La culture de la fraise en Dordogne est une véritable institution, ancrée dans un terroir propice à l'expression aromatique de ce fruit rouge si prisé. Entre les exploitations familiales comme la Ferme Teillet et les grandes structures professionnelles, le département offre une diversité de productions qui témoigne de la vitalité de la filière. Cet article explore les coulisses de la fraisiculture périgourdine, des méthodes de culture biologique aux enjeux de la gestion climatique, en passant par l'expérience unique de la cueillette à la ferme.

Les racines de la production bio en Dordogne
Si la filière bio reste très confidentielle en Dordogne, la demande se fait de plus en plus forte et l’installation loin d’être impossible. Benoît et Bernadette Teillet sont fraisiculteurs bio à Val de Louyre et Caudeau. « Quand j’ai commencé la fraise bio, il y a 21 ans, nous passions pour des illuminés, des babas cool. Les techniciens nous disaient que ce n’était pas possible. Il a fallu tout trouver : les techniques, les clients… Mais c’est par l’observation que l’on apprend et, quels que soient les outils dont on dispose (le sol, le climat), je suis convaincue que l’on peut s’installer en bio n’importe où. Il faut juste apprendre à bien les utiliser. »
Bernadette Teillet a l’expérience et le bon sens paysan. Ses techniques sont aussi simples qu’anciennes. Mon mari faisait de la fraise en conventionnel. Elle débute donc avec 5 000 pieds, plantés en plein champ après avoir préparé ses sols avec du fumier composté. Chaque pied de fraisier est arrosé au goutte-à-goutte avec de l’eau enrichie de purin de plantes. « L’ortie permet d’obtenir du feuillage qui protégera le fruit, la consoude aide à faire grossir la fraise pour un meilleur calibre », explique la fraisicultrice. Ces “recettes”, son fils, Benoît, les applique à la lettre sur ses propres plants de fraisiers, depuis qu’il s’est installé à la suite de sa mère, à la ferme aux Hirondelles, en 2018. « Nous soignons la plante avec les plantes. Nous revenons toujours à la base », souligne-t-il.
Taille humaine et biodiversité : le choix du vivant
Bien qu’il reconnaisse que la voie bio est « plus contraignante que le conventionnel », Benoît Teillet a fait ce choix d’une ferme à taille humaine, où il entretient ses 30 000 pieds (soit environ un hectare de fraises), en pratiquant la rotation des surfaces tous les huit ou dix ans pour laisser le temps aux sols de se renouveler. Les gens ou les agriculteurs conventionnels voient du désordre ou de la mauvaise herbe mais, moi, j’y vois de la vie. « Les plantes qui sont autour préviennent des maladies. C’est la biodiversité qui leur permet de s’équilibrer entre elles », renchérit Bernadette Teillet. Selon les variétés, les fraises bio sont vendues de 8 à 10€ le kilo.
Une filière en quête de développement
« Avec une production qui oscille entre 50 et 80 tonnes par an, en Dordogne, c’est une filière qui n’est pas assez grande et mérite d’être accompagnée pour se développer », insiste Marine Julien, directrice de l’association Agrobio Périgord. Quelle que soit la variété ou la période de récolte, la demande est indéniablement au rendez-vous. Pour preuve, même les grandes firmes agroalimentaires s’intéressent à la fraise bio. Pour Gaëlle Naulin, déjà bien occupée avec son beau-père, Joseph Naulin, un autre précurseur de la fraise bio en Dordogne, à fournir les grossistes de Rungis et les magasins bio du secteur, « les GMS (grandes et moyennes surfaces) s’y mettent. Il y a clairement de la place pour tous les fraisiculteurs bio. »

La rigueur de la production hors-sol
Chaque année, sous les serres du leader régional qui se place devant la Dordogne, sont récoltées 20 000 tonnes de fraises. Les quelque 300 producteurs ne rognent pas pour autant sur la qualité. Stéphanie Girouest, responsable de l’EARL de La Courrège à Grézet-Cavagnan, souligne : « Mes enfants mangent tous les jours des fraises… Et moi aussi. Je ne m’en lasse pas ! » La quadragénaire, pour sa part, a d’abord mis un pied dans la culture de la fraise en Dordogne, en tant que responsable technique, avant de reprendre l'exploitation dans les Landes de Gascogne.
Ici, sur les 2,6 hectares du domaine, on ne plaisante pas, et ce sont des centaines de tonnes annuelles de fraises hors-sol dont 80 % de la variété gariguette qui sont chouchoutées et peignées avant de sortir des serres ou des tunnels. 15 saisonniers et deux salariés œuvrent de mars à octobre. « On récolte les fraises tous les matins depuis la mi-mars, sauf le dimanche, en respectant à la loupe le cahier des charges du Label rouge ou de la qualité extra », détaille la productrice. Pour procéder à la cueillette, il faut que les sépales, ces petites feuilles qui forment un chapeau au-dessus de la fraise, soient bien relevés. « C’est le signe que le fruit est bien sucré. Cueillie le matin, la fraise est expédiée à midi à la station de la coopérative et en fin d’après-midi auprès des distributeurs. »
La gestion climatique : un défi quotidien
Élodie Le Roux-Teixeira surveille encore plus attentivement le mûrissement de ses fraises depuis que la chaleur s'est installée en Dordogne. À Val-de-Louyre-et-Caudeau, elle inspecte la variété Murano : "Tout mûrit en même temps, que ce soit les gariguettes, que ce soit le hors-sol qui arrive à plein régime, ou les remontantes de plein-champ, c'est-à-dire celles qui ont la faculté de refleurir plus tard." La chaleur et le soleil bien installés sur la Dordogne depuis une semaine compliquent le travail des fraisiculteurs. Leurs fruits mûrissent "plus vite" que d'habitude.
"Comme il fait chaud la journée et la nuit, tout mûrit. Quand il fait dix degrés la nuit, les fruits continuent à mûrir. Trop mûr, ça veut dire que ça ne va pas se conserver. Donc le but du jeu, en ce moment, c'est d'essayer de tout récolter sans qu'on excède la maturité", explique Élodie. Elle montre les filets "d'ombrage" installés sur ses 20 hectares de serres de fraises en pleine terre : "Ça permet de diminuer la température à l'intérieur du tunnel." Les plastiques sur le côté des serres de gariguettes ont aussi été relevés "pour laisser passer davantage de fraîcheur. Ça permet de ralentir le mûrissement des fruits".
"Les serres de Colombelles" épisode 03/04
L'expérience de la cueillette : un lien direct avec le consommateur
Où trouver une alternative aux supermarchés à côté de chez vous ? C'est une question qui pousse de nombreux curieux à se tourner vers les exploitations. Nous sommes partis au cœur du Périgord blanc, à Atur, dans une exploitation de fruits et de légumes… mais pas que… La ferme Teillet n'est pas une simple exploitation !! En effet, Monsieur et Madame Teillet vous accueillent aussi toute l'année dans leurs gîtes pouvant accueillir jusqu'à 10 personnes !!
Nous avons passé plusieurs heures sur place, Grain d'Epices et Epis de Maïs ont été très sages et attentifs. Au départ, il a été un peu difficile de faire comprendre à Grain d'Epices que les fraises vertes (ses préférées à ce moment-là) ne se cueillaient pas mais au final, il y a mis de la bonne volonté et a ramassé de belles fraises bien mûres. Nous avons vraiment passé une très belle matinée, à rire, partager et échanger sur le thème de la fraise.
Outils participatifs et accès à l'information
Pour faciliter ces rencontres entre producteurs et consommateurs, une carte participative a été mise en place. Cette carte n’a pas la prétention d’être exhaustive, face à la multitude d’initiatives, parfois éphémères, qui fleurissent sur le territoire. Elle sera enrichie au fil du temps, grâce à vos contributions. Lorsque vous cliquez sur un magasin, vous pouvez nous signaler une erreur : une information manquante ou erronée, ou encore la fermeture définitive de la boutique. Vous pouvez également ajouter un commerce qui n’apparaît pas sur notre carte.

Perspectives et avenir de la filière
La fraisicultrice Élodie Le Roux-Teixeira se demande si, après les épisodes de forte chaleur, ses plants vont refleurir et faire de nouveaux fruits. "Si nous on produit, on ramasse, mais que finalement ça ne se vend pas, quid ? On vit de quoi ?", interroge-t-elle. "La gariguette, ça fait plus d'un mois qu'on cueille dessus. Si jamais ça ne se vend pas, est-ce qu'on fera de la congélation ou est-ce qu'on coupera les vannes d'arrosage pour arrêter la production ? J'ai quatre parcelles de gariguette, si jamais ça ne va pas, on en arrête une", complète-t-elle. La fraisicultrice espère une baisse de températures pour que cela ne soit "qu'une mauvaise passe".
Il flotte comme un avant-goût de printemps. Les premières fraises arrivent ces jours-ci sur les marchés du Périgord. Et comme chaque année, ce sont souvent les gariguettes qui débutent la saison. Ces défis, qu'ils soient climatiques ou économiques, ne découragent pas les producteurs qui, comme Stéphanie Girou, Olivier Minelli ou la famille Teillet, continuent d'innover pour offrir un produit de qualité tout en respectant les contraintes écologiques de plus en plus prégnantes. La filière, bien que confrontée aux aléas des températures, reste un pilier de l'économie agricole locale en Dordogne.
tags: #cueillette #de #fraise #teillet #dordogne