La gestion des déchets est un enjeu majeur pour la Guyane, et la valorisation des déchets verts par le compostage représente une solution durable et prometteuse. Au cœur de cette démarche, la Communauté d'Agglomération Centre Littoral (CACL) joue un rôle central, notamment à travers l'exploitation de sa plateforme de compostage à Matoury. Cette initiative s'inscrit dans une politique environnementale plus large visant à réduire l'enfouissement, à promouvoir l'économie circulaire et à sensibiliser les acteurs locaux, des producteurs aux consommateurs.

La Plateforme de Compostage de Matoury : Un Pilier de la Valorisation des Déchets Verts
L'exploitation de la plateforme de compostage de la CACL située à Matoury est un processus complexe et optimisé. Elle englobe la conduite, l'optimisation des fonctionnements et l'adaptation de l'exploitation aux évolutions éventuelles du gisement de déchets verts. L'entretien courant, la maintenance préventive systématique et conditionnelle, ainsi que le gros entretien et le renouvellement d'équipements (GER) sont des aspects cruciaux pour assurer la pérennité et l'efficacité de l'installation.
En 2013, face à l'augmentation des déchets verts collectés, la CACL a lancé des travaux d’extension de cette plateforme. Ces travaux ont permis de doubler sa capacité de traitement, répondant ainsi à un besoin croissant. Ces déchets, après avoir été broyés, sont stockés dans des casiers de maturation, une étape essentielle du processus de compostage.
La plateforme, située sur la route de la Matourienne, reçoit les apports des administrations, collectivités et professionnels uniquement, du lundi au samedi de 7h00 à 18h00. Le coût de traitement s’élève à 50 € la tonne, un tarif qui reflète l'investissement nécessaire pour une gestion environnementale responsable. Chaque année, plus de 10 000 tonnes de déchets verts sont valorisées en compost, avec 3700 tonnes de compost produites en 2016.
L'objectif principal de cette plateforme est la valorisation du compost, mais elle gère également l'élimination des refus de compostage et la valorisation ou l'élimination des indésirables éventuellement présents dans les déchets verts, assurant ainsi un cycle de traitement complet et efficace.
La Redevance Spéciale : Un Outil de Financement et d'Équité
La mise en place de la Redevance Spéciale sur les Déchets Industriels et Commerciaux Banals (RS DICB) est effective depuis le 1er juillet 2010. Elle concerne les administrations dès le 1er litre collecté par semaine et les entreprises privées au-delà de 2 310 litres collectés par semaine. Cette redevance permet la facturation des administrations et des professionnels au juste coût du service rendu et contribue au financement du service public de collecte et de traitement. En 2016, environ 300 redevables ont bénéficié de ce service, pour un montant facturé de 1 100 000 €. Cette démarche s'inscrit dans la lignée de la loi Barnier, qui met l’accent sur la transparence et l’information des usagers concernant la protection de l'environnement.
Le Commerce Engagé : Une Démarche Locale pour une Consommation Responsable
Le Commerce Engagé est une démarche d’animation d’un territoire qui vise à accompagner et à fédérer les producteurs, commerçants et consommateurs autour de solutions pour consommer local et “environnemental”. La labellisation est gratuite et s'adresse aux producteurs, commerces et services de proximité.
Actions Concrètes du Réseau des Producteurs et Commerces Engagés
En 2018, la CACL a proposé des sacs réutilisables en coton bio aux Commerces et Producteurs labellisés, une initiative qui s'est poursuivie jusqu’en 2020. Une opération pilote a également été menée sur un marché nouvellement ouvert en août 2018. La FDSEA a sollicité l’appui méthodologique et technique du dispositif Commerce Engagé (CACL) pour évaluer la faisabilité sociale et technique de la réduction ou suppression des sacs plastiques et les conditions de réalisation. Au vu des résultats positifs, le gestionnaire et les producteurs se sont montrés prêts à poursuivre l’opération, et les consommateurs se sont déclarés favorables à l’initiative engagée. Cette opération a fait naître des besoins, qui ont été accompagnés par l’animatrice du Commerce Engagé en 2019, incluant la labellisation de producteurs, l'accompagnement du gestionnaire et la labellisation du marché.

Le projet du réseau des Producteurs et Commerces Engagés en 2019, soutenu financièrement par l’ADEME et la CACL, a permis à l’animatrice du label Commerce Engagé d’accompagner la FDSEA à la suppression des sacs plastiques sur le marché des producteurs à Cayenne. L’objectif était de labelliser le marché et de développer des alternatives aux sachets plastiques.
En avril 2020, durant le premier confinement, l’association OYAMA à Roura, en coordination avec un agriculteur, une productrice d’œufs et la mairie, a organisé la vente de paniers de fruits, de légumes et d’œufs tous les mercredis. Cette opération, qui a remporté un vif succès auprès des habitants de Roura, Stoupan et Paramana, permettait de disposer de produits frais en circuit court. Cependant, l'utilisation de sacs plastiques, avec 500 sacs distribués en seulement quatre mercredis, a constitué un bémol. Fin avril, l’association a repensé son organisation avec l’agriculteur pour supprimer les sacs plastiques et préserver la qualité des produits, en conditionnant les produits directement dans des cabas.
Outils et Ressources pour les Professionnels et le Public
Le réseau Commerce Engagé met à disposition des outils comme des fiches pour s’informer et agir, notamment sur la réglementation et les engagements du label concernant les sacs plastiques. L’animatrice du label Commerce Engagé tient également à disposition des outils de communication pour les espaces de vente des professionnels.
Des ressources techniques pour les professionnels sont également disponibles, comme des vidéos de l'ADEME montrant comment la grande distribution peut éviter des milliers de tonnes de déchets de cartons et de cagettes en mettant à disposition des producteurs de fruits et légumes des caisses plastiques réutilisables.
En 2018, plusieurs producteurs et commerçants labellisés ont pratiqué la consigne gratuite ou payante, une démarche soutenue par les outils de communication du label Commerce Engagé.
[Verre] Réduire l'impact des emballages en verre, un enjeu en France et en Europe
Des chiffres clés soulignent l'impact positif de ces pratiques : l’impact environnemental du verre re-remplissable des emballages boissons utilisés par les ménages peut être jusqu’à 4 fois plus faible que celui du verre à usage unique si les circuits de distribution sont courts (distance aller/retour inférieure à 260 km), selon une étude ADEME de 2011. Une enquête auprès des clients des commerces montre une large majorité favorable aux emballages réemployables-réutilisables : 88% estiment utile d’en disposer dans leur magasin.
Le retour d’expérience du réseau indique que pour limiter les pertes et le gaspillage alimentaire des produits à DDM proche ou dépassée, plusieurs Commerces Labellisés proposent des promotions. Certains clients y voient des avantages, comme la découverte de nouveaux produits ou la possibilité de compléter leur panier pour les petits budgets, tandis que pour d'autres, c'est une aubaine pour faire des confitures. Un point d’attention essentiel est la clarté des messages et une bonne communication auprès des clients sur la démarche commerciale.
Des fiches entreprises témoins de l'ADEME illustrent des initiatives exemplaires, comme un restaurant self-service qui réduit de 20 à 30 % ses déchets alimentaires en facturant le repas au poids, ou une entreprise qui a divisé par deux sa production de déchets en donnant les produits cuits aux associations caritatives, valorisant les produits non cuits en alimentation animale ou en filière de compostage, et remplaçant les bidons d’huile végétale par des conteneurs consignés.
La Gestion des Déchets de Couches : Une Alternative Durable
Un enfant génère une tonne de déchets de couches jetables entre la naissance et l’acquisition de la propreté, avec un budget d'environ 1500 euros pour les couches jetables. L’utilisation et l'entretien des couches lavables sont 3 à 4 fois moins chers, voire plus. Deux dates importantes sont consacrées à la communication sur les couches lavables : la Semaine internationale de la couche lavable (avril) et la Journée mondiale de l’allaitement (octobre), animée en Guyane par le réseau Périnat.
L’animatrice du réseau a accompagné quatre porteurs de projet dans leur fabrication et/ou commercialisation de couches lavables. Parmi les résultats, Le Tiroir Enchanté commercialise une gamme de couches lavables (Petit Dessous) et est conventionné avec la CACL. Bébé Olé a lancé sa propre production locale et est également conventionné avec la CACL. Biothy a démarré son activité en 2018 par la fabrication de serviettes hygiéniques lavables bio.
Des études menées par la CACL et en Martinique ont conclu sur la faisabilité technique, économique et sanitaire des couches lavables dans les crèches. Une étude de la CAESM en Martinique a évalué le gain financier autour de 20% par rapport à un scénario 100% jetable, sans intégrer le coût de la redevance spéciale sur les déchets. En Guyane, en 2014, la CACL, avec l’appui de l’ARLIN GUYANE, a mené une étude bactériologique sur l’entretien des couches en crèches. Les résultats ont validé un protocole de lavage pour les crèches et des recommandations pour le choix des couches lavables. Pour plus d’informations, il est possible de contacter Philippe Tropnas à la CACL (Service Environnement Déchets) au 0594 28 28 28. Le dispositif de la CACL accompagne les crèches souhaitant réduire les déchets, y compris les couches et les biodéchets. Des ressources techniques sont disponibles pour les professionnels, telles que des vidéos et des articles sur les crèches écologiques et zéro déchet.
La Réparation et le Réemploi : Lutter contre l'Obsolescence
Le Commerce Engagé et la CACL se sont associés à la Chambre de Métiers et de l’Artisanat pour organiser un Repair’Café à Cayenne le 24 novembre 2018. Le renouvellement de ce Repair Café en 2021 invite les professionnels, associations et bénévoles à participer à son organisation. Des ressources techniques pour les professionnels sont disponibles, notamment des synthèses et études de l'ADEME sur le réemploi, la réparation et la réutilisation.

Le Compostage des Biodéchets de Cuisine : Un Geste Quotidien
Le compostage des biodéchets de cuisine permet à un foyer de 4 personnes de réduire le poids de sa poubelle d'environ 200 kg par an, selon les résultats d’une étude menée par la CACL avec des foyers témoins en 2016. Des ressources techniques sont mises à disposition, telles que des guides de l'ADEME sur les alternatives au brûlage et le compostage, ainsi que des fiches techniques du BSV Guyane sur le compost, le BRF (Bois Raméal Fragmenté), le charbon à usage agricole, les engrais verts et la solarisation. Le portail Ecophytopic propose également des exemples locaux de techniques agro-écologiques de BioSavane Guyane, un livret qui rassemble des techniques adaptées et envisageables dans le contexte guyanais.
La Gestion Globale des Déchets en Guyane
La collecte des déchets ménagers et assimilés est de la compétence de la CACL. La pré-collecte (dotation en bac) et la collecte sont déléguées - via des marchés publics - à des entreprises privées qui utilisent des équipements adaptés du type « benne à ordures ménagères » avec lève-conteneur et GPS, ainsi que des camions avec grappin et benne ouverte. La collecte des ordures ménagères a lieu deux fois par semaine, et elles sont déposées à la décharge des Maringouins (35 462 tonnes en 2016). La collecte des encombrants et des déchets verts est organisée une fois par mois sur les six communes hors zone rurale. Les calendriers de collecte sont disponibles en ligne.
Le verre collecté est acheminé à Eiffage, où il est broyé puis réutilisé en sous-couche routière, illustrant une valorisation locale efficace. Les emballages, papiers et cartons triés sont compressés par matériau sous forme de balles (ou de paquets pour l’acier) puis expédiés par bateau pour recyclage vers la Martinique pour les plastiques PET (repreneur société SIDREP) et vers l’hexagone pour les autres matériaux (société European Products Recycling), comme indiqué dans le RPQS 2016 de la CACL.