Guide complet sur la récolte du foin : de la gestion des pâtures à la conservation optimale

La gestion des espaces herbagers, qu'il s'agisse de terrains récemment acquis ou de prairies permanentes, constitue le cœur du métier d'éleveur. Récupérer une nouvelle pâture, surtout si elle est restée inexploitée pendant une année, impose une réflexion stratégique sur la valorisation de la biomasse accumulée. Entre le broyage mécanique pour assainir la parcelle et la réalisation d'une récolte de foin tardive, les enjeux diffèrent radicalement, notamment en fonction des besoins nutritionnels spécifiques des équidés, comme les chevaux sujets à l'embonpoint ou les poneys convalescents.

paysage de prairie naturelle en fin d'été

L'intérêt agronomique et nutritionnel d'une récolte tardive

Faire du foin consiste à laisser sécher de l’herbe fauchée à l’air libre et au soleil pour faire passer son taux d’humidité de 75% à moins de 20% le plus rapidement possible avant de le botteler, en vue d’une conservation par voie sèche. Principalement constitué de graminées et/ou légumineuses issues d’une prairie naturelle, permanente ou temporaire, le foin se caractérise en effet par un taux de matière sèche (MS) élevé, proche de 85%. Il s’agit du fourrage le plus utilisé pour les équidés.

Pour une conservation de qualité, il est primordial de faire sécher les matières végétales jusqu’à atteindre une teneur en eau de maximum 15%, en-dessous de laquelle les micro-organismes et moisissures ne pourront plus se développer et se multiplier. Un « bon » foin est un fourrage de bonne qualité sanitaire (absence de poussières, moisissures, bactéries et autres agents pathogènes…) dont les valeurs nutritionnelles correspondent aux besoins des animaux.

Les valeurs énergétique et protéique du fourrage dépendent de la digestibilité de la matière organique et de la teneur en matières azotées. Plus le couvert végétal est fauché à un stade avancé, plus la valeur alimentaire du fourrage récolté diminue avec le temps. Les tiges, moins riches en éléments nutritifs digestibles, se développent au détriment des feuilles plus tendres. La composition de la plante évolue : son taux de cellulose (et lignine) augmente et rend les matières azotées moins digestibles. Pour les chevaux adultes sédentaires, il s’agira de produire un foin plutôt fibreux, avec une date de récolte avancée, afin de satisfaire les besoins d’ingestion en matière sèche tout en limitant l’apport d’énergies.

Stratégies de fauche et gestion des chantiers

La réalisation d'un déprimage (pâturage avec une rotation rapide par les équidés dans les parcelles de fauche en début de printemps) ou d'un premier pâturage permet d'éliminer les épis des plantes les plus précoces et retarde l'arrivée des graminées au stade épiaison. Cette pratique améliorera la qualité des fourrages récoltés plus tardivement sur ces parcelles. Il faut connaître son parcellaire et repérer les parcelles qui sont les plus précoces pour soit les faucher en premier lieu, soit les faire déprimer pour retarder l'épiaison.

En ce qui concerne l'organisation, les chantiers « enchaînés » permettraient d'obtenir des foins de meilleure qualité. Le principe ? Faucher et faner quelques parcelles le premier jour dès qu'un créneau de beau temps se présente, puis faucher d'autres parcelles les jours suivants si le créneau de beau temps persiste. Les travaux de fanage, andainage et bottelage sont alors pratiqués en décalé, simultanément sur les différents lots de parcelles.

Concernant le fauchage lui-mme, la hauteur de coupe devra être réglée en fonction des espèces végétales, des conditions météorologiques et de la pente du terrain. Couper à 6-8 cm minimum est essentiel : une coupe trop basse (< 5 cm) augmente le salissement du fourrage par la terre et les restes de crottins. De plus, le foin plaqué au sol sèche moins vite. L’humidité favorise alors le développement de champignons et bactéries, au risque de contaminer le fourrage.

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Optimisation du séchage : techniques et matériel

L'objectif est d’accélérer la dessiccation de la matière végétale en augmentant la surface d'échange entre l'air et les végétaux. Plusieurs passages sont souvent nécessaires afin d’accélérer et d’uniformiser le séchage des végétaux. Les faucheuses-conditionneuses permettent quant à elles de réaliser des andains plus étroits et plus hauts qui favorisent une meilleure circulation de l’air, donc un séchage plus rapide.

Le conditionnement vise à accélérer la vitesse de dessiccation des fourrages par dégradation mécanique de la structure de la plante pour accélérer l’évacuation de l’eau. Cette dégradation est obtenue par pliage, frottement, laminage ou brossage. Remarque : plus fragiles, les légumineuses ne seront pas conditionnées de la même façon que les graminées. La faucheuse-conditionneuse peut réduire d'une journée la durée du séchage.

Renouveler le fanage est crucial sur un fourrage réhumidifié. À mesure que les feuilles sèchent, elles deviennent cassantes. Si le temps est ensoleillé et séchant, renouveler le fanage le jour même. Les 2ème et 3ème jours, privilégier un fanage le matin ou le soir, lorsque le temps est plus frais, pour éviter de brasser un foin trop sec dont les brins vont casser. De même, le fanage doit être de plus en plus doux à mesure que le foin sèche pour limiter la perte des feuilles, principales sources de matières nutritives (énergie et azote) de la plante.

Le choix du stade de récolte : un équilibre délicat

Le stade feuillu, début d'épiaison de la majorité des espèces végétales présentes dans la parcelle engendrera la production d'un fourrage de haute qualité nutritive, idéal pour les chevaux à forts besoins nutritionnels. À ce stade, la plante est plus riche en eau. La récolte nécessitera donc des retournements (fanages) plus nombreux, ainsi qu'une durée de séchage importante avant d'atteindre 85% de MS.

En attendant un peu plus, le stade suivant est l'épiaison, correspondant à la sortie des épis. Le fourrage produit sera alors plus fibreux et grossier, moins riche en éléments nutritifs. Ensuite, au stade floraison, la proportion de feuilles par rapport aux tiges diminue encore. La valeur nutritionnelle du fourrage est encore abaissée. Le pollen présent au niveau des épis augmente la teneur du foin en poussières. Au-delà de ce stade, les feuilles ont pratiquement disparu et la valeur du fourrage chute fortement.

schéma illustrant les stades de développement des graminées

Pour les animaux à besoins modérés (chevaux à l'entretien, au repos, travail léger), un foin plus fibreux, d'une qualité nutritionnelle plus faible, sera plutôt recherché. En effet, il correspondra davantage à un régime peu calorique adapté aux animaux sujets à l'embonpoint. L’analyse en laboratoire des fourrages permet de connaître leurs valeurs alimentaires afin de raisonner l’affectation de ces derniers au sein de l'effectif en fonction des besoins des équidés.

Les risques liés à la récolte tardive et précautions

Une herbe fraiche laissée au sol perd de manière régulière des sucres et de la matière azotée, et ce quel que soit le produit récolté et le temps laissé au sol. Ainsi, à moins de disposer d’un créneau qui puisse permettre un bon séchage du fourrage, un préfanage long (> 3 jours) n’est donc pas pertinent. Le seul cas de figure où attendre se justifie, c’est lorsque les conditions sont vraiment idéales, soit au moins cinq jours secs, des nuits douces (plus de 11-12 °C) et un vent d’Est ou de Nord-Est, sec et régulier.

Il est estimé qu’il faut autour de 2 à 3 jours, soit 40 à 70 heures au mieux, pour obtenir une dessiccation optimale du foin. Une fois le fourrage coupé, les végétaux continuent à respirer tant que les cellules sont vivantes, ce qui entraîne une perte des sucres solubles, donc des unités fourragères. La présence de poussière dans le foin affectera également sa qualité, réduisant son appétence et nuisant potentiellement à la santé des chevaux.

La botteleuse ramasse l'andain, comprime la matière végétale séchée et lie la botte avec du fil ou du filet. Le pressage peut avoir lieu dès que le fourrage a atteint environ 85% de MS. Une fois le chantier terminé, il est très important de laisser les bottes au minimum 15 jours au champ si possible, sauf en cas d’intempéries importantes.

Outils d'aide à la décision et suivi météorologique

Le choix du moment pour faucher son foin est crucial. En général, la fenêtre idéale se situe entre mi-mai et mi-juin, lorsque les conditions climatiques sont favorables et que les plantes ont atteint un stade de développement optimal. Cependant, pour anticiper les variations saisonnières, l'observation de la somme des températures est une approche objective et reproductible. Elle permet d'anticiper le stade physiologique des plantes afin d’ajuster la fenaison en fonction des conditions réelles.

Il existe de nombreux outils à destination des éleveurs et des agriculteurs pour suivre les conditions météorologiques, calculer les degrés-jours et anticiper le meilleur moment pour récolter. Des stations météo connectées permettent de donner une vision claire et précise des conditions sur votre exploitation. Elles fournissent des données météo ultra-locales, mesurées directement sur votre parcelle, et alertent sur les risques météorologiques ou les fenêtres favorables pour sécher votre foin dans de bonnes conditions.

En définitive, le choix du meilleur moment pour faucher repose sur une combinaison de facteurs : calendrier, stades végétatifs, météo et contraintes de l'exploitation. En s'appuyant sur ces indicateurs et en adaptant ses pratiques, il est possible de récolter un fourrage de haute valeur alimentaire tout en entretenant durablement ses prairies. Que l'objectif soit de produire des petits ballots pour faciliter la manipulation ou de gérer une parcelle pour des chevaux sensibles, la rigueur dans les étapes de fauche, fanage et andainage reste le garant de la pérennité de vos stocks fourragers.

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