La greffe est une méthode de multiplication végétative fascinante qui consiste à insérer une partie d’un arbre, appelée le greffon, dans un autre arbre, le porte-greffe. Aux Vergers de Kerbellec, à Brech, nous cultivons des pommes et des poires selon les principes de l’agriculture raisonnée. Chaque arbre que nous plantons ou soignons est le fruit d’un savoir-faire mêlant tradition et respect de la nature. Parmi les techniques que nous utilisons, la greffe de pommier tient une place essentielle. Le greffage est incontournable pour multiplier arbres fruitiers et plantes, qui conserveront toutes les caractéristiques génétiques de la plante mère. Greffer est une technique de multiplication qui consiste à mettre en étroite union deux végétaux. Le premier, celui que l’on souhaite voir se développer, s’appelle le greffon et le second, la plante support, celle qui s’enracine, le porte-greffe. Pour réussir le greffage, il faut parvenir à accoler le cambium des deux plantes.

Pourquoi greffer un arbre fruitier ?
La graine des arbres fruitiers est, selon l’espèce, un pépin ou un noyau (son amande plus précisément). On peut donc planter une de ces graines pour produire un arbre. Un pépin de pommier, par exemple, donnera bien un pommier. En effet, le pépin résulte du développement d’un embryon issu d’une fécondation sexuée rendue possible par un entremetteur, le pollinisateur. Le bourdon qui visite les fleurs au printemps assure le transport du pollen d’une fleur sur le pistil d’une autre. Le pollen va germer et émettre un tube pollinique qui déposera un gamète dans l’ovaire de la fleur. De cette union naîtra un embryon qui aura pour gènes un assemblage aléatoire de ceux de la mère (la fleur) et de ceux du père (le pollen). Donc, quel que soit le pollen qui féconde une fleur, le fruit obtenu sera toujours le même puisque c’est un grossissement du réceptacle. Par contre, chaque graine sera différente puisqu’elle a son propre patrimoine génétique.
Comment ce patrimoine génétique se traduira-t-il dans le nouvel arbre obtenu ? Pour le savoir, il faut semer la graine et attendre 10, 12, voire 15 ans pour que l’arbre produise ses premiers fruits qui seront obligatoirement différents des parents. Il existe différentes méthodes bien connues par les jardiniers : marcottage, bouturage, greffage. Le marcottage et le bouturage consistent à faire émettre des racines à un rameau, et ainsi de pouvoir le replanter. Cette méthode très usitée pour les groseilliers, cassissiers, ne convient pas bien aux pommiers, poiriers, cerisiers, etc. qui n’ont pas ou peu d’aptitude pour développer des racines sur un rameau. Le greffage, contrairement au bouturage, permet de choisir un porte-greffe possédant des caractéristiques particulières : vigueur, adaptation au sol, résistances à des maladies ou sensibilité aux ravageurs, etc.
Les avantages stratégiques du greffage
Greffer un arbre fruitier est une méthode classique particulièrement efficace permettant de multiplier les variétés. Les jardiniers aguerris le savent : le greffage aboutit à d’excellents résultats. Les avantages du greffage sont nombreux. D’abord, cette méthode permet d’obtenir des variétés précises, alors que, dans le cas d’une plantation franche, à partir de noyaux ou de pépins, ceci n’est pas nécessairement le cas.
- Diversification des variétés : la greffe permet de cultiver plusieurs variétés de fruits sur un seul tronc.
- Amélioration de la résistance : en greffant, on peut combiner la robustesse d’un porte-greffe avec les qualités fruitières d’un autre arbre.
- Accélération de la mise à fruits : les arbres fruitiers greffés commencent généralement à produire des fruits plus rapidement que ceux qui sont cultivés à partir de graines.
- Réhabilitation : la greffe peut également être utilisée pour revitaliser les vieux arbres fruitiers qui ne produisent plus efficacement.
Le porte-greffe, par son système racinaire, joue un rôle crucial : certains sont spécialement adaptés aux sols calcaires, tandis que d’autres préfèrent les sols acides ou sont résistants à des conditions spécifiques comme la sécheresse ou le gel. Un porte-greffe doit aussi être résistant aux maladies et aux parasites. Il peut réduire considérablement les besoins en traitements phytosanitaires et augmenter la durabilité de l’arbre. La vigueur du porte-greffe influence la taille et la croissance de l’arbre. Les porte-greffes nains, par exemple, sont parfaits pour les petits jardins ou pour ceux qui souhaitent une gestion plus facile et une récolte à hauteur d’homme.
Les principes fondamentaux de la réussite
Pour que la greffe prenne, il est indispensable que le cambium de chaque végétal soit en contact avec l’autre. Le cambium est la partie dans laquelle circule la sève élaborée, il est situé entre l’écorce et le bois. Le contact entre les deux cambiums provoquera une connexion vasculaire. La soudure ne peut se réaliser que si les libers du greffon et du porte-greffe sont mis en contact intime. Au bout de quelques jours, l’union est réalisée et il y a production simultanée de tissus de la variété et du sujet.
La compatibilité est toujours vraie entre une même espèce (entre pommiers, entre poiriers, etc.). On ne peut greffer entre eux que les membres d’une même famille botanique, et encore il y a parfois des exceptions. Ainsi, l’on pourra greffer entre eux les fruits à pépins (pommier, poirier, néflier, cognassier, aubépine ou cormier). À l’intérieur d’une même espèce, il faut également tenir compte de la vigueur réciproque du porte-greffe et de la variété à greffer.
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Les différentes méthodes de greffage
Il existe plusieurs techniques adaptées aux besoins de l’arboriculteur. La pratique du greffage a probablement débuté il y a 2500 ans en Chine. Pourtant, aux yeux d’un grand nombre de personnes, greffer est un acte assez mystérieux, voire mystique.
Le greffage en fente
La méthode du greffage en fente consiste à couper un rameau à bois de 4 à 5 cm portant deux ou trois bourgeons. Avec un couteau greffoir, le greffon est taillé en biseau. Il faut ensuite tailler une fente au milieu du porte-greffe qui mesure de 1 à 2 cm de diamètre. Le greffon est ensuite enfoncé dans la zone de croissance. Cette technique est reconnue comme l'une des méthodes de greffage les plus simples et directes.
Le greffage en couronne
La greffe en couronne (le plus largement répandu) s’effectue du mi-avril à mi-mai, avant la floraison de l’arbre fruitier, au moment où l’arbre est déjà en sève. Cette technique, idéale pour les arbres de taille importante, permet l'insertion de plusieurs greffons sur un même tronc. Lorsque vous vous apprêtez à effectuer une greffe en couronne, commencez par préparer le porte-greffe en l'amputant proprement pour créer une surface adéquate. Trois greffons sont souvent insérés en fonction du diamètre du porte-greffe.
La greffe à l'anglaise
La méthode du greffage à l’anglaise est adaptée à certains porte-greffes jugés faibles. Les deux parties, c’est-à-dire le porte-greffe et le greffon, sont taillées en biseau. Elles doivent être de même diamètre, afin de se recouvrir complètement. Dans sa version "compliquée", le greffon est finement taillé en forme allongée, semblable à un bec de flûte, avec une fente longitudinale créée vers le tiers de sa longueur, en conservant un bourgeon à sa base.
La greffe en écusson (budding)
Effectuée en juillet à œil poussant ou en août à œil dormant, la greffe en écusson se pratique essentiellement pour les pêchers, les pommiers et les pruniers. Il s’agit de prélever un bourgeon doté d’un peu d’écorce de part et d’autre. Sur le porte-greffe, on pratique une incision en forme de T ou de bouclier dans l’écorce, sans toucher le bois sous-jacent.
Le greffage par approche
Le greffage par approche est une technique de culture ancienne qui fusionne deux plantes en joignant leurs tiges ou branches. Pratiquée du printemps à l’automne, cette méthode nécessite d’ajuster et d’assembler soigneusement des parties du greffon et du sujet. Après une saison, l’union devient indépendante.

Préparation et matériel nécessaire
Le matériel de greffe est important, dans la mesure où il conditionne la réussite de l’opération. De la préparation du sujet à la coupe du greffon, l’assemblage, la ligature, le masticage des plaies, il vous faut les outils appropriés.
- Le sécateur : un outil indispensable pour le jardinier, l’arboriculteur, le viticulteur. Gardez vos outils de taille affûtés, pour assurer une santé parfaite aux végétaux.
- Le greffoir : couteau spécifique pour réaliser des coupes nettes.
- Ligatures : on scotche le tronc avec un ruban de greffage ou du raphia naturel. On peut également utiliser du ruban adhésif papier (largeur 10mm), mais il faut impérativement mettre du mastic pour protéger de la pluie.
- Mastic à greffer : il doit être préalablement chauffé pour qu’il soit bien fluide. Ce mastic polyvalent peut être utilisé comme mastic à greffer ou cicatrisant à appliquer sur les plaies de taille. Le Lac Balsam, par exemple, se présente sous forme de pâte à base d’huile végétale et de résines naturelles. Véritable écorce artificielle, ce mastic constitue une barrière physique qui protège le bois sous-jacent de l’entrée des champignons lignivores et des bactéries.
Calendrier et soins post-greffe
La période idéale pour greffer un pommier est à la fin de l’hiver ou au tout début du printemps, lorsque la sève commence à remonter mais que l’arbre est encore au repos végétatif. Les greffons, quant à eux, sont des jeunes branches de l’année précédente (environ 1 an d’âge). On les sélectionne sur un arbre sain et productif.
Les greffons prélevés en janvier/février se conservent très bien plusieurs mois. Roulés dans un torchon humide, stockés dans un sac « poubelle » noir et allongés dans le bac à légumes du réfrigérateur, ils restent en parfait état.
Une fois la greffe réalisée, il faut patienter. Si tout s’est bien passé, les premiers signes de reprise apparaîtront quelques semaines plus tard. Les arbres fraîchement greffés ont besoin d’un arrosage régulier ; il faut maintenir le sol humide. Cela aide le porte-greffe et le greffon à maintenir une hydratation suffisante pour favoriser la cicatrisation et la croissance. Surveillez régulièrement votre greffe pour détecter tout signe de maladie ou d’infestation de parasites. La taille peut être nécessaire pour enlever les pousses ou les branches qui concurrencent le greffon. Cela permet de diriger l’énergie de l’arbre vers le développement du greffon.
La formation de l'arbre fruitier : tailles et arcures
Arquer les charpentières garantit une bonne structure de départ et permet de réaliser votre forme fruitière choisie, car l’arbre ne pousse pas toujours comme on le voudrait. C’est avec les tailles et les arcures qu’on arrive à faire une bonne formation des fruitiers, dans les règles de l’art.
La taille d’hiver, appelée également taille en sec, concerne toute la structure de l’arbre : sa formation, sa taille annuelle, son élagage si besoin. Pour les arbres à pépins, elle se réalise en pleine période de sommeil, entre le mois d’octobre et le mois de mars, en évitant les périodes de gel. Les arbres à noyaux seront taillés lorsque la chute des feuilles indique que la sève est descendue pour éviter les écoulements de gomme qui épuisent l’arbre.
La taille en vert, quant à elle, favorise la mise à fruit en période de végétation. Il s’agit de contenir la vigueur de l’arbre pour répartir aux bons endroits les flux de sève. La règle est la suivante : comme pour le bourgeon apical, le bourgeon terminal d’un rameau sert à le faire s’allonger, et cette activité utilise la majeure partie de la sève. On appelle ce principe la dominance apicale. La taille trigemme se base sur ce principe pour la taille de mise à fruit : on anticipe le développement des bourgeons pour ne laisser que la longueur de branche suffisante pour que le second bourgeon soit un bourgeon à fleur.
Transmission d'un savoir-faire
La greffe est un art vivant, transmis de génération en génération. C’est aussi un geste symbolique : celui de faire perdurer une variété ancienne, d’enraciner le fruit dans une terre, de l’unir à son environnement. J’ai appris à greffer lors d’une formation arboricole, chez mon ami moniteur Armand Lang, qui m’a transmis son immense savoir-faire et son virus pour l’arboriculture. C’est pour moi le moniteur le plus passionné et avec la plus grande expérience dans ce domaine.
Contrairement à tous les écrits existants sur le greffage, le livre d’Armand Lang a quelque chose de plus ; l’arboriculteur écrivain y relate ses innovations. Il a inventé « les greffes d’Armand » inspirées de son métier d’ajusteur : perçage de la branche, ajustage du greffon et bien d’autres conseils surprenants à découvrir dans L’ABC du greffage. Je ne veux pas vous faire un cours, car il y a déjà beaucoup de choses sur internet qui peuvent vous aider. Je peux juste vous conseiller le livre d’Armand Lang, car il est complet et écrit par un passionné.

La pratique du greffage, bien qu'exigeante, est accessible à tous ceux qui souhaitent prendre le temps d'observer la nature. En respectant le rythme des saisons, en choisissant des outils de qualité et en pratiquant avec patience, chacun peut contribuer à la pérennité des variétés fruitières et à la biodiversité de son propre jardin. Que vous soyez débutant ou jardinier confirmé, l'acte de greffer reste une expérience enrichissante, un pont entre le passé et le futur de votre verger.
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