Le maraîchage biologique de plein champ : Stratégies d'installation, résilience et techniques de production

Le maraîchage de plein champ s'impose aujourd'hui comme une réponse pertinente aux enjeux climatiques, économiques et sanitaires qui fragilisent les systèmes agricoles traditionnels. Diversifier ses activités grâce à la production de légumes permet de sécuriser le revenu des fermes en polyculture-élevage ou en grandes cultures, tout en répondant à une demande croissante pour des produits durables. Cette transition, bien que technique, trouve un appui solide dans des dispositifs d'accompagnement innovants et une dynamique collective forte.

Vue panoramique d'une exploitation maraîchère diversifiée en plein champ

L'accompagnement des porteurs de projet : Le rôle de l'Espace Test Agricole

Se lancer dans le maraîchage biologique, surtout lorsqu'on n'est pas issu du milieu agricole, représente un défi majeur. Dans les Landes, le Conseil départemental a mis en place un dispositif d'accompagnement des porteurs de projet : l'Espace Test Agricole. Sabine Dauga, chargée de mission, nous explique comment ce tremplin permet à des futurs installés de concrétiser leur projet.

Le principe est simple mais ambitieux : vous avez trois ans pour vous tester à fond. L'Espace Test vous donne un statut particulier et un site clé en main. Ce dispositif fournit le terrain et l'équipement nécessaire : serres de production (600 m²), tunnels, et surtout tout l'équipement agricole, incluant micro-tracteur, cultirateau, et planteuses. L'objectif est que vous puissiez expérimenter le matériel pour choisir celui qui vous conviendra le mieux quand vous serez installé.

L'accompagnement est à 360°, couvrant non seulement la production (tomates, poireaux, salades…), mais aussi la gestion globale de l'exploitation. La preuve que ça fonctionne ? Les quatre porteurs de projets de la première promotion (2019) sont aujourd'hui tous installés. Actuellement, l'Espace Test des Landes accueille une nouvelle promotion sur ses sites de Magescq et Mimizan, et prévoit même une extension à Morcenx-la-Nouvelle.

La force du collectif : La CUMA comme levier de réussite

Dans les Landes, l'Espace Test a co-créé la première CUMA maraîchère du département. La CUMA (Coopérative d'Utilisation de Matériel Agricole) permet de mutualiser le matériel coûteux. C'est un moyen de diminuer les charges, mais aussi et surtout d'ancrer les nouveaux maraîchers dans un réseau coopératif local essentiel. Le Conseil Départemental des Landes accompagne financièrement les futurs installés pour intégrer cette CUMA, avec une aide dégressive sur trois ans.

Le collectif est un moteur puissant pour surmonter les obstacles techniques. Comme l'affirme Thomas Jourdain, maraîcher en Haute-Loire : « Grâce à Auvabio, j’ai produit des carottes et des betteraves cette année, alors que j’étais parti uniquement sur la pomme de terre. Au final, j’ai raté mes pommes de terre, sans le collectif, j’aurais été en difficulté ». Auvabio propose à ses producteurs de planifier leurs mises en culture pour assurer leurs ventes, avec un double engagement : le producteur s'engage à produire des volumes, et Auvabio s'engage à vendre ces quantités à un prix « plancher ».

Schéma illustrant le fonctionnement d'une CUMA maraîchère et le partage de matériel

Adaptation aux aléas et résilience des systèmes

Le réchauffement climatique se fait de plus en plus ressentir, l’année 2020 ne fait pas exception et confirme la tendance. Ces aléas climatiques fragilisent l’ensemble des productions agricoles. Rajoutons à cela un contexte sanitaire exceptionnel et une situation économique difficile, renforcer la résilience de sa ferme devient alors indispensable.

La multiplication des productions, qui répondent différemment aux aléas climatiques et aux conjonctures des marchés, permet de sécuriser le revenu des fermes. La production de légumes de plein champ est une diversification intéressante pour des fermes en système Grandes Cultures et en polyculture-élevage notamment par rapport à l’évolution de la demande. De plus, les politiques publiques sont porteuses : « 50% de produits dits durables dont 20% de produits bio d’ici janvier 2022 », telles sont les mesures de la Loi EGalim. Mettant en avant les enjeux de l’Agriculture Biologique, cette loi est une opportunité pour assurer le développement des échanges sur le territoire.

L’allongement et la diversification des rotations apportent un intérêt agronomique global : la durabilité de la fertilité du sol, la gestion des ravageurs et/ou maladies, étant intimement liés à la biodiversité présente sur la ferme.

Itinéraires techniques et mécanisation de précision

Si le matériel utilisé en Grandes cultures permet un travail rapide et efficace, quand il s’agit de précision sur des légumes, c’est une autre affaire ! Pour faciliter les itinéraires techniques et les passages, il est recommandé de travailler en planches. L’enjeu est alors d’adapter le matériel présent sur la ferme. Généralement, les exploitations en GC ou élevage sont équipées en matériel ce qui est un gros avantage.

La clé de l’efficacité est la standardisation du système, tout doit être calculé en fonction des voies du tracteur et le matériel doit suivre : du travail du sol en passant par la fertilisation, semis/plantation, binage/buttage et récolte. Des entreprises développent du matériel de pointe, permettant un entretien efficace et rapide des cultures. Des démonstrations ont été organisées pour présenter le matériel de sociétés comme SabiAgri, Toutilo, Naio Technologie et Terrateck.

Prenons l'exemple de Maxime Pioteyry, qui a choisi la complémentarité entre légumes de plein champ et céréales. Il cultive des courges, pommes de terre et poireaux, en rotation avec du blé transformé en farine, du colza transformé en huile et ses luzernes sont semées dans l’orge sous couvert. Pour sa gestion des taupins, sa stratégie intègre les rotations, gratter le sol l’été avant, un semis de moutarde brune qui a un effet nématicide, des applications de purin de fougère avant de planter et entre deux binages, pour avoir un effet répulsif, puis un épandage de tourteau de ricin.

Démonstration de matériels de binage en cultures légumières

Défis de la culture en conditions extrêmes

Produire des légumes de conservation bio, sans irrigation à 1100m d’altitude demande une adaptation poussée. Chez Thomas Delauge à Freycenet la Tour, l’itinéraire technique est bien rodé : « J’ai deux contraintes auxquelles mon système doit s’adapter : des sols froids au printemps dû à l’altitude, et l’absence d’irrigation ». Pour cela, tous les légumes sont semés/plantés à 60-70cm, limitant la compétition, sur des planches surélevées, réalisées au vibroplanche, pour faciliter le ressuyage et le réchauffement du sol.

La réflexion sur les débouchés est tout aussi cruciale que la production elle-même. Se retrouver avec plusieurs tonnes de navets ou de betteraves ne s’écoule pas forcément facilement. La conservation des légumes doit également être prévue : en caisse, en sac, en vrac, dans une ancienne étable, un ancien camion ou une chambre froide neuve. Un bon stockage, c’est l’assurance de vendre ses légumes sur une plus longue période et à un meilleur prix. Comme l'explique Claude Laurent : « Je pense que l’erreur que nous avons tous faite un jour, c’est de préparer nos conditionnements à l’avance en espérant gagner du temps, alors que quelques mois plus tard, chaque sac a perdu des kilos d’eau ».

Graphique montrant la relation entre les dates de semis, la température du sol et la récolte

Structuration des filières et formation

Afin d’appréhender ces questions point par point et d’accompagner chaque agriculteur à développer des itinéraires techniques adaptés, la FRAB AuRA a construit avec Gilles Lèbre, maraîcher au BiauJardin depuis 40 ans, une formation spécifique. Réparties en 5 modules sur 4 semaines, elle permet à chacun de monter en compétences entre chaque module et d’intégrer ses apprentissages à son système.

Le réseau FRAB-GABs d’AuRA accompagne les producteurs bio, les collectivités et les Projets Alimentaires Territoriaux dans la structuration locale des filières, de la production à la commercialisation. La réussite de ces projets repose sur une planification rigoureuse : dates, matériel, variétés, protection, interventions. L'ensemble de l'itinéraire technique doit être revu de A à Z. Ces journées de formation et de visites sont indispensables avant de se lancer et de bénéficier de tous ces retours d'expérience précieux. Chaque choix, de la rotation des cultures au choix du matériel, doit être pensé comme une pièce d'un puzzle visant à créer une exploitation durable, productive et capable de résister aux aléas économiques et climatiques.

tags: #cs #maraichage #plein #champ