La gestion des adventices en grandes cultures constitue un pilier fondamental de la performance économique et environnementale des exploitations agricoles. En interculture, période clé située entre deux cycles de cultures principales, les choix techniques déterminent non seulement la pression de la flore indésirable pour la culture suivante, mais influencent également la fertilité et la structure du sol. Face aux enjeux de réduction des produits phytosanitaires, notamment le glyphosate, l'agronomie moderne privilégie une approche systémique combinant leviers mécaniques, agronomiques et chimiques raisonnés.
L'interculture : Un levier stratégique de gestion
L’interculture offre une fenêtre d'opportunité cruciale pour gérer les vivaces telles que le chardon, le rumex ou le liseron avant l'implantation du couvert. L’idéal est de semer les couverts le plus tôt possible après la récolte de la céréale pour profiter de l’humidité résiduelle et obtenir une bonne efficacité du couvert (gestion salissement, structure du sol, piégeage de l'azote…).
Si une intervention mécanique est nécessaire sur des vivaces, il convient de privilégier les outils à dents plutôt que les disques pour ne pas démultiplier les organes de réserves. Dans ce cas, traiter sur plante développée afin de favoriser l’absorption du produit. Pour les dicotylédones vivaces comme le chardon, le rumex ou le liseron, l’utilisation de produits à base de 2,4-D (Chardol 600) ou de dicamba (Banvel 4S) est préconisée. Il est impératif d'attendre 10 jours après l'application pour travailler le sol.

Les fondamentaux du désherbage mécanique
Le désherbage mécanique de plein champ consiste à passer des outils indépendamment des rangs des cultures, et est généralement préconisé pour les stades prélevés ou juvéniles de celles-ci. Les outils principalement utilisés sont la herse étrille, la houe rotative et la herse rotative. On considère souvent que la herse étrille est l'outil le plus agressif, et le plus adapté aux sols caillouteux, alors que l'utilisation de la houe rotative est adaptée à une plus grande diversité de conditions de passage.
La bineuse, quant à elle, est le plus commun des outils de désherbage d'inter-rang, et offre la possibilité d'intervenir sur des stades de croissance de la culture plus avancés. Elle permet également de détruire des adventices mieux implantées que pour les solutions en plein, et est donc adaptée à des passages plus tardifs. Pour la réussite de votre binage, nous conseillons sa mise en œuvre sur sol sec et lorsque les adventices sont au stade jeune. Passé le stade 3 feuilles de la mauvaise herbe, le contrôle est beaucoup plus difficile. Les performances du binage varient de 50 à 100 % sur dicotylédones.
Intégration et innovations techniques
La recherche d'alternatives au tout-chimique a conduit au développement de techniques mixtes. Le désherbage mixte est une combinaison de désherbage chimique et mécanique au long de la rotation. La désherbineuse, principalement utilisée pour la culture de maïs, est l'exemple le plus répandu de combinaison des deux techniques en un passage. Une autre méthode consiste à appliquer l’herbicide de prélevée de façon localisée sur le rang, le jour du semis, grâce à un kit de traitement "herbisemis" monté sur le semoir, tout en associant un binage inter-rang. Le désherbinage doit s’effectuer sur des tournesols tolérants aux herbicides.
Par ailleurs, le désherbage thermique est une alternative en développement, qui consiste à appliquer un choc thermique à une température élevée (par flamme directe ou infrarouge) et sur une durée d’exposition très faible (3 à 5 secondes). Elle engendre alors la destruction des cellules végétales, et est donc plus adaptée à des interventions avant semis, ou prélevée.
Le maïs et les couverts végétaux (La Semaine grande cultures & herbages 2020 de Prométerre)
Analyse des systèmes et rotation culturale
La stratégie de gestion des mauvaises herbes fait intervenir des leviers agronomiques qui précèdent l’implantation de la culture. L’allongement des rotations est mis en œuvre sur une période longue d’au moins quatre ans et constitue une action à moyen terme qui engage l’agriculteur vers une modification de son système de production.
Les adventices s’adaptent aux successions culturales et, sans changement ou rupture, un même groupe de mauvaises herbes se maintient dans les parcelles où il n’y a pas d’alternance de dates de semis ou de type d’herbicides sur plusieurs campagnes. Le labour, bien que moins pratiqué aujourd'hui, reste une technique efficace si les conditions climatiques sont favorables, notamment si la pluie intervient pour faire lever les adventices en période estivale. Il permet de détruire les adventices et d’enfouir le stock semencier. Sur céréales à paille, le labour a un impact significatif sur l’IFT herbicide par rapport à un travail superficiel du sol.
Impacts de la réglementation et du climat
Réglementairement, l’usage du glyphosate est interdit pour les intercultures en situation labourée (exception faite après un labour précoce sur sol hydromorphe avant culture de printemps et de la lutte obligatoire réglementée), et limité à 1080 g/ha et par an en non-labour. Un passage peut être suffisant sur dicotylédones. La destruction de graminées développées, impossible en octobre sans labour ni glyphosate pour des raisons climatiques, doit être anticipée. Cela passe par des destructions mécaniques précoces jusqu’à mi-septembre, à adapter selon le climat de la région.
L’utilisation d’herbicide est souvent incontournable lorsque les travaux du sol sont impossibles, notamment dans les sols argilo-calcaires trop humides à la fin de l’hiver. Les résultats de recherche montrent que, dans des systèmes de conservation des sols, les leviers alternatifs sans travail du sol (broyage, rouleau, pâturage) ne permettent pas toujours d’atteindre un niveau d’efficacité similaire à la référence glyphosate, particulièrement contre les graminées comme le ray-grass.

Perspectives agronomiques pour le futur
Les résultats obtenus sur des plateformes de démonstration soulignent qu'il n'existe pas une solution unique, mais des solutions diverses composées de plusieurs leviers combinables et à mettre en œuvre sur le long terme. Les conditions de réussite sans glyphosate reposent sur un couvert d’interculture concurrentiel aux adventices, dont la gestion est possible et qui ne pose pas de problème à la culture suivante, ainsi qu'une culture suivante dont la palette d’herbicides homologués est large ou comprenant des antigraminées efficaces.
Le rôle des couverts végétaux sera approfondi dans les années à venir, notamment par le choix des espèces et variétés, l'optimisation de leur implantation (effets de la fertilisation et de l’irrigation) et le développement de méthodes de gestion innovantes. L'objectif final reste de réduire durablement l'usage des herbicides tout en maintenant la rentabilité économique des exploitations, en intégrant ces pratiques dans une rotation complète et diversifiée.
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