Le Couvre-Sol pour Vigne : Une Révolution Écologique en Viticulture

La gestion des mauvaises herbes au pied des vignes constitue un enjeu majeur en viticulture. Face à la nécessité de réduire l'utilisation de pesticides, l'adoption de couvre-sols enherbés sous le rang de vigne représente une avancée significative pour l'environnement et la santé des sols et des plantes. Cette pratique, bien plus qu'un simple remplacement du désherbage chimique et mécanique, vise à maîtriser le développement d'adventices indésirables en recouvrant le sol d'espèces végétales sélectionnées. Elle offre une multitude d'avantages, allant de la protection du sol à la promotion de la biodiversité, tout en limitant les blessures mécaniques, souvent portes d'entrée pour diverses maladies.

Vignoble avec couvre-sol

Les Avantages Multiples de l'Enherbement

L'enherbement des vignobles apporte une contribution essentielle à la santé et à la vitalité des sols. Il est reconnu comme une source importante de matières organiques, lesquelles stimulent l'activité et la vie biologique du sol. Par ailleurs, l'enherbement joue un rôle structurant fondamental, permettant d'accroître la stabilité, la porosité et la portance du sol.

Un enherbement bien établi a également pour effet de protéger les parcelles des ruissellements et de leurs conséquences négatives. Il limite efficacement l'érosion du sol, un phénomène préjudiciable qui peut entraîner la perte de terre fertile, mais il réduit aussi les transferts de pesticides, souvent provoqués par les pluies, contribuant ainsi à une meilleure qualité de l'eau et à la préservation des écosystèmes environnants. En outre, la couverture végétale réduit l'évaporation de surface et amoindrit le risque de compaction lié aux passages répétés des outils. La pratique favorise la biodiversité et limite les blessures mécaniques, souvent vecteurs de maladies.

La Concurrence Hydro-Azotée et ses Facteurs

Malgré ses nombreux avantages, l'enherbement n'est pas sans défis, notamment en ce qui concerne la concurrence avec la vigne elle-même. L'enherbement est à l'origine d'une concurrence hydro-azotée qui peut se manifester sur la vigne par une réduction de la vigueur et, dans certains cas, par une baisse du rendement.

Plusieurs facteurs influencent l'intensité de cette concurrence. Le climat joue un rôle majeur, car la concurrence ne sera pas la même d'une région à l'autre ou d'une année sur l'autre, en fonction des taux d'ensoleillement et de pluviométrie. Un été sec et ensoleillé augmentera inévitablement la compétition pour l'eau. Le sol a également un impact fort, de par sa capacité à retenir l'eau, sa teneur en matières organiques, mais aussi par sa profondeur. Un sol profond et riche en matière organique atténuera les effets de la concurrence. Enfin, le type d'herbe choisi et le type de vigne (cépage, porte-greffe, âge de la vigne) sont des éléments déterminants dans ce processus complexe.

Schéma de la concurrence entre vigne et enherbement

Choisir l'Espèce de Couvre-Sol Adaptée : Entre Permanence et Spontanéité

Le choix des espèces pour l'enherbement mérite une réflexion approfondie, en fonction de la situation pédoclimatique spécifique du vignoble et des objectifs qualitatifs recherchés. De nombreux essais menés au cours des vingt dernières années ont permis de dégager des tendances. Il est essentiel de distinguer les couverts temporaires (moins d'un an) des couverts permanents (cinq ans et plus), car ils répondent à des besoins différents. Il est important de considérer les couverts temporaires et permanents comme des cultures à part entière.

Les Couverts Temporaires pour des Problèmes de Fond

Les couverts temporaires peuvent être utilisés pour adresser des problèmes de fond, comme l'enrichissement de sols appauvris ou acides en apportant de la matière organique. Cette dernière permet de faire tendre le pH vers la neutralité et de favoriser la vie du sol. Pour cela, il est conseillé d'opter pour des espèces robustes, à croissance rapide et à forte biomasse, telles que le seigle, le triticale, le radis chinois potager, la gesse commune, la féverole ou la vesce velue. Ces plantes contribuent à améliorer la structure du sol en cas de compactage ou aident à lutter contre les adventices grâce à leur couverture dense et rapide, ou aux substances qu'elles sécrètent, comme c'est le cas de l'avoine et de ses métabolites. Pour maximiser les bénéfices, il est recommandé de mélanger différentes familles botaniques (graminées, légumineuses, brassicacées, etc.) qui ont des cycles, des ports de plantes et des systèmes racinaires différents. Les légumineuses restent des alliées de choix pour la fixation d'azote, et certaines espèces comme le trèfle incarnat, le lupin ou la jarosse attirent de nombreux pollinisateurs et auxiliaires bénéfiques. Des mélanges de trèfles annuels avec une capacité de ressemis sont particulièrement intéressants.

Les Couverts Permanents pour Réduire les Coûts et la Charge de Travail

Avant d'opter pour un couvert permanent, il peut être nécessaire de cultiver plusieurs cycles de couverts temporaires, surtout sur des terres peu fertiles ou infestées de plantes indésirables (notamment les vivaces), afin d'améliorer l'état de base de la parcelle. L'objectif principal des couverts permanents est d'éviter la compétition avec les ressources destinées à la vigne. Toutefois, ce concept peut offrir d'autres avantages. Il est préférable de privilégier les espèces à plantes compactes, afin de réduire les coûts de tonte/broyage et d'économiser du temps et des charges mécaniques.

Une terre nue peut entraîner des problèmes de portance par temps humide, entravant ainsi certains traitements et travaux. Cela crée également des problèmes d'érosion ou de coulée de boue pouvant être dommageables sur les pieds de vigne. Couvrir tout ou partie de son sol revêt donc une importance capitale. La base de légumineuses est à privilégier dans un couvert pluriannuel, et notamment les trèfles annuels avec une forte capacité de ressemis. Leur cycle de croissance inversé (croissance de l'automne au printemps) ne concurrence que très peu la vigne sur l'eau et les nutriments. Ils permettent également de fertiliser légèrement cette dernière au cours du cycle. Le paillage naturel que les trèfles annuels octroient une fois leur cycle terminé permet de réduire l'évapotranspiration, de baisser la température du sol et de l'air à proximité de la vigne en gardant notamment l'humidité, diminuant globalement le risque de stress hydrique en été. Cette couverture est également une barrière physique pour les adventices, limitant le salissement.

Graphique : besoins hydriques d'un couvert à base de légumineuses par rapport à ceux de la vigne sur un cycle de production.

Il est cependant important de ne pas broyer le couvert en cours de floraison, au risque de n'avoir aucun stock de graines au sol pour l'année suivante. En cas de couvert très développé à l'entrée de l'hiver, il est envisageable d'effectuer une tonte en milieu d'hiver, afin de le garder compact tout en n'impactant pas sa floraison future (mars-avril). Dans le cas d'un coteau pentu, des graminées peuvent être incorporées, mais en dose relativement faible (ne pas dépasser 15-20% du mélange en nombre de graines), ces dernières étant certes résistantes à la pression mécanique, mais aussi persistantes, et donc en concurrence avec la vigne en période estivale.

Enherbement Spontané : Une Option Naturelle et Adaptée

Il ne faut pas négliger l'enherbement spontané, qui est souvent l'option la plus simple à mettre en œuvre. Il n'y a pas besoin de semis, et les espèces sont, par définition, adaptées au climat et au sol local, ce qui garantit une bonne intégration dans l'écosystème du vignoble.

Choix des Espèces et Objectifs

Selon que l'on souhaite faire de l'engrais vert, enherber sous rang, miser sur la biodiversité, l'esthétique ou encore enherber ses tournières, le choix existe entre un grand nombre d'espèces d'herbes. Des mélanges d'espèces sont proposés aux vignerons, et le choix doit être réalisé en concertation avec un technicien pour optimiser les résultats. La décision d'enherber doit se faire au niveau de la parcelle, en définissant au préalable les objectifs recherchés (concurrence, structure du sol, érosion…). De ces objectifs établis découleront le pourcentage de surface à enherber et le choix des espèces à semer, si le choix de l'enherbement naturel n'a pas été retenu.

Le raisonnement du choix de l'espèce doit se faire prioritairement par rapport au degré de concurrence souhaité ou acceptable sur la parcelle, les autres critères permettant d'affiner le choix. Il est souvent intéressant de semer un mélange plutôt qu'une seule espèce.

Vigne - Comment choisir son cépage - Viticulture

Le Semis du Couvert Végétal : Quand et Comment ?

Le moment et la méthode de semis sont cruciaux pour l'établissement réussi d'un couvert végétal. Il est préférable de semer à l'automne, le plus rapidement possible après les vendanges, voire avant en climat méditerranéen. Un semis de printemps est également possible, mais son implantation sera plus difficile en raison des conditions climatiques potentiellement moins favorables. Avant de semer, il est recommandé de réaliser un griffage superficiel pour émietter le sol et éliminer les adventices existantes, préparant ainsi un lit de semence optimal. Le semis a généralement lieu en automne et nécessite le passage d'outils en surface pour préparer un lit de semence. L'absence sur le marché de semoirs dédiés à cette pratique est un obstacle non négligeable. Cependant, l'IFV, dans son "guide pratique de l'enherbement sous le rang", préconise un semis à la volée via un épandeur d'engrais localisé.

Itinéraires Culturaux et Gestion de la Concurrence

Le niveau de concurrence exercé par l'herbe dépend principalement du millésime et de la pluviométrie. Sur plusieurs années, on constate que les millésimes les plus pluvieux sont ceux qui entraînent le moins de concurrence de l'herbe. L'objectif est donc de s'adapter aux conditions pluviométriques du millésime. L'irrigation peut également permettre de limiter la concurrence de l'herbe en apportant un supplément d'eau à la vigne lorsque cela est nécessaire. Pour optimiser l'utilisation de couverts végétaux dans les vignes, il faut avant tout définir l'objectif recherché : engrais vert ou simple couverture ? L'itinéraire cultural a lui aussi son importance pour privilégier l'enrichissement du sol ou l'effet occultant.

Avec l'évolution de la gestion du désherbage dans les vignobles, les couverts végétaux s'imposent comme une suite logique à l'enherbement naturel. C'est le parcours qu'a suivi Julien Bourchet, viticulteur dans le Vaucluse. Après avoir arrêté l'enherbement naturel permanent au bout de 8 ans à cause de problèmes de concurrence, il a continué l'enherbement naturel de manière temporaire pendant l'hiver. Enfin, depuis deux ans, il a franchi l'étape du semis de couverts végétaux.

Cette démarche est souvent menée collectivement, au sein de groupes qui visent à développer l'agroécologie sur les cultures pérennes des coteaux méditerranéens avec l'implantation de couverts végétaux temporaires. La réflexion de ces groupes part souvent des problématiques de sols pentus et d'érosions rencontrées dans certaines zones. D'une manière générale, l'objectif est d'améliorer la structure du sol et sa portance, l'enrichir en humus, garder une couverture hivernale et séquestrer du carbone, tout en réduisant l'érosion physique mais aussi organique.

La Concurrence n'est Pas Toujours un Problème

Après plusieurs années d'expérimentation, certains viticulteurs n'ont pas constaté de concurrence significative du couvert sur la vigne. Cependant, ils n'ont pas non plus observé d'amélioration majeure de la fertilité ou de la portance du sol en comparaison du couvert naturel de ray-grass/fétuque qu'ils avaient précédemment dans leurs inter-rangs. C'est un travail sur le long terme, et l'impact visuel et sur les rendements peut prendre du temps à se manifester. En creusant une fosse pédologique, il est cependant possible de constater une meilleure fissuration du sol sur les zones où des couverts ont été semés. Avec l'enherbement naturel, les plantes ont des racines plus petites, le sol est plus tassé et il y a moins de vie.

Quels Couverts, pour Quelles Utilisations ?

Dans l'inter-rang, il est possible d'implanter trois types de couverts : un engrais vert, une simple couverture du sol et enfin un couvert mellifère. Cependant, il est déconseillé d'opter pour ce dernier car il est interdit de traiter dans une parcelle où il y a des pollinisateurs.

Pour l'engrais vert, un mélange essentiellement composé de graminées/légumineuses est préconisé. Le trèfle ou la vesce conviennent pour les semis avant le 15 septembre, sinon il faudra se tourner vers la féverole ou le pois fourrager. Pour les graminées, le choix est large. L'avoine convient aux zones calcaires, le seigle pour les sols acides et le triticale partout. Il est possible d'y ajouter d'autres types de plantes comme le lin, la moutarde ou la phacélie, mais il est recommandé de le faire avec parcimonie, soit pas plus de 5 à 10% du mélange.

Certains viticulteurs commandent chaque année un couvert qui convient le plus à l'ensemble des membres de leur groupe. Pour un semis en plein de 175 kg/an, il peut se composer de 75 kg de féverole, et de 25 kg de chacune des cinq autres espèces : pois fourrager, vesce, orge, triticale et avoine. À titre personnel, certains y ajoutent 5 kg de crucifère pour l'effet racine pivot important. Le couvert peut ainsi compter 7 types de graines, que viennent compléter les espèces déjà présentes par enherbement naturel lors du semis.

Bien Choisir l'Itinéraire Cultural

Pour les engrais verts, il est important de les détruire dès la sortie d'hiver. Même si la partie aérienne ne s'est pas beaucoup développée, ce qui intéresse pour rendre les éléments puisés à la vigne, c'est la partie racinaire. La destruction est mécanique, suivie d'une réincorporation au sol. Ces interventions doivent être réalisées relativement tôt pour éviter les gelées blanches dues au travail du sol.

Pour les couverts de couverture, un roulage lorsque les épis sont mûrs est suffisant. S'il a trop poussé, il est possible de réaliser un broyage au printemps, à nouveau pour éviter les gelées blanches. Si les grains sont à maturité au moment de la destruction du couvert, il peut se ressemer spontanément trois années de suite.

Si la composition de leurs couverts s'apparente à un engrais vert, certains viticulteurs le gèrent plutôt comme un mélange de couverture. Ils broient une première fois à 15 cm mi-avril, puis repassent au ras du sol mi-mai. Forcément, la repousse entre les deux coupes pompe dans les réserves hydriques du sol, mais ce n'est pas une période à laquelle la vigne en a besoin. Par la suite, le cumul des deux mulchs va complètement occulter le sol, empêchant la repousse d'adventices. D'autres viticulteurs gardent leur couvert le plus longtemps possible. Pour ne pas gêner les travaux dans les vignes, ils l'implantent dans un inter-rang sur deux. Certains testent le rouleau Faca à la place du broyeur sur une partie des vignes. Visuellement, le résultat est moins bon, mais cela permet d'aller plus vite.

La Gestion du Rang et les Perspectives d'Avenir

Des couverts végétaux pour le rang existent, mais ils doivent être utilisés avec prudence. Ce sont des espèces comme la fétuque rouge ou gazonnante avec du ray-grass et du pâturin. Mais attention à la concurrence, car ils peuvent être compliqués à détruire. Il faut vraiment piloter à la parcelle.

Les viticulteurs ont plutôt tendance à laisser le couvert de l'inter-rang se rapprocher du rang, puis à le calmer en fin d'hiver. Certains utilisent un glyphosate à 2% fin mars sur 10 cm de chaque côté du rang pour éviter d'être piégé avec des vesces qui poussent dans les souches. Ce qui est intéressant, c'est que le couvert a quand même un effet bénéfique sur le sol du rang jusqu'à sa destruction.

Vers des Itinéraires sans Herbicides

L'objectif des recherches menées aujourd'hui est de repenser l'itinéraire technique avec l'idée de mettre de l'herbe sous le rang. Le but est de développer des itinéraires sans herbicides avec des surfaces enherbées réduites (environ 30% du sol) uniquement sous les rangs de vigne, pour éviter une concurrence excessive. Il faudra savoir si ce type d'itinéraire permet un entretien du rang plus simple que le désherbage mécanique pour limiter, voire éviter complètement, la tonte selon les espèces. Les résultats des essais menés ces dernières années confortent les chercheurs dans l'idée que si l'on réduit la surface enherbée au minimum, on constate une concurrence faible à nulle. Les réflexions se tournent maintenant vers la mécanisation de ces opérations.

Les Freins à l'Enherbement en Régions Méditerranéennes

Une étude récente réalisée auprès de 334 vignerons du Languedoc-Roussillon a démontré que le principal frein à l'enherbement était la crainte d'une concurrence excessive pour la vigne. Pour une grande majorité des répondants, les doutes se rejoignent autour des possibilités de stress hydrique et de diminution de rendement. Ces craintes sont effectivement vérifiées : l'enherbement peut entraîner une réduction de la vigueur et du rendement de la vigne, dans la mesure d'une certaine variabilité. L'objectif est donc de trouver le bon dosage et la bonne méthode d'enherbement, en fonction de la zone géographique et des besoins individuels.

Le Projet PlacoHB et les Essais en Maine-et-Loire

Le programme Casdar interfilières PlacoHB, piloté par l'Astredhor (institut technique de l'horticulture) et s'étendant de 2017 à 2020, vise à étudier l'intérêt de différentes plantes pour l'enherbement permanent d'endroits difficiles à travailler mécaniquement. Pour la vigne, l'objectif est notamment de trouver des espèces pouvant servir de couvre-sol permanent sous le rang. Dans ce cadre, des essais ont été engagés au lycée agricole de Montreuil-Bellay en Maine-et-Loire, sur la plate-forme régionale d'expérimentation en lien avec l'IFV.

Les critères pour le choix des espèces à tester étaient qu'elles restent basses pour ne pas favoriser le gel de printemps, qu'elles soient pérennes et résistent au gel et à la sécheresse, qu'elles couvrent rapidement le sol, qu'elles ne soient pas concurrentielles de la vigne et qu'elles ne relarguent pas d'azote en été pour ne pas favoriser un excès de vigueur et donc le botrytis. Sur les conseils d'un pépiniériste local, deux variétés de thym (Thymus polytrichus et Thymus longicaulis) et de la turquette (Herniaria glabra) ont été testées sur deux parcelles, l'une limono-sableuse, pouvant être soumise à des stress hydriques, l'autre argilo-calcaire, moins séchante. La parcelle limono-sableuse a reçu les deux variétés de thym, la parcelle argilo-calcaire le Thymus polytrichus, adapté aux sols lourds, et l'Herniaria glabra.

Les plants en minimottes ont été installés manuellement en novembre 2016, à raison de 10-12 plants par mètre linéaire, après passage d'une lame interceps pour émietter le sol. Sur la parcelle limono-sableuse, Thymus longicaulis s'est très bien développé. Au bout d'une année, il recouvrait 60% de la surface sous le rang, 25% étant occupés par des adventices et le reste en sol nu. Et fin 2018, le recouvrement par le thym était de près de 80%, avec 15% d'adventices et légèrement plus de sol nu. Thymus polytrichus s'est développé plus lentement et a poussé surtout en été. Fin 2017, le pourcentage d'adventices était toutefois le même qu'avec Thymus longicaulis, de 25%. Mais fin 2018, le recouvrement était un peu plus limité, de 70%, pour 20% d'adventices et 10% de sol nu. Sur cette parcelle stressante, c'est donc Thymus longicaulis qui s'est le mieux développé.

Un premier entretien a été réalisé sur cette parcelle en 2019, avec le passage d'une tondeuse interceps. Les deux espèces restent très basses, à 2-3 cm pour Thymus polytrichus et 5-10 cm pour Thymus longicaulis. Il y avait toutefois certaines adventices, notamment de la luzerne d'Arabie, de la vesce et de l'épilobe, qui auraient pu empêcher le couvre-sol de recevoir la lumière. Cet entretien n'est toutefois pas obligatoire.

Concernant la biodiversité, le nombre total d'insectes n'a pas été impacté. La présence de thym a par contre entraîné un plus grand nombre d'espèces d'insectes, mais pas plus d'insectes nuisibles. Quand le thym fleurit, en avril pour Thymus longicaulis et en juin pour Thymus polytrichus, il y a par contre plus de biodiversité, sans compter l'aspect esthétique. Le gel n'a pas été favorisé par le couvre-sol. Les mesures de bois de taille n'ont pas montré de différence avec le témoin désherbé mécaniquement. Et il n'y a pas eu non plus de différence de rendement, ni de maturité. C'est toutefois surtout la 3e année que l'on peut voir l'effet d'un changement sur la vendange. Au final, l'essai s'avère donc très concluant pour l'installation de Thymus longicaulis sur une parcelle stressante en termes de développement et de lutte contre les adventices, sans effet négatif pour la vigne. Les deux couvre-sols vont être conservés au-delà de 2020.

Sur la parcelle argilo-calcaire, ni Thymus polytrichus, ni Herniaria glabra n'ont par contre donné satisfaction. Thymus polytrichus a poussé très lentement et s'est fait dépasser par les adventices. Herniaria glabra s'est développé plus rapidement, atteignant 60% de recouvrement au bout d'un an, mais a ensuite régressé, jusqu'à pratiquement disparaître en 2019.

Les plants de thym ont été installés par plantation de minimottes pour un développement plus rapide du couvre-sol, le programme PlacoHB ne durant que trois ans. Toutefois, comme les minimottes coûtent 0,35 € HT par pièce et qu'il faut les planter manuellement, à raison de 10 à 12 par mètre linéaire, le coût de l'implantation est assez élevé. Si le couvre-sol évite de désherber, comme il est amené a priori à durer toute la vie de la vigne, son intérêt est toutefois évident, même si aucune étude économique n'a été réalisée. Il pourrait cependant être intéressant de tester le semis, moins coûteux que la plantation de minimottes. L'idéal serait de semer le thym par hydroseeding (hydro semis).

Le Projet d'Évaluation au Québec : Des Solutions Innovantes

Au Québec, la majorité des entre-rangs des vignobles sont enherbés et les rangs sont désherbés à l'aide d'herbicides ou d'équipement de désherbage mécanique. Dans une optique de réduction des pesticides, l'utilisation de couvre-sols enherbés sous le rang de vigne est un réel gain pour l'environnement et la santé. L'objectif d'un projet en cours est donc d'évaluer le potentiel de couvre-sols permanents sur le rang comme alternative aux herbicides dans la culture de la vigne au Québec.

Six types de couvre-sols végétaux sont comparés sur deux sites pendant deux ans :

  1. Lotier corniculé (Lotus corniculatus) et fétuque rouge (Festuca rubra) ;
  2. Thym serpolet (Thymus serpyllum) ;
  3. Épervière piloselle (Hieracium pilosella) ;
  4. Aspérule odorante (Galium odoratum) ;
  5. Enherbement spontané ;
  6. Sol à nu (témoin herbicide selon les pratiques du producteur).

Pour ce faire, les chercheurs étudient la capacité d'établissement et la compétitivité de différents couvre-sols végétaux contre les mauvaises herbes en évaluant le recouvrement des espèces implantées et des adventices sur les deux ans suivant l'implantation. Ils évaluent également l'impact des couvre-sols sur le développement des plants de vigne, en mesurant la vigueur des plants, en effectuant un suivi des stades phénologiques, de leur aoûtement, et des dégâts de gel. Les dégâts de ravageurs et de maladies sont mesurés tout au long du projet, ainsi que les effets possibles des couvre-sols sur le rendement et la qualité des fruits (incluant la composition chimique).

Les données recueillies dans le projet permettront de faire une évaluation technico-économique des différents couvre-sols. Au terme du projet, les chercheurs seront en mesure de déterminer les couvre-sols ayant le plus de potentiel en viticulture, tant au niveau de la gestion des mauvaises herbes que pour la santé et le rendement des vignes. L'objectif final est de proposer des solutions innovantes afin d'éliminer le recours aux herbicides en viticulture.

Schéma d'un essai de couvre-sol en vignoble

Paillages sous le Rang : Une Autre Alternative

À la manière de ce qui peut se faire en arboriculture, il est possible d'appliquer des paillages sous le rang. Les pailles utilisées proviennent souvent de poacées (blé ou parfois miscanthus) ou de chanvre (chènevotte), et pour certaines parcelles difficiles d'accès et d'entretien, on observe parfois des paillages à base de laine. Certaines expérimentations soulignent également l'intérêt de ces paillages comme alternative au désherbage mécanique sur les jeunes vignes, et notamment ceux à base de plaquettes ou d'écorces de feuillus (Bois Raméal Fragmenté).

En viticulture, la mise en place de couverts végétaux présente des intérêts et fonctions différents selon que ceux-ci soient implantés dans l'inter-rang ou bien sur le cavaillon. Les couverts végétaux et paillages sur le cavaillon ont pour objectif principal de contrôler le développement des adventices sans recours au désherbage chimique. Cependant, leur mise en place offre également des bénéfices pour la structure du sol : ils permettent en effet de limiter le ruissellement, de réduire l'évaporation de surface et d'amoindrir le risque de compaction lié aux passages d'outils. Il est important de noter que la gestion d'un couvert sous le rang nécessite généralement un outillage spécifique, comme par exemple l'utilisation de tondeuses inter-cep.

La Vigne : Besoins et Adaptations aux Couvre-Sols

La vigne (Vitis vinifera) est une liane ligneuse cultivée depuis l'Antiquité pour ses grappes, mais aussi pour son superbe feuillage caduc qui habille une pergola, un mur ou une treille. Elle est longévive (plusieurs décennies, voire plus d'un siècle en bonnes conditions) et devient un véritable "élément d'architecture" au jardin. Sa rusticité est généralement comprise entre les zones USDA 6b et 9a, supportant des températures minimales d'environ -15 à -20°C pour le bois mature. Cependant, les jeunes pousses et bourgeons de printemps peuvent être touchés dès -1 à -2°C (gelées tardives).

Pour une vigne saine et productive, il est recommandé de viser 6 à 8 heures de soleil direct par jour. Une orientation sud à sud-ouest est idéale, avec un mur ou une clôture qui renvoie la chaleur (microclimat), tout en gardant une bonne circulation d'air pour limiter le mildiou et l'oïdium. En Atlantique (Bordeaux, Nantes) et en zone continentale (Paris, Strasbourg), le plein soleil est généralement bénéfique : il accélère la maturité et réduit la pression des maladies en séchant le feuillage. En méditerranéen (Montpellier, Nice), un soleil ardent peut brûler les feuilles en pot : une mi-ombre légère l'après-midi et un paillage épais aident beaucoup.

La floraison de la vigne se situe le plus souvent de mai à juin (plus tard en altitude), sur une durée de 10 à 20 jours. Elle dépend fortement de la chaleur accumulée au printemps et d'une croissance régulière (pas de stress hydrique marqué). Pour favoriser la mise à fleurs puis la nouaison (formation des grains), il est conseillé d'éviter les excès d'azote au printemps et de maintenir un sol frais mais drainant.

La vigne préfère un sol profond, drainant et plutôt pauvre à moyennement fertile. Une terre trop riche en azote donne beaucoup de feuilles… et moins de raisins. Elle tolère bien le calcaire (selon porte-greffe/cépage), mais redoute les sols lourds et asphyxiants (risque de chlorose et maladies). À la plantation, il est recommandé d'améliorer la structure avec du compost bien mûr (20-30%) et, si la terre colle, d'ajouter du sable grossier et/ou de la pouzzolane pour aérer.

Côté associations, la vigne apprécie des couvre-sols sobres (thym, origan, fraisier, petites vivaces) qui limitent l'évaporation sans concurrencer excessivement. Il est préférable d'éviter les plantes très gourmandes et arrosées en continu au pied (certaines grosses annuelles), qui maintiennent une humidité foliaire défavorable.

La Vigne et ses Terroirs

La vigne se complaît dans les sols pauvres, parfois même arides. On évite de la planter dans les terres grasses et humides qui conviennent aux céréales ou à la betterave. Très développé, le système racinaire de la plante peut plonger jusqu’à une dizaine de mètres à la recherche de l’eau, les racines se chargeant au passage des oligo-éléments contenus dans le sous-sol. Les terroirs favorables sont multiples, variables selon les cépages.

  • Sols Argilo-Calcaires : Une terre un peu grasse, constellée de pierres blanches plus ou moins dures. Ce sont des sols équilibrés mêlant l’argile et sa fraîcheur aux propriétés filtrantes des pierres calcaires. On les retrouve dans de nombreuses régions viticoles.
  • Sols Graveleux : D’origine alluviale, ils peuvent dissimuler des couches profondes d’argiles plus ou moins pures. Le merlot et le cabernet franc se développent parfaitement dans ces terrains que l’on retrouve principalement à Pomerol. Ces graves s'étendent de la rive gauche de la Garonne jusqu’à l’océan Atlantique, et sont à l’origine des crus les plus prestigieux du Médoc ou des Graves. Ces galets apportés par la Garonne et la Dordogne, mêlés à des sables et des argiles, forment des sols chauds qui permettent au cabernet-sauvignon d’atteindre la maturité.
  • Sols Calcaires : La terre est ocre, parsemée de pierres blanches souvent friables. Les cépages les plus subtils y livrent le meilleur d’eux-mêmes. Vous y retrouverez donc le pinot et le chardonnay bourguignons.
  • Sols de Craie : Une terre presque blanche avec, affleurant parfois, de l’argile brune. Extrêmement poreuse, filtrante, la craie laisse filer l’eau avant de la retenir dans des couches plus profondes pour la restituer à la vigne. Ces sols maigres en apparence se révèlent donc plus riches et plus équilibrés qu’on ne l’imagine. Le chardonnay en Champagne et le chenin dans la Loire y trouvent leur élément.
  • Sols Granitiques : Des sols peu profonds, sablonneux, issus de la décomposition du socle cristallin. Ces arènes granitiques se rencontrent au nord du Morvan, dans le Beaujolais et au nord de la vallée du Rhône. Dans les crus du Beaujolais, le gamay s’y exprime avec distinction. Dans la vallée du Rhône septentrionale, la syrah (hermitage, saint-joseph, cornas…) et le viognier (condrieu) s’associent au granite. L’Alsace possède également des terroirs granitiques de qualité classés en grand cru (Schlossberg, Brand, Eichberg…).
  • Galets Roulés : Des pierres oblongues, énormes, lisses, polies par les eaux du Rhône, dans la partie méridionale de la vallée, notamment à Châteauneuf-du-Pape. Ici, le grenache trouve une superbe expression, chauffé par le soleil… même durant la nuit car les cailloux réverbèrent la chaleur !
  • Sols Schisteux : Des roches feuilletées, plus ou moins sombres et brillantes, sédimentaires ou métamorphiques (micaschistes). Plantée sur ces derniers, la syrah engendre les grands côte-rôtie de la vallée septentrionale du Rhône. Dans le Languedoc-Roussillon, des cépages méridionaux, comme le grenache ou le carignan, se plaisent sur les schistes autour de Faugères, de Banyuls et de Maury. Ce sont encore des schistes qui donnent les vins liquoreux d’Anjou à base de chenin comme les coteaux-du-layon, les grands rieslings allemands de Moselle ou les portos de la vallée du Douro.

Carte des terroirs viticoles en France

Entretien de la Vigne et Interaction avec le Couvre-Sol

La taille conditionne la santé et la fructification de la vigne. Sur un jeune plant, il faut faire une taille de formation pour construire 1 à 2 charpentières (treille/pergola) : choisir les rameaux les mieux placés et les attacher sans étrangler. La taille d'entretien se fait en France en fin d'hiver (févr.-mars), hors gel, avant le “pleurage” (montée de sève) : garder des coursons courts et aérer la structure. Après récolte, retirer le bois mort et les sarments malades, puis laisser la chute des feuilles se faire naturellement. En méditerranéen, il faut éviter une taille trop sévère si la vigne souffre de sécheresse : privilégier l'ombrage du feuillage sur les grappes en canicule. En climat continental et montagnard, on taille plutôt tard pour limiter l’exposition des bourgeons aux gelées tardives. En été, une taille en vert (pincement, suppression de gourmands, palissage) aide à aérer et à mieux exposer les grappes sans “découvrir” brutalement les fruits en pleine canicule.

En pleine terre, un apport léger de compost au printemps suffit souvent. La vigne offre pollen/nectar lors de la floraison et, surtout, une ressource alimentaire pour la faune via ses fruits (oiseaux, insectes). Conduite en pergola, elle crée aussi un abri utile contre la chaleur et les prédateurs. Pour un jardin bas-entretien, il est judicieux de l'associer à des aromatiques (thym, romarin en zone chaude, lavande en sol drainé) et à des couvre-sols qui stabilisent l'humidité du sol sans excès.

Pour une vigne facile à vivre en jardin français, le trio gagnant est : soleil + air + sol drainant. Il faut palisser tôt (dès les jeunes pousses) pour éviter un feuillage emmêlé qui garde l'humidité, et pailler le pied : cela permet d'arroser moins en été, de limiter les éclaboussures responsables du mildiou, et de stabiliser la vigueur. Il est important de l'installer au plein soleil, dans un sol drainant, et de palisser les rameaux pour que l'air circule. La première et la deuxième année, il faut arroser régulièrement en période sèche pour favoriser l'enracinement. Ensuite, la vigne supporte assez bien la sécheresse, mais gagne à recevoir un arrosage profond lors des canicules prolongées. En pot, le substrat sèche vite : il faut compter souvent 2 à 4 arrosages par semaine en été, voire davantage en période de vent et de canicule. Il est important d'arroser jusqu'à ce que l'eau commence à s'écouler, puis de vider la soucoupe si besoin. Il est également recommandé de pailler la surface et de privilégier un grand volume (au moins 40-60 L) pour stabiliser l'humidité.

Vigne - Comment choisir son cépage - Viticulture

Multiplication de la Vigne

La méthode la plus simple et fiable pour multiplier Vitis vinifera est le bouturage de bois (boutures de sarment), avec un excellent taux de reprise en fin d'automne ou en hiver hors gel. On peut aussi marcotter un long sarment au printemps, mais le bouturage reste le plus pratique pour obtenir plusieurs plants identiques. Le bouturage de sarments (bois de l'année) est la méthode la plus simple : on prélève des segments de 20-30 cm en hiver hors gel et on les enracine dans un mélange drainant. Il faut maintenir une humidité légère (pas détrempée) et protéger des vents froids. Au printemps, la reprise se voit par l'apparition de bourgeons puis de racines ; repiquer quand la bouture est bien vigoureuse.

Conclusion Partielle

En conclusion, couvrir son sol apporte de nombreux avantages, mais il convient de définir ses besoins en amont, afin de choisir les espèces ou mélanges les plus adaptés à son contexte pédoclimatique. La gestion du cavaillon par des couverts végétaux représente une voie prometteuse pour une viticulture plus durable, réduisant la dépendance aux herbicides tout en améliorant la santé des sols et des vignes.

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