretagne et Golfe du Morbihan Vannes Agglomération. Ils ont planté cinq cents plants de 14 essences différentes, dont le Poirier sauvage à feuille en cœurs, le Poirier sauvage commun, le Pommier sauvage, l'Erable champêtre, l'Alisier Torminal, le Merisier, le Sorbier des oiseleurs, le Cormier, le Chêne sessile, le Chêne pubescent, le Chêne chevelu, le Châtaignier, le Charme et le Tilleul à petites feuilles. Avant la plantation, une simulation de la chaîne alimentaire en milieu forestier a été organisée, illustrant l'interdépendance des éléments de l'écosystème.

De même, à Sérent, des élèves de CM1 de l'école Saint-Joseph ont planté 171 arbres sur l'exploitation de Jean-Marc Courant. L'enseignante, Julie Grandin, a vu dans ce projet une occasion de faire le lien avec les sciences et le vivre-ensemble, l'opération demandant de l'entraide. Les élèves ont pu compter sur l'aide de leur enseignante, de Jean-Marc, du référent technique du SMGBO (Syndicat Mixte du Grand Bassin de l'Oust) et de parents bénévoles pour piocher, planter et protéger les jeunes arbres.

Les élèves de 4e du lycée La Touche, de Ploërmel, sont également venus assister Philippe Pinel dans les plantations de 360 arbres à Ambon. Dans le cadre de leurs EPI (enseignement pratique interdisciplinaire) plantes, ils ont appris à planter avec les bons outils et les bonnes techniques. Pour Sam, 14 ans, c'était une première et une occasion d'apprendre comment faire. Tom, 13 ans, qui souhaite devenir agriculteur en vache laitière, et Youenn, 14 ans, qui a pour objectif de reprendre la ferme de cochons de ses parents, ont trouvé cette participation très instructive, leur permettant également de connaître les variétés d'arbres.

Plantation participative à Plaisir

Les associations et collectivités

Des structures comme Clim’actions Bretagne, Golfe du Morbihan Vannes Agglomération, l'association "Des enfants et des arbres", l'AFAF (Association Française d'Agroforesterie), le SMGBO (Syndicat Mixte du Grand Bassin de l'Oust) et la Chambre d'agriculture de Bretagne jouent un rôle crucial en termes d'organisation, de financement et de conseils techniques. Samuel Le Bot, chargé de mission agroforesterie de la Chambre d'agriculture de Bretagne, assiste par exemple Philippe Pinel et les élèves dans son projet.

Les techniques et défis de la plantation

Planter des arbres, qu'il s'agisse de haies, d'alignements ou de forêts, requiert une expertise et un suivi rigoureux.

Choix des essences et préparation du sol

Le choix des essences est fondamental et doit répondre aux exigences stationnelles et aux objectifs du projet. Pour les élèves de Séné, l'utilisation d'une clé de détermination de l’Office National des Forêts a été nécessaire, car de nombreux plants n'avaient pas encore de feuilles.

La préparation du sol est également une étape clé. Ensuite, les élèves s'organisent en petits groupes pour creuser un trou à la bonne profondeur, déposer et recouvrir le plant, poser les piquets et la poche de protection.

Entretien et suivi

La pérennité des plantations dépend d'un entretien régulier. Après deux semaines de travail pour les planteurs à Guiscriff, les jeunes plants sont protégés par aspersion de Trico, un répulsif naturel à base de graisse de mouton que les cervidés n'apprécient pas. À l'automne suivant, des regarnis sont souvent nécessaires pour remplacer les jeunes plants morts.

Par la suite, comme le savent tous les forestiers, une litanie de travaux s'égrène sur plusieurs décennies : coupes d'éclaircie, détourage, accompagnement des plus beaux arbres d'avenir jusqu'à maturité. Pour garantir la pérennité, le renouvellement et le bon état écologique des arbres, leur entretien est nécessaire.

Conseils et ressources techniques

Des guides techniques sont disponibles pour accompagner les porteurs de projets. Le "Guide technique de l’agroforesterie", élaboré en coopération entre différentes régions (Hauts-de-France, Grand Est, Wallonie, Flandre Occidentale et Orientale), est un document détaillé et illustré couvrant toutes les étapes d’un projet agroforestier. Bien que certaines informations, comme l'écologie des essences, puissent être spécifiques à ces régions, le guide reste une ressource précieuse. La "Flore forestière française (Tome 1 - Plaines et collines)" est également un ouvrage de référence pour la reconnaissance et l’écologie des arbres. Le "Guide technique - Réussir la plantation forestière" fournit des conseils pour suivre toutes les étapes de la plantation. L’AFAC-Agroforesterie est par ailleurs en cours d’élaboration d’un Guide de préconisations de gestion durable des haies, dont bon nombre de principes s’appliquent également aux alignements intraparcellaires.

Les projets de plantation doivent être cohérents avec les objectifs de production et le contexte agroenvironnemental. Il est important de bien comprendre les contraintes de la parcelle, d'agencer et de structurer les aménagements agroforestiers, et de choisir les essences à planter. Des acteurs présents sur le territoire peuvent orienter pour les devis et commandes de plants, de matériels, de paillage, et pour les préconisations techniques, de la préparation au sol jusqu’à la mise en place du paillage et des protections.

Différentes essences d'arbres pour l'agroforesterie

Les bénéfices des plantations

Les plantations d'arbres en milieu agricole offrent une multitude de bénéfices, allant de l'amélioration environnementale à la valorisation économique.

Biodiversité et écosystème

Les arbres et les haies contribuent à créer un écosystème riche et résilient. Ils offrent un habitat et une source de nourriture pour la faune, comme l'illustre la chaîne alimentaire simulée par les élèves de Séné avec le chêne, le gland et l'écureuil. Le domaine familial de Gwenan Mor Braz, à Ambon, est engagé dans la préservation de la biodiversité. Les associations poursuivent également la recherche de nouvelles possibilités de financement sur le territoire par le biais de ces associations et/ou de structures privées.

Adaptation au changement climatique

Les arbres et les haies constituent une mesure d’adaptation des systèmes agricoles face au changement climatique. Ils contribuent à stocker le carbone, à réguler la température et à protéger les sols de l'érosion.

Production de bois et valorisation économique

Les plus beaux arbres des forêts nouvellement plantées sont, à terme, vendus comme bois d'œuvre, assurant la continuité de la gestion du massif forestier. Par ailleurs, des agriculteurs comme Florian Gaultier, à Broons, engagé dans le Label Haie, ont touché des aides financières pour la gestion de leurs haies, ce qui souligne la reconnaissance de la valeur économique de ces aménagements. Un état des lieux des infrastructures arborées permet de caractériser leur état biologique et d’estimer leur potentiel de production de bois et de stockage en carbone.

Sensibilisation et éducation

L'implication des écoles et des collèges dans les projets de plantation est un excellent moyen de sensibiliser les jeunes aux enjeux environnementaux et à l'importance de l'arbre. Ces expériences pratiques leur permettent d'apprendre concrètement les techniques de plantation et de comprendre le rôle essentiel des arbres dans l'écosystème.

Soutiens et financements

Les projets de plantation bénéficient de divers soutiens et financements, essentiels à leur concrétisation.

Aides régionales et départementales

La Région soutient fortement les projets de plantation de haies via le programme de financement Breizh Bocage. Dans le Finistère, les projets peuvent être financés par la Région ou par le Conseil Départemental 29.

Associations et fonds privés

Des associations comme "Des Enfants et des Arbres" et l'AFAF (Association Française d'Agroforesterie) attribuent également des aides pour des projets bocagers ou d’alignements d’arbres intraparcellaires. Des partenariats avec des distributeurs comme Auchan peuvent également apporter des financements, comme ce fut le cas pour Jean-Marc Courant. La recherche de nouvelles possibilités de financement sur le territoire par le biais d'associations et/ou de structures privées est une démarche continue.

Réseautage et capitalisation des connaissances

Il est important de mettre en réseau les parcelles, de capitaliser et de diffuser les connaissances acquises et les savoirs-faire au profit de tous les acteurs. Cela permet de renforcer les dynamiques de plantation et d'assurer la pérennité des projets. L'association T&B a par exemple plus de 10 ans d'expérience en agroforesterie bocagère, ce qui représente un capital précieux de connaissances.

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