Le Buis en Bonsaï Semi-Cascade : Un Art de Patience et de Création

Bonsaï de buis en semi-cascade

Le buis, traditionnellement utilisé pour les haies et topiaires, révèle une toute autre dimension dans l'art du bonsaï, particulièrement sous la forme semi-cascade. Cet arbuste robuste, capable de prospérer dans des sols arides, en plein soleil comme à l'ombre, et tolérant une taille fréquente, est idéal pour la pratique du bonsaï. Dans la nature, le buis pousse souvent avec des branches et un tronc tordus, des caractéristiques qui peuvent être sublimées dans un bonsaï.

Comprendre le Buis : Variétés et Toxicité

Le buis commun (Buxus sempervirens) est une espèce bien connue qui supporte le gel, bien que ceux plantés en pot nécessitent une protection contre les basses températures en hiver. Ses fleurs vert-jaune sont un atout pour les abeilles, mais il est important de noter que toutes les parties de la plante sont toxiques. Une autre variété notable est le buis de Chine (Buxus harlandii), qui se distingue par des feuilles plus petites et plus étroites, ainsi qu'une écorce sillonnée.

Conditions de Culture Optimales pour le Buis Bonsaï

Pour assurer la bonne santé d'un bonsaï de buis, il est essentiel de respecter certaines conditions de culture spécifiques à chaque variété.

Exposition et Température

Le buis commun doit être placé à l'extérieur, dans un endroit ensoleillé ou à mi-ombre. Durant l'hiver, il est impératif de le mettre à l'abri dans une serre froide pour le protéger du gel. Le buis de Chine, quant à lui, présente une plus grande flexibilité : il peut rester à l'intérieur, bien qu'il soit recommandé de le laisser dehors pendant l'été pour favoriser sa croissance.

Arrosage et Nutrition

En été, le buis a besoin de beaucoup d'eau, mais il peut résister à de courtes périodes de sécheresse. Il est crucial d'éviter de saturer la terre en eau, car un excès peut être préjudiciable à la plante. Pour l'engrais, un engrais organique solide peut être utilisé tous les mois ou un engrais liquide toutes les semaines pendant la période de croissance. Il est impératif de ne pas appliquer d'engrais pendant le repos hivernal du buis commun afin de ne pas perturber son cycle naturel.

Rempotage et Substrat

Le rempotage du buis doit être effectué tous les 2 à 5 ans, en fonction de son âge et de sa taille. Le buis supporte bien les importantes tailles de racines, ce qui est un avantage dans la pratique du bonsaï. Le substrat idéal doit avoir un pH d'environ 7 à 8. Un exemple de substrat utilisé avec succès est l'akadama pur, ou un mélange de 30% de ponce et 70% d'akadama, comme cela a été le cas pour un bonsaï particulier.

L'Art de la Taille et de la Ligature

La taille est un élément fondamental dans la création et l'entretien d'un bonsaï de buis. Les nouvelles pousses doivent être taillées en laissant une ou deux paires de feuilles. Si la canopée devient trop dense, il est nécessaire d'éclaircir la masse pour permettre à la lumière de pénétrer, évitant ainsi la mort de tiges et encourageant le bourgeonnement en arrière. Le buis commun supporte une taille importante et un travail de bois mort conséquent, ce qui offre de nombreuses possibilités créatives.

Lors de la ligature, il est essentiel de faire attention à ne pas abîmer l'écorce beige délicate du buis. Cette étape est cruciale pour modeler l'arbre sans lui causer de dommages irréversibles.

Multiplication du Buis

Le buis peut être multiplié efficacement par bouturage et marcottage, offrant aux passionnés de bonsaï des moyens de créer de nouveaux spécimens à partir de leurs arbres existants.

Maladies et Parasites : Défis et Solutions

Le buis, malgré sa robustesse, est susceptible d'être attaqué par diverses maladies et parasites. Il peut être affecté par des maladies fongiques, telles que le flétrissement ou le phytophthora, et le pourrissement des racines. Des ravageurs comme les nématodes, cochenilles, acariens, mineuses et psylles peuvent également causer des dommages. Il existe des traitements spécifiques pour la plupart de ces parasites et maladies, et il est préférable de se renseigner auprès de professionnels dans certains cas pour obtenir les meilleurs conseils.

Chenille de pyrale du buis

Récemment, la pyrale du buis a dévasté de nombreuses plantations en Europe. Cette longue chenille verte peut défolier le buis très rapidement. Sur les bonsaïs, il est souvent possible d'enlever les chenilles à la main, ce qui permet une intervention rapide et ciblée.

Le Style Semi-Cascade en Bonsaï

Le style semi-cascade est une forme de bonsaï qui capture la beauté naturelle des arbres poussant sur des falaises ou les bords des rivières et des lacs. Dans ce style, le tronc pousse verticalement sur une petite distance avant de se plier vers le bas ou vers les côtés. Contrairement au style cascade, le tronc en semi-cascade ne s'étend jamais en dessous de la base du pot.

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Ce style imite souvent des arbres qui, dans la nature, sont forcés de croître de manière particulière en raison de conditions environnementales difficiles. La première branche pousse souvent de l'autre côté de la direction de l'arbre, créant ainsi un sentiment d'équilibre visuel. Le choix d'un pot haut est caractéristique des bonsaïs en cascade et semi-cascade. L'arbre doit se développer vers le haut sur une petite distance, puis se plier vers le bas. La couronne de l'arbre pousse normalement au-dessus du bord du pot, tandis que les branches inférieures alternent à droite et à gauche le long d'un tronc courbé en forme de 'S'.

Autres Styles de Bonsaï

Au fil des ans, de nombreux styles ont été identifiés pour classer les bonsaïs, chacun ressemblant à des situations naturelles spécifiques.

Le Style Balai

Ce style est idéal pour les arbres dotés d'une ramification dense et fine. Le tronc est droit et vertical, sans atteindre la cime de l’arbre, et ses branches rayonnent dans toutes les directions à environ un tiers de la hauteur de l’arbre.

Le Style Droit Formel (Chokkan)

Une forme très commune, souvent rencontrée dans la nature lorsque l'arbre est exposé à beaucoup de lumière et n'est pas en concurrence avec d'autres. La conicité du tronc droit et vertical doit être clairement visible, étant plus épais à la base et s'affinant progressivement avec la hauteur.

Le Style Droit Informel (Moyogi)

Courant tant dans la nature qu'en bonsaï, le tronc pousse approximativement verticalement, formant un 'S', avec des branches à chaque courbe.

Le Style Penché (Shakan)

Résultat d'un vent soufflant dans une direction dominante ou d'un arbre cherchant le soleil à l'ombre. En bonsaï, l'arbre devrait pousser à un angle de 60 à 80 degrés par rapport au sol. Les racines sont bien développées d’un côté pour maintenir l’arbre debout, tandis que de l'autre côté, où l’arbre penche, elles sont moins développées. La première branche pousse du côté opposé à la direction de l'inclinaison pour créer un équilibre visuel.

Le Style Cascade (Kengai)

Un arbre vivant sur une falaise verticale peut se pencher vers le bas en raison de facteurs tels que le poids de la neige ou les chutes de pierres. Ces contraintes le forcent à pousser vers le bas. En bonsaï, il peut être difficile de maintenir un arbre qui pousse vers le bas, car l’orientation de la pousse est opposée à la tendance naturelle de l’arbre, qui est de croître vers le haut. Les bonsaïs en cascade sont plantés dans des pots hauts.

Le Style Littéraire (Bunjingi)

Dans la nature, ce style se retrouve dans des endroits densément peuplés où la concurrence est telle que l'arbre ne peut survivre qu'en grandissant au-delà des autres. Le tronc pousse de travers vers le haut, dépourvu de branches puisque le soleil n'atteint que le sommet. Pour accentuer la difficulté de sa survie, certaines branches sont transformées en 'Jin' (branche morte). Lorsque l'écorce est enlevée d'un côté du tronc, on parle de 'Shari'. L'idée est de dramatiser le combat de l'arbre pour survivre.

Le Style Battu par les Vents (Fukinagashi)

Un bon exemple d'arbres qui doivent se battre pour survivre. Les branches, tout comme le tronc, poussent toutes du même côté, comme si un vent constant avait soufflé l'arbre dans une seule direction.

Le Style Double Tronc (Sokan)

Courant dans la nature, mais moins fréquent en bonsaï. Normalement, les deux troncs partagent un seul système racinaire, mais il est aussi possible que le plus petit des deux arbres pousse sur le plus gros tronc juste au-dessus du collet. Les deux troncs diffèrent en épaisseur et en hauteur; le plus épais et le plus développé croît relativement verticalement, tandis que le plus petit est un peu moins développé.

Le Style Troncs Multiples (Kabudachi)

Théoriquement identique au style double tronc, mais avec trois ou plus de troncs. Tous les troncs partagent le même système racinaire, formant un seul arbre.

Le Style Forêt (Yose-ue)

Ressemble au style troncs multiples, mais la différence est qu'il est constitué de plusieurs arbres plutôt que d'un seul arbre avec plusieurs troncs. Les arbres les plus développés sont placés au milieu d'un grand pot peu profond. Sur les côtés, quelques arbres plus petits sont plantés pour participer à la même et unique couronne.

Le Style Racines sur Roche (Sekijoju)

Sur des terrains rocailleux, les arbres sont obligés de chercher des sols riches en nutriments souvent dans des fissures ou des trous. Les racines ne sont pas protégées tant qu'elles n'atteignent pas le sol et doivent se protéger elles-mêmes du soleil en développant une écorce particulière. Dans ce style, les racines de l'arbre poussent dans les fissures et les trous de la roche. Cela signifie que les racines ont peu de place pour se développer et absorber des nutriments. Les arbres poussant dans des roches ne paraîtront jamais en pleine santé, d'où l'importance de montrer que l'arbre doit se battre pour survivre. Il est important de le nourrir et de l'arroser souvent, puisqu'il n'a pas beaucoup d'espace pour stocker de l'eau et des nutriments.

Le Style Arbre Flottant ou Bois Mort (Sharimiki et Jin)

Parfois, un arbre qui se couche peut survivre en pointant ses branches vers le haut. L'ancien système racinaire peut fournir suffisamment de nutriments aux branches pour survivre. Après un certain temps, de nouvelles racines commencent à pousser, remplaçant finalement la fonction des anciennes racines. Les anciennes branches, qui pointent maintenant vers le ciel, se développent en troncs et de nombreuses branches poussent, résultat de l'apport supplémentaire de nutriments. Avec le temps, certains arbres développent des parties sèches ou écorcées sur leur tronc, résultats de conditions météorologiques difficiles. Les parties sèches commencent généralement là où les racines émergent du sol et s’amincissent à mesure que l'on remonte sur le tronc. Un ensoleillement intense fait blanchir des parties, qui deviennent une partie de l’arbre avec beaucoup de caractère. Pour protéger les bois morts, on applique souvent du liquide à jin.

Un Exemple Concret : La Création d'un Bonsaï de Buis en Semi-Cascade

La création d'un bonsaï est un voyage de patience et de collaboration, comme l'illustre l'histoire d'un buis yamadori. L'aventure a commencé avec l'extraction d'un buis, une autorisation de prélèvement en poche. Le fils aîné a pris la responsabilité de l'arbre, le plaçant en pleine terre pendant les deux premières années, à une exposition semi-ombragée et sans apports spécifiques. Pendant cette période, l'arbre est resté tranquille, faisant simplement du vert.

Buis en pleine terre après prélèvement

En 2012, il a été mis dans son premier pot à bonsaï. Le système racinaire, correct avec ses nombreuses radicelles, a permis une installation sans problème dans de l'akadama. Les trois années suivantes, de 2012 à 2015, l'arbre a continué à pousser sans intervention majeure. Lors du rempotage de 2015, il a été placé dans un pot plus petit en mica, toujours dans de l'akadama pur. Le bonsaï a eu la chance de survivre à une attaque massive de pyrales, un défi commun dans la région grenobloise.

Le fils aîné avait réfléchi à divers projets et réalisé des dessins. Il semblait difficile de trouver un style ou une "face" à ce buis, l'arbre n'ayant pas de forme naturelle ni d'esthétique évidente. Il s'est donc résigné à tout couper et à mettre en valeur les deux éléments qui avaient attiré l'attention à l'origine : son nebari (base du tronc et des racines) et son potentiel de bois morts. Il a enlevé la branche principale et a incliné l'arbre, marquant une étape décisive vers le style semi-cascade.

Au rempotage suivant, la composition du substrat a été modifiée, passant à 30% de ponce et 70% d'akadama. Les travaux de Stemberger ont été une source d'inspiration lors des sessions de travail à la Dremel pour sculpter le bois mort, et du liquide à jin a été appliqué pour le protéger.

Travail du bois mort sur un bonsaï de buis

Trois années supplémentaires de culture en pot se sont écoulées. Le fils est ensuite parti pour un voyage de six mois, période pendant laquelle la charge des arbres, et du buis en particulier, a été transmise. À son retour, il a été très satisfait de constater l'évolution du projet grâce à la sélection des branches primaires et secondaires et à l'affinage des bois morts.

Finalement, en 2021, la face du buis a été changée, l'arrière satisfaisant davantage. Cette nouvelle face présente moins de relief mais plus de texture liée aux accidents de vie de l'arbre. En 2024, il a été décidé de le rempoter dans 100% d'akadama. Ce bonsaï de buis, souvenir d'une promenade en famille et fruit d'un travail commun, est chargé d’émotions, ayant prospéré entre de bonnes mains qui se sont donné le relais.

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