L'Art de la Terre : Entre Héritage Horticole et Renaissance Permacole

La pratique du jardinage, loin d'être une simple activité récréative, s'est transformée au fil des décennies en une véritable science de l'observation et de la résilience. En explorant des lieux emblématiques comme l'École Du Breuil, ancrée dans l'histoire paysagère parisienne, et la Ferme du Bec Hellouin, fer de lance de la permaculture en France, nous découvrons deux approches complémentaires de la gestion du vivant. Si l'une valorise la transmission d'un savoir académique et patrimonial, l'autre réinvente notre lien à la terre par le prisme de l'écosystème autonome.

Vue panoramique du jardin diversifié de l'École Du Breuil au cœur du Bois de Vincennes

L'École Du Breuil : Un siècle d'excellence au Bois de Vincennes

L'école Du Breuil, qui porte à présent le nom de son premier directeur, a été créée en 1867 par un arrêté du Préfet Haussmann. À l'origine, elle est une école d’horticulture et d’arboriculture et a pour mission de pourvoir le département de la Seine et plus particulièrement Paris, en jardiniers. On est au moment de la création des Promenades publiques par Alphand. Paris a besoin de jardiniers. En 1867, elle est installée sur la commune de Saint Mandé. Quand l'exposition coloniale de 1931 et la construction du musée des colonies font perdre du terrain à l'école, elle est transférée à son emplacement actuel, celui de l'ancienne ferme de la Faisanderie, dans le Bois de Vincennes, lieu où l'on élevait des faisans quand le Bois de Vincennes était chasse royale.

Ce site avait aussi été un centre d'expérimentation pour l'étude des engrais et plus tard de l'institut national d'agronomie. Dès l'origine, soucieuse de mettre à la disposition de ses élèves des collections importantes afin d'enseigner la connaissance des végétaux, l'école reprend en 1937 la création de ses collections. Le jardin de l'école offre aujourd'hui 6 hectares aménagés et entretenus par des jardiniers passionnés et des générations d'apprentis jardiniers (jeunes et adultes) s'y succèdent. À vocation pédagogique, il est dédié à la découverte, la connaissance des végétaux, l'apprentissage de l'aménagement paysager, plus récemment à la formation en agriculture urbaine, tout autant qu'au plaisir du public.

Un patrimoine végétal exceptionnel

C'est un lieu exceptionnel qui mérite son label "jardin remarquable". Il est planté d'arbres vénérables avec, au centre, un énorme et très spectaculaire marronnier et des platanes centenaires, tout proche de la mare bordée de plantes aquatiques et de joncs. Héron, colverts, poules d'eau, perruches à collier sont des habitués du lieu. En bordure du jardin anglais, le jardin de rocaille s'étale sur 800m². Il comprend plus de 1000 espèces de vivaces, arbustes, conifères qui reproduisent fidèlement un paysage alpin. Un petit ruisseau serpente au milieu des plantations et alimente la mare du jardin anglais.

Face au bâtiment emblématique et central de l'école du Breuil, sur une vaste esplanade de style années 30, se côtoient diverses variétés de roses et plantes vivaces. Une pergola en arc de cercle personnalise l'espace. Au centre, un bassin rectangulaire où nagent des carpes. Des plantations saisonnières éphémères modifient l'aspect du jardin au fil des saisons. Une collection de mille plantes, dont des espèces peu communes, sont soigneusement classifiées et étiquetées. Réalisé par les élèves adultes des cours du soir, pour la plupart en reconversion professionnelle, ce jardin est un petit paradis. Le potager présente toutes sortes de légumes, de condimentaires et de petits fruits associés à des arbustes, des fleurs ainsi qu’à des arbres fruitiers palissés. Le verger de plein vent est composé de nombreux genres et variétés d’arbres fruitiers de forme « naturelle » plantés dans une prairie.

La Ferme du Bec Hellouin : La permaculture comme modèle de résilience

Si vous avez vu le film Demain, sûrement vous souvenez-vous de la ferme biologique du Bec Hellouin, nichée au cœur d’une petite vallée normande. Le village du Bec Hellouin a reçu le label des plus beaux villages de France. C’est Perrine Hervé-Gruyer, la propriétaire, qui nous accueille. À l’occasion d’une reconversion professionnelle, elle, juriste, et son mari, marin, se sont installés en 2006 sur ce terrain de 16,5 hectares qui comprend une maison, un bois, des pommiers, et des pâturages d’herbe.

La terre est très caillouteuse et avec très peu d’humus, la vallée étroite et humide forme un couloir venteux, incompatible avec l’agriculture extensive. Mais rapidement, Charles commence aussi à produire pour l’extérieur : il fait du maraîchage, fabrique du pain, du cidre, des jus de fruits, des confitures. Au début, les clients affluent, attirés par les produits naturels dans une région qui n’en propose pratiquement pas. Le couple obtient facilement la certification bio car aucune agriculture extensive n’a lieu dans cette vallée qui est utilisée comme pâturages pour les vaches et les brebis. Cependant, les clients se plaignent : les tomates arrivent mi-août, le mildiou les attaque mi-septembre et du coup, très vite, il n’y en a plus. C’est à cette époque qu’un ami leur parle de la permaculture pour la première fois. Cela fait tilt.

Le cas Ridgedale : appliquer la permaculture pour une microferme rentable

Redessiner l'écosystème : Observation et interaction

Ils redessinent complètement 1 500 m2 de leur propriété, y construisent des mares, essaient de créer des micro-climats locaux dans différentes parcelles de la propriété, créent un jardin-forêt à l’image de celui des Fraternités ouvrières, dessinent un jardin mandala et construisent une serre avec des poules dedans. Perrine nous fait faire le tour de la propriété et nous emmène sur une petite île entourée des mares qu’ils ont creusées à la main. Des buttes rondes sont dessinées au sol avec un terreau magnifique, la paille est autour pour circuler dans les allées.

Normalement la terre n’est jamais à nu en permaculture, sauf au printemps : on dépaille le terreau pour que la terre se réchauffe et que les plants prennent racine. C’est le seul moment où on aide la nature en arrosant les semis durant dix jours. « Il ne faut jamais pailler sur sol sec, mais seulement sur sol humide » nous dit Perrine. Le jardin-forêt, qui a été dessiné sur plan au départ, fonctionne sur le principe des étages : l’arbre recouvre de son ombre les arbustes, les arbrisseaux, les fourrés et les plantes. On élague régulièrement pour permettre à la lumière de passer et à ces différentes strates de pousser.

Stratégies d'aménagement et outils adaptés

Le principe est de relier différents écosystèmes les uns aux autres de manière à ce qu’ils puissent interagir et s’entraider mutuellement et de manière autonome. Ainsi, chaque élément de ces écosystèmes apporte quelque chose aux autres et chaque fonction est remplie par plusieurs éléments, ce qui permet de réduire l’usage d’intrants et d’énergies fossiles. Cette approche pleine de bon sens est bien plus qu’une simple méthode agricole : c’est une manière d’appréhender le monde naturel et social qui nous entoure dans son ensemble.

L'ingéniosité au service de la production

La serre est chauffée par des bacs en bois remplis de fumier et recouverts de paille, elle abrite aussi un poulailler. Et comme il fait 5°C de plus au-dessus du poulailler, Perrine et Charles s’en servent pour faire démarrer les semis qui ont besoin de beaucoup de chaleur. Les poules, quant à elles, permettent à la fois de réchauffer la serre d’un demi-degré en hiver, de manger les limaces venant du champ voisin et d’amender le sol grâce à leurs fientes. On peut aussi rentrer des équidés (ânes, chevaux) dans le box des poules pour pouvoir réchauffer la température si besoin.

Perrine nous montre les différents outils manuels avec lesquels ils travaillent la terre et nous apprend qu’on doit choisir un outil adapté à soi. Nous découvrons la fameuse grelinette qui permet d’aérer la terre sans la retourner, mais aussi le semoir qui permet de semer très précisément les graines sur des bandes de terre plate de 80 cm. Et elle nous explique comment semer par exemple des carottes, des radis et des salades sur la même bande de terre.

Schéma explicatif des strates d'une forêt-jardin permacole

La dimension esthétique et sociale de la culture maraîchère

Même si les serres ne laissent aucun doute quant au fait que l’on se trouve dans un jardin-maraîcher, on se balade à travers la ferme du Bec Hellouin comme on se promènerait dans un parc ou une forêt. Chaque recoin de la ferme dégage une atmosphère bien particulière. Les îles-jardins offrent le plaisir de se poser au bord de l’eau et d’y observer le reflet des plantes qui l’entourent et de tous les insectes et oiseaux qui passent par là.

Comme dans la majeure partie de la ferme, les végétaux des îles-jardins sont cultivés sur des buttes permanentes. Cette forme de culture présente d’innombrables avantages, pour la faune comme pour la flore, et cela contribue à accroître la fertilité du sol, et donc la productivité. La forêt-jardin, inspiré du concept des “edible forests”, abrite une centaine de variétés d’arbres fruitiers, d’arbustes à petits fruits et de fruits à coques différents, et tout un tas de plantes sauvages comestibles poussent à leurs pieds. Le jardin mandala est certainement l’un de mes endroits préférés. Inspiré de cultures lointaines et d’une autre époque- l’Inde et l’Amérique pré-incaïque, il regroupe des buttes qui, vues du haut, donnent l’impression de former les rayons d’un soleil terrien.

Au fil des années, la Ferme du Bec Hellouin a gagné en notoriété et elle est devenue un modèle en France et à travers le monde. Elle a également fait l’objet de nombreuses études menées par des scientifiques, des naturalistes, des ornithologues, tous fascinés par sa productivité et sa biodiversité. Afin de répondre à la demande grandissante de personnes souhaitant s’inspirer de leur travail, Perrine et Charles ont fondé l’Ecole de Permaculture du Bec Hellouin, où l’on peut suivre tous genres de formations en lien avec la permaculture, le maraîchage, le jardinage et l’écologie.

L'évolution des pratiques vers une agriculture urbaine et citoyenne

L'école Du Breuil est aujourd'hui une école d’horticulture située à l’est de Paris, dans le bois de Vincennes. Elle propose des formations en permaculture pour les élèves et les amateurs de jardin et de plantes qui souhaitent acquérir une meilleure connaissance du patrimoine végétal. Découvrez l’École Du Breuil et écrivez vos commentaires à son sujet ! C’est un endroit plein de richesses qui abrite une grande variété de plantes et d’espèces animales. Consultez le site Web de l’école et les médias sociaux pour connaître les cours et les dates.

Ces deux lieux, bien que géographiquement et historiquement distincts, convergent vers un objectif commun : la réappropriation du savoir agronomique par le citoyen. Que ce soit au sein de l'École Du Breuil, avec son héritage haussmannien et sa rigueur scientifique, ou à la Ferme du Bec Hellouin, avec son approche intuitive et systémique, l'apprentissage de la terre devient un vecteur de transformation sociale. La permaculture, au-delà des techniques de buttes ou de gestion de l'eau, impose un changement de paradigme : passer de l'exploitation de la ressource à la co-évolution avec le vivant.

La transmission de ces savoirs est cruciale. Les générations d'apprentis jardiniers qui se succèdent à l'École Du Breuil, tout comme les stagiaires qui affluent au Bec Hellouin, témoignent d'une volonté collective de reconstruire des écosystèmes nourriciers. Ces espaces, qu'ils soient dédiés à l'expérimentation universitaire ou à la résilience agricole, constituent les laboratoires de demain, où la main de l'homme, loin de dominer, devient l'artisan d'une symphonie végétale durable et généreuse.

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