
Le champost, plus connu sous le nom de fumier de champignon, est le substrat sur lequel les champignons sont cultivés. Souvent confondu avec le compost classique, le champost présente des différences majeures, bien qu'il s'agisse tous deux de masses friables et brunes. Contrairement au "vrai compost" qui est exclusivement composé de matières végétales, le champost est issu d'un processus de culture fongique spécifique. Les champignons sont cultivés sur du fumier de cheval composté avec de la paille, de la chaux et du fumier de poulet. Ce produit se positionne comme un excellent améliorateur de sol, apportant une multitude de bienfaits aux jardins potagers et aux cultures.
Un Amendement de Sol aux Multiples Vertus
Le champost n'est pas un terreau ou un substrat de semis et de bouturage, mais un améliorateur de sol. Il a la capacité d'améliorer la structure des sols lourds comme l'argile ou le limon, les rendant plus légers et aérés. Pour les sols sableux légers, le champost, qui contient 5 à 10 % de tourbe, contribue à une meilleure et plus longue rétention d'humidité. Sa teneur en chaux a un effet positif sur les sols acides, régulant l'équilibre du pH. Cette dose de chaux est également bénéfique pour les cultures de choux, aidant à prévenir la hernie du chou, et pour les tomates, évitant la pourriture apicale due à un manque de calcium. Là où le compost vert ou organique peut acidifier le sol, le champost assure un très bon équilibre du pH.

Un des avantages majeurs du champost est qu'il s'adapte rapidement à tout type de sol. Sa structure courte, à l'inverse du fumier de ferme, facilite son incorporation dans le sol du potager. Il est ainsi possible de l'intégrer efficacement sans retrouver des "formes originales" de fumier après l'hiver, ce qui arrive souvent avec le fumier de cheval.
La Production du Substrat de Champignon : De la Matière Brute au Champost
La production de champignons est une activité économique significative, avec plus d'un million de tonnes cultivées chaque année dans l'UE. Ces cultures fournissent des aliments sains, faibles en graisses et riches en protéines, en minéraux et en vitamines. Cependant, la production de chaque tonne nécessite environ 3 millions de tonnes de compost de champignons. Ce mélange de fumier de poulet, de tourbe et de paille de blé ne permet qu'une à trois récoltes, et son élimination pose des problèmes économiques et logistiques.
Le premier producteur français de champignons de Paris se trouve en Charente-Maritime
Le substrat pour champignons se compose essentiellement de paille, de fumier de cheval et de fientes de poule, créant une matrice organique complexe et équilibrée. Le fumier doit être frais (n'excédant pas 15 jours), souvent de cheval car considéré comme le meilleur, mais le fumier d'âne ou de mulet peuvent être utilisés, à condition qu'il soit bien imprégné d'urine et de crottin. Le fumier est alors secoué énergiquement pour défaire les mottes, d'abord à la fourche, puis par des moyens mécaniques, afin d'obtenir un mélange parfait entre parties humides et sèches, dans lequel on incorpore la paille.
Le fumier est ensuite mis en tas d'environ un mètre de hauteur par couches successives d'environ 20 cm, chacune étant tassée et humidifiée. Actuellement, d'autres produits, tels que des compléments azotés comme le sulfate d'ammoniaque (2,5 kg/tonne de compost), sont ajoutés pour favoriser la décomposition des végétaux par la prolifération de micro-organismes, activant ainsi le compost.
La fermentation s'accompagne d'un dégagement de chaleur, le compost pouvant atteindre 70°C après 4 à 5 jours, ce qui permet de stériliser naturellement le compost en tuant les parasites. Cette température est mesurée avec un thermomètre spécifique. Cette étape de "retourne" consiste à défaire le tas, puis à le refaire en plaçant au centre ce qui était sur les bords et inversement. Les opérations destinées à transformer ce mélange en substrat se font sur une aire propre à l'extérieur de la carrière.
Le compost de champignons est ensuite entièrement hygiénisé (cuit à la vapeur) à l'extérieur de la champignonnière, puis repose pendant 14 jours dans un tunnel avant d'être livré au producteur. Lors de la livraison, le compost de champignon est étalé sur environ 18 cm d'épaisseur et recouvert d'une couche de terre de gobetage de 6 à 7 cm. Cette terre de gobetage est composée d'environ 80 % de tourbe, principalement de tourbe noire combinée à de la tourbe de sphaigne, et de terre de mousse ou de marne pour ajuster le niveau d'acidité. Cette couche de couverture contient tous les nutriments pour les champignons ainsi que la culture ou les spores des champignons.
Le Mycélium et le Processus de Fructification
Le mycélium est appelé "blanc" par les champignonnistes. Jusqu'aux années 1990, le blanc était du compost stérile envahi par le mycélium. Au XIXème siècle et jusqu'au début-milieu du XXème, le mycélium était prélevé dans les cultures existantes ou des meules prévues à cet effet. On coupait des morceaux de meule envahie de mycélium, qu'on séchait, donnant des "galettes" ou des "pains".
À partir de 1990, et encore aujourd'hui, le mycélium est fixé sur des graines de céréales stérilisées comme l'orge, le millet, le seigle ou le blé. Cette technique est appelée "blanc sur grain" et est adoptée mondialement. La "fabrication" du blanc de champignon se fait en laboratoire. Les spores microscopiques libérées en masse par les lamelles sous le chapeau du champignon arrivé à maturité sont recueillies en posant ce chapeau sur une surface stérile. Ces spores sont ensuite prélevées et déposées sur un milieu nutritif stérilisé. Lorsque le mycélium est suffisamment développé, il est découpé en boutures, puis chaque morceau est repiqué sur un milieu neuf.

Le temps d'incubation est de 2 à 3 semaines pour le champignon de Paris, c'est la phase où le mycélium envahit le compost et se nourrit. Le substrat doit être chaud, entre 22 et 25°C, avec un taux d'hygrométrie de l'air proche de 95 % et une température de l'air portée à 22°C pour que le mycélium se développe. Au bout d'une semaine, les lardons (morceaux de mycélium inoculés) doivent commencer à émettre des filaments blancs dans le substrat. Si certains lardons n'ont rien donné, ils sont remplacés.
Il faut ensuite forcer le mycélium à fructifier et à former des carpophores (la partie comestible du champignon). Ce geste est technique, car il faut étaler la terre de gobetage sans endommager le fragile mycélium développé à la surface de la meule. La terre doit être étalée et tassée, sans excès. Pour la culture du champignon sur meule, on commence par le bas et on finit par le sommet, souvent avec une grande taloche en bois ou une truelle, ou une planche.
La terre de gobetage est essentielle, car le champignon ne peut fructifier dans le compost seul, trop riche. De plus, les bactéries présentes dans la terre de gobetage stimulent le mycélium pour la formation de carpophores. Le gobetage est spécifique à la culture du champignon de Paris et du pied bleu ; d'autres champignons cultivés comme le pleurote ou le shiitake fructifient directement sur la matière végétale morte.
La terre de gobetage doit être maintenue humide pour que le mycélium l'envahisse. Le sol est bassiné avec de l'eau, et les meules sont légèrement arrosées avec un arrosoir à pomme fine pour éviter le ruissellement. La température de la cave est ensuite abaissée par une forte aération pour stresser le champignon. L'aération est indispensable au développement du carpophore, permettant sa respiration et refroidissant la cave par évaporation. La température doit être maintenue autour de 14°C pour le développement des carpophores.
Après la formation des boutons, en modifiant l'humidité et la température de l'air, il est possible de jouer sur la quantité et la taille des champignons, surtout dans les cultures modernes. Les champignons sont cueillis à la main une fois assez gros, lorsque le chapeau commence à se détacher et à s'ouvrir (pour le champignon de Paris). Le pied est légèrement tourné pour le détacher de sa base. La récolte se fait tous les jours. Un cycle de production dure environ 4 mois, dont un mois de repos.
Du plâtre ou du calcaire (5 à 13 kg par tonne de compost fini) est ajouté au compost pour neutraliser la formation d'acide oxalique produit par le mycélium lors de son développement, principalement au début de la pousse des carpophores. Il est apporté sous forme de carbonate de calcium (CaCO3) ou de sulfate de calcium (SO4Ca, 2H2O). Pour 4 volées (vagues de récolte), la répartition est généralement : 1ère volée : 45 % ; 2ème volée : 30 % ; 3ème volée : 15 % ; 4ème volée : 10 %.
Le Champost : Un Produit Propre et Riche en Matière Organique
Le champost, ou "compost de champignon fini", est un produit résiduel des champignonnières. Après la récolte, le fumier de champignon est traité à haute température et retiré. Le champost ne contient aucune forme de germes, de nématodes ou de graines de mauvaises herbes. Il est pratiquement exempt de métaux lourds (produits chimiques). À la fin du processus de culture, qui dure environ 6 mois, l'espace de culture est stérilisé à la vapeur avec tout son contenu. Le substrat champost subit un traitement thermique où il est maintenu à 65°C pendant 8 heures. Ce traitement coûte cher, mais il est nécessaire pour garantir au producteur un travail propre et sans maladies pour la prochaine récolte. Le fait qu'il n'y ait pas de graines de mauvaises herbes dans ce substrat est une excellente nouvelle pour le potager.

Le champost est également le produit le moins cher qui contient autant de matière organique. Un grand avantage du champost est qu'il s'adapte rapidement à tout type de sol. Le champost apporte 107 kilos de matière organique par m³ à votre sol de potager. Cela est bénéfique pour la structure du sol, car un supplément de matière organique signifie que le sol peut retenir beaucoup plus d'humidité. Non seulement l'humidité, mais aussi les minéraux comme le potassium, le calcium, le magnésium et l'ammonium s'attachent à cette matière organique. Sans matière organique, tout s'écoule. La vie du sol, le "personnel" de votre potager, continue également à produire diligemment de l'humus si vous lui apportez une bonne dose de matière organique. L'humus est une nourriture prête à l'emploi pour vos plantes potagères.
La matière organique est un indicateur très important d'un bon améliorateur de sol. La matière organique apportée au sol de votre potager via le champost est de haute qualité et reste longtemps dans le sol. Après un an, 60 % de la matière organique du champost reste pour les années suivantes. Chaque année, 2 % de l'humus stable du sol est décomposé. Cette décomposition doit être compensée par l'apport de matière organique. L'azote est libéré progressivement de la matière organique. Seulement un quart de tout l'azote disponible du champost est libéré la première année, ce qui signifie que votre champost libère de l'azote pour vos plantes potagères pendant plusieurs années.
Composition et Utilisation du Champost
Un mètre cube de compost de champignon frais contient en moyenne :
- 170 kg de matière sèche
- 107 kg de matière organique
- 3,2 kg d'azote (N)
- 2,0 kg de phosphate (P2O5)
- 4,4 kg de potassium (K2O)
- 1,2 kg de magnésium (MgO)
- 0,5 kg de sodium (Na2O)
- 23 kg de chaux (CaO)
Comme mentionné précédemment, le calcium a un effet bénéfique sur l'acidité du sol de votre potager. Les plantes ont besoin de calcium pour créer leurs parois cellulaires. Les extrémités des racines sont également mieux formées avec une dose saine de calcium.
Il est important de savoir que le champost contient relativement beaucoup de sel. Cela signifie qu'il faut incorporer l'améliorateur de sol dans votre potager à temps. Un délai de 6 à 8 semaines avant la plantation ou le semis est recommandé. Si vous utilisez du champost dans la serre, ce qui est fortement conseillé, rincez ensuite abondamment votre sol pour que la majeure partie des sels soit emportée par l'eau. Comme la pluie ne peut pas le faire, il est préférable de rincer votre serre avec 30 litres par mètre carré.
La composition du champost est entièrement constituée de produits naturels. Il n'y a pas d'éléments indésirables comme des pierres, du plastique ou du verre. Il ne serait pas non plus sûr de cultiver des champignons dans un tel sol.
Stockage et Application
Pour des raisons de coûts de transport, il est intéressant d'acheter de grandes quantités de champost. Il peut être utile de l'acheter en commun ou de le stocker sous une bâche pendant un certain temps pour pouvoir en traiter une partie dans le jardin chaque année. Le champost de Moestuinweetjes peut être stocké simplement en plein air en tas. Le volume du tas diminuera légèrement, mais la valeur nutritionnelle et la structure resteront.
Le champost doit toujours être incorporé dans le sol du potager avant de planter ou de semer. Bien qu'il puisse être utilisé comme paillis sans mauvaises herbes 6 à 8 semaines avant la plantation, il est finalement préférable de l'incorporer dans votre potager avec une bêche ou une fourche avant de planter ou de semer.
La quantité à utiliser dépend du type de sol, de l'état de fertilisation et de la culture ou de la plantation. Il est recommandé d'utiliser 1 m³ de champost pour 10 à 15 m² de sol de potager. Toujours bien l'incorporer avec une fourche-bêche, une bêche ou une motobineuse dans les 25 premiers centimètres du sol de votre potager.
Innovations et Économie Circulaire

L'élimination du compost de champignons usagé pose des défis. Le projet BIOrescue, financé par l'UE, a présenté un processus de bioraffinage durable pour transformer la grande majorité du compost de champignons usagé (ainsi que d'autres types de déchets agricoles sous-utilisés) en composés bioactifs et bioproduits de valeur. Le leader industriel du consortium était Monaghan Mushrooms, l'un des principaux producteurs de champignons.
Ce nouveau système est soutenu par des outils de modélisation mathématique modernes qui analysent rapidement la composition des déchets de biomasse. La méthodologie innovante modélise avec une grande précision la composition des échantillons déterminés par la mesure de leur spectre proche de l'infrarouge. L'analyse rapide de la biomasse est essentielle pour un processus de bioraffinage réussi.
Les partenaires du projet ont également développé deux processus parallèles pour optimiser le prétraitement de la biomasse. Le prétraitement organosolv est utilisé pour obtenir la plus grande quantité possible de lignine, tandis que les sucres sont récupérés par un processus de prétraitement thermochimique.
Le compost de champignons usagé fait des merveilles. Des biopesticides peu coûteux et très concentrés ont été mis au point, moins toxiques mais tout aussi efficaces que leurs homologues à base de fossiles. L'innovation est le moteur de chaque étape du processus de bioraffinage. Des analyses préliminaires ont évalué les combinaisons potentielles de compost de champignons avec d'autres matières premières agricoles sous-utilisées, révélant que la paille de blé, la paille d'avoine et la paille d'orge se combinent le plus efficacement avec le compost de champignons usagé.
Le projet BIOrescue a exploré la possibilité de créer une économie circulaire dans l'industrie des champignons, mais a également révélé de nombreuses possibilités au-delà. Le champost représente l'avenir de la fertilisation naturelle : efficace, écologique et économique. Cette révolution verte commence dans votre jardin.
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