La famille des Brassicacées, également connue sous le nom de Crucifères, représente un groupe de plantes à fleurs d'une importance capitale pour l'homme. Au-delà de leur rôle prépondérant dans l'alimentation mondiale, elles offrent une diversité fascinante de formes et de couleurs, avec une place particulière pour les variétés ornementales blanches qui apportent une touche d'élégance et de fraîcheur aux jardins.

Un Aperçu de la Famille des Brassicacées
Les Brassicacées sont des plantes à fleurs dicotylédones appartenant à l'ordre des Brassicales. Cette famille est cosmopolite, présente dans le monde entier à l'exception de l'Antarctique, mais elle est particulièrement répandue dans l'hémisphère nord, où elle s'est spécialisée dans les climats tempérés. On estime que le berceau de cette famille se situe sur le plateau iranien (eurasiatique), qui abrite plus de 900 espèces, dont 530 sont endémiques.
Les Brassicacées sont remarquablement homogènes tout en présentant une grande diversité de formes. Elles peuvent être annuelles, bisannuelles ou vivaces, le plus souvent herbacées, mais parfois arbustives. Cette famille est essentielle pour l'homme, fournissant des huiles, des plantes potagères ou condimentaires, des fourragères, des plantes ornementales, médicinales, et même des adventices des cultures ou des organismes génétiquement modifiés (OGM).
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Caractéristiques Morphologiques Distinctives
Malgré leur grande diversité, les Brassicacées sont faciles à reconnaître grâce à leurs fleurs et fruits typiques. Leurs feuilles sont généralement sans stipules et peuvent être couvertes de poils, dont la forme est un critère utile pour l'identification des espèces. Les inflorescences, souvent dépourvues de bractées, sont généralement des grappes ou des corymbes, parfois des panicules.
Les fleurs des Brassicacées sont souvent petites mais colorées et regroupées pour attirer les insectes pollinisateurs. Elles possèdent quatre pétales disposés en croix, une caractéristique qui a donné son ancien nom à la famille : les Crucifères. Cette disposition est si constante et remarquable que le nom de Crucifèraceae était autrefois couramment utilisé, malgré les règles de nomenclature actuelles.
La formule florale des Brassicacées est généralement (2+2)S + 4P + (2+4)E + 2C, ce qui signifie qu'elles sont hermaphrodites et actinomorphes (symétrie bilatérale, 2 axes de symétrie). Elles présentent 2+2 sépales libres, 4 pétales libres, des étamines en formation tétradyname (4 plus grandes et 2 plus petites), et 2 carpelles soudés à un ovaire supère.

Les fruits des Brassicacées sont des siliques ou des silicules, selon leur longueur par rapport à leur largeur. L'organisation du fruit et des graines est très diversifiée, ce qui permet de différencier les espèces. Les graines sont généralement sans albumen, et l'embryon est courbé avec la radicule dans une moitié de la graine et les cotylédons dans l'autre. La forme de l'embryon et la position de la radicule par rapport aux cotylédons sont des caractères taxonomiques importants.
Des Composés Chimiques Uniques
Les Brassicacées sont caractérisées par la présence de composés chimiques particuliers, les glucosinolates, avec plus de 120 variantes identifiées. Ces substances servent de mécanisme de défense contre la prédation par les insectes. Cependant, une coévolution a permis à certains insectes, comme les piérides du chou, de se spécialiser pour les consommer, créant des couples plante/insecte prédateur indissociables.
Les glucosinolates sont des substances de réserve en azote et en soufre pour la plante, utilisées notamment pour la synthèse d'acides aminés en cas de carence nutritionnelle. Les isothiocyanates, produits par la transformation des glucosinolates par les enzymes myrosinases, sont connus pour leurs propriétés chimiopréventives, antimutagènes et antioxydantes. Des études ont montré que l'apport de légumes de la famille des Brassicacées pourrait être associé à des effets bénéfiques pour la santé, notamment contre le cancer de l'estomac, du poumon, de l'endomètre et la mortalité toutes causes confondues.

Les Brassicacées Ornementales Blanches
Parmi la vaste gamme de Brassicacées, de nombreuses espèces sont cultivées pour leurs qualités ornementales, et un nombre significatif d'entre elles arborent de magnifiques fleurs blanches. Ces variétés apportent lumière et pureté aux jardins, s'intégrant harmonieusement dans divers aménagements paysagers.
Annuelles et Bisannuelles Blanches
Les Brassicacées annuelles ou bisannuelles blanches sont d'excellentes plantes qui se ressèment d'année en année sans nécessiter de travail intensif, créant des tapis floraux éclatants.
- La Monnaie du pape (Lunaria annua) : Connue pour ses fleurs violettes, elle offre également des variétés à fleurs blanches. Ses silicules argentées, plates et rondes, sont très décoratives et persistent longtemps sur la plante après la floraison, d'où son nom vernaculaire.
- L'Alyssum (Alyssum maritimum, également appelé Lobularia maritima) : Bien que souvent associé à des couleurs comme le violet ou le rose, l'Alyssum offre des variétés à fleurs blanches, formant des coussins denses et parfumés.
- La Julienne des dames (Hesperis matronalis) : Avec des variétés aux fleurs blanches, cette plante bisannuelle dégage un parfum agréable, surtout le soir.
- Le Thlaspi annuel (Thlaspi arvense) : Certaines espèces de Thlaspi peuvent présenter des fleurs blanches et sont connues pour leur robustesse et leur capacité à se naturaliser facilement.

Vivaces Blanches Populaires
Plusieurs Brassicacées vivaces sont prisées pour leurs fleurs blanches, offrant une floraison durable et un entretien minimal.
- La Corbeille d'argent (Iberis sempervirens) : Cette plante vivace forme des tapis bas et denses de petites fleurs blanches au printemps, idéales pour les rocailles, les bordures ou en couvre-sol. Son feuillage persistant ajoute un intérêt toute l'année. Le genre Iberis est également caractérisé par des inflorescences qui simulent, pour un observateur superficiel, une fleur plus grande, car les pétales externes des fleurs périphériques prennent un plus grand développement.
- Les Aubriètes (Aubrieta spp.) : Bien que souvent associées à des teintes de violet ou de rose, certaines variétés d'Aubrieta peuvent présenter des fleurs blanches, créant des cascades florales sur les murs et dans les rocailles. Les aubriètes sont des plantes vivaces herbacées, contribuant à la diversité des Brassicacées ornementales.
- L'Arabette du Caucase (Arabis caucasica) : Cette vivace forme de larges coussins de fleurs blanches, idéales pour les rocailles et les bordures ensoleillées. C'est une plante robuste qui tolère bien la sécheresse une fois établie.

Autres Espèces Intéressantes pour les Fleurs Blanches
D'autres genres au sein des Brassicacées peuvent également offrir des variétés à fleurs blanches, méritant l'attention des jardiniers.
- Certaines espèces de Cardamine : La cardamine hérissée (Cardamine hirsuta) présente de petites fleurs blanches disposées en grappes. Elle est souvent considérée comme une adventice, mais ses fleurs délicates peuvent apporter une touche de blanc discrète.
- Diplotaxis fausse-roquette (Diplotaxis erucoides) : Cette espèce a des fleurs blanches réunies en grappes au sommet des tiges, offrant une saveur piquante mais comestible.
- Drave printanière (Draba verna) : Entre janvier et juin, elle produit des fleurs en grappe, à 4 pétales et 4 sépales, de couleur blanche.
- Passerage drave (Lepidium draba) : Cette plante arbore de nombreuses fleurs blanches réunies en inflorescence.
- Alliaire officinale (Alliaria petiolata) : Ses fleurs blanches ont 4 pétales et elle est appréciée pour son léger goût d'ail.
Cultiver les Brassicacées Ornementales Blanches
La culture de ces plantes ornementales blanches est généralement simple. Elles préfèrent souvent un sol riche et meuble, mais peuvent s'adapter à une variété de conditions.
Conditions de Culture Générales
La plupart des Brassicacées ornementales blanches apprécient le plein soleil à la mi-ombre. Un sol bien drainé est essentiel pour éviter la pourriture des racines, en particulier pour les espèces vivaces. Un apport en compost ou en matière organique peut améliorer la fertilité du sol.
Semis et Plantation
Les annuelles et bisannuelles peuvent être semées directement en pleine terre au printemps ou à l'automne, selon les espèces. Les vivaces peuvent être plantées à partir de godets au printemps ou à l'automne, ou multipliées par division de touffe.
Par exemple, le chou-rave, une variété de Brassica oleracea, se plaît sur sol riche et meuble. Le semis de Brassica oleracea var. 'Delikatess Witte' se prête parfaitement à une culture en pleine terre sous nos latitudes.
Entretien
L'entretien des Brassicacées ornementales blanches est généralement minime. Un arrosage régulier est nécessaire pendant les périodes sèches, surtout pour les jeunes plants. La suppression des fleurs fanées peut encourager une floraison plus longue et éviter le semis spontané excessif pour certaines espèces.
Ravageurs et Maladies
Les Brassicacées sont sujettes à certains ravageurs et maladies. Les principaux ravageurs de Brassica oleracea var. sont par exemple les pucerons ou les altises. Cependant, les Brassicacées possèdent des composés chimiques particuliers, les glucosinolates, qui leur servent à éviter la prédation par les insectes. Néanmoins, une coévolution a permis à certains insectes, comme les piérides du chou, de se spécialiser pour pouvoir les consommer tout de même.
La Place des Brassicacées dans l'Écosystème et la Société
Les Brassicacées jouent un rôle crucial bien au-delà de leur beauté ornementale.
Importance Écologique
Elles contribuent à la biodiversité et fournissent des ressources alimentaires pour de nombreux insectes pollinisateurs grâce à leurs inflorescences souvent odorantes et nectarifères. L'entomogamie, ou pollinisation par les insectes, est une caractéristique prédominante de la famille.

Utilisations Diverses
Outre leur attrait esthétique, les Brassicacées sont d'une grande valeur pour l'homme :
- Alimentation : La famille est composée d'environ 3200 espèces pour 350 genres, dont 78 en France métropolitaine. Elle fait partie des trois familles principales (avec les Fabacées et les Poacées) fournissant 80% de l'alimentation végétale de la planète. Cela inclut la grande famille des choux (brocolis, choux-fleurs, choux de Bruxelles, choux raves, choux kales, choux pommés), les radis, les navets, les rutabagas, les moutardes et les colzas. Nos fiches de culture listent de nombreuses espèces comestibles comme l'Armoracia rusticana (Raifort), la Cardamine hirsuta (Cardamine hérissée), le Crambe maritima (Chou marin), la Diplotaxis tenuifolia (Roquette sauvage), l'Eruca sativa (Roquette), le Lepidium latifolium (Grande passerage), le Lepidium sativum (Cresson alénois), le Nasturtium officinale (Cresson de fontaine), le Raphanus sativus (Radis), le Sinapis alba (Moutarde blanche) et le Wasabia japonica (Wasabi). Presque toutes les plantes sauvages de la famille des Brassicacées peuvent être éventuellement consommées, sauf quelques rares toxiques comme la giroflée des murailles (Cheiranthus cheiri), mais dont l'amertume naturelle évite les empoisonnements.
- Huiles végétales : Le colza (Brassica napus), la navette (Brassica rapa) et la cameline (Camelina sativa) sont cultivés pour leurs graines oléagineuses. L'huile végétale de cameline est particulièrement riche en Omégas 3.
- Condiments : Les graines écrasées de Sinapis alba, Brassica nigra et Brassica juncea ont un goût puissant et piquant utilisé pour faire la moutarde. Le Raifort est également un condiment populaire.
- Colorants : Le pastel des teinturiers (Isatis tinctoria) était autrefois utilisé pour produire l'indigo, un colorant naturel textile bleu.
- Médecine : La sinapine, un alcaloïde présent dans les graines oléagineuses de cette famille, possède des effets anti-tumoraux et anti-oxydants prouvés. De nombreux autres principes actifs sont propres à chaque espèce, offrant des propriétés rubéfiantes, stimulantes, digestives, expectorantes, mucolytiques, antiseptiques et antifongiques.
Enjeux Génétiques
Les Brassicacées font l'objet de manipulations génétiques (OGM) visant à leur conférer une résistance aux herbicides comme le glyphosate (Roundup) ou aux insectes ravageurs. Cependant, les gènes des Brassicacées sont connus pour leur capacité à être transférés sur des plantes sauvages apparentées, ce qui soulève des préoccupations concernant une possible pollution génétique à long terme, avec des plantes adventices résistantes aux glyphosates et débarrassées de leurs prédateurs.
La Classification des Brassicacées : Un Débat Permanent
La classification des Brassicacées est un sujet complexe et en constante évolution pour les botanistes. La famille est tellement homogène que les caractères utilisés pour sa subdivision sont souvent secondaires.
Historique et Principes de Classification
Historiquement, les critères de classification reposaient sur la morphologie et l'anatomie. Aujourd'hui, les critères sont principalement génétiques, ce qui permet une classification plus précise. Le classement du vivant fonctionne comme des poupées russes, allant du règne (Plantae) à l'espèce, en passant par l'embranchement (Spermaphytes), le sous-embranchement (Angiospermes), la classe (Magnoliopsida ou dicotylédones), l'ordre (Brassicales) et la famille (Brassicacées).
Les Tribus des Brassicacées
Plusieurs tentatives ont été faites pour établir une subdivision naturelle de la famille, basées sur les caractères du fruit, de l'embryon, des glandes nectarifères, de la répartition des cellules à myrosine, etc. La classification proposée par O.E. Schulz en 1936 est la plus utilisée, malgré des modifications suggérées par d'autres botanistes.
Certaines tribus, comme les Pringleae ou les Chamireae, sont monogénériques et limitées géographiquement. Seules les tribus Brassiceae et Lepidieae sont considérées comme naturelles, les autres ayant été plus ou moins invalidées par des études biochimiques et phylogénétiques.
- Brassiceae : Caractérisée par des cotylédons pliés dans la graine et des siliques complexes ou des silicules indéhiscentes. On y trouve les genres Brassica, Raphanus, Sinapis, Diplotaxis, Crambe, Eruca, Moricandia, entre autres.
- Arabideae : Possède des cotylédons plats, un système nectarifère régulier et complet, et des siliques peu différenciées ou des silicules spécialisées. Les genres incluent Arabis, Aubrieta, Barbarea, Cardamine, Armoracia, Nasturtium, Isatis, Rorippa.
- Alysseae : Se distingue par des cotylédons plats, un système nectarifère réduit (souvent zygomorphe), et des siliques ou silicules globuleuses ou à valves plates. Parmi les genres, on trouve Alyssum, Lunaria, Lesquerella, Draba, Berteroa.
- Lepidieae : Caractérisée par des cotylédons plats, un système nectarifère réduit (souvent zygomorphe), mais des silicules à valves creuses et parfois plus ou moins globuleuses. Les genres incluent Lepidium, Cochlearia, Camelina, Capsella, Iberis, Biscutella, Thlaspi.
- Thelypodieae : Considérée comme primitive, cette tribu inclut les genres Thelipodium, Stanleya, Caulanthu, Streptanthus et Streptanthella.
Cette classification en tribus, bien qu'utile, est assez artificielle, les caractères utilisés pour leur détermination étant très secondaires en raison de l'homogénéité exceptionnelle de la famille. Dans une perspective évolutionniste, les Arabideae semblent les plus proches du type primitif.

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