L'Arpent Nourricier de Copeaux de Bois : Une Approche Durable pour un Sol Vivant

Cour couverte de copeaux de bois

Le concept d'utiliser des copeaux de bois comme revêtement de sol et amendement est une solution innovante et écologique qui gagne en popularité, transformant des espaces dégradés en zones fonctionnelles et fertiles. Loin des dalles de béton ou des graviers stériles, cette approche offre une alternative durable, économique et esthétiquement plaisante, favorisant la biodiversité et la santé des sols.

De la Cour Dégradée au Cœur de la Maison

Imaginez une cour entourée sur trois côtés et demi par une bâtisse, où le socle rocheux de plaques de schistes affleure çà et là. Un désert de boue, de graviers, de fragments de lauzes, de touffes d'herbes maigres et de pieds de pourpier. Cet espace, destiné à devenir le cœur de la maison en été, l'endroit où l'on mange, où les enfants jouent, où l'on cuisine sur le barbecue, est loin d'être accueillant. Le caractère définitif d'une dalle classique aurait nécessité de finir tout le reste avant sa mise en œuvre : l'escalier/perron d'accès à la porte de la cuisine, le pied de mur des futures baies vitrées du préau, la prévision de caniveaux d'évacuation des eaux de pluie (en l'absence de gouttières), l'aménagement de jardinières au pied des murs, et la poursuite de la tranchée de drainage des eaux d'infiltrations de la dalle de la grande pièce.

Une dalle à la chaux, bien que naturelle, aurait été parfaitement insuffisante pour supporter le poids d'un véhicule, ce qui est crucial pour les travaux en cours et futurs, permettant l'accès d'un fourgon, d'une voiture ou même d'un camion benne livrant du sable ou des graviers. De plus, une telle dalle accumule beaucoup de chaleur en été, ce qui aurait diminué l'intérêt du caractère ombragé de la cour après 14h, nécessitant un arrosage constant pour maintenir une fraîcheur agréable. Face à ces contraintes, l'idée d'un revêtement de copeaux de bois a émergé comme une solution ingénieuse, transformant un tas de planchettes disgracieux en un sol modulable, résistant, non salissant, ludique, frais l'été et chaud l'hiver.

La Valorisation des Chutes de Scierie : Une Ressource Insoupçonnée

Chutes de scierie avant broyage

Au jardin, un tas de longues planchettes, mélangées aux dosses de sciage servant de bois de chauffage, attendait d'être valorisé. Ces planchettes, expurgées lors de l'avivage des planches par les scieurs, sont principalement constituées d'aubier, la partie plus tendre et plus jeune du bois, particulièrement vulnérable aux champignons et aux vrillettes. L'idée de broyer ces chutes a représenté une double opportunité : se débarrasser d'un tas inesthétique et créer un revêtement de sol idéal pour la cour.

Ce sol en copeaux offrirait de multiples avantages : une modularité parfaite en prévision de futurs travaux, une résistance aux roues d'un camion, un aspect non salissant, un caractère ludique, une capacité à rester frais l'été et chaud l'hiver, une absorption efficace des eaux de pluie, et même un amortissement du rebond des gouttes tombant du toit, protégeant ainsi le pied des murs de l'humidité excessive.

Le Défi du Broyage Domestique

Pour broyer ces chutes de scierie telles quelles, un gros broyeur thermique, et donc coûteux, serait nécessaire. L'option initiale d'un service de location ou d'un broyeur loué, pour traiter l'ensemble du tas sans acquérir la machine, a rapidement montré ses limites. Un petit broyeur électrique, s'il est capable de traiter des rameaux de 4 cm pour le sureau, ne parvient à broyer que des bois durs de 3 cm, et même de 2 cm si le bois est sec. Pour produire les quelques mètres cubes de copeaux nécessaires pour couvrir toute la cour sur 5 cm d'épaisseur, un travail considérable est requis.

Il a fallu déligner les planches en largeurs de 2 cm à la scie circulaire avant de les passer au broyeur. Une subtilité supplémentaire est apparue : contrairement aux branches naturelles, ces tasseaux broyés n'ont pas de rameaux pour les guider dans l'ouverture du broyeur. Les vingt derniers centimètres des tasseaux risquent de se mettre en travers et de tout bloquer. La solution astucieuse consiste à ne pas broyer ces vingt derniers centimètres. Dès qu'il ne reste qu'un petit bout dépassant de la goulotte, il est préférable de le retirer et de le jeter dans la caisse à chutes de menuiserie, destinées au feu, plutôt que de risquer un blocage. Cette méthode, bien que demandant un effort, représente nettement moins de temps que la réalisation d'une dalle en béton.

Broyeuse - Comment broyer du bois ? | RentSetGo

Les Multiples Intérêts des Copeaux de Bois comme Couverture de Sol

L'utilisation de copeaux en couverture de sol présente une multitude d'avantages, au-delà de la simple valorisation des déchets.

Flexibilité et Réversibilité

L'un des principaux atouts des copeaux est leur flexibilité et leur réversibilité. Il suffit de pousser les copeaux pour réaliser d'autres aménagements dans la cour, offrant une liberté inégalée par rapport à une structure rigide comme une dalle. Cette adaptabilité est précieuse pour les projets évolutifs et les besoins changeants de l'habitat.

Fertilité et Amélioration du Sol

Contrairement aux idées reçues, les copeaux peuvent transformer une terre misérable en un sol prodigieux. En couvrant directement la terre, sans interposer de barrière à adventices (ni bâche ni cartons), le bois se dégrade lentement sous l'action des champignons, créant un nouvel humus qui se mélange à l'argile existante. Ce processus favorise le développement d'une vie nouvelle, attirant faune et flore, insectes et champignons, et reconstituant un sol riche de type sylvicole. Il est même possible d'y semer des graines de prairie fleurie ou de fleurs de la forêt pour un plus bel effet, offrant une nature luxuriante au pied de la maison, loin de l'image stérile d'une cour "propre".

Cependant, après plusieurs années d'expérience, il est à noter que les copeaux agissent davantage comme un désherbant que comme un fertilisant immédiat. Bien qu'ils enrichissent le sol sur le long terme, ils limitent la pousse des adventices.

Une Solution pour les Espaces Piétinés

Les copeaux de bois constituent un matériau idéal pour les sentiers, les squares et toutes les zones passablement piétinées. Ils empêchent ces espaces de devenir boueux ou glissants, offrant une surface stable et drainante. Bordés de haies, ces chemins peuvent même fournir la matière première pour les futurs apports de copeaux, créant un cycle vertueux. L'idée de routes du futur, des chemins creux protégés du soleil et des intempéries par des haies champêtres, recouverts de copeaux récoltés sur ces mêmes haies par une machine autonome, est une vision fascinante d'une gestion durable des infrastructures.

Gestion de l'Eau de Pluie

Avec quatre demi-toits déversant leur pluie sur la cour (sans gouttières, pour des raisons esthétiques), la pluviométrie apparente est triplée. Les copeaux absorbent efficacement ces eaux de pluie, évitant la formation de flaques et de boue. Cela contribue également à protéger les fondations des murs en réduisant l'impact direct des gouttes.

Résistance et Durabilité

Les copeaux se sont avérés très résistants. Il y a cinq ans, une cour était une flaque de boue. L'application de 10 cm de copeaux de bois (livrés par un paysagiste) a transformé l'espace. Deux ans après, un réajustement du niveau a été effectué, puis deux fois cette année, avec notamment du broyat de laurier. Le problème de la boue a disparu, et les herbes indésirables sont rares, ne nécessitant qu'un quart d'heure de désherbage par an, sans l'utilisation de bâches plastiques anti-herbes.

Bien que les copeaux ne soient pas "durables" au sens des matériaux de construction traditionnels, leur cycle de vie est très faible en consommation de ressources naturelles puisqu'il s'agit de bois d'élagage. Le coût annuel, même en valorisant le m3 à 15€, reste très compétitif (0.5 €/m2/an) comparé aux dalles d'ornement à 20 €/m2 qui sont remplacées avant 50 ans.

Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) : Un Amendement de Choix

Processus de création de BRF

Le concept de l'arpent nourricier trouve une de ses expressions les plus puissantes dans le Bois Raméal Fragmenté (BRF). Les copeaux de bois du type BRF proviennent uniquement d'un broyat de jeunes rameaux encore vivants, principalement de feuillus, d'un diamètre inférieur à 7 cm et portant des feuilles ou des bourgeons bien vivants.

La Magie du BRF

Contrairement à la sciure ou aux copeaux issus de bois secs, le BRF est frais et donc vivant. Sa décomposition attire une faune et une flore diversifiées, des insectes aux champignons, et se transforme en une grande quantité d'humus, reconstituant un sol riche de type sylvicole. La fraîcheur du BRF est essentielle pour enclencher les processus de décomposition favorables, en faisant un produit merveilleux et très polyvalent.

L'observation de petits champignons en quantité là où le BRF a été appliqué, notamment au pied d'un jeune figuier et sur des plates-bandes de framboisiers, confirme cette promesse d'humus et la joie du jardinier. Des champignons aux pieds minces et aux chapeaux pointus peuvent même apparaître dans la pelouse tondue, comme des mousserons comestibles.

Les Bienfaits Observés et les Réserves

Le BRF suscite un enthousiasme quasi illimité chez certains de ses défenseurs, évoquant le miracle d'un sol vivant et grouillant de vie. Il est vrai que des transformations spectaculaires ont été observées : sous les arbres fruitiers, les sols se sont enrichis, les arbres se sont épanouis, ont chassé leurs parasites et donné plus de fruits, une vie nouvelle s'y est développée grâce aux champignons bénéfiques.

Cependant, la pratique du BRF n'est pas toujours aussi merveilleuse. Sur certaines parties du potager, le mycélium tant attendu n'est jamais venu. La surface est restée croûtée, nécessitant un paillage supplémentaire, et seules les plantes mises en place après germination en pépinière ont survécu. Il est indéniable que le BRF peut faire des merveilles dans certaines situations, peut-être même la plupart, mais il peut aussi, dans certains cas, échouer lamentablement.

Les Questions Essentielles Autour du BRF

L'utilisation du BRF soulève plusieurs objections et questions qu'il est crucial d'aborder pour une application éclairée et durable.

1. La Gestion des Ressources et les Risques

Si le BRF encourage la plantation d'arbres et de haies, c'est une excellente chose. Cependant, s'il devient un prétexte pour piller les surfaces boisées existantes, cela peut avoir des conséquences désastreuses. La question de l'utilisation durable des ressources est primordiale.

2. Opportunités d'Utilisation selon les Cultures

Le BRF réagit très positivement avec les arbres, son utilisation dans les vergers et sur les cultures de vivaces semble très favorable. Cependant, des arboriculteurs ont signalé que certains parasites pouvaient transiter par le BRF et contaminer les arbres, une précaution à prendre en compte. À l'inverse, son utilisation en grandes cultures semble plus délicate et incompatible a priori avec le labour. Des techniques de semis direct pourraient-elles être une alternative viable ? Il est opportun de réserver le BRF à certaines cultures en fonction de ces considérations.

3. Les Essences Utilisables

Il est bien connu que les résineux, par exemple, posent problème dans le cadre du BRF, avec une recommandation de ne pas en avoir plus de 20% dans le broyat. De même, pour les régions méditerranéennes, certaines essences fortement aromatiques peuvent être problématiques. La sélection des essences est donc un facteur clé de succès.

4. Couplage avec d'Autres Amendements

Le BRF peut parfois entraîner un problème de manque d'azote, en particulier lors de sa phase initiale de décomposition où les micro-organismes consomment l'azote disponible dans le sol. Il est donc intéressant de l'utiliser avec des déchets azotés, tels que des déchets ménagers, des boues d'épuration, des lisiers ou des fumiers, pour maintenir l'équilibre nutritif du sol. La question de savoir si le BRF peut être la seule source d'amendement à long terme nécessite une étude approfondie.

5. Bilan Énergétique

La production de BRF nécessite des broyeurs, qui consomment de l'énergie. Cependant, le BRF peut générer des économies d'énergie significatives en supprimant certains travaux des sols fortement consommateurs de pétrole, en réduisant la taille des machines utilisées, en diminuant les intrants d'origine fossile et en favorisant la relocalisation de la production. L'analyse du bilan énergétique global est cruciale dans un contexte de préoccupations croissantes concernant l'énergie.

Initiatives et Projets Locaux

Le mouvement en faveur des pratiques durables et de l'agriculture urbaine prend de l'ampleur, avec de nombreuses initiatives individuelles et communautaires qui témoignent d'un engagement croissant envers des solutions écologiques.

Parmi ces initiatives, on trouve des ruches urbaines comme celles d'Alvéole, présentes sur les boulevards du Parc Technologique, René-Lévesque Ouest, la 10e, 19e, 1ere et 24e Avenue, ainsi que Rue Dalhousie, Rue des

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