Dominique Soltner : Un Pionnier du Jardinage Naturel et de l'Agriculture de Conservation

Portrait de Dominique Soltner

Dominique Soltner, ingénieur ESA-Angers, est une figure emblématique du monde agricole et du jardinage, dont l'œuvre a profondément influencé les pratiques culturales. Son approche, centrée sur le respect du sol et la promotion de méthodes écologiques, a forgé une vision réaliste et durable de l'agriculture et du jardinage. Sa collection d'ouvrages, développée en toute liberté, lui a permis d'explorer et de défendre l'agriculture biologique à une époque où elle bénéficiait de peu de soutien, constituant aujourd'hui une bibliothèque de base pour de nombreux agriculteurs.

La Révolution du Jardinage Sans Travail du Sol

Le livre "Le guide du nouveau jardinage" de Dominique Soltner est souvent cité comme une véritable révolution pour les jardiniers, qu'ils soient débutants ou confirmés. Cet ouvrage bouleverse les idées reçues et les pratiques traditionnelles, souvent transmises par la tradition ou des ouvrages moins éclairés, qui préconisent le motoculteur, le "faire propre" et la lutte acharnée contre les adventices. Soltner nous démontre avec une pédagogie remarquable pourquoi il ne faut plus travailler la terre.

L'Influence de Masanobu Fukuoka et le "Non-Agir"

La découverte du livre "La révolution d’un seul brin de paille" de Masanobu Fukuoka fut une véritable révélation pour beaucoup, introduisant les principes de l'agriculture naturelle et la pensée zen du "non-agir". Bien que poétique, cet ouvrage restait flou sur le plan pratique. C'est là que l'œuvre de Dominique Soltner prend toute son importance : il offre des méthodes concrètes et reproductibles pour mettre en œuvre les principes du jardinage sans travail du sol. Son livre est un guide précieux qui donne immédiatement envie d’essayer, de mettre les choses en pratique, les mains dans la terre. Les techniques qu'il décrit sont aisément reproductibles, bien expliquées et faciles à mettre en œuvre avec succès. Loin des théories complexes et fumeuses, Dominique Soltner démontre avec brio que le jardinage n’est pas une affaire compliquée de spécialiste.

Pourquoi ne plus travailler la terre ?

Travailler la terre, notamment en utilisant des outils comme le motoculteur, a des conséquences néfastes sur la structure du sol et sa vie microscopique. Traditionnellement, on pense qu'il faut retourner la terre pour que les racines des plantes puissent y pénétrer. Cependant, cette pratique expose la terre, qui se durcit en surface sous l’effet de la pluie et du soleil, devenant un désert de vie.

À l'inverse, si l'on est attentif, on remarque que sous un tas de feuilles resté en place tout l'hiver, la terre est bien meuble et grumeleuse. La surface du sol a été consommée par ses habitants, les insectes, les champignons et les bactéries, qui œuvrent à la formation de l'humus. Une promenade en forêt suffit à illustrer ce principe : sous une litière de feuilles, la terre est d'une richesse et d'une souplesse étonnantes.

Les Bénéfices du Non-Travail du Sol

Le non-travail du sol, défendu également par Claude et Lydia Bourguignon, gagne de plus en plus d'adeptes parmi les agriculteurs partisans d’une agriculture de conservation. Il est désormais vital de modifier nos pratiques culturales. Cette approche repose sur le principe de couvrir la terre de tous les végétaux disponibles (paillage, foin, feuilles mortes), la protégeant ainsi contre la pluie et le dessèchement.

Même un jardin couvert d’herbes peut être transformé sans effort excessif. Dès septembre, il suffit de couvrir les futures planches de culture d’un épais mulch. Ce paillis épais offre un habitat confortable à une multitude de micro-organismes et de bestioles qui travailleront pour nous tout l'hiver, pendant que nous profitons de moments plus relaxants. Au printemps, la terre sera suffisamment souple pour accueillir les premières plantations.

Schéma illustrant les bienfaits du paillage sur le sol

Techniques de Jardinage Simplifiées et Efficaces

Le "Guide du nouveau jardinage" de Soltner s'inspire directement des Techniques Culturales Simplifiées (TCS), des semis directs et des couverts végétaux. Après 40 ans de pratiques culturales traditionnelles à la bêche et à la binette, Dominique Soltner a découvert l’efficacité du paillage pour lutter contre la levée des herbes indésirables et l’assèchement de la terre, notamment en plantant des haies bocagères. Il a rapidement évolué du plastique noir vers le paillage biodégradable, qui favorise l’installation d’une flore spontanée et la vie du sol.

Le Paillage : Une Couverture Essentielle

Le paillage est au cœur des méthodes de Soltner. Il consiste à recouvrir la terre de matière organique. Cette couverture permanente a plusieurs fonctions essentielles :

  • Protection du sol : Contre l'érosion par la pluie et le vent, et contre le dessèchement dû au soleil.
  • Fertilisation : La matière organique en décomposition enrichit le sol en nutriments.
  • Suppression des adventices : En privant les graines de lumière, le mulch limite leur germination.
  • Amélioration de la structure du sol : La terre reste meuble et aérée grâce à l'activité des micro-organismes.
  • Régulation thermique : Le paillage aide à maintenir une température du sol plus stable.

Pour les semis de grosses graines et bulbes, il suffit de percer le mulch et d’y enfoncer la graine. Pour des graines plus délicates comme les haricots et les pois, il est nécessaire d'écarter un peu le mulch le temps qu'elles lèvent, puis de le refermer une fois qu'elles sont suffisamment développées.

Utilisation du Compost pour les Semis Directs

Le compost est une mine d’or pour le jardinier fainéant, à condition de bien l’utiliser. Depuis 2002, les déchets verts doivent être compostés, offrant une ressource précieuse pour les jardins. Il est crucial de ne pas mélanger le compost à la terre, mais de l'étaler simplement sur la surface pour priver les graines indésirables de lumière. Pour assurer une bonne levée des semis, il est recommandé de protéger les graines par un filet et d’assurer une humidité constante.

Pour les semis en jardinière, il est nécessaire de mélanger le compost pur avec 1/3 de terre du jardin et 1/3 de sable pour constituer un terreau équilibré. Si le compost est colonisé par des plantes non souhaitées, il suffit de le recouvrir d’une bâche de plastique noir durant 1 à 3 mois, ou d'utiliser un épais mulch pour le nettoyer. Il faut compter environ 3 cm d’épaisseur de compost pour recouvrir la terre, soit environ 15 kg par m².

L'Humus et le Jardin Vivant

Une terre riche en humus est stable, résistant aux pluies tout en conservant son aspect grumeleux. L’humus est une partie de la matière organique du sol provenant d’organismes végétaux et animaux. L’ensemble de cette matière organique subit des transformations par les insectes, les champignons et les bactéries pour se minéraliser en partie et se transformer en humus. L’humification est un processus lent de minéralisation dont le principal constituant est la lignine.

La culture sur mulch permanent vise à préparer la terre pour les cultures à venir. Les engrais verts, la paille, le foin et les feuilles mortes sont les couvertures les plus couramment utilisées. L’idéal est d’assurer un roulement entre les planches de culture : certaines fraîchement paillées, d'autres avec un paillage vieilli permettant le repiquage des légumes, et enfin les planches en pleine culture.

Quelle importance de l'humus dans votre potager

La Fertilisation Naturelle du Jardin

La première source de fertilisation du jardin est le retour à la terre de ce qui en vient. Il ne faut plus rien porter à la déchèterie ; tout doit retourner au jardin. Les feuilles, par exemple, sont d’une grande richesse pour fertiliser le jardin car les arbres puisent leurs ressources très profondément. Les jardins et potagers, ainsi gérés, deviennent des concentrés de fertilité, bénéficiant des apports des milieux alentour, qu'il s'agisse de compost, de fumier, de mulch, de cendres de bois ou de BRF (Bois Raméal Fragmenté). Contrairement aux engrais chimiques solubles, les engrais naturels se libèrent plus lentement, nécessitant un peu de patience.

Les jardins traditionnels avec la terre à nu sont des déserts de vie, n’offrant aucun refuge à la faune. Les jardins sur mulch, totalement couverts, sont au contraire riches d’une faune très variée, stimulant la vie du sol et de l'extérieur. Même si cela peut attirer certains ennemis du potager comme les limaces, un jardin équilibré saura aussi s’entourer d’amis et réguler ces populations. Dès que l'on cultive sur du mulch et du compost, il devient inutile de stocker les déchets verts en tas ; les répandre directement sur le sol stimule bien mieux la vie du sol et supprime le travail pénible de l'aération du tas de compost.

Préparation d'une Terre Difficile

Pour préparer une terre difficile, argileuse par exemple, il faut du temps. Une étape consiste à cultiver des graminées dont les racines seront capables de fendre la terre. Jean Pain, gardien d’un domaine forestier du Var, a découvert l'efficacité du compostage des déchets ligneux des sous-bois pour fertiliser le sol, qu'il utilisait directement en surface pour repiquer les légumes.

Le BRF (Bois Raméal Fragmenté), issu du broyage de rameaux de moins de 7 cm de diamètre, est également un excellent amendement. Attention, les résidus de bois des scieries ne sont pas du BRF. Un inconvénient majeur de l’utilisation du BRF est la "faim d’azote" : pour dégrader le bois, les champignons utilisent l’azote du sol. Pour remédier à ce problème, on peut cultiver des légumineuses en couvert végétal.

L'Art de Planter des Haies selon Soltner

Dominique Soltner est également reconnu comme l'un des grands spécialistes de la plantation de haies. Son ouvrage "Planter des Haies" est un guide extrêmement détaillé qui aborde l'historique du bocage, l'intérêt écologique de planter des haies, les différents types de haies et les essences qui les composent. Il présente plusieurs modèles de haies avec différents schémas de plantation, accompagnés de techniques de plantation claires et précises.

Différents types de haies bocagères

Ce livre peut vous faire réaliser des économies significatives et vous faire gagner des années sur la bonne implantation d’une haie harmonieuse. Au lieu de se ruer chez les grandes enseignes et de se ruiner en achetant des plants en container de 2 mètres de haut et souvent mal portants, Soltner préconise de lire calmement son guide. Il est plus judicieux de planter de jeunes sujets, moins coûteux et qui s'adapteront mieux à leur environnement.

L'auteur, loin de s’asseoir sur ses lauriers, remet régulièrement à jour ses écrits avec une refonte complète du texte et des images, garantissant la pertinence et l'actualité de ses conseils. L'ouvrage aborde la variété arbustive des haies, les dessins possibles et le mode de conduite des arbres (troncs uniques élagués ou cépées). Les bordures boisées créées selon ses principes offrent une ambiance mi-soleil mi-sous-bois, propice aux floraisons saisonnières comme les cyclamens, crocus, jonquilles et narcisses, le tout sans aucun soin annuel, les graines et bulbes se multipliant naturellement. De plus, les feuilles des arbres des allées deviennent le mulch idéal pour le jardinage sans travail du sol.

Des Semences Adaptées pour les Jardiniers

La recherche de semences variées et adaptées aux pratiques de jardinage écologique peut s'avérer complexe pour les jardiniers. Dominique Soltner, dans ses "Flashs agroécologiques", évoque la difficulté de trouver des mélanges de couverts végétaux appropriés. Les mélanges "oiseaux du ciel" peuvent être une solution temporaire, mais ils ne sont pas toujours labellisés "semence" et peuvent être de qualité variable.

Face à cette situation, il encourage les grands semenciers à créer des associations adaptées aux jardins, conditionnées en petits volumes. Des initiatives comme celles de "Partner & Co" (www.partnerandco.fr) offrent des matières premières 100% biologiques pour l’alimentation animale et des semences 100% biologiques, y compris des mélanges de couverts pour jardinage, maraîchage et viticulture. Ces catalogues illustrés sont une ressource précieuse pour les jardiniers souhaitant adopter les méthodes de Soltner.

Des essais concrets montrent l'efficacité de ces mélanges. Par exemple, des parcelles sous foin et feuilles mortes depuis l’automne peuvent être préparées en enlevant le reste du mulch, puis divisées en carrés pour recevoir le semis de 5 engrais verts associant jusqu’à 15 espèces, semés à la volée et couverts d’un centimètre de compost de déchets verts. L'objectif est d'obtenir une masse végétale capable, une fois couchée à maturité, de couvrir la terre d’un mulch, répondant ainsi aux besoins des jardiniers qui ne peuvent se procurer paille, foin ou feuilles mortes.

Exemples Concrets de Réussite

L'efficacité des méthodes de Dominique Soltner est attestée par de nombreuses expériences. Un exemple frappant est l'utilisation du trèfle blanc comme couvert végétal. En été 2014, l'idée est venue d'épaissir un allée par quelques poignées de trèfle blanc, couvert d'un centimètre de compost vert. Malgré une levée rapide incluant des adventices, une tonte a mis le trèfle en lumière, le faisant fleurir. En novembre, une couverture de foin de 10 cm a été appliquée sur ce trèfle, agissant comme un mulch d'automne-hiver et favorisant l'activité des lombrics.

En mars, sous le foin en décomposition, un lacis de tiges vertes et de racines blanchâtres du trèfle persistait, prouvant sa résilience face au gel. Des plants de tomates ont ensuite été installés au pied de ces repousses de trèfle. Les résultats furent étonnants : très peu d’arrosage (en goutte à goutte) et seulement deux bouillies bordelaises après les pluies ont suffi. Cela démontre que la tomate est bien moins exigeante en eau que ne le pensent de nombreux jardiniers. D'autres parcelles continuent d'hiverner sous des couverts variés, purs ou en mélanges, dans l'espoir de leurs effets nettoyants et allélopathiques contre des plantes indésirables comme l'Oxalis et le liseron.

Les méthodes enseignées par Dominique Soltner peuvent convenir à tous les styles de jardins, du potager familial aux massifs de fleurs et vergers. Le message est clair : il ne faut pas remplacer le travail du sol par une autre forme de labeur, mais plutôt laisser la nature travailler, en l'aidant par des pratiques respectueuses et intelligentes. Son œuvre est un appel à l'action, un guide précieux pour ceux qui aspirent à un jardinage plus simple, plus efficace et profondément respectueux de la vie du sol.

tags: #dominique #soltner #tuteur