Le noisetier (Corylus), bien qu'apprécié pour sa production de noisettes, est sujet à diverses pressions sanitaires. Parmi celles-ci, la brûlure bactérienne et la brûlure orientale occupent une place prépondérante, menaçant la viabilité des vergers professionnels et des cultures de loisir. Cet article détaille les mécanismes infectieux, les symptômes caractéristiques et les éléments de gestion de ces maladies, tout en abordant les divers ravageurs et pathogènes qui peuvent affecter la santé globale de l'arbre.

La brûlure bactérienne : Xanthomonas arboricola pv. corylina
La brûlure bactérienne du noisetier, également appelée bactériose du noisetier, est causée par la bactérie Xanthomonas arboricola pv. corylina. Cette maladie représente une menace sérieuse, particulièrement dans les plantations de moins de six ans, entraînant des pertes significatives dans les vergers.
Mécanismes de dissémination et infection
La bactérie hiverne principalement dans les chancres et les bourgeons. Le matériel de pépinière infecté constitue la voie d'introduction principale dans les nouveaux vergers. Une fois installée, la dissémination est facilitée par l’eau de pluie et l'utilisation d'outils d'élagage contaminés. Les conditions favorables à sa propagation sont une humidité élevée et des températures dépassant 20 °C. L'infection nécessite impérativement la présence d'eau pour permettre à la bactérie de pénétrer via les stomates des feuilles, les bourgeons, les tissus en croissance ou les blessures de taille.

Symptomatologie foliaire et ligneuse
L'infection bactérienne se manifeste par plusieurs symptômes distincts selon l'organe touché :
- Feuilles : Les feuilles présentent de petites taches anguleuses d'un brun rougeâtre, entourées d'un halo vert-jaune. Ces lésions finissent par fusionner à l'extrémité des feuilles.
- Tiges : De petites taches brunes, légèrement convexes et ovales, apparaissent le long des jeunes pousses. En s'élargissant, elles forment des chancres longitudinaux pouvant couvrir toute la circonférence, causant le dépérissement des branches.
- Tronc : Lors de périodes chaudes et humides, les chancres peuvent sécréter une gommose. Bien visibles au printemps et à l'automne, ils prennent parfois l'aspect d'une simple craque dans l'écorce.

La brûlure orientale du noisetier : Anisogramma anomala
La brûlure orientale du noisetier est une pathologie fongique causée par Anisogramma anomala. Ce champignon biotrophe, originaire de l'est de l'Amérique du Nord, est considéré comme une menace majeure car il peut détruire l'arbre dans son intégralité.
Dynamique de l'infection fongique
L'infection survient au printemps lors de la croissance active, particulièrement durant les phases d'émergence des feuilles et d'élongation des tiges. Les ascospores, dispersées par le vent et la pluie, germent au contact des tissus proches du méristème apical. Une fois la pénétration effectuée, le champignon colonise le phloème, le cambium et la couche externe du xylème sans produire de symptômes immédiats. Une période de dormance hivernale est nécessaire pour que le champignon se développe. Lorsque l'arbre reprend sa croissance au printemps, les tissus infectés se nécrosent, formant les chancres caractéristiques.

Évolution des symptômes et diagnostic
Les symptômes de la brûlure orientale n'apparaissent que 12 à 18 mois après l'infection initiale :
- Stromata : Des rangées de stromata noirs et elliptiques (1,5-3,0 x 2-10 x 1-2 mm) percent l'écorce vers la fin mai ou le début juin, suivant un motif régulier le long de l'axe de la branche.
- Chancres : Les zones infectées s'affaissent et brunissent. D'année en année, ces chancres s'élargissent, ceinturant finalement les branches et provoquant le dépérissement du feuillage. Si les feuilles au-dessus des chancres se dessèchent et brunissent, elles restent souvent attachées à l'arbre.
Lutte contre le flétrissement bactérien
Gestion et lutte contre les maladies du noisetier
La lutte contre ces pathogènes repose avant tout sur la prévention et la sélection variétale. Étant donné que la brûlure bactérienne peut être confondue avec la brûlure orientale, un diagnostic en laboratoire spécialisé est souvent requis.
Stratégies de prévention
Il est crucial de se procurer des arbres sains, car l'agent pathogène peut être présent dès l'achat. Une inspection rigoureuse avant la plantation est recommandée. Pour la brûlure orientale, la méthode de lutte la plus efficace consiste à utiliser des cultivars issus de l’hybridation avec des noisetiers américains, offrant une tolérance ou une résistance accrue. Bien que ces arbres puissent être infectés, l'impact sur la production est moindre, les chancres étant souvent plus petits et ressemblant à de simples craques.
Intervention mécanique
En cas d'infection, les branches affectées doivent être supprimées en coupant de 60 à 90 cm en dessous du point d'infection visible. Il est impératif de désinfecter les outils d'élagage entre chaque coupe pour éviter la propagation de la bactérie ou des spores fongiques.

Autres menaces biotiques : Champignons, bactéries et ravageurs
Outre les deux brûlures principales, le noisetier est exposé à une multitude d'autres agents pathogènes et ravageurs :
Pathologies fongiques et bactériennes secondaires
- Anthracnose : Causée par Sphaceloma coryli, cette maladie provoque des nécroses sur les involucres et les fruits, rendant ces derniers invendables. Les taches beiges à brunes sont souvent couvertes de gouttes orangées contenant les spores.
- Dépérissement bactérien : Provoqué par Pseudomonas avellanae, cette maladie est plus grave que la bactériose classique car elle entraîne la mort rapide de l'arbre.
- Oïdium et autres : L'oïdium (Phyllactinia guttata) apparaît généralement en fin de saison. Le chancre à Cytospora corylicola est également observé dans les vieux vergers. Enfin, les pourridiés (Rosellinia necatrix) et le virus de la mosaïque du feuillage (Apple mosaic virus) constituent des menaces supplémentaires pour la productivité.

Ravageurs entomologiques et acariens
- Balanin du noisetier (Curculio nucum) : Ce charançon pond ses œufs dans les jeunes noisettes en mai. Les larves se nourrissent ensuite de l'amandon.
- Acarien des bourgeons (Phytoptus avellanae) : Par ses piqûres, il détériore les bourgeons, les empêchant de se développer correctement.
- Punaises : Des espèces comme Gonocerus acuteangulatus ou Palomena prasina causent des dommages sur les fruits, rendant les amandons amers ou acides, un phénomène connu sous le nom de "noisettes punaisées".
- Pucerons : Le puceron jaune des feuilles (Myzocallis coryli) et le puceron vert des pousses (Corylobium avellanae) colonisent les extrémités en croissance, souillant les organes végétaux d'un miellat qui favorise le développement de la fumagine.
- Lépidoptères : Diverses chenilles, telles que la phalène hivernale ou la cheimatobie, peuvent dévorer des rameaux entiers, bien que leur impact soit généralement plus limité que celui des pathogènes vasculaires.