L'Art Ancestral du Penjing : Origines et Esthétique du Bonsaï Chinois

L'art de cultiver des arbres en pot, bien que communément associé au Japon sous le nom de « Bonsaï », trouve sa source profonde et primordiale dans l'Empire chinois. Le terme chinois « Penjing » signifie littéralement « pot et paysage ». Cet art ancien consiste à faire pousser des arbres et des plantes dans des pots, tout en recréant un paysage. Les Chinois furent les premiers à cultiver des arbres en pot dans un but esthétique, à l’ère de la dynastie des Han (-206 à 220). À cette époque, on ne parlait pas encore de bonsaï mais de penjing (pénjǐng 盆景), une véritable représentation d’un paysage dans une coupe.

Illustration d'un paysage de penjing traditionnel dans un plateau en céramique

Les Racines Historiques du Pun-Sai

Vers 700 av. J.-C., l’art du « pun-sai » était pratiqué par l’élite de la société avec des arbres prélevés dans la nature. Ces arbres furent disséminés à travers toute la Chine comme des cadeaux luxueux. Des bassins peu profonds ou des bols plats - « pen » ou « pan » ou « pun » - étaient fabriqués en terre il y a environ 5000 ans dans ce que nous appelons aujourd'hui la Chine. En reproduisant une montagne, par exemple, à une échelle réduite, un étudiant pouvait se focaliser sur ses propriétés magiques et accéder à celles-ci. Plus la reproduction était en proportion avec l’original, plus elle était supposée porter le potentiel magique.

Dès l’an 706 av. J.-C. environ, apparurent des peintures tombales pour le prince héritier Zhang Huai qui comprenaient des représentations de deux dames d’honneur offrant des paysages de rocailles miniatures avec des petites plantes dans des plats peu profonds. De cette époque datent les premières descriptions écrites de ces « pun wan » - jouets en plateau. Les plus anciens arbres prélevés puis mis en pot sont supposés avoir été des arbres aux formes particulières et tordues, issus de la nature sauvage. Ceux-ci étaient « sacrés » par opposition aux « profanes » parce que ces arbres ne pouvaient pas être utilisés à des fins pratiques ou ordinaires comme bois de charpente par exemple.

L'Évolution des Supports et du Symbolisme

Deux cents ans plus tard, des importations de nouveaux produits aromatiques et d’encens débutèrent sous l’empereur Han grâce à l’ouverture de nouveaux commerces avec ses voisins. De nouveaux supports furent créés : les brûleurs d’encens en forme de pics de montagne qui s’élevaient au-dessus des flots symbolisaient les demeures des Immortels et l’idée alors en vogue des mythiques îles des bienheureux. Fabriqués à l’origine en bronze, en céramique ou en bronze doré, certains de ces brûleurs reposaient sur de petits plats à rebords, soit pour récupérer les cendres brûlantes, soit pour contenir un océan miniature symbolique.

À travers les siècles, divers styles régionaux se développeront dans le vaste pays, à l’image de ses nombreux paysages variés. Des récipients en terre et en céramique remplaceront ceux en porcelaine présentés sur des tablettes en bois, et des tentatives seront faites pour les mettre en forme avec des cadres de bambous, du fil de laiton ou des bandes de plomb. De nombreux poètes et écrivains ont fait chacun au moins une fois une description d’un arbre ou de paysages miniatures, et nombreux furent aussi les peintres qui ont introduit un petit arbre en pot comme symbole d’un style de vie d’homme instruit.

De la Philosophie Chinoise à l'Influence Japonaise

Le jardin d’Extrême-Orient a une longue tradition liée au paysage. En Occident, notamment en France, les jardins à la française, très structurés, avec de la symétrie, des carrés, des ronds parfaits et des lignes droites, sont la fierté de Louis XIV. En Extrême-Orient, plutôt que de dompter la nature, on s'en inspire. Les montagnes y sont tourmentées, avec des gorges profondes, des cascades puissantes, des arbres arrimés « contre vents et climats » allant de l’aridité à la mousson : ces paysages bouleversés servent de modèle au penjing.

Les peintures chinoises de l’époque Song (960-1279) montraient que l’homme parvenait à « créer dans un seul pot une impression d’immensité dans un petit espace ». Entre le Xème et le XIIème siècle, ces petits arbres « sauvés » par les moines bouddhistes chinois portaient le nom de p’en-tsai ou pensai, qui a donné en japonais bonsaï. Après le 16e siècle, ces compositions furent nommées « pun tsaï » ou « plantation en plateau ». Sous la dynastie Yuan (1279 à 1368), des ministres et des marchands japonais vont ramener des arbres dans leur pays. Cependant, cet art ne sera réellement intégré au Japon que lorsqu’un fonctionnaire chinois, Chu Shunsui, fuyant la domination manchoue en 1644, emportera sa collection avec lui.

Le Style Droit Formel : Rigueur et Tradition

Le style droit formel se caractérise par un tronc vertical, une réparation uniforme des racines autour du tronc (en étoile), une bonne conicité du départ des racines à la cime et une répartition spiralée des branches autour du tronc. Les espèces les plus adaptées sont celles qui développent un bourgeon terminal dans l’axe de la pousse de l’année précédente. Elles nécessitent un remplacement fréquent de la cime, en substituant à celle du moment une petite branche latérale qui est ligaturée en position.

Cette silhouette pourrait être celle d’un pin ou d’un épicéa poussant dans la montagne, à l’abri de vents dominants trop marqués. Dans l’école chinoise, plus patiente, les arbres sont moins travaillés que dans l’école japonaise. La ligature, qui ne date que de 1890 au Japon, n’est pas ou peu utilisée. Durant la dynastie des Ts’ing (1644-1911), tout le monde put

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