Méthanisation et Compostage : Décryptage Détaillé des Solutions de Valorisation des Biodéchets

La gestion des biodéchets est devenue une priorité pour de nombreux acteurs professionnels et ménages, avec l'entrée en vigueur de la Loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et l’économie circulaire (AGEC) le 1er janvier 2024. Cette loi rend obligatoire le tri à la source des biodéchets pour tous les producteurs, y compris les professionnels. Face à cette obligation légale et à l'impératif de réduire notre empreinte écologique, deux solutions principales de valorisation organique se distinguent : le compostage et la méthanisation. Bien que ces deux méthodes répondent au même objectif de traitement des déchets organiques, elles présentent des caractéristiques, des avantages et des inconvénients distincts qu'il est essentiel de comprendre pour faire un choix éclairé. Cet article se propose de vous éclairer sur ces deux méthodes de traitement des déchets, en détaillant leurs mécanismes, leurs impacts environnementaux et économiques, ainsi que leurs implications sociales et hygiéniques.

Schéma comparatif méthanisation compostage

Définitions des Biodéchets, du Compostage et de la Méthanisation

Avant d'entamer une comparaison approfondie de ces deux méthodes de traitement des déchets, il est préférable de les définir précisément.

Qu'est-ce qu'un biodéchet ?

Les biodéchets sont définis par l’article L. 541-1-1 du code de l’environnement comme « les déchets non dangereux biodégradables de jardin ou de parc, les déchets alimentaires ou de cuisine provenant des ménages, des bureaux, des restaurants, du commerce de gros, des cantines, des traiteurs ou des magasins de vente au détail, ainsi que les déchets comparables provenant des usines de transformation de denrées alimentaires ». Concrètement, cela inclut les restes de repas, les épluchures de fruits et légumes, les coquilles d'œufs, le marc de café, les sachets de thé, mais aussi les déchets de jardinage tels que les feuilles mortes et les petites branches, les pailles et les fumiers. Les restaurants, cantines et traiteurs génèrent surtout des déchets alimentaires, tandis que d’autres entreprises s’occupent davantage de déchets verts issus de l’entretien des espaces extérieurs.

Pourquoi et comment trier ses biodéchets ?

Le tri à la source des biodéchets est crucial pour plusieurs raisons. En décharge, le tassement de biodéchets entraîne la fermentation de déchets alimentaires dans un milieu sans oxygène, « créant ainsi des conditions favorables à l’émission de méthane dans l’atmosphère », rappelle le Ministère de la Transition écologique. « De même, l’incinération de ces déchets produit également des GES et notamment du CO2 lors de leur combustion ». Différentes voies de valorisation des biodéchets offrent une alternative : la valorisation organique via le compostage, l’épandage ou la méthanisation. Ces utilisations permettent de « retourner au sol ou de transformer des matières organiques brutes en une matière valorisable, le compost ou le digestat, adapté aux besoins agronomiques des sols ». Pour trier ses biodéchets efficacement, il est essentiel de les séparer à la source des autres types de déchets. Les ménages doivent ainsi utiliser un contenant dédié, idéalement avec un couvercle pour éviter les mauvaises odeurs, avant de le vider dans un composteur domestique ou une poubelle de collecte de biodéchets installée dans leurs communes. Cette obligation légale s’accompagne d’une dimension d’image : elle témoigne de l’engagement de votre structure envers l’environnement et la réduction de ses poubelles.

Le Compostage : Un Processus Naturel Aérobie

Le compostage est un processus biologique naturel qui consiste à décomposer des matières organiques, telles que des déchets alimentaires, des feuilles mortes ou des résidus de jardin, en un amendement organique riche en nutriments appelé compost. Ce processus est généralement effectué dans un environnement contrôlé, tel qu'un tas de compost ou un bac de compostage, où les micro-organismes, tels que les bactéries et les champignons, dégradent les matières organiques en humus, un produit final qui peut être utilisé pour enrichir le sol de jardinage. Le compostage consiste en une dégradation de la matière par des bactéries et des champignons, en présence d’oxygène et d’humidité. Les processus de compostage, outre du compost, génère de la chaleur, de l’humidité, et du CO2 (le fameux cycle de la matière organique). Environ 30% de nos déchets jetés avec les ordures ménagères peuvent être compostés.

La Méthanisation : Un Processus Anaérobie Générateur de Biogaz

De manière similaire, la méthanisation se définit comme un processus biologique anaérobie, c'est-à-dire en l'absence d'oxygène, qui vise à décomposer des matières organiques, telles que les déchets alimentaires, les résidus agricoles ou les boues d'épuration, pour produire du biogaz, principalement composé de méthane (CH4) et de dioxyde de carbone (CO2). Ce processus se déroule dans un environnement contrôlé, tel qu'un digesteur anaérobie, où des bactéries spécifiques, appelées bactéries méthanogènes, décomposent les matières organiques en gaz. Ce procédé produit un gaz combustible à haute teneur en méthane : le biogaz. Tout d'abord, des TFR (ou Tubes de Fermentation Rotatifs), longs tubes tournants de près de 50 mètres de long et 4 mètres de diamètre ont pour mission de désagréger la matière et d’initier la fermentation. Une fois sortis de ces TFR, ils empruntent une ligne de tri secondaire, dont le but est d’affiner le tri réalisé en amont dans l’unité de tri automatisé (dit « tri primaire ») et d’éliminer les derniers éléments grossiers (essentiellement des plastiques) et derniers inertes (cailloux, graviers, morceaux de verre…) pour ne garder que la fraction organique la plus pure possible. Son principe est simple : placés dans des enceintes hermétiques (appelées « digesteurs »), les déchets organiques sont dégradés par des bactéries. La fraction liquide obtenue est envoyée vers la station d’épuration d’EveRé.

Enjeux et Objectifs Communs des Deux Méthodes

Ces deux méthodes sont souvent mises en opposition pour répondre au même objectif de traitement des déchets organiques. Ces enjeux sont multiples : la valorisation des biodéchets, l'indépendance énergétique et l'autonomie des agriculteurs. La Loi AGEC, entrée en vigueur au 1er janvier 2024, impose un tri à la source pour réduire nos poubelles et favoriser la valorisation. Dans ce contexte, les deux solutions, compostage et méthanisation, permettent de répondre à ces impératifs réglementaires et environnementaux.

Valorisation des biodéchets à Florac, épisode 3

Comparaison Détaillée : Impacts et Spécificités

La méthanisation et le compostage, bien que complémentaires dans l'objectif de valorisation des biodéchets, présentent des différences fondamentales en termes de processus, de produits finis, et d'impacts.

Impact Environnemental

Au niveau environnemental, il est difficile de comparer directement les deux solutions de l'article, car chacune possède ses propres atouts et défis.

Impact Environnemental du Compostage

Le compostage, même à l'échelle industrielle, est une solution qui n'utilise quasiment pas d'énergie tout au long de son cycle de vie. Une fois les biodéchets amassés dans un coin, le cycle naturel de la nature va décomposer et dégrader la matière. Il s'agit donc d'un système plutôt vertueux pour l'environnement. De plus, étant donné que la matière se dégrade selon un cycle naturel, la qualité de la matière restante en fin de dégradation est plutôt bonne pour être utilisée en agriculture. Ainsi, lorsque vous compostez, vous inscrivez vos biodéchets dans son cycle naturel : "De la terre à la terre". Le compost enrichit les sols, et nécessite peu de transport s’il est réalisé localement. Il peut émettre du méthane s’il est mal aéré, mais reste globalement simple et peu énergivore. Le compost est un excellent amendement pour les sols, il réduit les besoins en eau et apporte des nutriments doucement aux plantes.

Impact Environnemental de la Méthanisation

Au niveau environnemental, en France, surtout à l'échelle industrielle, la méthanisation nécessite des installations complexes et performantes pour à la fois créer ce fameux milieu anaérobie et réinjecter l'énergie dans le réseau. Comme mentionné précédemment, la méthanisation permet de capturer du gaz qui peut ensuite être transformé en électricité (grâce au système de cogénération) ou être hygiénisé et réinjecté sous forme de gaz pour alimenter une partie des habitations et des entreprises alentours. La création de ce gaz vert local participe à l’indépendance énergétique du territoire, un enjeu fort à la vue du contexte géopolitique actuel. La méthanisation capture du méthane, ce qui évite des émissions directes. Il faut toutefois faire attention à l’empreinte carbone liée au transport des déchets, surtout si les unités de méthanisation sont de grande taille et nécessitent l'apport de biodéchets sur de longues distances. En effet, les "gros" méthaniseurs coûtent 7 millions d’€ et plus, engloutissent des dizaines de milliers de tonnes de lisiers et de déchets, et doivent être remplis à plus de 95% de leurs capacités pour être rentables. Pour les remplir, on fait venir des biodéchets à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde.

Impact environnemental du compostage versus méthanisation

Impact Économique

Le choix de la méthode de valorisation s’inscrit selon la typologie du territoire et ses problématiques. Votre entreprise produit des biodéchets, et vous êtes confronté au choix entre deux solutions pour leur traitement. Cependant, il peut être difficile de déterminer quelle option est la plus vertueuse pour l'environnement ou pour votre compte en banque.

Impact Économique du Compostage

Dans le marché des déchets, le compostage est une solution appréciée par les entreprises car elle permet d'alimenter des composteurs locaux et donc de soutenir une agriculture locale. Sur le plan économique, c'est donc un schéma local et vertueux que permet le compostage. De plus, le coût associé au compostage est souvent inférieur à celui de la méthanisation car il ne nécessite pas d'investissements importants. Cependant, il est impératif de noter les éléments suivants : Un composteur acceptera uniquement des biodéchets dont la qualité est conforme à ses contraintes : sans emballage, sans sous-produits animaux, etc. Attention également, si vous souhaitez envoyer des quantités industrielles de biodéchets chez un composteur, il risque de les refuser. En effet, les biodéchets peuvent se décomposer en 1 à 6 mois, et les composteurs n'ont pas tous l'espace nécessaire pour accueillir de tels volumes pendant une période aussi longue. Pour les déchets « simples » comme les épluchures ou le marc de café, le composteur basique est la solution la moins onéreuse, de 40 à 120€/T en collectivité selon le niveau d’accompagnement. Cette solution ne permet de capter qu’une minorité de biodéchets. Pour des techniques comme le compostage électromécanique, les coûts totaux non aidés sont compris entre 280 et 380€/T. Le compostage en plateforme agréé SPAN 3 est dans le même ordre de prix si les camions font peu de kilomètres, avec une collecte nettement plus coûteuse et un coût de valorisation inférieur. Dès que les camions font des tournées trop longues, les prix montent de plus de 20%.

Impact Économique de la Méthanisation

Au niveau économique, la méthanisation propose une multitude de schémas de facturation. Et c'est à travers ces schémas que vous pourrez identifier la solution qui vous convient le mieux.

  • Schéma N°1 : Vous disposez d'une grande quantité de biodéchets avec un pouvoir méthanogène (capacité à produire du méthane) élevé. Dans ce schéma, il y a de fortes chances pour que vos biodéchets se transforment en revenus. Ces cas sont rares, mais si vous pouvez permettre au méthaniseur de produire une quantité importante d'énergie, alors il sera en mesure de se rémunérer exclusivement grâce à l'énergie revendue ! Les gros émetteurs de matière grasse/amidonnée, matières à fort potentiel méthanogène, auraient intérêt à valoriser cette énergie en biogaz. Pour compléter le modèle, des volumes connexes seront sûrement captés autour.

  • Schéma N°2 : Vous avez une grande quantité de biodéchets à faible pouvoir méthanogène. Dans ce schéma, les biodéchets risquent d'être un coût pour votre entreprise, surtout si vous devez les déconditionner. Cette étape consiste à séparer l'emballage du biodéchet. Rassurez-vous, il existe des machines pour cela, mais cela représente une transformation supplémentaire et donc un coût.

  • Schéma N°3 : Vous avez une faible quantité de biodéchets avec ou sans pouvoir méthanogène. Dans ce cas, vous devrez obligatoirement supporter le coût de la gestion de ces déchets. Le volume est souvent le facteur limitant sur le plan économique, car le transport représente l'un des coûts les plus importants dans la gestion de ces déchets.

Dans l'ensemble, un méthaniseur reste une solution efficace pour une quantité importante de biodéchets, surtout si ceux-ci doivent subir un déconditionnement. Le coût d’investissement (hors subvention) d’une installation de méthanisation en milieu agricole est de 195€/tonne de déchet. De plus, les coûts d’investissement de la méthanisation peuvent être alourdis par des coûts supplémentaires au démarrage dû à des difficultés techniques. C’est particulièrement le cas pour la méthanisation des OMR (ordures ménagères résiduelles) et des biodéchets. Par exemple, pour le centre de valorisation organique de Lille (CVO) - l’une des trois premières unités de méthanisation française destinées aux biodéchets - il a fallu injecter 3 millions d’euros supplémentaires au démarrage, dus à la sous-estimation de l’hétérogénéité des biodéchets traités. À noter que les coûts de rachat de l’électricité sur les méthaniseurs sont pour les petites unités de 17cts/kwh, 2cts de plus que le prix de l’électricité pour le grand public. Les prix de marché constatés par UpCycle pour les collectivités des solutions collecte + méthanisation sont de l’ordre de 600€/T.

Tableau comparatif des coûts économiques du compostage et de la méthanisation

Bilan Énergétique et Produits Finis

Bilan Énergétique du Compostage

Côté compost, il n’est pas un très gros pourvoyeur d’énergie. Le processus produit bien spontanément de la chaleur, mais elle est difficile à récupérer. Le compost est en revanche un excellent amendement pour les sols, il réduit les besoins en eau et apporte des nutriments doucement aux plantes. La matière est d’abord mélangée à du structurant (écorces d’arbres…) afin d’être aérée. Une fois séchée, l’étape de maturation peut commencer : la matière est mise en tas (ou « andains ») pendant 3 semaines avec des retournements fréquents pour permettre sa bonne aération. Implantée à Saints (77120), La Compostière s’inscrit dans une logique de circuit court, en valorisant les déchets collectés localement pour enrichir les sols de la région.

Bilan Énergétique de la Méthanisation

La méthanisation transforme la matière organique en méthane (biogaz) et en résidu (digestat). Le gaz est épuré puis directement injecté dans le réseau de gaz. Il peut aussi être brûlé pour produire de l’énergie et de la chaleur. Une partie de l’énergie produite est autoconsommée par l’unité de traitement et la quantité restante est vendue à un tarif bonifié. Le biogaz peut notamment être utilisé pour produire de la chaleur, de l’électricité ou du carburant pour véhicules (GNV). Lorsqu'il est injecté dans les réseaux, il est souvent qualifié de « biométhane ». La méthanisation permet de générer du biogaz, ensuite transformé en biométhane, qui est ensuite injecté dans le réseau de la commune : c’est un cercle vertueux local où les habitants viennent alimenter la production par le tri de leurs biodéchets et bénéficient directement de cette production de gaz. La création de ce gaz vert local participe à l’indépendance énergétique du territoire, un enjeu fort à la vue du contexte géopolitique actuel. Selon l’un des derniers sondages IFOP, 79% des personnes interrogées pensent que le biogaz est essentiel pour pallier les risques de pénuries.

Le Digestat et le Compost : Des amendements de qualité variable

Le processus de méthanisation crée un résidu appelé digestat, un amendement complété d’un fertilisant naturel pour les cultures. Par l’épandage de ce fertilisant sur les terres agricoles, tous les intrants sont rigoureusement contrôlés, assurant la qualité du digestat. Ce dernier est produit naturellement et localement, constituant alors un atout pour les agriculteurs qui réduisent ainsi leur dépendance aux engrais d’origine fossile. De la même manière, lorsque la matière est dégradée, le digestat peut être récupéré et utilisé en agriculture. Ce digestat sera probablement moins riche que celui du compostage car il aura subi une transformation au préalable. Toutefois, il reste intéressant d'un point de vue agronomique. Le digestat obtenu représente des volumes très importants (1kg de digestat pour 1kg de déchets entrants). Il peut parfois être considéré comme un fertilisant et épandu sur les sols agricoles. Cependant, la qualité du digestat est très dépendante des déchets dégradés. Tous les digestats n’ont donc pas la même qualité agronomique et tous les sols et toutes les saisons ne sont pas adaptés à l’épandage des digestats. Notons que le digestat issu de la méthanisation subit lui-même une phase de compostage avant d’être valorisé comme fertilisant. Il présente alors des caractéristiques proches de celles d’un compost.

Aspects Sociaux et Acceptabilité

Impact Social du Compostage

Côté compostage de quartier, le gisement d’emploi est fertile. Il peut devenir un véritable outil d’insertion sociale. La solution d’UpCycle génère, pour un composteur de 8000 habitants, ½ équivalent temps plein en insertion. Mais en termes de création de lien social, les projets de compostage de quartier sortent grands vainqueurs de ce match, car ils prennent vie au plus près des habitants. D’une façon générale, l’usage du compost est l’occasion pour les habitants de végétaliser le quartier.

Impact Social de la Méthanisation

Selon une enquête du cabinet Transitions, la méthanisation représentait 4052 emplois en France en 2018. Les petites plateformes à la ferme peuvent jouer un rôle décisif dans l’aide économique aux agriculteurs. Toutefois, la méthanisation à grande échelle implique souvent le transport de biodéchets sur de longues distances, ce qui peut soulever des questions d'acceptabilité sociale et de nuisances pour les riverains (trafic de camions, odeurs).

Hygiène et Nuisances

Gestion des Nuisances liées au Compostage

S'il est mal géré, le compostage peut dégager des odeurs ou attirer des nuisibles (rats, mouches…). Un bon équilibre sec/humide et un brassage régulier limitent ce risque. Les odeurs, rats et autres moucherons sont en effet provoqués par de la matière fraîche. Pour le compostage, c’est l’oxygénation qui va être critique. Sur les grosses plateformes, il est difficile de parfaitement remuer et aérer la matière en permanence, des odeurs de décomposition résiduelle vont donc se former, car oui, un compost parfaitement équilibré ne sent rien, mais plus il y a de matière, plus il est difficile à équilibrer. C’est pourquoi le compostage sous enceinte se développe de plus en plus. Il permet d’aspirer les odeurs et de les traiter avant qu’elles ne soient évacuées. Le joker du composteur : l’auto-hygiénisation. Pour éliminer tous les pathogènes, les déchets doivent monter à plus de 65° pendant 3 jours. C’est facile pour toutes les solutions de compostage professionnel, sur nos machines par exemple, la température de 65° est atteinte spontanément après 3 ou 4 jours. Les éventuels pathogènes sont détruits et remplacés par des bactéries et des champignons inoffensifs pour l’homme, la nature est bien faite ! Cette gestion pilotée des températures permet de composter plus vite.

Gestion des Nuisances liées à la Méthanisation

La méthanisation peut provoquer des odeurs lors du stockage ou du transport, et il faut veiller à la bonne étanchéité du digesteur. Dans les méthaniseurs, la matière fraîche est stockée en amont, car ces derniers stockent en permanence de gros volumes de déchet pour garantir un approvisionnement régulier. L’odeur vient aussi parfois du lixiviat. Les « gros » méthaniseurs sont complexes à entretenir, ils peuvent perdre jusqu’à 5% de leur production de biogaz via des fuites. Impossible dans la méthanisation d’atteindre des températures supérieures à 65° pendant 3 jours pour éliminer les pathogènes, car les bactéries méthanogènes vivent autour de 40°.

Simplicité et Tolérance des Déchets

Simplicité du Compostage

Pour les gisements simples et de petits volumes, comme le marc de café d’une cafétéria ou les épluchures de légumes, le compostage est parfait. Souvent, des poules ou un lapin peuvent vous permettre d’augmenter la variété des déchets que vous pouvez apporter. Dès qu’on passe à une échelle importante comme un groupe de 2000 habitants et qu’on s’équipe de matériel professionnel, il devient simple : il suffit de broyer en amont. Os, fruits de mer, viande, agrumes, bois, emballages compostables, les composteurs professionnels comme ceux d’UpCycle sont très tolérants !

Simplicité de la Méthanisation

Un méthaniseur, pour être efficace, doit être gros et doit toujours être rempli. Il impose donc à un territoire de drainer l’ensemble des déchets vers lui, et à ne surtout pas baisser sa production de déchets ! En outre, un méthaniseur sélectionne ses déchets. Les unités de méthanisation allemandes valorisent essentiellement des déchets de cultures et du maïs cultivés spécifiquement à cette fin. La raison : les déchets alimentaires ont un pouvoir méthanogène moyen, 63 m3 CH4/t matière brute (7) contre 312 m3 CH4/t matière brute pour les matières végétales agricoles. En matière de déchets urbains, seuls les huiles ont un fort pouvoir méthanogènes, mais leur bilan énergétique est encore plus favorable quand on les transforme directement en biocarburant. La France a pris ses dispositions pour limiter la concurrence entre cultures alimentaires et cultures énergétiques en n’acceptant que les intercultures, mais vu le coût des équipements, ce garde-fou écologique semble parfois fragile, et nous n’avons qu’une solution très partielle pour nos déchets urbains.

Tendances Actuelles et Perspectives Futures

Au premier abord, comparer la méthanisation au compostage, c’est un peu assister en direct au match David contre Goliath. En effet, comment comparer un méthaniseur qui mesure 12m de circonférence, 10 mètres de hauteur, une emprise au sol de 200m2 avec ce que le grand public imagine être un composteur : un bac bois de 1m X 1,5m. Dans les faits, il y a dans les deux technologies des machines de taille très différentes.

Tendances en Méthanisation

En méthanisation, la tendance est à construire des équipements de plus en plus gros. En effet, la méthanisation est une industrie aux réglages délicats, il y a donc un intérêt à mutualiser le personnel et les outils de contrôle sur des volumes importants, quitte à plus transporter les biodéchets. Toutefois, contrairement à ce qu’on pourrait penser, la part des déchets ménagers méthanisés dans ces installations est très faible. On estime le volume des biodéchets ménagers (alimentaires) méthanisés à 900 000T en 2016, soit 11% des volumes (3). En 2018, la France comptait 809 sites de méthanisation, tout type de valorisation et d’unité confondus et la filière connaît toujours une évolution rapide. Cependant, les méthaniseurs actuels peuvent traiter relativement peu de déchets urbains. Il va donc falloir profondément aménager ces deux technologies pour les rendre compatibles avec les déchets urbains. Évacuons tout de suite les solutions de séchage ou de digesteur ; utiliser de l’énergie pour déshydrater les déchets n’a aucun sens écologique et rarement un sens économique.

Tendances en Compostage

Au contraire, en compostage, la tendance est à réduire les systèmes. En effet, il existe aujourd’hui des techniques déjà très performantes et low tech pour un village de 2000 personnes. Dans l’état de nos connaissances, l’optimum économique et écologique est atteint grâce à des solutions compostant de 30 à 3000 Tonnes de biodéchets par an. Pour les plus gros émetteurs, les solutions de compostage micro-industrielles développées par des structures comme UpCycle gagnent le match. Une ville de 20 000 habitants qui composterait 100% de ses biodéchets produirait assez de compost pour produire 85% de ses besoins en légumes (Outil interne UpCycle, demandez votre bilan personnalisé pour votre ville). Le compostage représentait 7,7 millions de tonnes de biodéchets compostés, soit 35% des volumes (4). En ce qui concerne le compostage, l’ADEME fait état de 669 centres de compostage de Déchets Ménagers et Assimilés (DMA) en 2016, mais cela ne compte pas tous les points de compostage collectifs qui fleurissent en France et les bacs bois des particuliers.

Répartition des volumes de biodéchets traités par compostage et méthanisation en France

Scénarios d'Application et Recommandations

Le choix entre compostage et méthanisation dépend fortement du contexte, des volumes de biodéchets, de la typologie des déchets et des objectifs spécifiques de chaque acteur.

Quand privilégier le Compostage ?

  • Compostage sur site : Si vous avez un espace extérieur et un volume de déchets alimentaires raisonnable, vous pouvez installer des bacs de compost. C’est souvent le cas des restaurants ou cantines de taille moyenne qui souhaitent limiter les transports. Le personnel doit être formé au tri et au suivi (brassage, contrôle de l’humidité), mais cette solution reste abordable et accessible.
  • Compostage industriel : Pour de plus gros volumes, un prestataire collecte vos biodéchets et les achemine vers une plateforme dédiée.
  • Quartiers denses : Particulièrement adaptés aux quartiers denses, qui cherchent à réduire leur trafic de camion et à convaincre les habitants d’adopter de nouvelles pratiques de tri. Les quartiers en projet de végétalisation apprécieront la disponibilité de gros volumes de compost.
  • Communes isolées : Pour les communes isolées de plus de 5000 habitants, un composteur permettra de gérer simplement l’ensemble des biodéchets du territoire avec un coût d’investissement réduit.
  • Cuisines centrales et établissements similaires : Pour les cuisines centrales, les sites hospitaliers ou scolaires, les restaurants administratifs. Parfait pour composter les gisements simples et de petits volumes, comme le marc de café d’une cafétéria ou les épluchures de légumes.
  • Très gros émetteurs de déchets à faible potentiel méthanogène et sans risque d’hygiène.

Quand privilégier la Méthanisation ?

  • Territoires ruraux avec élevage : Les collectivités rurales, dans les régions où l’élevage est important et où les sols permettent l’épandage du digestat auront intérêt à développer avec les agriculteurs du territoire des solutions de méthanisation. Cela peut aider le territoire à réduire sa dépendance aux engrais et aux énergies fossiles. Les « petits » méthaniseurs à la ferme valorisent les déchets et les intercultures de la ferme et les déchets alentours.
  • Gros émetteurs de matière grasse/amidonnée : Matières à fort potentiel méthanogène, il serait dommage de ne pas valoriser cette énergie en biogaz. Pour compléter le modèle, des volumes connexes seront sûrement captés autour.
  • Mutualisation des flux : Créer sa propre unité de méthanisation est un projet ambitieux, car il implique un investissement élevé, des démarches administratives (ICPE) et la garantie d’un volume suffisant de déchets à traiter. Beaucoup d’entreprises optent donc pour la mutualisation avec d’autres acteurs (ex. plusieurs restaurants ou cantines d’une même zone géographique) afin de regrouper leurs flux de biodéchets. Il est également possible de confier la collecte de vos déchets alimentaires à un prestataire qui dessert une unité de méthanisation existante.

Diagramme de décision pour le choix entre compostage et méthanisation

Il est important de noter que chaque acteur de notre société a pleinement le droit d’opter pour la filière de valorisation des déchets alimentaires qui correspond le plus à ses valeurs. Certaines entreprises adoptent même un mix : compostage d’une partie des déchets (ceux faciles à traiter localement) et méthanisation du reste via un réseau ou un prestataire externe. Il ne vous reste plus qu’à évaluer la solution la plus cohérente avec vos contraintes et vos objectifs.

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