L’univers du jardinage biologique et de l’amendement des sols regorge de ressources souvent négligées, pourtant dotées d’un potentiel agronomique remarquable. Parmi ces sous-produits, le « champost », ou compost de champignonnières, occupe une place de choix. Souvent confondu avec le compost traditionnel, ce matériau issu de la culture des champignons comestibles - comme le champignon de Paris (Agaricus bisporus) - est en réalité un amendement organique complexe, stabilisé et hautement bénéfique pour la structure de vos terres.

Nature et origine du substrat de culture
Le champost, mieux connu sous le nom de fumier de champignon, est le sol sur lequel les champignons sont cultivés. Contrairement au « vrai compost » domestique, le champost n'est pas fabriqué exclusivement à partir de matières végétales. La production de champignons repose sur un mélange précis de paille de blé, de fumier de cheval, de fientes de poulet, de chaux et de tourbe.
Ce substrat subit un processus de préparation rigoureux. Le compost de champignons est complètement hygiénisé (vapeur) en dehors de la champignonnière, puis repose pendant 14 jours dans un tunnel avant d'être livré. Une fois chez le producteur, il est étalé sur une épaisseur d'environ 18 cm, puis recouvert d'une couche de gobetage de 6 à 7 cm. Cette couche de couverture se compose d'environ 80 % de tourbe, principalement de tourbe noire combinée à de la tourbe de coco, ainsi que de terre de bruyère ou de marne pour ajuster le pH. Après la récolte, le mélange de ces deux couches est vendu sous le nom de champost.
Un processus de transformation industrielle et durable
Le champost est le résidu des champignonnières après la fin du cycle de culture. À la fin du processus, qui dure environ 6 mois, l'espace de culture est entièrement stérilisé à la vapeur. Le substrat subit un traitement thermique où il est maintenu à 65°C pendant 8 heures. Ce processus élimine toutes les graines de mauvaises herbes, les nématodes, les germes ou autres maladies, garantissant un produit parfaitement sain pour le jardin.
Plus d'un million de tonnes de champignons sont cultivées chaque année dans l'UE, générant environ 3 millions de tonnes de compost usagé. Ce déchet, autrefois encombrant, est désormais au cœur de projets d'économie circulaire, comme le projet BIOrescue. Des entreprises innovantes transforment ces résidus en bioproduits de valeur, prouvant que ce « trésor mal-aimé » peut être valorisé au-delà de son usage horticole direct.
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Propriétés agronomiques : structure et fertilité
Le champost est un amendement de sol exceptionnel qui améliore la structure de votre potager, nourrit la vie du sol et contient de nombreux nutriments directement absorbables. Il apporte 107 kilos de matière organique par m³. Cette dernière est de haute qualité et reste longtemps dans le sol : après un an, 60 % de la matière organique du champost subsiste encore.
- Rétention d'eau : Les sols sableux retiennent mieux l'humidité grâce à la tourbe présente dans le mélange (environ 5 à 10 %).
- Aération : Sur les sols lourds, argileux ou limoneux, le champost allège la structure, favorisant un meilleur développement racinaire.
- Équilibre du pH : Grâce à sa teneur en chaux, il a un effet positif sur les sols acides, contrairement au compost vert qui peut avoir tendance à acidifier le terrain.
- Apport minéral : Chaque mètre cube contient environ 23 kilos de calcium, 3,2 kg d'azote, 2,0 kg de phosphate et 4,4 kg de potassium.
Utilisation pratique au potager
Le champost est un produit polyvalent, mais son utilisation doit suivre certaines règles pour maximiser ses bénéfices. Puisqu'il contient une part de sel, il est recommandé de l'incorporer au sol 6 à 8 semaines avant la plantation ou le semis.
Pour un potager classique, la dose recommandée est de 1 m³ pour 10 à 15 m² de surface. Il est impératif de bien l'incorporer avec une fourche-bêche ou un motoculteur dans les 25 premiers centimètres du sol. Si vous l'utilisez dans une serre, il est conseillé de rincer le sol après l'épandage avec environ 30 litres d'eau par mètre carré afin de lessiver l'excès de sels.
Il est important de noter que si vous cherchez à favoriser des mycorhizes spécifiques, le champost ne remplace pas les inoculums ciblés. Les familles de plantes sont liées à des champignons spécifiques non interchangeables. Cependant, le mycélium résiduel associé au fumier de cheval prospère en dégradant la matière organique ligneuse et aide à contrôler la prolifération des bactéries pathogènes.

La vie fongique dans le compost
La présence de champignons dans votre tas de compost domestique n'est jamais un mauvais signe. Ils se développent naturellement dans des conditions d'humidité élevée et de présence de matières organiques en décomposition. Ces champignons aident à décomposer les matériaux ligneux (feuilles, petites branches) et forment des réseaux de mycélium qui répartissent uniformément l'humidité et les nutriments.
Il existe deux types de champignons : les lignivores (décomposeurs primaires) qui préfèrent la matière fraîche, et les champignons de compost (décomposeurs secondaires) qui préfèrent la matière déjà entamée. Dans les jardins bien paillés, leur présence augmente souvent le rendement des cultures en restituant rapidement les minéraux comme le cuivre, le phosphore et le sélénium.
Sécurité et précautions
Bien que le champost soit hygiénisé, il convient de rester vigilant si vous pratiquez le compostage sauvage chez vous. Certains champignons sauvages peuvent être toxiques. Si vous n'êtes pas certain de l'identification d'un champignon poussant spontanément dans votre jardin, ne le consommez jamais.
Pour les cultures de champignons maison, vous pouvez réaliser vos propres mélanges en utilisant 75 % de paille fraîche et 25 % de fumier (cheval ou volaille). L'activité microbienne naturelle fera monter la température du tas, atteignant des pics de 80°C nécessaires à une fermentation homogène. Le substrat est prêt lorsqu'il présente une couleur brune uniforme, une odeur terreuse et un pH entre 8 et 8,5.
En résumé, le champost est une solution écologique et économique. En transformant un résidu de production en un puissant activateur de sol, vous participez activement à la boucle de l'économie circulaire, tout en offrant à vos légumes les conditions optimales pour une croissance vigoureuse et une résistance accrue aux maladies racinaires.
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