Le cacao, produit phare dont l’Occident ne peut se passer pour produire du chocolat, est majoritairement cultivé en Afrique sub-saharienne. La région représente 75% de la production mondiale et deux pays en concentrent plus de la moitié : la Côte d’Ivoire avec 44% et le Ghana avec 14,3%. Du point de vue du commerce international, la Côte d’Ivoire est le premier exportateur mondial de fèves de cacao avec 42% des exportations, suivi par le Ghana avec une part de 16,2%. Du côté de la demande, elle est principalement concentrée dans l’Union européenne qui représente 52,7% des importations mondiales - dont 75% en provenance d’Afrique sub-saharienne. Les Pays-Bas sont en tête avec 33% des importations européennes en provenance d’Afrique, suivis par l’Allemagne (21%) et la Belgique (17,5%).

Un arbre singulier : Le Theobroma Cacao
Le cacao provient du cacaoyer. Mis à part qu’il est à l’origine du chocolat, le cacaoyer est un arbre absolument surprenant. Du genre Theobroma (qui signifie « nourriture des dieux »), il s’agit d’une espèce tropicale endémique originaire des forêts équatoriales au climat chaud et humide. Les cacaoyers poussent naturellement sous l’ombrage d’autres espèces végétales. En effet, ils redoutent la lumière du soleil directe et brûlante. A l’état sauvage, le cacaoyer peut mesurer une dizaine de mètres. Ils produisent des milliers de petites fleurs blanches (d’environ 1 cm), dont seulement quelques-unes seront fécondées par des fourmis et autres insectes minuscules, et donneront un des plus gros fruits du monde.
Les cabosses sont les fruits du cacaoyer. Allongées ou ovoïdes, elles mesurent entre 15 et 25 cm de long et pèsent de 300 à 500 g. Leur écorce épaisse, souvent nervurée, peut arborer une large palette de couleurs selon la variété et le degré de maturité : vert, jaune, orange, rouge, pourpre… Chaque cabosse contient une pulpe blanche, sucrée et parfumée, dans laquelle sont enchâssées 20 à 60 fèves de cacao. Un cacaoyer adulte produit en moyenne 20 à 30 cabosses par an, soit environ 1 à 2 kg de fèves sèches. Cela correspond à environ 15 à 20 tablettes de chocolat de 100 g.
La réalité des plantations en Afrique
Sur les vingt-cinq dernières années, la production mondiale de cacao n’a cessé d’augmenter (+68% entre 1997 et 2022) et a même atteint son plus haut niveau en 2020/2021 à 5,2 millions de tonnes. La culture des cacaoyers est une activité agricole importante dans de nombreux pays tropicaux. La réalité des plantations est toutefois extrêmement diverse. La majeure partie des plantations n’excèdent pas les 2 hectares. Il s’agit donc d’exploitations familiales de petite taille, souvent complémentaires à une autre activité.
Dans les exploitations agricoles de cacao, les cacaoyers sont soigneusement espacés à une distance d'environ 3 à 4 mètres les uns des autres. Cette distance permet d’assurer une croissance optimale des arbres et une circulation d'air adéquate. Souvent situées dans des zones de forêt tropicale, les plantations de cacao bénéficient de l'ombrage naturel fourni par les arbres plus grands. Ces arbres d'ombrage protègent les jeunes plants de cacao contre la lumière directe du soleil.

Le processus de récolte et transformation primaire
La récolte se fait manuellement, le plus souvent à la machette ou au sécateur spécialisé, afin de préserver les cabosses et ne pas endommager l’arbre. Cette étape requiert un œil expérimenté : seules les cabosses arrivées à maturité sont cueillies pour garantir un goût optimal. Vient alors le moment de l’écabossage : la cabosse est fendue pour extraire les graines.
Au cœur de la cabosse, les fèves baignent dans une pulpe blanche appelée mucilage. Les fèves fraîches subissent une fermentation de 5 à 8 jours, essentielle pour développer les arômes et réduire l’amertume. Elles sont ensuite séchées pendant 1 à 2 semaines avant d’être prêtes pour le broyage. Dans les zones très humides, des séchoirs artificiels peuvent être utilisés pour éviter les moisissures. Le triage et le nettoyage éliminent les impuretés, les fèves cassées ou de mauvaise qualité, avant expédition.
Structuration de la filière et défis économiques
La filière cacao représente environ 5 millions de tonnes de cacao produit par 5 millions de producteurs et productrices. Une majorité de ces petits producteurs se trouve en milieu rural. Des « rabatteurs » se rendent à la porte de leurs exploitations pour leur acheter le cacao. Ces intermédiaires vendent ensuite le cacao à des exportateurs qui sont basés généralement dans des villes plus importantes proche des ports ou des capitales du pays.
La filière traditionnelle du cacao est longue et complexe, car elle comporte un grand nombre d’intermédiaires. Il faut comprendre que plus une chaîne de production contient d’intermédiaires, plus il y a des marges qui s’accumulent à chaque interlocuteur. Les agriculteurs sont, pour la plupart, des petits agriculteurs pauvres qui gagnent moins de 1 dollar par jour, un niveau bien en dessous du seuil de pauvreté de 1,90 dollar par jour. Cette rémunération très modeste s’explique par le fait que la chaîne d’approvisionnement implique de nombreux acteurs et que le producteur ne reçoit qu’environ 6% du bénéfice réalisé sur le produit final.
Découvrez en vidéo le mécanisme de financement de la FUCEC pour la chaîne de valeur du cacao
Environnement : Déforestation et changements climatiques
L’expansion des terres augmente les rendements de cacao, car les terres forestières non cultivées sont plus fertiles en raison de l'accumulation de nutriments dans les systèmes forestiers. De ce fait, sur les trente dernières années, 90% des forêts en Côte d’Ivoire ont été défrichées pour la production agricole, en particulier du cacao ; ce chiffre représente 65% au Ghana. Or, la déforestation n’est pas uniquement une conséquence de l’accroissement de la production, mais s’explique aussi par les faibles rendements et le prix bas du cacao (en dessous de 3 000 dollars par tonne depuis plus de six ans) qui poussent les agriculteurs à produire davantage.
Autre facteur de la destruction des forêts, le réchauffement climatique, puisque la hausse des températures et les sécheresses sont une menace pour les cacaoyers qui ont besoin de précipitations et de couvertures forestières. La menace du réchauffement climatique alimente un cercle vicieux dans lequel les producteurs sont amenés à déplacer leurs plantations dans des zones montagneuses, ce qui fragilise davantage les écosystèmes. Les données parlent d’elles-mêmes, la production de fèves de cacao s’est déjà contractée en Côte d’Ivoire et au Ghana de 6% et 64%, respectivement, entre 2020/2021 et 2021/2022 à cause des importantes sécheresses.

Vers une transition durable
Pour lutter contre la déforestation, l’Union européenne a adopté une nouvelle législation contre la déforestation importée. Les entreprises importatrices et exportatrices de l’UE devront dès lors prouver que leurs produits sont « zéro déforestation ». En outre, la Côte d’Ivoire, le Ghana ainsi que trente-cinq grandes entreprises du domaine se sont engagés en 2017, dans le cadre de l’initiative Cocoa & Forests de la Fondation Mondiale du Cacao, à mettre fin à la déforestation et rétablir les zones forestières.
La culture du cacao peut entraîner certains dangers environnementaux si elle n'est pas pratiquée de manière durable. C’est pourquoi des acteurs privilégient désormais l’agroforesterie. L'agroforesterie présente de nombreux avantages pour la culture du cacao : elle améliore la durabilité environnementale en préservant l'écosystème, en réduisant l'érosion du sol et en améliorant sa fertilité. Elle contribue par ailleurs à la résilience face aux changements climatiques grâce à la régulation de la température et de l’humidité.