Guide complet : La cueillette des champignons, de la forêt à l'assiette

À la recherche de conseils pour partir à la cueillette des champignons ? On en a tous besoin, parce qu’aller aux champignons, c’est se lancer dans une vraie chasse au trésor pour laquelle la nature a disséminé des indices qu’il faut apprendre à dénicher. Si on veut trouver ces trésors, il faut apprendre à mieux connaître la forêt et les conditions favorables à leur présence. Pour répondre à toutes nos questions sur le sujet, on est allés revoir le photographe Jérémie Villet : un vrai Copain des Bois comme on les aime ! Les passionnés le savent : tout est une question de pratique et de persévérance.

Forêt dense et mystérieuse en automne propice à la pousse des champignons

Les fondements de la cueillette responsable et légale

Dans les forêts domaniales (qui appartiennent à l’Etat), la cueillette est tolérée. Si la forêt est privée mais qu’il n’y ni clôture ni panneau d’interdiction, ça se tente ! Le mieux est toujours de prendre l’avis des gens du coin. Peut-on cueillir en forêt publique ? La cueillette des champignons est autorisée en forêt domaniale (appartenant à l'État) si elle reste dans le cadre d’une consommation familiale et si les prélèvements sont raisonnables, c'est-à-dire qu'ils n’excèdent pas 5 litres par personne et par jour (sauf réglementation locale contraire). Elle doit être modérée, car en principe, une autorisation préalable du propriétaire est nécessaire (article 547 du Code civil). En effet, toutes les forêts publiques ont un propriétaire, qu'il s'agisse d'un État, une région, un département ou une commune.

De plus, les cueillettes excessives peuvent menacer des espèces, même courantes comme le muguet ou les jonquilles. Certaines baies et quelques champignons peuvent être toxiques. Certaines plantes rares sont également protégées. Et dans les forêts privées ? Les champignons sauvages appartiennent de plein droit au propriétaire du sol. Ils ne sont pas res nullius comme le gibier (qui n'appartient à personne). En effet, l'article 547 du code civil est formel : « les fruits naturels ou industriels de la terre appartiennent au propriétaire par droit d'accession ». Autrement dit, le fait de ne pas avertir par un panneau «cueillette de champignons interdite» n'est pas une faute et n'autorise pas les ramasseurs à pénétrer sur la propriété que ce soit un bois, un pré, un champ, etc. Ramasser des champignons chez autrui c'est du vol (l'article 311-1 du code pénal dit bien que « le vol est la soustraction frauduleuse de la chose d'autrui »).

Comprendre les cycles et les milieux naturels

A cause du cèpe qui pousse à l’automne, on a tendance à penser que tout se passe entre septembre et novembre. Pourtant, il est possible de ramasser des champignons toute l’année ! Imprévisibles, fragiles et éphémères, les champignons, ne se développent pas tous, en toute saison. Pour une belle poussée, il faut de la pluie et de la douceur. Si en plus c’est la nouvelle lune, vous multipliez vos chances de trouver quelque chose. Mais où poussent-ils ? Là où les feuillages laissent passer les rayons du soleil pardis. Les champignons sont là où il y a de lumière, dont ils ont besoin pour grandir !

Schéma illustrant le cycle de vie du mycélium et l'apparition des fructifications

Avec 23% de son territoire couvert par des forêts, la région Centre-Val de Loire se classe au 6ème rang des régions les plus boisées de France. La cueillette des champignons est une excellente activité à pratiquer en famille. Repérer le ou les bons coins dépend beaucoup du type de champignon recherché. Une bonne préparation est aussi nécessaire afin de ne pas rentrer bredouille. Pour débusquer les champignons les plus prisés, il faut tout d’abord arpenter les forêts. D’une façon générale, si les pluies sont faibles, il vaut mieux privilégier les massifs humides. En revanche, en cas de fortes pluies - fréquentes en automne - les forêts dites "de sable" , très perméables, peuvent abriter quelques bonnes surprises.

L'art de l'observation et la sécurité du cueilleur

Pour devenir un bon cueilleur de champignons, il va falloir aiguisez vos sens ! Du relief sous les feuilles mortes ? Une fine odeur de pourriture ? De l’humidité sur votre peau ? Baisse les yeux quand je te parle ! Pas ceux qu’on a entre les orteils. Si vous avez le moindre doute, ne les ramassez pas. Même si la cueillette aux champignons est un loisir qui ne demande pas beaucoup de matériel, il faut être bien équipés. Pensez à être bien chaussé et à porter des vêtements qui couvriront vos bras et vos jambes pour éviter de revenir griffé par les ronces et orties, ou pire, attaqué par les tiques. Préférez les paniers d’osier aux sacs et boites en plastiques pour porter votre récolte.

Reconnaître 10 CHAMPIGNONS COMESTIBLES facilement ! Mes astuces !

Les conditions météorologiques, plus fraîches et humides depuis le début du mois d'octobre, ont favorisé la pousse de champignons. Mais attention, il y a eu plus d'une soixantaine de cas d’intoxication au mois de septembre 2022. En tout, "1340 cas d’intoxications" ont été recensés, dont 41 "étaient de gravité forte". Il existe donc quelques règles à suivre pour éviter l'intoxication, que l'on soit connaisseur ou cueilleur occasionnel. Au moindre doute sur l’état ou l’identification d’un des champignons récoltés, de ne pas consommer la récolte avant de l’avoir fait contrôler par un spécialiste en la matière. Photographiez votre cueillette avant cuisson !

Espèces emblématiques et techniques de récolte

Elle apparaît dès les premiers orages de juillet dans les trous et les fossés. Elle pousse dans les parties sableuses, souvent sous les pins, planquée sous la bruyère et les fougères. Un seul chapeau (couleur jaune d’œuf) dépassant du sol balancera tout le reste de la famille planquée sous la mousse. C’est le champignon le plus ramassé en France. On le retrouve dans la plupart des forêts de septembre à novembre, au pied des chênes - son arbre préféré - mais aussi sous les hêtres, les châtaigniers et dans les forêts mixte feuillus/ conifères.

Différente de sa cousine la girolle par son pied en forme de tube jaune et son chapeau marron terne, la chanterelle d’automne peut se récolter jusqu’aux premières neiges. On la trouve sous les pins, dans la mousse, à l’abri des fougères écrasées et des branches au sol. Elle n’est pas facile à repérer mais une fois que vous en avez une, les autres ne sont plus très loin ! Idée de recette toute simple : faites chauffer du beurre dans une sauteuse puis faites revenir de l’échalote et de l’ail avec une pincée de persil.

On le trouve dans les sous-bois de conifères, de chênes, de châtaigniers et de hêtres, de septembre à décembre. C’est un champignon qui pousse en cercle ! On le reconnaît par ses aiguillons fragiles comme des stalactites sous son chapeau couleur crème. Malgré son nom, c’est un champignon comestible et délicieux. On l’appelle ainsi car elle pousse aux alentours de la Toussaint. Sa couleur va du noir au gris et la rend peu attractive à première vue. Elle pousse principalement sous les feuillus en grands groupes planqués sous les feuilles, dans les endroits humides après les fortes pluies. Comme la girolle, elle repousse chaque année aux mêmes endroits.

Photo de trompettes-de-la-mort et pieds-de-mouton dans leur habitat naturel

Idée de recette toute simple : Faites revenir dans du beurre et de l’huile (oui les deux ensemble) une gousse d’ail puis ajoutez les trompettes jusqu’à ce qu’elles perdent les eaux. Salez, poivrez, ajoutez le persil haché et la crème puis servez chaud sur une tartine de pain de campagne. Derrière chaque article Chilowé, il y a un auteur qui vit dehors à sa manière : en crapahutant sur les sentiers, en testant du matos, en rencontrant des passionnés ou en décryptant les tendances.

Localiser les cèpes dans les forêts locales

La Seine-et-Marne regorge de sous-bois et de forêts où l’on peut trouver les précieux eucaryotes. Parmi les différents types de champignons qui pourront être dénichés dans la forêt d’Armainvilliers, se trouvent bien évidemment les cèpes. Un classique qui aime les endroits sombres et la mousse. Jeter un coup d’œil sous les chênes et les pins, où ils aiment se blottir. Mais d’autres espèces peuvent pointer le bout de leur chapeau dans cette forêt domaniale de 1 452 hectares. On y trouvera des trompettes-de-la-mort qui portent mal son nom, puisqu’elles sont absolument comestibles.

Les champignons qui se sont nourris des fortes chaleurs de la canicule estivale et des pluies du mois d’octobre, pullules en forêt de Fontainebleau. C’est pourquoi, c’est un lieu très fréquenté chaque week-end d’automne ! N’ayez pas peur de vous écarter des sentiers battus pour fuir la foule. Cèpes de Bordeaux et bolets bai peuvent se rencontrer aussi bien dans les forêts de feuillus, que de résineux. Ils aiment les endroits aérés, comme les lisières de forêt, les clairières et les bords de chemins. Même en cas de faibles pluies, le sol de ce massif forestier reste naturellement humide. C’est pourquoi on désigne souvent cet ancien domaine de chasse à courre du roi Louis XVI, comme le coin le plus riche du département. Ici, les classiques cèpes côtoient les trompettes-de-la-mort et les pieds-de-mouton. Ce dernier est assez commun dans nos forêts. Il s’épanouit dans des lieux frais à humides, sur la mousse ou dans les feuilles mortes.

Conseils d'experts du réseau mycologique

Voici les conseils du réseau naturaliste mycologie de l'ONF ! Informez vos proches de votre destination. Tous les ans, les secours doivent être déclenchés pour rechercher des cueilleurs de champignons égarés. Équipez-vous d'un panier. Les champignons sont fragiles et pourraient s'abîmer et s'écraser s'ils sont transportés dans un sac plastique. Se renseigner sur le lieu de cueillette. Bien vérifier que vous avez l’autorisation de ramassage et quelles sont les quantités maximums autorisées. Cueillez des champignons de taille adulte et en bon état. Laissez sur place les plus petits ainsi que les vieux ou ceux qui sont abimés, qui ont subi le gel.

Contrairement aux idées reçues, il faut arracher le champignon en entier, et non le couper. Le pied du champignon contient d’importantes informations (feutre mycélien, forme de la base du pied, morceaux de bois, couleur…) qui permettent son identification. Respectez l’humus ! Il s’agit de la couche de terre à la surface, d’environ dix centimètres de profondeur, qui est essentielle à la vie du champignon. N’enlevez pas de grosses mottes en prenant un champignon, ne retournez pas la terre autour… Séparez les espèces connues de celles que vous ne connaissez pas. Mieux vaut évitez de cueillir les champignons que vous ne connaissez pas. Laissez sur places les champignons non comestibles, sans les abimer. Triez votre panier à la lumière et vérifiez votre récolte. N’utilisez pas d’application sur téléphone pour identifier vos champignons. Dernier conseil et non des moindres : si vous ne savez pas si un champignon est comestible ou non, demandez l'avis d'un spécialiste, pharmacien ou mycologue, pour l'identifier. Avec près de 30.000 espèces en France, nous vous incitons à la plus grande prudence. Avec tous ces conseils, vous voilà prêt pour de belles cueillettes automnales dans le respect de la forêt ! Les champignons, on les aime en poêlée, en accompagnement d’un risotto ou encore farcis. Mais on les apprécie encore plus quand on les a récoltés soi-même !

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