Les Orchidées et Bulbes de Madère : Un Trésor Botanique Subtropical

Paysage fleuri de Madère

Madère, souvent surnommée « l'île aux fleurs » dans l'Océan Atlantique, est un véritable trésor grandeur nature pour les passionnés de botanique, grâce à son climat subtropical doux et tempéré. Ce décor magnifique aux mille couleurs est présent toute l'année, offrant une richesse végétale exceptionnelle. L'île portugaise est riche d'environ 150 espèces végétales endémiques, pour la plupart protégées par la création de réserves naturelles et de parcs. Au-delà de ces chiffres, Madère est un jardin vivant où des centaines de fleurs différentes s'épanouissent partout.

Le Jardin Botanique de Madère : Un Écrin de Biodiversité

Pour apprécier pleinement la diversité florale de Madère, le Jardin botanique est un lieu incontournable. Créé à la fin du XVIIIe siècle à l’initiative de João Francisco de Oliveira sous la guidance du Dr Domingos Vandelli, directeur du Jardin botanique de Lisbonne, ce jardin est propice à l’observation et à l’acclimatation des plantes tropicales et subtropicales. Dès l’entrée, la maison coloniale accueille les visiteurs, protégeant les collections du Musée d’Histoire naturelle fondé par le père et naturaliste Ernest Schmitz. En sinuant à l'ombre des arbres et en découvrant les chemins de galets appareillés, on se plonge dans un univers végétal fascinant.

Une des terrasses les plus fameuses est celle des jardins chorégraphiés. Ce tapis coloré est composé d’une mosaïque d’Irésine (Iresine herbsii), une plante vivace au feuillage particulièrement coloré de rouge, rose, pourpre, vert, bronze ou encore jaune. Le jardin abrite également des espèces remarquables comme le Dracaena draco ssp., le Cassia popcorn ou Séné de Nairobi, une plante vivace aux épis de boutons noirs qui éclatent en jaune doré, et l’arbre Mickey Mouse, nommé ainsi pour ses fruits particuliers, régulièrement flanqués de deux à plusieurs baies noir luisantes. Les fleurs de cet arbre sont d’abord jaune-or et se teintent ensuite de rouge, tandis que les fruits apparaissent en vert olive. Les cordylines sont également nombreuses et se plaisent à merveille dans cet environnement.

Le Jardin botanique est aussi culturel, présentant les maisons pittoresques de Santana, caractérisées par leur forme triangulaire dont le toit descend au sol en un seul mouvement.

Les Orchidées de Madère : Une Famille Fascinante

Orchidées sauvages de Madère

La famille des orchidées est l'une des plus complexes et des plus nombreuses, avec plus de 25 000 espèces et un nombre incalculable d'hybrides et de variétés. Elles sont originaires de tous les coins du monde, plus particulièrement des tropiques d’Amérique. Des textes chinois très anciens font également référence à la culture des orchidées. On sait aussi que les Aztèques utilisaient la gousse d’une espèce, la Vanilla, pour enrichir des boissons.

Il existe une grande variété d’orchidées, pouvant avoir un habitat terrestre ou épiphyte, des fleurs solitaires ou de grandes inflorescences en épi dressé ou en grappe. Elles sont toutes pérennes, avec des feuilles usuellement alternées sur la tige.

Madère n’est pas une destination réputée pour ses orchidées sauvages, ne possédant en effet que cinq espèces :

  • Dactylorhize feuillue (Dactylorhiza foliosa)
  • Gennarie à deux feuilles (Gennaria diphylla)
  • Goodyère à grandes feuilles (Goodyera macrophylla)
  • Orchis intacte (Neotinea intacta)
  • Orchis des rochers (Orchis scopulorum)

Malgré ce nombre limité d'espèces endémiques, l'île, baignée par un climat doux et tempéré, est le lieu idéal pour la culture des orchidées, et de nombreuses variétés exotiques y prospèrent.

Jardin botanique de Madère || Orchidées et espèces endémiques

Les Orchidées Cultivées et Emblématiques

Parmi les espèces les plus courantes et emblématiques de Madère, on retrouve plusieurs types d'orchidées cultivées :

  • Le Strelitzia : l'oiseau du paradisReconnaissable entre mille avec sa fleur en forme d’oiseau, le Strelitzia est l’une des fleurs emblématiques de Madère. Les Strelitzia sont des plantes poussant sous un climat tropical, et qui se plaisent particulièrement à Madère. On la retrouve dans les montagnes et sur les falaises. Elle est également cultivée pour son gel.

  • L'orchidée-araignée d'Amérique centrale et du SudCette orchidée, plutôt que de s’étirer, organise ses fleurs en pompons denses et généreux. Il faut en profiter, car elle ne dure que quelques jours.

  • Les CatteleyaLes Catteleya sont épiphytes et pseudobulbaires. On les distingue entre unifoliées, avec une feuille qui sort du pseudo-bulbe et qui produisent deux ou trois fleurs, et bifoliées, avec deux ou trois feuilles et une inflorescence en grappe.

  • Le CymbidiumOriginaire d’Asie, le Cymbidium pousse comme une plante épiphyte ou comme une plante terrestre, pseudobulbaire. Son développement est sympodial, avec une croissance à l’horizontale.

  • L'orchidée DactylorhizaOn peut retrouver des orchidées Dactylorhiza dans la broussaille des forêts de la laurisylva et près des murs humides qui encadrent les levadas. Ce sont de petites orchidées qui présentent une inflorescence très attrayante d’une cinquantaine de fleurs. Les couleurs vont du rose pâle au pourpre, avec souvent des taches. Les feuilles, caduques, sont lancéolées et très larges. Cette orchidée originale, contrairement aux plus communes Cattleya et Cymbidium, ne se coupe pas pour la commercialisation. Comme beaucoup d’orchidées, elle a tendance à avoir des racines le long de la tige, ce qui en fait une épiphyte. Elle s’enracine normalement sur les rochers. Sa tige est droite, de 125 cm de hauteur, avec des branches plus ou moins droites, grimpantes ou étendues. Les feuilles sont alternes, ovales et très grosses. Ses fleurs mesurent 3 cm et éclosent en groupes ramifiés de 60 cm de longueur.

  • La SobraliaLa fleur de cette orchidée est très grande, d’une vingtaine de centimètres de longueur. Elle ressemble beaucoup à la Cattleya mais, contrairement à celle-ci, la Sobralia se fane très vite lorsqu’on la coupe. Elle dure très peu même sur la plante, un ou deux jours, bien qu’elle fleurisse successivement durant un ou deux mois. Les fleurs sont solitaires, parfumées, roses ou mauves avec un intérieur jaune. Les feuilles, lancéolées, sont aussi très grandes, jusqu’à 20 cm de large. Il s’agit d’une orchidée terrestre qui ressemble, dans son ensemble, à la plante du bambou.

Le Dactylorhiza foliosa : Une Orchidée Terrestre Montagnarde

Le Dactylorhiza foliosa est une orchidée terrestre et vivace, dont les tubercules ressemblent à des doigts, d’où son nom. Le feuillage est dense, lancéolé, vert clair. Côté floraison, elle épanouit d’avril à juin, des inflorescences en épis. Les lèvres des fleurs rose pourpre à violet arborent des lignes ou des petits points. À Madère, cette orchidée se développe dans des zones montagneuses aux microclimats humides. Sa culture est réservée aux passionnés d’orchidées terrestres qui sauront reproduire ces conditions naturelles (sol humide, riche, acide et ombragé). Le feuillage disparaît fin août, début septembre. Ses dimensions sont d'environ 60 x 40 cm.

Les Bulbes et Autres Plantes Remarquables de Madère

Lys de Malabar en fleurs

Au-delà des orchidées, Madère est également le foyer d'autres plantes à bulbes et d'espèces végétales fascinantes qui contribuent à sa renommée de "jardin flottant".

Le Lys de Malabar : Un Bulbe Grimpant Flamboyant

Le lys de Malabar, un des rares bulbes grimpants, offre sa fleur attractive, tout en rose vif, flamboyant. D’origine sud-africaine, les pétales s’exhibent en autant de flammèches qui se détachent des feuillages ternes et ombragés. La contemplation atteint son épanouissement lorsqu’on peut observer toutes les étapes du développement de son bouton floral.

Geranium maderense : Le Géranium Géant des Pentes

Le Geranium maderense n’est pas facile de culture et faiblement rustique (-3°C/-4°C), mais il est tellement intéressant que ça vaut le coup d’essayer en pleine terre (notamment en Bretagne) ou en pot à hiverner dans la plupart des régions. Sur l’île de Madère, il pousse sur des pentes à 40% et s’accroche grâce à ses pétioles qui, quand ils vieillissent, durcissent et se transforment en échasses. Ce géranium à belle floraison printanière rose a besoin d’un sol très drainant ; il craint encore plus l’humidité que le froid.

Pour se ressemer, il fait partie des plantes très futées. Après la floraison, quand l’air est sec, Geranium maderense propulse ses graines jusqu’à 6 mètres, ce qui permet à la plante-mère de ne pas être concurrencée par ses futurs bébés. Autre tactique insolite : les graines qui ont germé sont capables d’enrouler leurs petites racines sur elles-mêmes, de se laisser porter par le vent. Dès qu’elles rencontrent un lieu favorable, la racine se déploie et la graine s’ancre, parfois loin de son lieu de germination.

L'Argyranthemum maderense : La Marguerite Arbustive

C’est une petite marguerite arbustive, au feuillage persistant, qui offre des fleurs blanches à cœur jaune dès la fin de l’hiver. Comme elle est compacte (60 x 50 cm), elle peut être cultivée en pleine terre comme en pot. Elle aime le soleil, n’a peur ni du vent ni des embruns, déteste avoir les pieds mouillés trop longtemps, apprécie des apports réguliers d’engrais liquide (en pot). Seul hic : elle est plutôt frileuse : -5°C maximum.

L'Aeonium glutinosum : La Succulente Collante Endémique

C’est l’une des deux espèces d’Aeonium endémiques de Madère avec A. glandulosum (que l’on trouve aussi aux îles Canaries). Comme l'explique Hubert Debbash, pépiniériste spécialisé dans la production d’Aeonium : « Sur l’île de Madère (…), l’Aeonium glutinosum peut être observé dans des contextes extrêmement variés. On le trouvera aussi bien sur le littoral, perché sur des dunes ou cloué dans un rocher qu’en moyenne montagne au milieu d’une végétation abondante. (…) Il accepte volontiers de se mélanger à d’autres végétaux sans craindre leur concurrence, ce qui permet de l’installer au jardin au milieu d’une plate-bande où il côtoie un parterre de fleurs annuelles ou vivaces. Bien entendu, l’Aeonium glutinosum doit son nom à cette glu qui peut rendre collante la plante. Mais n’exagérons pas cet aspect : on peut ne même pas le percevoir en touchant les feuilles au vert franc. C’est l’inflorescence qui est la plus marquée par cet aspect. Et quand vous aurez la chance de voir l’Aeonium glutinosum fleurir chez vous, vous serez émerveillé par la splendeur de sa hampe florale : élancée, puissante aussi bien que légère, elle porte des fleurs d’un jaune merveilleux qui resteront longtemps avant de produire les semences. » Tout est dit.

Les Fleurs des Montagnes Madériennes

Fleurs jaunes des montagnes de Madère

Les montagnes de Madère sont également un spectacle floral à ne pas manquer, avec de nombreuses fleurs de couleur jaune créant une véritable toile grandeur nature. Il est difficile d'oublier les pavots, lys, géraniums, capucines, ou encore les bougainvilliers, fleurs imposantes que l'on retrouve sur les murs des propriétés. Madère, c'est avant tout un bonheur des yeux, toute l'année, mais également des odeurs et des parfums qui mettent nos sens en éveil.

Cultiver les Orchidées et Bulbes de Madère

Pour ceux qui souhaitent cultiver ces merveilles chez eux, quelques conseils pratiques sont utiles, notamment pour les orchidées et bulbes qui demandent des conditions spécifiques. Pour les orchidées ayant peu de racines, il est suggéré de saupoudrer de la poudre d'enracinement ou de l'hormone de bouturage sous le bulbe au niveau des racines et de le placer dans un terreau spécial orchidée, maintenu par quelques petits tuteurs autour du bulbe.

Une autre solution pour développer les racines consiste à créer un environnement humide contrôlé. Dans une grosse bouteille d'eau minérale de 5 litres vide, découper une fenêtre sur trois côtés. Au fond, déposer une épaisse couche de billes d'argile ou, mieux, de pouzzolane, et dessus de la sphaigne sèche (ou de la mousse à défaut, mais attention aux moisissures et parasites). Remplir d'eau de façon à ce que cela touche à peine la mousse, puis poser les pseudo-bulbes dessus.

Les passionnés de fleurs et de botanique peuvent également consulter des circuits dédiés, comme le "Jardins et Patrimoine de Madère", pour explorer davantage la richesse florale de l'île.

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