Le désherbage est une composante essentielle de la gestion des cultures, visant à contrôler et à atténuer l'infestation par les mauvaises herbes qui concurrencent les cultures pour les ressources vitales. Historiquement, le désherbage manuel a été la méthode la plus ancienne et la plus directe pour résoudre ce problème. Cependant, cette approche est laborieuse et chronophage, particulièrement pour les vastes superficies. Aujourd'hui, bien que le désherbage chimique reste une solution prioritaire dans l'agriculture conventionnelle, l'urgence d'une agriculture durable et biologique impose une réévaluation des pratiques, poussant à l'adoption de stratégies de désherbage alternatif. Ces méthodes se présentent comme des solutions favorables pour les générations futures, minimisant l'impact environnemental tout en assurant la viabilité des cultures.

Évolution des Pratiques de Désherbage : De la Tradition à l'Innovation
Le désherbage dans les champs agricoles englobe une variété d'actions et de tactiques réparties en plusieurs groupes principaux, chacun répondant à des objectifs spécifiques de contrôle des adventices.
Désherbage Préventif : Anticiper pour Mieux Contrôler
Le désherbage préventif vise à éviter la contamination du matériel végétal et des zones cultivées. Cette approche proactive repose sur des mesures rigoureuses, telles que l'achat de semences de haute qualité et sans mauvaises herbes, le lavage minutieux du matériel agricole, le contrôle de la fourrure et des pattes du bétail pour prévenir la dissémination des graines. Le filtrage des eaux d'irrigation est également crucial pour éviter le transport de graines d'adventices, et l'utilisation de compost bien décomposé ainsi que d'engrais verts est préconisée pour empêcher la germination des graines indésirables.
Désherbage Fonctionnel : Créer un Environnement Défavorable aux Adventices
Le désherbage fonctionnel consiste à créer des conditions défavorables au développement des mauvaises herbes, en favorisant la culture principale. Il comprend plusieurs éléments clés : la plantation d'espèces hautement adaptatives et compétitives, la sélection de grosses graines susceptibles de produire des plantes vigoureuses et dynamiques, et l'application stratégique de la rotation des cultures. La mise en jachère, l'utilisation de cultures de couverture, la réduction de l'espace entre les rangs, l'ensemencement peu profond (permettant aux cultures de pousser plus rapidement que les mauvaises herbes) et la plantation d'espèces locales qui s'adaptent à l'environnement naturel et concurrencent plus facilement les adventices sont autant de tactiques relevant de cette approche.
Désherbage Mécanique : L'Action Physique Contre les Indésirables
Le désherbage mécanique implique l'élimination physique des plantes indésirables, que ce soit à l'aide d'équipements agricoles ou de manière manuelle. Parmi les techniques utilisées, on retrouve le labourage, le travail superficiel du sol, le fauchage, l'arrachage manuel, et le paillage. La couverture de l'espace entre les rangs, par exemple avec de la paille ou des bâches, est également une méthode efficace. Des machines de désherbage robotisées et des destructeurs de graines de mauvaises herbes représentent des avancées technologiques. Enfin, la fenaison avant que les mauvaises herbes n'éclatent en graines est une pratique préventive importante. Laurent Naselli, maraîcher à Fontanil-Cornillon, applique ces principes en ayant modifié sa stratégie de production après une conversion en agriculture biologique. Son système de production bien rôdé passe notamment par des techniques de désherbage manuel.
L'Occultation et la Solarisation : Témoignages d'une Efficacité Prouvée
L'occultation est une solution choisie par des maraîchers comme Laurent Naselli sous les tunnels. Elle consiste à recouvrir le sol d'une toile hors-sol pour priver les adventices de lumière durant environ un mois, voire plus. « Elle ne détruit pas tout mais on arrive à contrôler les adventices que l'on a. On retire la toile posée qu'au moment de planter », explique Laurent Naselli, qui occulte ainsi les radis, les aubergines et les tomates.

Laurent Naselli utilise également la solarisation en plein-champ. Cette technique consiste à recouvrir le sol d'une bâche pour créer une accumulation de chaleur durant six à sept semaines, brûlant ainsi les adventices piégées en dessous. « Le papier est micro-perforé pour permettre à l'eau de passer. Elle transmet la chaleur sur 15 centimètres d'épaisseur et cela détruit mieux les adventices. Cela permet d'avoir des pics de température vers les 60 degrés », détaille-t-il. Il l'utilise pour ses carottes et ses navets, mais avant la pose de la bâche, le maraîcher bine ses allées (« quatre à six binages ») et réalise un faux semis préventif.
Le succès de ces techniques dépend fortement des conditions météorologiques. « Le printemps, c'est toujours compliqué. Le sol se tasse, il y a de la prise au vent pour les bâches… et on a besoin de trois jours de soleil avant de poser les bâches pour avoir une bonne solarisation », souligne Laurent Naselli. Il est donc crucial de jongler avec l'instabilité des saisons actuelles et d'adopter une bonne organisation logistique. « Le désherbage manuel, c'est aussi important qu'un arrosage ou qu'une plantation. S'il y a un créneau, on doit le faire », confirme le maraîcher.
Paillage Organique et Bâchage : Des Solutions Complémentaires
Le paillage organique est une technique efficace pour maîtriser l'enherbement. Pour réussir à contrôler les adventices d'une culture avec un itinéraire technique (ITK) de plantation dans la paille, une épaisseur de paillage de 20 à 30 cm est nécessaire au démarrage, ce qui laissera environ 15 cm après tassement. Ce paillage sera digéré en une année par la vie biologique du sol. Une astuce de désherbage pour parcelle paillée consiste à remuer la paille en place (avec un broyeur à axe horizontal, à régime moteur faible et avance rapide) afin de la réétaler de façon homogène et de bousculer les adventices qui auraient commencé à germer. Il est important de ne pas broyer trop finement, car cela pourrait entraîner une perte d’efficacité du paillage : plus les fibres sont longues, plus le matelas est épais et meilleure est l’occultation. Il faut être vigilant aux tendances à diminuer les paillages pour en réduire les coûts économiques, car c’est courir le risque d’être rattrapé par le désherbage.
Pour une plantation de culture sur bâche, planter directement après la pose d’une bâche sur une prairie peut être très fastidieux. Au contraire, laisser un sol bâché plusieurs mois avant de planter dans la bâche limite la production d’herbe (spontanée ou vivace) à un moment où cette production aurait pu maximiser la fertilité du sol. Le bâchage assure une destruction totale de toutes vivaces (rumex, ortie, liseron, chiendent, ronces, etc.) en 6 mois poussants (autour de l'été). Il est extrêmement important de veiller à ce que les vivaces telles que l’ortie et surtout le liseron ne passent pas par les trous, sinon le bâchage n’atteindra pas l’objectif de désherbage. Les bâches peuvent être laissées sur place plusieurs mois après la culture sur bâche. Elles sont ensuite retirées juste avant l'implantation de la culture suivante (semi sur sol propre, plantation d'alliacés avec gros paillages, etc.). Cette pratique facilite la gestion de l’enherbement.
L'enjeu du bâchage réside dans la question suivante : comment mes pratiques de l'année N me permettent d'avoir un sol propre en année N+1 voire N+2 ? Si l'on ne souhaite jamais désherber, les adventices prendront possession des planches en fin de culture, et les bâches reviendront plus souvent sur les parcelles. Certaines fermes choisissent de simplifier le désherbage en utilisant les bâches 1 an sur 2. D'autres privilégient le faible déplacement des bâches et enchaînent plusieurs cultures sur bâches sur plus d’une année. Dans ces cas, la ration du sol est apportée pour plusieurs années, avant la pose de la bâche. Il est relativement difficile de maintenir les bâches durant des coups de vent violents. Les conséquences environnementales du bâchage plastique ne sont évidemment pas négligeables, mais de façon pragmatique, il reste à l’heure actuelle le meilleur compromis. Une bâche peut être de seconde main et utilisée plusieurs années (jusqu’à 30 ans selon les bâches). De plus, la bâche permet de passer à un système en sol vivant, ce qui réduit l'utilisation d’énergie fossile auparavant nécessaire à d’autres postes (faire fonctionner le motoculteur, apporter plus de matière organique pour couvrir).
Stratégies de désherbage en maraichage bio - GAB 44
Désherbage Thermique : L'Éradication par la Chaleur
Le désherbage thermique agricole est une méthode de lutte contre les mauvaises herbes qui utilise la chaleur pour les éliminer par choc thermique. Cette méthode fait partie des contrôles physiques en protection des cultures, permettant de diminuer ou d’éviter l’utilisation des herbicides. Les équipements pour le désherbage thermique adaptés au traitement en plein champ peuvent être montés sur des tracteurs agricoles classiques. Il existe plusieurs types de désherbage thermique : vapeur surchauffée, infrarouges, air chaud, flammes directes (brûlage), mousse chaude, et eau chaude.
Désherbage Électrique : L'Électrocution des Adventices
Le désherbage électrique est une méthode qui consiste à électrocuter les mauvaises herbes. Lorsque le courant électrique traverse la plante, il provoque l’éclatement de ses vaisseaux, entraînant son dessèchement jusqu’à sa mort. Le système est relativement simple : une électrode entre en contact avec les mauvaises herbes, tandis qu’une autre est en contact avec le sol et ferme le circuit. L’électricité est générée par une génératrice connectée à l’arbre moteur du tracteur. Le désherbage électrique présente l’avantage d’éliminer les mauvaises herbes sans retourner le sol. Les risques pour la faune du sol restent à déterminer, nécessitant une bonne expertise et un accompagnement. Cette méthode présente un excellent potentiel de complémentarité avec d’autres méthodes de désherbage dans le cadre d’une gestion intégrée des cultures.
Désherbage Biologique : Les Alliés de la Nature
Le désherbage biologique exploite les ennemis naturels des plantes. Par exemple, les moutons, les altises ou les gouttes-de-sang peuvent détruire le séneçon jacobée. Le pâturage est un autre exemple de technique de désherbage biologique. Cette approche comprend également l’utilisation d’organismes pathogènes tels que des bactéries et des champignons qui ciblent certaines espèces de mauvaises herbes. Ces organismes sont diversifiés et attaquent différentes parties des plantes (feuilles, tiges, graines, racines).
Au début du 20e siècle, le désherbage naturel contre les mauvaises herbes a été utilisé avec succès dans le nord-est de l’Australie, notamment lors de l’utilisation du pyrale du cactus pour combattre le figuier de Barbarie, ainsi que dans d’autres cas similaires. L’utilisation appropriée du désherbage biologique offre aux agriculteurs une approche simple et écologique, similaire aux mécanismes naturels. Cependant, utiliser cette méthode de désherbage dans des zones qui ne sont pas des endroits naturels pour les plantes est très contestable et exige des recherches approfondies et une utilisation prudente. Si les populations d’agents biologiques prolifèrent plus rapidement que les espèces qu’ils ciblent, la situation peut se transformer en un désastre écologique, causant plus de problèmes que d’avantages, car ces agents deviennent nuisibles eux-mêmes. De plus, les agents biologiques peuvent parfois menacer des espèces végétales non ciblées.
Le Désherbage Chimique : Une Approche à Gérer avec Prudence
Le désherbage chimique consiste à utiliser des produits chimiques industriels (herbicides) pour éliminer l’infestation de mauvaises herbes. Bien que cette approche produise des résultats rapides, elle est toxique et nuit aux organismes et aux ressources naturelles. Un autre inconvénient est la résistance et l’inefficacité des herbicides, ainsi que leur coût, surtout s’ils sont utilisés de manière répétée. Il est donc essentiel d’utiliser des herbicides de différents modes d’action et de les mélanger judicieusement, tout en respectant scrupuleusement les instructions figurant sur l’étiquette. Un aspect crucial de la désherbage chimique est la programmation appropriée de l’utilisation non seulement des herbicides, mais aussi des engrais. Ces derniers sont bénéfiques s’ils sont appliqués au moment optimal du développement des plantes.
Types d'Herbicides et Leurs Conditions d'Application
L'action des herbicides varie selon leur composition et leur mode de pénétration dans la plante.
- Herbicides à pénétration racinaire : Ces produits s'appliquent en pré-levée, avant la germination des adventices. Ils sont très dépendants de l'état physique du sol ; ils ne peuvent pas être appliqués sur un sol trop motteux ou couvert par un paillis épais. Leur disponibilité dans la solution du sol dépend de la texture : le produit est adsorbé par les feuillets d'argile ou les colloïdes de la matière organique. Inversement, en sol sableux, les risques de phytotoxicité sont accrus. La pluie, avant ou après l'application, favorise généralement la diffusion à la surface du sol de ces herbicides. Cependant, une pluie érosive qui survient après l'application risque d'entraîner le produit par ruissellement.
- Herbicides à pénétration foliaire (produits de post-levée) : Ces herbicides interviennent en post-levée, directement sur les parties aériennes des mauvaises herbes. Fréquemment employés en culture de riz ou de canne à sucre, ils sont choisis en fonction de la flore des mauvaises herbes présentes. Ces produits sont souvent spécifiques : action anti-dicotylédone en culture de maïs, de riz ou de canne à sucre, action graminicide en culture de cotonnier ou de légumineuses. Ils sont indépendants du type de sol et de son état. La pluie diminue l'efficacité de ces herbicides épandus sur le feuillage par entraînement du dépôt. Le délai nécessaire entre la pulvérisation et la pluie dépend du produit et de l’intensité de la pluie. Par ailleurs, la détermination de la date d'application est parfois difficile.
- Herbicides totaux : Les plus répandus sont des produits de post-levée des mauvaises herbes. Ils peuvent être employés à diverses périodes du cycle cultural, en traitement en plein ou en localisé si la culture n'est pas installée, ou en traitement dirigé en cours de culture. En cas d'infestation par des espèces vivaces comme Cynodon dactylon, Imperata cylindrica, Cyperus esculentus, Cyperus rotundus ou Launaea sp., ce sont des produits systémiques comme le glyphosate ou le sulfosate qu'il faut employer. Si la flore n'est constituée que d'espèces annuelles (Digitaria horizontalis, Tridax procumbens, etc.), les produits de contact, comme le paraquat ou le glufosinate ammonium, seront suffisants.
Résistance et Rotation des Herbicides
L'emploi continu des mêmes produits herbicides conduit inévitablement à des sélections de flore, constituées souvent de peuplements monospécifiques, sur lesquels ces matières actives ne sont pas efficaces. L'espèce ne fait pas partie du spectre d'efficacité du produit employé et sa sélection par le traitement herbicide est tout à fait prévisible ; cette espèce est dite tolérante. Il s'agit d'une population sur laquelle le produit est normalement actif, mais certains individus ne sont pas affectés ; les plantes non détruites se multiplient, créant ainsi une nouvelle population, que l'on qualifie de résistante. Pour éviter l'apparition et la propagation de ces résistances, l'alternance et la combinaison des modes d'action à l'échelle de la rotation sont nécessaires.
L'Indicateur de Fréquence de Traitement (IFT)
L'indicateur de fréquence de traitement (IFT) permet de mesurer l'intensité du recours aux produits phytosanitaires. Pour chaque produit appliqué, il comptabilise le nombre de doses de référence utilisées par hectare au cours de la campagne. C’est un indicateur du plan Ecophyto. L'IFT herbicide en grandes cultures est compris entre 1 et 1,5 dose, avec des marges de progression pour le diminuer qui restent faibles. En 2017, les valeurs de l’IFT herbicide étaient sensiblement supérieures à celles de 2011, excepté pour le maïs grain. En moyenne pour l’ensemble des grandes cultures, 1,3 passage est nécessaire pour l’application de 2 produits. Pour plus de la moitié des surfaces, un seul passage d’herbicide est réalisé. Au fil des campagnes, on remarque une légère augmentation du nombre de produits par rapport au nombre de passages. La pratique des mélanges permet d’élargir le spectre d’action ou la période d’efficacité.
L'Importance de l'Adjuvantation
Gagner en efficacité via l’adjuvantation est intéressant. En effet, elle améliore la pénétration des antigraminées foliaires, optimise la rétention ainsi que l’étalement sur la cible et réduit les pertes au sol. En condition d’humidité du sol limitante, l’adjuvantation facilite l’absorption des herbicides racinaires.
- Les huiles : Elles ont la fonction de faciliter la pénétration des substances actives dans les plantes en désorganisant les cires épicuticulaires. Elles s’utilisent essentiellement avec des produits systémiques et sur des plantes peu mouillables, quel que soit le volume de bouillie. Des exemples comme les sulfonylurées de type Archipel ou Atlantis sont couramment associés à l’huile. Cependant, il faut faire attention à ne pas les utiliser à tort, car elles peuvent être fatales. L’ajout d’huile avec des fongicides sur blé crée par exemple une pénétration du produit dans les feuilles et une migration vers l’extrémité de celles-ci, pouvant entraîner des brûlures très marquées et affecter le rendement.
- Les mouillants : Ces adjuvants (cationiques, non ioniques, terpènes, organo-silicones, latex, etc.) jouent le même rôle : étaler les gouttes et mieux les accrocher sur le feuillage. Leur efficacité dépend du trio plante/adjuvant/formulation du produit. Certaines formulations intègrent déjà de nombreux adjuvants, rendant inutile d'en rajouter. La mouillabilité des plantes est un facteur important ; sur des plantes mouillables, l’utilisation des mouillants n’est pas justifiée. L’ajout de mouillant est particulièrement intéressant lors d’une application de produit de contact sur une plante peu mouillable. Les mouillants sont aussi utilisés en mélange avec des inhibiteurs de l'ALS sur graminées.
- Les sels (sulfate d'ammonium) : Ils ont un effet hygroscopique, ou humectant, en captant l’humidité de l’air pour maintenir les gouttes de pulvérisation plus longtemps en phase liquide. ARVALIS a montré l’effet humectant du sulfate d’ammonium en mélange avec les sulfonylurées, mais il ne remplace ni l’huile ni le mouillant. Il doit être ajouté à un autre adjuvant pour observer un gain d’efficacité et ne remplace pas de bonnes conditions de traitement (hygrométrie maximale, températures clémentes et absence de vent). De plus, le sulfate d’ammonium a un rôle de correcteur d’eau en piégeant les ions calcium, limitant ainsi leur effet sur les molécules sensibles à la dureté de l’eau (comme le glyphosate). Il est crucial d’utiliser des adjuvants formulés à base de sulfate d’ammonium plutôt que le sulfate d'ammonium autorisé comme engrais à des fins de correction de dureté.

Stratégies Intégrées et Alternatives au Désherbage Chimique
Face aux défis posés par la résistance des adventices et les préoccupations environnementales, il est impératif d'explorer et d'adopter des stratégies alternatives, voire une gestion intégrée des mauvaises herbes (GIMH).
Les Levier Agronomiques Pré-Implantation
La stratégie de gestion des mauvaises herbes fait intervenir des leviers agronomiques qui précèdent l’implantation de la culture.
- Allongement des rotations : Mis en œuvre sur une période longue d’au moins quatre ans, l'allongement des rotations constitue une action à moyen terme qui engage l’agriculteur vers une modification de son système de production. L’allongement des rotations avec au moins trois types de cultures différents limite l’adaptation des adventices spécialisées. Les adventices s’adaptent aux successions culturales et sans changement ou rupture, un même groupe de mauvaises herbes se maintient dans les parcelles où il n’y a pas d’alternance de dates de semis ou de type d’herbicides sur plusieurs campagnes. En agriculture biologique, la pratique des rotations longues est très majoritaire. Pour les céréales à paille, la part des surfaces en rotation longue a progressé de 10 points entre 2011 et 2017 pour atteindre 72 %.
- Faux semis : Le faux semis représente une technique préventive particulièrement adaptée aux céréales. Il convient de préparer le sol puis d’attendre les conditions favorables pour faire lever les adventices avant de les détruire mécaniquement. Le faux semis se passe en deux temps : débâchage, arrosage abondant et bâchage à nouveau. Ce débâchage éphémère supplémentaire est caractéristique du faux-semis : toutes les bonnes conditions (sol nu et bien propre, lumière, variation forte d'hygrométrie) sont mises en place pour faire lever le stock de graines. Il a lieu 10 à 15 jours avant le semis.
- Travail du sol : Le travail du sol par labour contribue largement au contrôle de l’envahissement des parcelles par les mauvaises herbes. Le labour permet de détruire les adventices et d’enfouir le stock semencier. Pour les campagnes étudiées, la part des surfaces labourées était inférieure en 2017 par rapport aux campagnes précédentes. Le labour est une pratique majoritaire avant l’implantation de plantes sarclées (58 % des surfaces en 2017) et très minoritaire (20 %) pour les céréales à paille. Sur céréales à paille, le labour a un impact significatif sur l’IFT herbicide par rapport à un travail superficiel du sol, permettant de réduire l’usage des herbicides de la valeur 1,5 IFT en moyenne à moins d’une dose. Des labours annuels peuvent faire remonter des graines qui ont une durée de vie élevée dans le sol. La préconisation est de labourer tous les 3 ou 4 ans, de préférence après une culture anormalement envahie de mauvaises herbes.
- Décalage de la date de semis : La levée des graminées d’automne est souvent favorisée par un semis précoce. Un décalage de 15 jours par rapport à un semis normal peut réduire l’envahissement par les graminées (vulpin, ray grass) et réduire sensiblement, voire éviter, des traitements visant notamment les graminées adventices les plus sensibles à ce moyen de contrôle. Cette technique reste délicate à mettre en œuvre car elle est très dépendante du type de sol et des conditions climatiques.
Cultures de Couverture et Compagnonnage Végétal
Des études se sont intéressées aux relations entre la couverture du sol et la présence d’adventices. Elles ont montré que plus un couvert végétal est dense et couvrant, plus la densité et la biomasse d’adventices sont réduites (en comparaison à des parcelles témoins). Ces résultats s’expliquent surtout par l’effet d’ombrage et la compétition racinaire. Cependant, ces derniers doivent être détruits pour ne pas gêner à leur tour la culture suivante. L'implantation à l’automne d’un couvert végétal facile à détruire, suivie du roulage du couvert végétal et de la plantation ou du semis direct des légumes, est un itinéraire intéressant qui nécessite une validation sur le terrain. Augmenter la densité des semis ou implanter des couverts végétaux étouffants limitent également le développement des adventices. Les plantes compagnes, qui occupent l’espace, sont intéressantes à utiliser. En outre, elles apportent de nombreux effets agronomiques et environnementaux positifs : elles protègent les sols, limitent le ruissellement et l’érosion, et les restructurent avec leurs racines. L’efficacité de ces différents couverts végétaux dépend fortement de l’environnement pédoclimatique et des autres pratiques agronomiques.
Gestion Intégrée des Mauvaises Herbes (GIMH)
L’avantage de la GIMH est qu’elle combine différentes méthodes de lutte contre les mauvaises herbes utilisées dans l’agriculture, en tirant le meilleur parti de la situation. Cette approche permet de trouver les options les plus efficaces et les plus respectueuses de l’environnement et d’éviter l’utilisation injustifiée de produits chimiques. Pour une agriculture durable, il est essentiel d’utiliser successivement les techniques de gestion suivantes : prendre des mesures préventives, pratiquer la rotation des cultures (différentes espèces, en particulier à différentes saisons de croissance), la mise en jachère, l’identification des mauvaises herbes et le dépistage, la vérification des prévisions météorologiques, l'utilisation des cultures de couverture, le pâturage, des applications chimiques opportunes et judicieuses, et la distribution correcte des éléments nutritifs.
La combinaison de différents types de désherbage est l’approche la plus avantageuse. Les plans de désherbage durables doivent être rentables, efficaces (avec le moins d’adaptation possible) et tenir compte de l’impact sur l’homme et la nature. Un bon plan de désherbage agricole ne nuit pas à la qualité du sol et des cultures.

Le Rôle de la Technologie et de la Surveillance
L’imagerie satellitaire permet de détecter l’intrusion des herbes à différents stades de la production dans les champs. Cela est possible grâce aux indices de végétation qui permettent aux agriculteurs de détecter le problème à un stade précoce et de réagir à temps. Lorsque les cartes satellites révèlent la présence des mauvaises herbes, les étapes suivantes sont le dépistage et l’élaboration de solutions équilibrées de désherbage agricole. Cependant, les champs ne sont pas les seuls endroits qui doivent être inspectés. Les graines indésirables pénètrent avec le vent et l’eau depuis les clôtures, les fossés d’irrigation et les terrains non cultivés, et voilà pourquoi ces zones doivent également être contrôlées et traitées.
Identification des Mauvaises Herbes à Différents Stades
- Avant la période de semis : Il est possible de détecter les mauvaises herbes après le labour, en fonction de l’état du sol, qu’il soit nu ou couvert (les champs récemment labourés doivent être sans végétation). Lorsqu’il n’y a pas encore de cultures semées, mais qu’il y a de la végétation, cela indique que ces plantes ne sont pas des cultures désirées. Cette conclusion permet aux agriculteurs de prendre des décisions de désherbage des mauvaises herbes appropriées.
- Début de saison : Il est assez difficile de détecter les mauvaises herbes aux premiers stades de la croissance des plantes, car elles sont petites et la réflectance du sol domine. Mais ce n’est pas impossible. Lorsque les indices de végétation signalent des écarts de développement (insuffisants ou excessifs), la cause de l’anomalie peut être une infestation de mauvaises herbes. Généralement, les mauvaises herbes sont plus fortes que les cultures et se développent plus rapidement, prélevant les nutriments du sol et cachant les cultures de la lumière du soleil. Des outils comme EOSDA Crop Monitoring peuvent aider à surveiller ce phénomène sur les graphiques MSAVI, importants pour les techniques de désherbage.
- Fin de saison : Lorsque les cultures atteignent leur maturité, l’identification des mauvaises herbes devient plus aisée. La télédétection permet de différencier les cultures qui se dessèchent et perdent leur chlorophylle (et donc leur couleur verte) des mauvaises herbes qui restent vertes. Les plantes en déclin prennent des teintes jaunes et brunâtres.
Le Dépistage des Mauvaises Herbes
Lorsque les indices de végétation signalent des zones critiques avec la présence des mauvaises herbes, le dépistage doit compléter la surveillance afin de confirmer l’infestation ou de découvrir un autre problème réel de variation de la croissance des plantes. Le dépistage sur le champ peut être effectué soit sur place, soit à l’aide de drones, soit à l’aide d’applications de dépistage dans les logiciels agricoles.
Prévisions Météorologiques et Zonage des Champs
Les prévisions météorologiques sont essentielles pour éviter de laver les produits chimiques en raison des pluies ou de les appliquer sur les mauvais territoires en raison des vents. Des applications comme EOSDA Crop Monitoring fournissent des données complètes sur les précipitations, la température de l’air, l’humidité relative, la vitesse et la direction du vent, ainsi que les précipitations futures, facilitant la planification des opérations de désherbage. Une autre caractéristique importante est le zonage des champs : des zones différentes avec une densité de végétation différente nécessitent une gestion différente. En conséquence, les volumes d’herbicides doivent varier en fonction de la concentration des mauvaises herbes. En maîtrisant la situation, les agriculteurs peuvent éviter les gaspillages de produits chimiques et éliminer leurs effets néfastes sur les cultures et les ressources naturelles.
Stratégies de désherbage en maraichage bio - GAB 44
Essais et Perspectives d'Avenir
Des essais comparatifs de méthodes de désherbage alternatif sont régulièrement menés, comme celui organisé par la chambre d’agriculture de l’Isère et l’Adabio chez Laurent Naselli, ou les essais du Sérail sur plantations de carottes. Ces études évaluent diverses techniques : faux-semis, binage, hersage étrille, brûlage, occultation, paillages (coco, sciure, toile tissée), désherbage manuel et association culturale. Les indicateurs mesurés incluent l'enherbement, la flore adventice, la dégradation des paillages, la croissance des cultures et la présence de bioagresseurs.
Les premiers résultats montrent une bonne efficacité de la toile tissée et une progression de l'enherbement sous paillage coco. Si le processus est encourageant, ses résultats sont ceux menés sur une saison uniquement. Les tests se poursuivent sur des cultures de courge et, l’an prochain, sur des choux. « Le but est d’évaluer la faisabilité de l’itinéraire technique pour anticiper la disparition progressive des matières actives. Le désherbage, grâce à l’arrêt du travail du sol et à la couverture du sol, devient très rare dans un système en Maraîchage Sol Vivant », explique Maxence Desmol du Sérail. Chaque maraîcher a sa tolérance de l’enherbement, mais on peut statuer qu'au-dessus d’une adventice au m², le travail de désherbage n’est plus envisageable, car il est trop chronophage. Si l’enherbement est lancé mais que la culture est déjà bien partie avec plus d’un mois d'avance, la majorité des cultures pourra tolérer la cohabitation.
Le développement de variétés génétiquement modifiées résistantes à un herbicide ouvre une nouvelle voie dans la maîtrise de l’enherbement, comme pour la lutte contre les riz adventices. Le produit, généralement un herbicide total mais parfaitement sélectif de la variété génétiquement modifiée, pourrait être appliqué avec une grande efficacité sur les mauvaises herbes et sans risque pour la culture. Toutefois, le problème de la fuite du gène de résistance à un herbicide se pose dans le cas d’espèces de mauvaises herbes très proches de la culture, comme les riz adventices, où une pollinisation croisée serait possible. Il pourrait alors y avoir invasion par des riz adventices résistants, d'autant plus rapide qu'une forte pression herbicide serait appliquée.
La recherche continue et les approches intégrées sont cruciales pour développer des stratégies de désherbage pérennes, respectueuses de l'environnement et efficaces face aux défis futurs de l'agriculture.
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