L'interaction humaine, qu'elle soit dans le cadre d'un contrat d'alternance ou dans celui d'une procédure de protection juridique, est intrinsèquement liée à la notion d'alliance. Qu'il s'agisse d'une alliance de travail entre un tuteur et un alternant, ou d'une alliance familiale autour d'une personne vulnérable, les ruptures de communication constituent des moments critiques qui nécessitent une approche structurée pour être surmontées.

Les dynamiques de l'alliance de travail et la gestion des ruptures
Malgré tous nos efforts pour favoriser l’alliance thérapeutique, des accrocs relationnels peuvent survenir au cours d’un accompagnement. En réalité, non seulement ils peuvent survenir, mais ils surviennent quasiment inévitablement tôt ou tard. Safran & Kraus (2014) vont jusqu’à écrire qu’il est rare de passer deux séances sans le moindre point de tension mineur. Ces tensions ou malentendus font partie intégrante du processus relationnel. Elles peuvent être provoquées par une remarque qui blesse involontairement, par un moment d’incompréhension, ou une tentative d’argumentation face à un désaccord.
On distingue les micro-ruptures, qui sont des petits couacs ou frottements passagers, des macro-ruptures, qui représentent une rupture franche de l’alliance. Il est crucial de ne pas nier ou minimiser ces difficultés relationnelles. Les travaux de Safran et Muran (2000) ont montré que les professionnels ne repèrent pas toujours les ruptures d’alliance quand elles se produisent, peut-être par inconfort ou inattention. Ce qui est problématique car une rupture non résolue est associée à une baisse durable de l’efficacité de la collaboration.
La modélisation de la réparation : repérer, comprendre, intervenir
Pour réparer une alliance, trois compétences sont essentielles. La première est de repérer les signes de rupture. Il existe des marqueurs de retrait, où la personne devient silencieuse ou distante, et des marqueurs de confrontation, où l'irritation devient palpable. Le conseil est souvent de prêter attention, moins à l’habillage de l’échange, qu’à l’ossature de l’interaction : le langage des comportements, des attitudes et postures.
Ensuite, il s'agit de mieux comprendre l’autre. Le conflit est une opportunité de mieux comprendre l’autre. Il s’agit plutôt de saisir cet inconfort comme une opportunité de comprendre son fonctionnement. Le conflit ou la tension révèle souvent qu’un besoin psychologique a été menacé. Enfin, il faut intervenir et réparer la rupture. Deux grands canaux d’intervention sont possibles : une approche directe, en parlant ouvertement de la difficulté, ou une approche indirecte, en travaillant sur le fond sans forcément verbaliser immédiatement le problème.
Happy Work - L'art de la communication non-violente au travail - Gaël Chatelain-Berry
L'alternance : entre contrat pédagogique et réalité de terrain
Le principe de l'alternance est de conjuguer études et apprentissage. C'est un contrat signé entre deux parties : l'étudiant et l'employeur, avec un cadre précis. Le cadre d'apprentissage implique la pédagogie et la méthode, et non l'autonomie totale. Votre "tuteur" se trompe donc du tout au tout et ne remplit pas sa mission de tutorat, en se conduisant plutôt comme un mauvais patron.
Il est important de mettre les limites entre votre statut et celui de votre responsable. Est-il compétent pour vous former ? Pouvez-vous trouver un autre référent pour ce projet ? Etre hypersensible est une grande force dans une organisation qui sait l'utiliser, mais dans la situation décrite, cela ajoute à vos difficultés. N'oubliez pas que votre responsable exige de vous quelque chose alors qu'il ne vous donne aucune instruction, c'est complètement aberrant.
Si vous continuez de subir sans réagir, vous risquez de somatiser : c'est votre corps qui va se rendre malade pour vous donner l'alibi de ne plus aller au travail parce que vous ne le supporterez plus. Ne prenez pas ce risque ! Bouddha disait : "Le changement n'est jamais douloureux, c'est la résistance au changement qui est douloureuse". N'hésitez pas à solliciter un rendez-vous avec un syndicat ou le service RH de votre entreprise pour faire entendre vos droits et besoins.
La protection juridique : enjeux et conflits familiaux
La mise sous protection juridique, comme la curatelle ou la tutelle, est une mesure de protection de la personne qui en bénéficie et non de son environnement. La protection s’articule autour du respect de la volonté de la personne, de ses choix de vie, de ses habitudes, et une protection de son logement. Un conflit familial pour mise sous tutelle est l'une des épreuves les plus lourdes que traversent les aidants. Non seulement vous portez l'inquiétude pour votre proche vulnérable, mais vous devez aussi naviguer entre des désaccords profonds avec des personnes qui vous sont chères.
Sources des conflits et influence sur le juge
Les principales sources de conflits familiaux lors d'une mise sous tutelle sont le désaccord sur la nécessité même de la mesure, le conflit entre frères et sœurs pour le choix du tuteur, et les tensions autour de la gestion du patrimoine. Pour sortir de ces impasses, appuyez-vous sur l'avis objectif d'un professionnel de santé. Un certificat médical circonstancié établi par un médecin agréé constitue une base factuelle incontestable.
Le juge des contentieux de la protection ne se prononce pas uniquement sur l'état de la personne à protéger. Il évalue l'ensemble de l'environnement familial. Une famille qui présente des désaccords visibles lors de l'audience affaiblit sa propre crédibilité. À l’inverse, une famille qui montre sa capacité à mettre ses différends de côté pour défendre l'intérêt du proche renforce considérablement sa demande.

Les procédures d'évaluation médicale
Le médecin agréé rencontre le plus souvent la personne à protéger chez elle ou sur son lieu de séjour. La rencontre se déroule sous la forme de différents tests : mémoire, logique, repères spatio-temporels, calcul, lecture, écriture. L’expertise médicale est remise au demandeur sous pli cacheté à l’attention du juge des tutelles ou du procureur de la République (article 1219 du Code de Procédure Civile).
Si le médecin agréé ne conclut pas au constat de l’altération des facultés de la personne susceptible d’être protégée, il le fait normalement savoir au demandeur pour que la demande ne soit pas adressée inutilement au tribunal. Il est important de noter que la personne doit-elle être seulement assistée en cas d’altération modérée de ses facultés, comme par exemple en curatelle, ou représentée en tutelle.
Alternatives et prévention des blocages
Le mandat de protection future est l'outil le plus efficace pour éviter tout conflit familial pour mise sous tutelle. Il permet à votre proche, tant qu'il est encore en pleine possession de ses facultés, de désigner lui-même la personne qui gérera ses affaires. Si la perte d'autonomie est partielle, la curatelle peut être une alternative à la tutelle. L'habilitation familiale, introduite en 2016, est également une mesure plus souple qui permet à un proche d'être habilité par le juge à représenter la personne vulnérable pour des actes précis, sans avoir à rendre des comptes réguliers à la justice.
Dans tous les cas, la médiation familiale est un outil qui serait bénéfique pour désamorcer les tensions. Un médiateur est un professionnel neutre et impartial, formé pour aider les familles à renouer le dialogue autour de sujets sensibles. La gestion par un MJPM (Mandataire Judiciaire à la Protection des Majeurs) peut être mal acceptée par le majeur protégé, a fortiori lorsque des proches souhaitent être désignés. Il convient de préciser que le conflit familial n’empêche la désignation d’un proche que s’il en va de l’intérêt du majeur protégé, ce qui n’est pas tout le temps le cas.
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