Le Compost à Dominance Bactérienne : Une Symphonie Microbienne pour la Fertilité des Sols

Le compostage, ce processus alchimique de transformation des déchets organiques en un amendement précieux pour le sol, est une danse complexe orchestrée par une multitude d'organismes vivants, souvent invisibles à l'œil nu. Au cœur de cette métamorphose se trouvent les micro-organismes, véritables artisans moléculaires qui décomposent nos biodéchets en un humus riche et bénéfique. Comprendre leur rôle, leurs spécificités et leurs interactions est essentiel pour maîtriser l'art du compostage et en maximiser les bénéfices écologiques et agronomiques.

Micro-organismes du compost en action

Les Bactéries : La Force Vive de la Décomposition

Les bactéries sont sans conteste les acteurs les plus nombreux et les plus prolifiques du compostage. Leur abondance est stupéfiante : on estime qu'il peut y en avoir des millions dans un seul gramme de compost. Pour visualiser leur petite taille, il faudrait aligner 25 000 d'entre elles bout à bout pour atteindre seulement 2,54 centimètres. Ces micro-organismes, de tailles (de l’ordre de quelques microns) et de formes variables (souvent filamenteuses), sont toujours présentes dans la masse des déchets organiques dès le début du processus. Elles restent actives durant tout le compostage et en particulier à température élevée, se multipliant très rapidement.

Leur mode d'action est simple mais efficace : au contact des tissus organiques, les bactéries les envahissent, les consomment et les digèrent. Ce processus de décomposition les transforme en formes plus simples, assimilables par d'autres organismes. Pour prospérer, les bactéries ont besoin de nutriments essentiels, notamment de l'azote et du carbone, qu'elles trouvent en abondance dans les déchets organiques. Plus la diversité des matières ingérées est grande, plus les chances sont élevées qu'elles trouvent tous les éléments nécessaires à leur développement optimal.

Les bactéries utilisent le carbone comme source d'énergie, l'oxydant en produisant de la chaleur et du dioxyde de carbone (CO2). Dans des conditions favorables, leur reproduction est exponentielle. Elles se multiplient par scissiparité : leur noyau se divise, puis de nouveaux tissus cellulaires se développent, doublant la population en un temps record. La durée de vie d'une génération bactérienne est d'environ 20 à 30 minutes. Si toutes les conditions étaient idéales (nourriture à volonté, température, humidité), un simple gramme de bactéries pourrait théoriquement atteindre le poids de près d'un demi-kilogramme en trois heures, et sa taille pourrait égaler celle de la planète en un jour et demi !

Le processus de compostage, dans lequel les bactéries jouent un rôle central, peut se dérouler selon deux voies principales : la fermentation aérobie et la fermentation anaérobie. La fermentation aérobie, qui utilise de l'oxygène, est synonyme de rapidité et de production de chaleur intense. C'est le processus privilégié et recommandé pour le compostage domestique, car il permet une décomposition efficace et limite les mauvaises odeurs. À l'inverse, la fermentation anaérobie, qui se produit en l'absence d'oxygène et souvent en milieu très humide, génère des composés indésirables comme l'ammoniac et le sulfure d'hydrogène, responsables de l'odeur caractéristique d'œuf pourri. Le mauvais choix des matériaux et l’absence d’aération périodique sont souvent la cause de ces pertes de matières dangereuses pour l’environnement. À noter que l’on ne peut éviter des pertes de méthane, d’ammoniac et de protoxyde d’azote au cours d’un compostage.

Cycle du carbone et de l'azote dans le compost

Les Brigades Bactériennes : Une Relève en Fonction de la Température

La température est un facteur déterminant de l'activité bactérienne. Différents groupes de bactéries sont actifs à différentes plages de température, formant des "brigades" successives au sein du tas de compost. L’activité biologique est tellement conséquente que la température finit par augmenter. Certaines réactions chimiques génèrent de la chaleur, on les appelle les réactions exothermiques.

Les Psychrophiles : Les Pionniers du Froid

Les bactéries psychrophiles sont les premières à entrer en action, même à des températures inférieures à 0°C, bien qu'elles soient plus actives autour de 13°C. Ce sont des organismes aérobies qui commencent à oxyder le carbone, générant ainsi une première chaleur qui amorce l'élévation de la température du compost.

Les Mésophiles : Le Cœur de la Décomposition

La majeure partie du travail de décomposition est assurée par les bactéries mésophiles. Ces "intermédiaires" sont les plus actives dans une plage de température allant de 15°C à 40°C, atteignant leur pic d'activité entre 21°C et 32°C. C'est durant cette phase que la matière organique est le plus rapidement dégradée. Des genres comme les Pseudomonas, les Bacillus, les Flavobacterium et les Clostridium sont présents dans ces populations. Elles consomment les matières organiques facilement biodégradables comme les sucres, certaines protéines, l’amidon, etc. Du fait de la montée de température, les protéines, les graisses et les polymères complexes vont être dégradés plus rapidement.

Les Thermophiles : Les Champions de la Chaleur

Lorsque la température du compost atteint 40°C, les bactéries mésophiles vont être remplacées petit à petit par les bactéries thermophiles. Ces "amateurs de chaleur" opèrent dans des conditions extrêmes, pouvant travailler jusqu'à 70°C. Des espèces du genre Bacillus et des Thermus se retrouvent dans ces populations. Elles sont essentielles pour la destruction des pathogènes et des graines d'adventices présentes dans les déchets. Dans la phase thermophile, il faut de temps en temps amener la matière organique située sur le pourtour vers le centre afin que toute la matière organique atteigne une température de 55° à 65° durant au moins 15 jours. Le compostage en tas se prête mieux à cette procédure d’assainissement. Les transferts successifs de matières organiques des bords vers le centre obligent à porter la durée de la phase thermophile au minimum à 30 jours.

La température n’est pas le seul facteur responsable de l’élimination des agents pathogènes. Certaines substances produites lors du compostage sont toxiques pour les agents pathogènes. Un compostage d’assainissement à haute température est très efficace pour détruire la plupart des micro-organismes pathogènes (encore dénommés organismes phytopathogènes) et les graines de mauvaises herbes. Avec une température de 55/60° les graines sont détruites en fonction de leur profondeur dans le compost. À 30 centimètres, toutes les graines sont détruites en 24 jours. À 90 centimètres, toutes les graines sont détruites en 3 jours. Sauf quelques exceptions précisées dans cet article «Les agents pathogènes résistants à la phase d’assainissement » Les différentes phases d’un compostage à chaud», la plupart des micro-organismes pathogènes sont neutralisés (champignons, bactéries et nématodes parasites). Ce type de compostage nécessite beaucoup de matières fermentescibles et de produits azotés pour atteindre une température de 55°/ 65°.

Cependant, leur règne est bref ; leur nombre commence à diminuer au-delà de 70°C. Les thermophiles travaillent rapidement mais vivent peu, généralement trois à cinq jours au mieux. Le retournement du tas à ce stade est crucial pour leur apporter de l'oxygène et leur permettre de continuer leur activité, tout en favorisant une homogénéisation du compost. La chute des populations bactériennes thermophiles va laisser place aux bactéries mésophiles qui vont prédominer de nouveau le compost.

Les Champignons : Les Spécialistes des Matières Complexes

Plus grands que les bactéries, mesurant de quelques microns à quelques millimètres, les champignons sont également présents en abondance dans le compost. Leur rôle est capital car ils agissent principalement sur les matières qui résistent aux bactéries, notamment les composés riches en cellulose et en lignine. On peut apercevoir des filaments blancs (mycélium) à l’intérieur du compost. Ils jouent un rôle clé dans la dégradation des structures végétales plus coriaces. Les polymères récalcitrants, les gaz comme le méthane et autres gaz nocifs vont être pris en charge par ces micro-organismes.

Cependant, les champignons ont une limite : ils ne résistent pas à des températures supérieures à 50°C. C'est pourquoi on les retrouve plus particulièrement en périphérie du tas de compost, là où la température est plus modérée. Ils agissent souvent plus tardivement que les bactéries et se multiplient moins rapidement. Les champignons sont des organismes simples qui ne réalisent pas la photosynthèse. Leurs cellules individuelles sont entourées d'une membrane et peuvent être reliées par de longs filaments. Ils se nourrissent de matières mortes ou en décomposition, tirant leur énergie de la destruction de ces matières organiques. Comme les actinomycètes, ils sont présents au début et à la fin des processus de décomposition, lorsque les matières organiques ont été rendues plus facilement assimilables.

Certains champignons ont la capacité de sécréter des antibiotiques, comme la pénicilline, qui peuvent limiter l'action de certaines bactéries, contribuant ainsi à réguler l'écosystème du compost. Ils sont également capables de travailler dans des conditions de compost plus sec, là où les bactéries pourraient peiner.

Les Actinomycètes : Les Finisseurs Organisés

Également très présents dans le compost, les actinomycètes sont une forme plus évoluée de bactéries, parfois considérées comme un lien entre les bactéries et les champignons. Ils se présentent sous forme de filaments, mesurant quelques microns. Ils agissent plus tardivement que les bactéries et les champignons et leur multiplication est moins rapide.

Les actinomycètes sont particulièrement actifs dans les derniers stades du compostage. Ils interviennent dans les zones de températures moyennes du tas et réagissent mal dans des conditions d'acidité (pH inférieur à 5) ou d'humidité excessive. Leur rôle est crucial dans la transformation des matières organiques plus dures et dans la formation de l'humus, cette matière organique stable qui donne au compost mûr sa texture légère et son odeur agréable caractéristique. En fin de processus, ils peuvent produire des antibiotiques qui bloquent la croissance de certaines bactéries, contribuant à stabiliser le compost.

Les Macro-organismes : Les Masticateurs et Aérateurs du Compost

Au-delà des micro-organismes, le compost est un écosystème grouillant de vie avec la présence de macro-organismes qui jouent également un rôle essentiel. Ces auxiliaires utiles abritent dans leurs intestins des colonies de bactéries et on suppose que ces dernières jouent un rôle important dans lacomposition de la matière organique. Les macro-organismes (vers de terre, insectes, acariens, myriapodes, crustacés…) interviennent quand la température du compost n’est pas très élevée. Le lombricompostage est une variante du compostage à froid ayant les mêmes défauts : les agents pathogènes et les graines d’adventices ne sont pas détruits.

Les Vers de Compost : Les Moteurs de la Maturation

Les vers du compost, tels que l'espèce Eisenia andrei (ou Eisenia fetida), surnommée le ver de fumier, sont des acteurs clés, particulièrement lors de la phase de maturation. Ces vers rouges, qui sont des espèces épigées (vivant à la surface du sol ou dans la matière organique en décomposition) et non des lombrics classiques (espèces anéciques, qui creusent des galeries profondes), intègrent un mélange de débris organiques. Leurs excréments, riches en nutriments et en micro-organismes, constituent un milieu idéal pour les activités microbiologiques qui mènent à l'élaboration du compost mûr. Ils agissent sur des éléments déjà partiellement décomposés, souvent après la phase thermophile.

Les Larves de Cétoine : Les Recycleuses Naturelles

Les larves blanches ressemblant à des "mélolonthoïdes" que l'on trouve parfois dans le compost sont souvent celles de la cétoine dorée, un coléoptère reconnaissable à son éclat métallique. Ces larves sont d'excellentes recycleuses de matières organiques, agissant de manière similaire aux vers rouges et contribuant activement à l'amélioration de la qualité du compost.

Les Collemboles : Indicateurs de Santé

Les collemboles, de petits arthropodes souvent blanchâtres et sensibles à la pollution par les métaux lourds, sont des indicateurs de la bonne santé d'un compost. Leur présence témoigne d'un écosystème équilibré et fonctionnel.

Limaces, Escargots et Autres Habitants

Il n'est pas rare de trouver des limaces et des escargots dans les composteurs. Ces mollusques sont principalement herbivores ou détritivores et participent à la fragmentation de la matière organique. Le compost peut également servir d'habitat et de source de nourriture pour des petits rongeurs (souris, campagnols, mulots) ou des musaraignes, bien que leur présence puisse parfois être indésirable dans un contexte de compostage domestique s'ils sont attirés par des restes alimentaires spécifiques.

Les Cycles de Vie et les Phases du Compostage

Le processus de compostage, grâce à l'action coordonnée de ces différents organismes, peut être divisé en plusieurs phases distinctes, chacune caractérisée par des conditions spécifiques et l'activité prédominante de certains groupes d'organismes.

Jardinage écologique - 04 - Les différentes phases du compost

La Phase de Dégradation (ou Fermentation)

Cette première phase, également appelée "fermentation", est marquée par une intense activité biologique. Le mélange de matières est aéré, soit par retournement du tas, soit par des dispositifs d'aération statiques. L'oxygène est crucial pour le développement des micro-organismes aérobies. Durant cette phase, la température du tas augmente considérablement, pouvant atteindre 70°C grâce à l'activité des bactéries thermophiles. Cette chaleur est essentielle pour détruire les germes pathogènes et les graines d'adventices. Les sucres, acides organiques et autres composés labiles sont rapidement dégradés.

Le contrôle de la température à l'aide d'un thermomètre de compost est un excellent moyen d'observer l'évolution de l'activité biologique. Si la température est trop élevée, une aération supplémentaire est nécessaire. Si elle est trop basse, l'ajout de matières organiques fraîches et riches en azote, ou d'un activateur de compost, peut redynamiser l'activité bactérienne. Un bon équilibre entre matières brunes (riches en carbone) et matières vertes (riches en azote) est fondamental : il est généralement recommandé d'avoir environ deux parts de matières brunes pour une part de matières vertes.

La Phase de Maturation

Une fois que les matières les plus facilement dégradables ont été consommées et que la température commence à redescendre, le compost entre dans sa phase de maturation. Les micro-organismes thermophiles, dont la durée de vie est limitée, meurent ou deviennent moins actifs, cédant la place à des espèces mésophiles plus communes et à de nouvelles espèces. La température diminue progressivement, se stabilisant autour de la température ambiante. La chute des populations bactériennes thermophiles va laisser place aux bactéries mésophiles qui vont prédominer de nouveau le compost. D’autres microorganismes comme les champignons et les actinomyces vont alors jouer leur rôle.

C'est durant cette phase que les organismes tels que les vers de compost et les actinomycètes prennent le relais. La dégradation se poursuit, mais à un rythme plus lent, portant sur des molécules plus complexes comme la cellulose et la lignine, que les bactéries seules ne parviennent pas à dégrader complètement. Les macro-organismes, notamment les vers, jouent un rôle prépondérant dans cette étape, fragmentant la matière et la mélangeant, ce qui favorise la poursuite de la décomposition et l'incorporation des nutriments.

Un compost immature se reconnaît à sa couleur brun clair ou verdâtre, à son odeur parfois forte et désagréable (évoquant le chou ou l'oignon), et à la présence encore visible de morceaux de feuilles ou d'épluchures. Si un compost semble stagner, un remélange, une légère humidification et l'ajout de matières fraîches peuvent accélérer le processus de maturation.

Compost mature et terreau

Le Compost Mûr

Le compost est considéré comme mûr lorsqu'il ressemble à du terreau : sa couleur est sombre, sa texture est légère et friable, et il n'est plus possible de reconnaître les déchets d'origine. L'odeur est agréable, rappelant celle de la terre fraîche ou de l'humus. Le compost mûr a acquis des propriétés remarquables, notamment une grande capacité à retenir l'eau et une richesse en nutriments minéraux et organiques, similaires à celles de l'humus naturel.

Le "test du cresson" est une méthode simple pour vérifier la maturité du compost : il suffit d'y faire germer des graines de cresson. Si les graines germent rapidement et poussent sainement, le compost est suffisamment mature.

Les Paramètres Clés d'un Compostage Réussi

La réussite du compostage repose sur la maîtrise de plusieurs paramètres essentiels qui influencent directement l'activité des micro-organismes et la qualité du produit final. La réussite du compostage repose sur la compréhension de la vie microbienne au sein de votre tas de compost.

L'Aération : L'Oxygène, Souffle de Vie

L'aération est sans doute le facteur le plus critique. Sans oxygène, les bactéries et champignons aérobies responsables de la décomposition efficace se retrouvent "asphyxiés", ralentissant drastiquement le processus et favorisant la fermentation anaérobie malodorante. L'utilisation d'un composteur bien conçu, le retournement régulier du tas, ou l'incorporation de matières structurantes (comme les copeaux de bois ou la paille) permettent de maintenir une bonne circulation de l'air. Un compostage convenablement entretenu est assuré par un grand nombre de microorganismes consommant beaucoup d’eau et d’oxygène. La plupart des composteurs domestiques ne permettent pas de conduire convenablement un compostage en milieu aérobie jusqu’à son terme en raison du nombre insuffisant d'ouvertures pour l'aération.

L'Humidité : L'Équilibre Essentiel

L'humidité est également vitale. Les micro-organismes ont besoin d'eau pour vivre et se multiplier. Cependant, un excès d'humidité, surtout en l'absence d'aération, peut conduire à un milieu anaérobie. Le compost doit avoir la consistance d'une éponge essorée : humide mais pas détrempée. L'ajout de matières sèches (feuilles mortes, carton) permet d'absorber l'excès d'eau, tandis que l'ajout de matières humides (épluchures, tontes de gazon fraîches) peut être nécessaire si le compost est trop sec. Un mélange optimal de matières organiques fraîches à composter doit être proche des valeurs suivantes : eau 50 à 60 %.

Le Rapport Carbone/Azote (C/N) : Le Moteur de la Vie Microbienne

Le rapport Carbone/Azote (C/N) est un autre paramètre fondamental. Les organismes ont besoin de ces deux éléments pour leur croissance. Un rapport C/N idéal se situe autour de 25 à 30:1. Les matières brunes (feuilles mortes, carton, sciure) sont riches en carbone, tandis que les matières vertes (épluchures, tontes de gazon, fumier) sont riches en azote. Un mélange équilibré garantit que les micro-organismes disposent de tous les nutriments nécessaires pour une décomposition efficace. Pour s’approcher au plus près de ces valeurs, il faut varier les sources de matières organiques et ajuster les proportions.

À titre indicatif, les tontes de pelouse ont un C/N entre 10 à 17, les déchets de cuisine de 10 à 25, les résidus de cultures maraîchères de 15 à 25, le fumier de 10 à 19, les feuilles de 20 à 60, les pailles de céréales de 50 à 150 et la sciure de bois de 150 à 500.

Les composts avec un C/N supérieur à 40 sont produits à partir d’un volume important de matières organiques riches en cellulose et en lignine. Ces composts correspondent à la norme NFU 44-051 définissant les amendements organiques destinés à l’entretien des sols de cultures et à la reconstitution des stocks de matières organiques. Ces composts ont un intérêt en agriculture, car ils sont reconnus pour évoluer vers un humus de longue durée très stable. Par contre, ils apportent dans l’immédiat très peu d’éléments fertilisants au sol. À l’inverse des humus de moyenne durée, les humus ayant un rapport C/N élevé contribuent au stockage de l’azote. Toutefois, les teneurs en azote, phosphore et potassium doivent être inférieures à 3 % sur le produit brut et la somme de ces éléments inférieure à 7 %. La décomposition des biodéchets dure plus longtemps quand elles contiennent beaucoup de débris végétaux riches en cellulose et lignine ; au minimum un an, voire plus. Ces composts, quand ils sont incorporés au sol de culture, risquent d’engendrer une « faim d’azote », cette expression désignant l’absorption de toutes les réserves d’azote du sol par les bactéries pour métaboliser l’excès de carbone, ce qui provoque une carence en azote pour les végétaux.

Le pH : L'Acidité du Milieu

Le pH du compost influence directement les populations microbiennes qui peuvent y prospérer. Un pH compris entre 6,5 et 8,5 est généralement considéré comme optimal pour la plupart des micro-organismes du compostage.

La Diversité des Matières Organiques : Nourrir l'Écosystème

La diversité des biodéchets domestiques fermentescibles provenant notamment des résidus de culture, des tontes de pelouse et des déchets de cuisine, oblige à les associer à des biomatériaux structurants de composition complémentaire afin de produire un humus de moyenne durée compatible avec les cultures maraîchères.

Les copeaux provenant de scieries de bois non traités peuvent également être utilisés comme biomatériaux structurants (de nos jours, les huiles de scierie sont biodégradables et sont éliminées dans un compostage avec phase thermophile). Il est possible d’acquérir pour un prix modique des résidus de scierie comprenant de fins copeaux mélangés à la poudre de bois. Le compostage des résidus de scierie, de feuilles mortes et de tailles de haie broyées, mélangés à des matériaux organiques très putrescibles, produit un humus comparable au mull.

En ce qui concerne la richesse en éléments nutritifs des composts, l’apport de feuilles mortes provenant des grands arbres présente un avantage incontestable. Les racines des arbres descendent profondément dans le sol et ils apportent des oligo-éléments provenant de la décomposition de la roche mère qui se retrouvent dans les feuilles mortes à l’automne.

Diversité des matériaux pour le compost

Les Composts Fertilisants et les Amendements Organiques

Les composts sont classés selon leur composition et leur usage. Selon la norme NF U 42-001 A1, ces composts sont considérés comme des engrais organiques.

Les composts fertilisants de moyenne durée sont plus riches en sels minéraux assimilables par les plantes. Pour autant, en raison des pertes en azote durant le compostage, la contribution de ces engrais à la nutrition azotée des plantes reste faible si elle n’est pas corrigée par un apport d’un engrais azoté minéral ou organique au moment du compostage. Les engrais enrichis en azote minéral vendus en jardinerie sont dénommés des engrais organominéraux. Leur avantage est d’offrir une synergie d’effets due à leur support organique et à leur complément minéral. La norme NF U 42-001 impose que ces engrais doivent contenir au moins 1% d’azote organique d’origine animale ou végétale.

Les composts enrichis uniquement en matières organiques reçoivent notamment au cours du processus de compostage différents fumiers dont certains sont riches en matières azotées comme le fumier de volaille ou le guano. Il faut éviter d’introduire dans un compost des déchets organiques qui ont connu des traitements conséquents avec des substances contenant du cuivre comme la bouillie bordelaise, une situation fréquemment rencontrée en agriculture biologique (par ex feuilles de pommiers traitées contre la tavelure, résidus de culture de tomates traitées contre le mildiou). Lors du processus de compostage, au minimum 80 % de la matière organique est perdue, mais pas le cuivre qui n’est pas biodégradable. Finalement, on se retrouve avec une augmentation de la concentration appréciable de cuivre dans le compost toxique pour l’environnement.

Le recours aux fumiers de ferme n’est pas obligatoire pour remettre en valeur une terre de jardin. Comme la teneur en azote des tontes de pelouse est en général supérieure aux fumiers de ferme, ces derniers peuvent être remplacés par des compostages de tontes de pelouse ou de prairies additionnées de matières organiques plus riches en carbone. Ainsi, les pailles peuvent être recyclées sans passer par des élevages d’animaux de ferme, ce qui a un autre avantage, les pertes en azote sont inférieures suite à la disparition d’une étape dans le recyclage des matières organiques.

Le Choix du Composteur et la Réglementation

Avant de choisir un mode de compostage (en tas ou à l’aide d’un composteur), il est nécessaire de vérifier la réglementation locale (p. ex. la réglementation d’un groupe de communes ou d’un lotissement) pour connaître les restrictions possibles. En France, le compostage familial destiné à recycler les déchets de cuisine et les résidus de jardin ne nécessite pas une déclaration spéciale. De nombreux modèles de composteurs domestiques ont vu le jour ces dernières années encouragé par les autorités locales.

Quel que soit le mode de compostage, à froid ou à chaud, il est important de souligner qu’un processus de compostage mal maîtrisé peut rejeter beaucoup de méthane et/ou d’ammoniac. L’ammoniac est rejeté dans l’atmosphère et/ou dissous dans l’eau avec risque d’être entraîné en profondeur vers la nappe phréatique. La méthanisation est un processus de dégradation de la matière organique engendré par des micro-organismes en l’absence d’oxygène.

Compostage à Froid : L'Approche Graduelle

La plupart des particuliers effectuent un compostage à froid par accumulation graduelle de matière organique. Le compostage a lieu à basse température facilité par de nombreux auxiliaires utiles qui colonisent le bac. Il ne permet pas la destruction des graines d’adventices, et des agents pathogènes présents dans les résidus de culture, feuilles mortes, épluchures… ce qui oblige une sélection très stricte de matériaux compatibles. L’ajout dans un compostage à basse température de fumiers n’est pas non plus conseillé, car ces derniers contiennent beaucoup de graines d’adventices non digérées.

Compostage à Chaud : L'Assainissement Efficace

J'expose ci-dessous comment améliorer un compostage pratiqué avec des composteurs homologués pour un usage familial (ou quand un petit compostage en tas est autorisé) en ajoutant une phase thermophile dans le processus de compostage n’ayant aucun effet néfaste sur l’environnement et le voisinage. Un compostage à haute température en saison estivale nécessite un volume de matière organique de l’ordre de 600 à 900 litres correspondant à la capacité de certains composteurs autorisés pour un usage familial. En dessous de 600 l, vous aurez du mal à maintenir une température supérieure à 50° durant 30 jours. Pour les composteurs de 600 l, éviter les bacs qui favorisent les déperditions caloriques (forme rectangulaire, parois trop fines). Plus le volume du composteur est supérieur à 600 l, plus il sera facile d’obtenir de hautes températures. Un composteur de 600 l ne peut être utilisé qu’en été en raison de son faible volume et sous réserve de renouveler fréquemment les matières organiques très fermentescibles durant la phase thermophile.

Un compostage d’assainissement à haute température est très efficace pour détruire la plupart des micro-organismes pathogènes (encore dénommés organismes phytopathogènes) et les graines de mauvaises herbes. Ce type de compostage nécessite beaucoup de matières fermentescibles et de produits azotés pour atteindre une température de 55°/ 65°. Les fumiers ne sont pas toujours pourvus suffisamment en azote nécessitant l’ajout d’un complément azoté. L’usage d’un engrais azoté minéral (urée ou ammonitrate) se heurte à une résistance idéologique des militants écolos alors que cette méthode est très fiable et peu coûteuse pour recycler et assainir en toute sécurité la plupart des matières organiques d’origine végétale. On peut ajouter du sang séché, de la corne torréfiée qui contient 13 % d’azote, mais le coût de fabrication du compost sera bien plus cher. L’ajout d’un complément azoté minéral permet de corriger les pertes en azote inévitables par volatilisation de l’ammoniac au cours du processus de compostage. Sans l’ajout de compléments azotés, le compost final risque d’être déséquilibré (pauvre en azote et riche en potasse et phosphate). Les composts issus uniquement de la décomposition de fumiers sont connus pour leur faible taux en azote.

Dès que l’on constate une perte de température, cet apport d’azote est à renouveler tant que la température peut être réajustée. On peut aussi épandre 150 g par m² de cyanamide calcique sur des couches successives de 20 cm de déchets végétaux. La cyanamide calcique détruit plus facilement les graines de mauvaises herbes, les spores de champignons, les bactéries pathogènes et les insectes nuisibles.

Composteur de grande capacité

Le Suivi Scientifique du Compostage

La base d'un excellent compost réside dans son écosystème microbien. Des milliards de bactéries, champignons et autres micro-organismes travaillent ensemble pour décomposer la matière organique en nutriments précieux. Ces micro-organismes déterminent si votre compost deviendra un véritable concentré de nutriments pour les plantes ou simplement de la matière organique décomposée aux bénéfices limités. Les populations bactériennes dominent généralement les premières étapes du compostage, décomposant des composés simples comme les sucres et les protéines. Au fil du processus, des réseaux fongiques se développent pour s'attaquer à des matières plus complexes comme la cellulose et la lignine. L'équilibre entre ces communautés microbiennes influence directement la qualité et l'efficacité de votre compost final.

Les méthodes traditionnelles d'évaluation de la qualité du compost reposaient essentiellement sur l'inspection visuelle, les tests olfactifs et la surveillance de la température. Bien que ces indicateurs fournissent des informations utiles, ils ne peuvent révéler le véritable potentiel biologique de votre compost. Les kits d'analyse de sol modernes offrent une analyse scientifique qui va au-delà des observations de surface. L'analyse de la biomasse microbienne mesure la quantité totale de micro-organismes vivants dans votre échantillon de compost. Cette mesure indique le niveau d'activité biologique et permet de prédire l'efficacité du compost pour votre sol. Le ratio champignons/bactéries est une autre mesure essentielle qui influence l'effet du compost sur différents types de plantes. Les légumes et les cultures annuelles préfèrent généralement un compost à dominante bactérienne, tandis que les arbres, les arbustes et les plantes vivaces bénéficient d'amendements à dominante fongique.

La plateforme de tests avancée microBIOMETER® offre des analyses de qualité aux composteurs amateurs et aux petits agriculteurs. Ces outils éliminent les approximations en fournissant des données quantitatives sur les populations microbiennes présentes dans les échantillons de compost. Le processus de test consiste à extraire les micro-organismes des échantillons de compost et à analyser l'intensité de la couleur de la solution à l'aide de réactifs spécialisés, de cartes de mesure et de l'application microBIOMETER®. Les résultats apparaissent en quelques minutes, vous permettant d'ajuster immédiatement votre processus de compostage si nécessaire. Cette approche standardisée garantit des résultats fiables et un suivi continu pour améliorer vos méthodes de compostage.

Des analyses régulières tout au long du processus de compostage permettent d'identifier le moment optimal de la récolte. Un compost apparemment prêt peut encore contenir une forte activité bactérienne, signe d'une décomposition continue. Investir dans des kits d'analyse de sol transforme le compostage d'un art en une pratique scientifique. Comprendre la vie microbienne de votre compost vous permet de créer des amendements de qualité constante qui optimisent la santé des plantes et la fertilité du sol.

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