La gestion des adventices graminées est l'un des défis les plus complexes pour les producteurs de blé dur. Contrairement au blé tendre, la sélectivité des herbicides sur cette culture est plus limitée, imposant une approche rigoureuse où la chimie ne constitue qu'un maillon d'une chaîne de protection plus vaste. Une gestion durable repose impérativement sur la combinaison de leviers agronomiques préventifs et de programmes herbicides ciblés.

L'importance des leviers agronomiques avant le semis
Avant toute intervention chimique, il est essentiel de rappeler que les herbicides seuls ne peuvent répondre à une gestion durable des adventices. Les leviers agronomiques mis en œuvre avant même l’implantation du blé dur permettront d’optimiser l’efficacité des herbicides utilisés. Ces leviers n’ont qu’un seul objectif : diminuer le nombre d’adventices qui lèveront dans la culture.
Le choix des leviers les plus adaptés sera conditionné par le contexte pédoclimatique de chaque parcelle et du matériel disponible. Parmi les pratiques recommandées, le faux-semis - réalisé avec le matériel et au moment adéquats - est primordial. Le décalage du semis aux dates les plus tardives de la plage optimale est également une stratégie efficace. Bien que cela puisse entraîner une baisse de potentiel de rendement, la nuisibilité infligée par les adventices en semis précoce reste souvent supérieure à cette perte, rendant le décalage économiquement positif.
Le labour occasionnel, pratiqué de façon intermittente (tous les 3-4 ans), constitue une solution puissante pour gérer la pression à long terme, notamment sur les graminées comme le vulpin ou le ray-grass. Enfouir les semences en profondeur permet d'épuiser le stock semencier, car certaines graines ont une durée de vie limitée. Cette méthode est particulièrement recommandée à la suite d'un échec de désherbage.
Identification et diagnostic : la base du succès
La réussite des mesures de contrôle dépend de l'identification précise des espèces. Dans le cas des céréales de printemps (blé ou orge), les producteurs doivent identifier les espèces susceptibles de causer des pertes de rendement dès le stade plantule. Annual grass weeds can be difficult to identify in the seedling and early vegetative growth stages. L'utilisation d'une loupe ou d'une lunette à grossissement 10X est souvent nécessaire pour distinguer les caractéristiques subtiles, comme la présence de poils sur la ligule ou le limbe foliaire.

Une identification précoce est cruciale car la fenêtre d'application optimale des herbicides se situe souvent entre le stade 1 et 3 feuilles. Attendre le stade tallage peut rendre la gestion beaucoup plus difficile, les adventices plus développées étant moins sensibles aux traitements.
Programmes herbicides : stratégies d'automne et de printemps
Dans les situations de forte infestation, les programmes combinant un premier traitement d’automne complété par un second en cours d’hiver s’avèrent nécessaires. Le désherbage d’automne est devenu incontournable : il permet de limiter la concurrence précocement, de gérer les résistances aux herbicides de sortie d'hiver et d'alléger les chantiers de printemps.
La gestion du ray-grass et du vulpin
En blé dur, privilégier la prélevée est recommandé, car les conditions y sont généralement adaptées et les risques de phytotoxicité plus faibles. Le prosulfocarbe s’avère plus efficace (environ +15 %) en cas d’humidité du sol limitante. Si une application en prélevée de prosulfocarbe + DFF est effectuée, une application en postlevée avec du chlortoluron à 1500 g/ha au stade 2 feuilles du blé est souvent préconisée.
Il faut être vigilant sur la sélectivité : en raison d'une sélectivité moindre du blé dur, la plupart des substances actives autorisées sur blé tendre le sont sur blé dur, mais à des doses inférieures.
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Gestion des situations de résistance
Le phénomène de résistance aux herbicides de groupes HRAC 1 et 2 est une menace croissante. Lorsque la résistance est avérée, le programme doit être repensé. Les applications de sortie d’hiver basées exclusivement sur ces groupes présentent des efficacités très aléatoires. Dans ces cas, l'utilisation de spécialités à base de pinoxaden ou d'autres matières actives à mode d'action différent est nécessaire pour maintenir le contrôle.
Gestion des dicotylédones et rattrapages tardifs
En présence de dicotylédones, il faut prendre en compte le spectre « dicotylédones » des produits utilisés pour les graminées et y ajouter un complément si nécessaire. Pour les plantes développées, les produits à base de fluroxypyr sont préférables aux sulfonylurées.
Pour les rattrapages de fin de cycle (stade 2 nœuds à dernière feuille), la gamme est limitée. Les herbicides à base de dérivés auxiniques (2.4D, MCPA) peuvent provoquer des pertes de rendement s'ils sont appliqués trop tardivement. Une attention particulière doit être portée aux délais avant récolte (DAR), qui peuvent varier entre 42 et 90 jours selon les produits.
Mesures préventives post-récolte
La gestion durable ne s'arrête pas à la récolte. Nettoyer sa moissonneuse-batteuse après le passage dans des parcelles infestées est une mesure simple mais fondamentale pour éviter la dissémination des graines. Des technologies comme les récupérateurs ou broyeurs de menues-pailles permettent également d'éliminer une part importante du stock semencier avant qu'il ne retourne au sol.

En conclusion, la lutte contre les graminées en blé dur exige une vision à long terme. Analyser les contraintes parcellaires (type de sol, drainage), observer la flore dominante en fin de campagne et croiser ces données avec les contraintes réglementaires sont les étapes indispensables pour bâtir une stratégie cohérente. N’attendez pas d’avoir des infestations élevées avant de réagir ! Il sera beaucoup plus difficile dans ce cas de revenir à des situations maîtrisées.
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