Stratégies et Optimisation du Désherbage en Culture de Betterave sucrière

La gestion de l'enherbement est un pilier fondamental de la conduite technique de la betterave sucrière. Cette culture, particulièrement sensible à la concurrence des adventices durant la période s'étendant du semis jusqu’à la couverture complète du sol, exige une intervention précise et raisonnée pour préserver le potentiel de rendement et la richesse en sucre de la racine. Le raisonnement du désherbage betterave doit se baser sur les adventices les plus présentes dans les parcelles de betteraves à savoir, pour les dicots, chénopode, renouée liseron, mercuriale, matricaire et renouées des oiseaux.

Schéma illustrant la compétition entre adventices et jeunes plants de betteraves

Fondements agronomiques et approche globale

Tout se joue dans les trois semaines qui suivent le semis de la betterave. Cette période correspond à la levée d’une majorité d’adventices. Des adventices trop développées peuvent même aller jusqu’à entraver le chantier de récolte, en bloquant le déterreur, en ralentissant l’arrachage ou en compliquant le lavage. Des seuils de nuisibilité renseignent sur la quantité d’adventices à ne pas dépasser au m² sous peine de compromettre le rendement et la richesse en sucre de la racine.

Bien entendu, la lutte chimique ne doit pas faire oublier les bonnes pratiques agronomiques. Cette stratégie, plus globale, inclut l’allongement des rotations, le retour du labour (tous les 3 à 5 ans) et la mise en place d’un déchaumage et d’un faux semis. L’alternance de cultures d’hiver et de printemps perturbe le cycle des mauvaises herbes, tandis que le labour tous les trois ou quatre ans permet d’enfouir le stock semencier superficiel, une pratique efficace sur les graines à faible durée de vie, de type graminées comme le vulpin ou le ray-grass.

Le faux-semis, pour favoriser la levée des adventices et leur destruction avant le semis de la culture, est essentiel en cas d’infestation de graminées. Dans le cas de la betterave, les faux-semis seront réalisés par des déchaumages superficiels dès la récolte du précédent, le plus souvent un blé, en deux ou trois passages espacés de trois semaines, avant la mi-septembre.

L’évolution du panel chimique et la gestion des modes d’action

La betterave dispose encore aujourd’hui de plusieurs substances actives - 12 exactement - malgré le retrait récent du Triflusulfuron-méthyl et du S-métolachlore. « Un panel à préserver en prenant soin d’associer et d’alterner les modes d’action (code HRAC) et les familles chimiques de ces matières actives pour limiter la pression de sélection et ainsi préserver toute leur efficacité pour les campagnes à venir », précise Cédric Royer de l’ITB.

Graphique montrant l'évolution des parts des charges variables dans la culture de betterave

Alexis Patry, de l’ARTB, a présenté, via des données chiffrées, le coût de cette protection. En 2023, la protection des plantes représentait 24 % des charges variables des exploitations betteravières, contre 23 % pour les semences et 46 % pour les engrais. Autrement dit, la part consacrée aux produits phytosanitaires tend à diminuer. Sur la récolte 2024, les charges liées à l’utilisation d’herbicides représentent entre 26 et 50 % des charges phytosanitaires de la culture de betterave, allant de 83 €/ha dans le Centre Val de Loire à 131 €/ha dans la Marne et dans l’Aube.

Stratégies de désherbage : Pré-levée versus Post-levée

Le désherbage se raisonne en pré-levée et post-levée des adventices ou tout en post. Le désherbage en pré-levée présente plusieurs avantages. Il permet de contrôler précocement les adventices, donc avant qu’elles ne concurrencent la culture, et sécurise le désherbage en autorisant une plus grande souplesse dans le positionnement du premier passage de post-levée. Enfin, le désherbage en pré-levée est le meilleur moyen de contrôler l’ammi élevé (Ammi majus), ombellifère qui concurrence fortement la betterave.

Pour qu’il soit efficace, le désherbage de pré-levée réclame un sol propre et correctement préparé, sans mauvaises herbes déjà levées ni grosses mottes. L’humidité du sol au moment du traitement et une pluie dans les 10 jours qui suivent l’application sont indispensables pour une bonne efficacité avec les produits racinaires. L’application doit être rapide après le semis, 48 heures au maximum, pour garantir une bonne sélectivité.

Le désherbage en post-levée demande une bonne connaissance des mauvaises herbes et des produits, appliqués en mélange de deux à quatre molécules. Pour une lutte efficace, l’intervention se réalise le plus tôt possible, dès la levée des mauvaises herbes du stade crosse cotylédon au stade 2 feuilles développées. Le premier traitement de post-levée interviendra deux ou trois semaines après le semis, lorsque 70 % des betteraves sont levées.

Innovations technologiques : Le système CONVISO® SMART

Le semencier KWS a découvert une betterave sauvage naturellement résistante à un herbicide de la famille des ALS à base de thiencarbazone-méthyl et foramsulfuron. Sensibles à l’herbicide de Bayer, les betteraves sauvages sont alors éliminées en deux passages ainsi que les autres adventices complexes. Conséquence, l'Indicateur de fréquence de traitement (IFT) est diminué par deux comparé à un schéma classique de désherbage chimique qui se déroule traditionnellement en quatre passages avec plusieurs herbicides.

Dans le système CONVISO® SMART, les variétés de betteraves sucrières tolérantes à l’ALS sont traitées avec l’herbicide CONVISO® ONE de Bayer. Dans la betterave sucrière tolérante aux inhibiteurs d’ALS, l’herbicide ne peut se lier à l’enzyme impliquée dans la production d’acides aminés à chaîne ramifiée. La plante de betterave sucrière tolérante à l'ALS n'est donc pas sensible à l'herbicide et poursuit sa croissance.

Le rôle du désherbage mécanique

Les producteurs de betterave n’ont jamais complètement abandonné le désherbage mécanique. Utile pour venir à bout des adventices récalcitrantes, comme la repousse de pomme de terre, et pour parfaire le travail du sol en supprimant les croûtes de battance, il connaît un regain d’intérêt. Le désherbage mécanique est utilisé en complément du désherbage chimique et fait appel à différents types de matériels : bineuse à moulinets, houe rotative, herse étrille ou désherbineuse.

Il convient de noter que le désherbage mécanique ne peut s’effectuer qu’entre les stades 4 et 12 feuilles de la betterave, sous peine de dégâts. Sur la Plateforme agronomique d'Hangest-en-Santerre, des itinéraires innovants comme le désherbage mixte, combinant herbicide sur le rang et binage inter-rang, ont été testés pour viser 100 % d’efficacité tout en réduisant les IFT herbicides.

Adaptation des conditions d’application

Un raisonnement optimal du désherbage passe aussi par une adaptation des doses en fonction de la densité et du stade des adventices présentes, ainsi que des conditions climatiques au moment de l’application. La cadence des traitements doit quant à elle s’adapter au rythme de levée des adventices. Élaborer un programme herbicide en post-levée, ce n’est pas uniquement choisir les produits en fonction de la flore, mais prendre en compte l’hygrométrie, la température et l’absence de vent.

En cas de temps sec, l’efficacité des désherbages s’orientera principalement sur des produits foliaires, comme le phenmédiphame ou l’éthofumésate, sans augmenter la dose du racinaire. Le renfort des produits racinaires, comme la métamitrone, n’interviendra qu’à la faveur d’une ré-humection du lit de semences. Il est recommandé de réaliser vos désherbages le soir, dès que le vent tombe et que l’hygrométrie remonte, avec un volume d’eau suffisant pour profiter de l’humidité résiduelle du sol.

Tableau récapitulatif des périodes d'intervention et stades des adventices

Pour les situations à risque, comme la présence de graminées, de chénopodes ou d'ombellifères, une connaissance fine de l’historique du salissement de la parcelle permet d’ajuster le programme de lutte au sein de la rotation. La réussite du premier traitement conditionne le succès du résultat final. Il est d’autant plus difficile de revenir à la même efficacité finale de désherbage si l’on rate le premier passage de post-levée. En respectant les usages autorisés, les doses, les conditions et les restrictions d’emploi mentionnés sur l’étiquette des produits, les agriculteurs assurent la pérennité de cette culture stratégique.

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