Depuis une quinzaine d'années, une graminée géante venue d'Asie, le miscanthus, a fait son apparition dans les champs, révolutionnant de nombreux secteurs. Moins connu, mais offrant des bénéfices similaires, le switchgrass, son cousin américain, gagne lui aussi à être découvert. Ces plantes vivaces présentent un intérêt croissant, notamment pour l'aménagement des territoires de chasse, en offrant des refuges précieux pour le gibier et en contribuant à la gestion durable des écosystèmes.

Les Multiples Avantages du Miscanthus et du Switchgrass
Le miscanthus, souvent surnommé « roseau de Chine » ou « herbe à éléphants », ainsi que le switchgrass, sont parés de multiples vertus, allant bien au-delà de leur simple rôle de couvert à gibier.
Un Rôle Écologique et Agronomique Essentiel
Ces graminées géantes contribuent significativement à limiter l'érosion des sols, notamment là où des haies ou des talus ont été arasés. Leur système racinaire profond et leur couverture permanente du sol sont des atouts majeurs. De plus, le miscanthus et le switchgrass constituent un réservoir d'insectes auxiliaires des cultures, comme les carabes, favorisant ainsi la biodiversité.
Le fait qu'ils ne nécessitent pas de traitement herbicide ni d'apport d'engrais après implantation crée des zones productives qui autorisent la réduction de la pression phytosanitaire et une meilleure gestion des nitrates. Pour ces raisons, des agriculteurs ont choisi de les implanter à proximité d'habitations afin de respecter l'obligation d'exclusion de traitements phytosanitaires, qui, dans l'état actuel de la législation, peut être de 20 mètres autour des maisons.
Le miscanthus est implanté pour une durée de 15 à 25 ans et repousse chaque année grâce aux réserves accumulées dans son rhizome. Le switchgrass, quant à lui, s'installe par semis pour une durée de 10 à 15 ans. Ces cultures ont une fonction de dépollution des sols, les pertes d’azote par lixiviation étant faibles. Elles sont également l'habitat d'une faune diversifiée.
De Nombreux Débouchés Économiques
Les débouchés pour le miscanthus et le switchgrass sont variés. Le miscanthus, par exemple, est énergétique. Certains agriculteurs qui ont opté pour ce type de culture ont couvert leurs besoins personnels en chauffage par l'installation d'une chaudière capable de le brûler. La production d'un hectare de ces plantes équivaut à 6 000 litres de fioul domestique. Elles peuvent aussi servir à la fabrication de biocarburants ou pour la méthanisation. Le miscanthus possède un métabolisme de photosynthèse efficace permettant d'atteindre des rendements de 15 à 20 tonnes de matières sèches par hectare chaque année, d'où son intérêt pour la production de combustible, en particulier de granulés de chauffage.
Miscanthus et switchgrass sont également utilisés en paillage horticole pour restreindre l'arrosage et prévenir l'envahissement par les adventices. De même, leurs vertus absorbantes, séchantes et facilement remuables en font une litière animale appréciée, car celle-ci limite le développement bactérien, et donc certaines maladies du bétail.
Le miscanthus et le switchgrass sont parfois aussi incorporés aux rations des bovins, dont la production de lait peut être augmentée par la sollicitation de la panse et une meilleure digestion. En revanche, il ne faut surtout pas nourrir d'autres animaux tels que les moutons, les chèvres ou les chevaux avec du switchgrass, car il contient de la saponine, une molécule toxique pour ces espèces.

Plusieurs structures valorisent déjà ces graminées. Par exemple, la SAS Bourgogne Pellets, filiale de Dijon-Céréales, commercialise du paillage horticole compressé (80 % des débouchés) et des granulés pour litières (18 %). La Société Coopérative de la Haute-Seine, spécialisée dans la déshydratation des matières premières végétales, contractualise également pour la production de miscanthus, dont le marché principal est la litière. La Forêt d’Othe, une société artisanale, utilise un mélange de miscanthus et de chaux pour réaliser des murs « Chaux Paille », offrant de bonnes propriétés d'isolation thermique et phonique. Enfin, l'abbaye d’Acey (39) cultive cette graminée pour alimenter sa chaudière biomasse. Diverti Parc Bourgogne valorise aussi le miscanthus à travers des expériences ludiques et pédagogiques pour informer et sensibiliser le public.
Je cultive du miscanthus
Miscanthus et Switchgrass : Un Refuge pour le Gibier
Au-delà des intérêts agronomiques et économiques de ces plantes, un autre usage s'est rapidement fait jour chez les aménageurs de territoires de chasse : leur capacité à créer des refuges attractifs pour la faune.
L'Attrait Irrésistible pour le Grand Gibier
La densité et la hauteur du miscanthus et du switchgrass, surtout dans les zones où les éléments fixes du paysage ont disparu, ou lors de périodes où les plaines sont dénudées, attirent irrésistiblement la faune. Implanté parfois sur de très grandes surfaces à ses débuts, le miscanthus pouvait même devenir un problème, tant il constituait des remises dont les sangliers étaient indélogeables. Il n'est désormais plus implanté qu'en bandes de largeur réfléchies, pour y permettre une chasse voire une régulation efficace de la bête noire. Un ami a planté un petit triangle de miscanthus, d'environ 70 m de base sur 150 m de long, qui se termine sur environ 25/30 m en pointe. Là où il n'y avait jamais de sangliers auparavant, ils y sont maintenant un coup sur deux. Les chevreuils aussi apprécient ces zones.
Les sangliers adorent ces couverts, mais les sortir n'est pas évident. Ils se faufilent comme des rats et tournent un bon moment avant de sortir, laissant les chiens en difficulté. Cette nouvelle habitude des sangliers n'est plus liée à un déficit en nourriture dans les bois, mais bien à un changement radical de comportement chez l'animal, qui s'accommode du moindre couvert pour échapper aux chasseurs, en plaine comme dans les zones périurbaines ou touristiques du littoral. Il existe désormais des sangliers de plaine comme il existe des chevreuils de plaine, qui s'installent même dans des labours dès l'instant où ils peuvent bénéficier d'une distance de sécurité d'au moins 150 m.
Le miscanthus forme comme une sorte de roselière impénétrable qui en fait un petit paradis porcin situé à l'écart des massifs boisés, quasi inviolable, d'autant que la culture peut demeurer en place y compris durant les mois d'hiver, quand la plaine est entièrement rase. Il faut donc rester vigilant pour éviter l'explosion des effectifs, et exercer une surveillance attentive de ces parcelles, où des régulations individuelles efficaces peuvent être effectuées dès le mois de juin. Lors d'une battue sanglier autour d'une parcelle de 4 hectares de miscanthus, il a été observé la sortie de chevreuils, renards, lièvres, faisans, bécasses et sangliers, confirmant l'attractivité de ce couvert pour de nombreux gibiers.
L'Importance pour le Petit Gibier
Outre le grand gibier, ces plantes attirent aussi irrésistiblement le petit gibier, et c'est là leur principal atout, tant la petite faune de plaine est le plus souvent privée de refuges hivernaux, de lisières propices à la nidification et de réservoirs d'insectes pour l'alimentation des oisillons. Un ami qui a du miscanthus sur son territoire à petit gibier, où la culture du maïs domine et les couverts ont régressé, confirme que c'est un excellent refuge pour les lièvres, faisans et chevreuils.
Cependant, il est important de noter que si le miscanthus offre un gîte la première année, le couvert sur le sol peut devenir trop dense par la suite, rendant son accès difficile pour le petit gibier. En effet, les planteurs révèlent que pendant la première année de la plantation, plusieurs animaux y élisent domicile, à l'abri jusqu'à la prochaine récolte. Cependant, il est bon de noter que la culture de l'Herbe à éléphant est une solution de refuge intéressante pour les animaux uniquement durant les trois premières années. Par la suite, elle gagne tellement en densité qu'il leur est difficile d'y entrer. Les lapins, par contre, peuvent apprécier ce couvert dense.
Pour un territoire dédié au petit gibier avec des petites friches, l'implantation de bandes de miscanthus pour créer une végétation plus haute et dense est une option intéressante. Il faut bien préparer le terrain avec un labour et une préparation du sol, et la plante repousse chaque année sans qu'il soit nécessaire de la couper. Pour le petit gibier, certains suggèrent également le sorgho et le blé noir. Pour une jachère définitive, un petit mélange de genêt, ajonc, ronces, sureau, cornouiller, amélanchier, sorbier est idéal pour perdreaux, faisans et bécasses. Pour une friche non pérenne, du sarrasin, sorgho, millet, maïs grain pour de la végétation haute et du ray-grass, trèfle, choux pour de la basse.

Choisir entre Miscanthus et Switchgrass pour la Chasse
Selon les sols et les climats, les agriculteurs opteront pour l'une ou l'autre variété de ces graminées. Cependant, pour qui recherche essentiellement un intérêt pour la chasse, Franck Fournier, directeur de Seedenergies, une entreprise spécialisée dans le commerce de semences, recommande le switchgrass.
Le switchgrass coûte moins cher à l'implantation, et c'est d'ailleurs la pleine période pour le semer. Il est plus simple à récolter et, pour couronner le tout, ses tiges sont moins irritantes pour les chiens. Ce qui n'est pas le moindre des avantages quand il s'agit de déloger une compagnie de sangliers ou un coq faisan piéteur rétif à l'envol.
Caractéristiques et Exigences de Culture
Le Miscanthus x giganteus est un hybride stérile et non invasif, originaire d’Afrique et d’Asie du sud. Il est implanté pour une durée de 15 à 25 ans. Il nécessite des sols profonds et bien alimentés en eau et sera productif durant une vingtaine d’années. Les rhizomes sont plantés à une profondeur comprise entre 5 cm et 10 cm avec une densité de 18 000 pieds/ha à 20 000 pieds/ha. Il peut être récolté en vert à l’automne (méthanisation), mais le plus généralement, il sera coupé après la fin du cycle végétatif, de la mi-décembre à fin février.
Le switchgrass, ou Panic érigé (Panicum virgatum), est également une graminée pérenne, mais qui s’installe par semis pour une durée de 10 à 15 ans. Cette implantation demande un important travail du sol au préalable et un choix judicieux de la date de semis printanier (levée de dormance). Il mesurera plus d’1 mètre à maturité contre plus de 2 mètres pour son grand-frère le miscanthus. C’est aussi une plante rustique avec un système racinaire très profond (de 3 à 5 mètres de profondeur) qui demande peu d’entretien. Toutefois, un apport annuel d’azote et de potassium-phosphore est nécessaire pour des objectifs de hauts rendements.
Le miscanthus est non traçant, ce qui signifie qu'il n'est pas nécessaire d'utiliser une bâche anti-rhizomes pour limiter sa propagation. Cependant, le miscanthus a bien des rhizomes, c'est grâce à ses rhizomes qu'il se reproduit, et il est sujet à des maladies dues aux chenilles qui se nourrissent de leurs rhizomes.
Préparation du Sol et Densité de Plantation
Pour l'implantation du miscanthus, une bonne préparation du terrain est essentielle : désherbage non sélectif à l'automne, labour, puis roto en février/mars avant plantation. Pour une bande de 20 x 50 m, soit 1000m², la densité de plantation est cruciale. Le rendement est de 10 à 20 tonnes par hectare, ce qui représente 1 à 2 tonnes pour cette surface, soit entre 7 et 14 m3 de miscanthus broyé à 140 kg/m3. Il est conseillé de faire une culture (maïs, orge, etc.) sur la bande l'année précédente pour éviter le seul ravageur qu'est le taupin.
Concernant la qualité du sol, le miscanthus peut pousser dans des terres médiocres. Toute terre est bonne, qu'elle soit argileuse, calcaire, sableuse, car chaque type de sol a ses avantages et inconvénients. Un sol de sapinière, par exemple, devrait être bon pour le miscanthus. Un petit arrosage au début suffit, et si le sol est à la fois sableux et calcaire, ce serait idéal.
Conclusion Partielle sur l'Intérêt des Graminées Géantes
Le miscanthus et le switchgrass représentent des solutions innovantes et multifonctionnelles pour l'agriculture, l'énergie et l'aménagement des territoires de chasse. Leur capacité à créer des habitats denses et protecteurs pour le gibier, tout en offrant des avantages écologiques et économiques, en fait des cultures d'avenir. Leurs caractéristiques propres, telles que leur hauteur et leur densité, ainsi que leur persistance durant les mois d'hiver, les rendent particulièrement attractives pour la faune sauvage. Il est cependant crucial d'adapter les stratégies d'implantation et de gestion pour optimiser leur potentiel en tant que couverts à gibier et éviter d'éventuels déséquilibres, notamment pour le grand gibier.
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