Optimiser les prairies pour chevaux : L'importance de la chaux et de la fertilisation

La prairie est un élément central du bien-être équin, offrant aux chevaux un environnement pour s'épanouir, ingérer l'herbe fraîche nécessaire à leur régime alimentaire et dépenser leur énergie. Pour que cet espace reste sain et productif, une gestion attentive du sol, notamment par le chaulage et la fertilisation, est primordiale. Contrairement à une idée reçue, une prairie pauvre ne convient pas aux chevaux. Ceux-ci ont besoin d'éléments nutritifs et d'oligo-éléments essentiels présents dans une herbe de qualité pour maintenir une bonne santé. Les engrais apportent les nutriments nécessaires à une croissance optimale des plantes, tandis que la chaux assure un pH du sol équilibré, favorisant une absorption efficace de ces nutriments.

Illustration d'une prairie verdoyante avec des chevaux pâturant

Les fondamentaux de l'acidification des sols et le rôle du chaulage

Les sols ont une tendance naturelle à s'acidifier. Plusieurs facteurs contribuent à ce phénomène. La respiration des micro-organismes et des racines, la pluviométrie (l'eau de pluie étant naturellement acide avec un pH d'environ 5-6), et les processus de minéralisation de la matière organique dans le sol en sont les principales causes. L'acidité d'un sol est directement liée à sa teneur en protons (H+); plus cette concentration est élevée, plus le pH est faible. Une production intensive de biomasse sans restitution équivalente au sol accélère également ce processus.

Certaines pratiques culturales, telles que la fauche sans apport de matières organiques et l'utilisation d'engrais azoté minéral, peuvent accentuer l'acidification. En dessous d'un certain seuil de pH, l'aluminium (Al) est libéré dans le sol et devient toxique pour les plantes, entravant le développement racinaire. De plus, les éléments nutritifs essentiels comme le potassium (K), le phosphore (P) et l'azote (N) deviennent moins disponibles et mal utilisés par la plante lorsque le sol est trop acide.

Le chaulage, qui consiste à apporter des amendements basiques (à base de calcium et de magnésium), vise à contrecarrer cette acidification. Il permet de maintenir le pH de l'eau supérieur à 5 dans l'horizon 0-5 cm et supérieur à 5,5 dans l'horizon 5-10 cm pour les prairies de longue durée. Des essais menés par Comifer en 2009 et les Chambres d'agriculture des Pays de la Loire confirment la nécessité de redresser le pH des sols dont le pH de l'eau est inférieur à 5,3, pour éviter les risques de toxicité alumique qui limite la croissance racinaire des végétaux. Néanmoins, il est important de noter qu'il y a peu de relation directe entre le chaulage, le rendement de la prairie, la qualité des fourrages et l'évolution de la flore lorsque le pH est déjà supérieur à 5, voire 5,5.

Tableau illustrant l'échelle d'acidité des sols agricoles et les actions recommandées

Les bénéfices du chaulage sur l'activité biologique et la fertilité du sol

L'apport d'amendements basiques via le chaulage ne se limite pas à la correction du pH. Il stimule également l'activité biologique du sol, favorisant les bactéries et les vers de terre. Cette stimulation accroît temporairement la minéralisation de la matière organique, pouvant représenter un apport de 30 à 60 kg d'azote par hectare et par an. L'efficacité de cette stimulation est d'autant plus marquée que le pH initial du sol est acide et que la quantité de CaO apportée est significative.

Le chaulage contribue à :

  • Réduire la toxicité de l'aluminium.
  • Favoriser la disponibilité d'éléments minéraux comme l'ammoniac (NH3), le phosphore (P), le magnésium (Mg), et d'oligo-éléments tels que le molybdène (Mo), le manganèse (Mn), le bore (B), le zinc (Zn) et le cuivre (Cu) pour les plantes.
  • Encourager l'installation des racines et augmenter la teneur en calcium de l'herbe.
  • Améliorer l'état structural du sol, particulièrement pour les sols pauvres en matières organiques et ayant une faible Capacité d'Échanges en Cations (CEC).

La CEC, issue d'une analyse de sol, représente la capacité des argiles et de l'humus du sol à retenir les cations (Ca, Mg, K, Na, H, Al, Fe, Mn) et est étroitement liée au pH. En améliorant la fertilité de la prairie par des chaulages réguliers, on assure un environnement plus propice à une flore diversifiée et saine.

Stratégies de chaulage : redressement et entretien

Il existe deux principales stratégies de chaulage en fonction de l'état initial du sol :

  1. Le chaulage de redressement : Cette approche consiste à apporter une quantité importante de chaux sur plusieurs années consécutives pour corriger un pH initialement très bas. Les apports doivent être effectués en petites quantités à la fois pour permettre une remontée lente et progressive du pH, évitant ainsi un blocage des éléments minéraux. Pour un redressement, il faut compter jusqu'à 1 tonne de CaO par hectare tous les quatre ans.
  2. Le chaulage d'entretien : Une fois le pH optimal atteint, le chaulage d'entretien vise à maintenir un pH suffisant. Cela se traduit généralement par un apport tous les 3 à 4 ans. Pour l'entretien, un apport d'environ 250 kg/ha de CaO par an est recommandé. Dans l'Ouest de la France, les Chambres d'agriculture estiment que l'acidification naturelle des prairies nécessite un apport de 100 à 300 kg de CaO, en fonction de l'importance des restitutions organiques (lisier, fumier, pâturage) et de la fertilisation minérale.

Le choix des produits de chaulage est également crucial. Les amendements basiques cuits, tels que la chaux vive ou la chaux vive magnésienne, offrent une rapidité d'action supérieure aux produits crus (amendements calcaires ou calcaro-magnésiens). La finesse des particules influe aussi sur la vitesse d'action. Cependant, pour les prairies de longue durée, la rapidité d'action est secondaire, l'objectif étant davantage l'entretien que le redressement rapide. Les calcaires broyés ou les carbonates humides sont souvent privilégiés car le coût de leur "unité neutralisante" est plus économique que celui des produits cuits. Le maërl pulvérisé (lithothamne), bien que présentant un coût par unité neutralisante plus élevé, est également une option efficace.

Comparaison des types de chaux et de leurs coûts

Les dangers du surchaulage et les précautions à prendre

Bien que le chaulage soit bénéfique, il est impératif d'éviter le surchaulage. Un pH supérieur à 7 peut entraîner des risques de blocage d'oligo-éléments comme le bore, qui devient alors inaccessible aux légumineuses telles que le trèfle ou la luzerne, lesquelles ont des besoins importants en bore. Le "sur-chaulage" est parfois pratiqué dans les élevages équins dans un but de "désinfection" des sols, mais l'efficacité de ce procédé envers les parasites n'est pas avérée. Il est donc préférable de ne pas risquer de bloquer le sol par des apports de chaux trop fréquents.

Une analyse de sol est essentielle pour déterminer précisément les besoins en chaulage. Si le pH est supérieur à 7 ou si le taux de saturation est de 150%, il ne faut surtout pas chauler. Certains sols sont naturellement calcaires, et un apport supplémentaire risquerait de bloquer les éléments fertilisants.

Lors de l'application manuelle de la chaux, des précautions s'imposent car la chaux est un produit qui brûle. Il faut protéger les yeux et les poumons. L'épandage par une entreprise spécialisée ou l'utilisation d'un épandeur pour quad peut assurer une dispersion plus égale sur toute la surface et minimiser les risques pour l'opérateur. La cyanamide de chaux est un produit spécifique dont l'application est généralement recommandée au printemps, avec une dose de 2 kg par are. Pour de grosses quantités (à l'échelle d'un agriculteur), le "rendu racine" (épandu par un entrepreneur) coûte aux alentours de 15-20 € par hectare.

Engrais et fertilisation : un complément essentiel au chaulage

La fertilisation, qu'elle soit organique ou minérale, est un pilier fondamental pour maintenir la prairie en bonne condition et assurer la santé des chevaux. Les engrais apportent les nutriments dont les plantes ont besoin pour une croissance vigoureuse, ainsi que des oligo-éléments que les chevaux assimilent directement par le pâturage, contribuant ainsi à leur santé.

⚠️ Tout savoir sur l’analyse de sol 🐛

Les nutriments essentiels : NPK, magnésium et soufre

L'azote (N), le phosphore (P) et le potassium (K) sont les éléments de base d'un gazon sain. Sans ces nutriments, l'herbe ne pousse pas suffisamment, ce qui entraîne un tapis végétal clairsemé et une diminution de la qualité et du rendement de l'herbe. Outre le NPK, le magnésium et le soufre sont également importants pour une croissance vigoureuse de l'herbe.

Field Master, un engrais granulé, contient une formule NPK spécialement élaborée, enrichie en magnésium et en soufre. Pour renforcer la santé des chevaux, une petite quantité de sélénium est ajoutée, et une petite quantité de sodium rend l'herbe plus appétante.

Fertilisation organique : le rôle du fumier

Le printemps et l'automne sont les périodes les plus propices à la fertilisation, car un sol humide absorbe mieux les nutriments. La fertilisation organique est cruciale pour réintégrer suffisamment de matière organique dans le sol, facilitant ainsi l'absorption des éléments nutritifs. Le fumier de vache est considéré comme le meilleur engrais pour les pâturages équins. Il est recommandé d'utiliser au maximum vingt tonnes de fumier par hectare à chaque application, deux fois par an. L'association du fumier avec un engrais complet comme Field Master est idéale pour maintenir le pâturage en parfait état.

Engrais minéraux et oligo-éléments

Pour un rendement maximal en herbe, plusieurs apports fractionnés d'engrais minéraux (4 à 6 fois par an) doivent compléter les apports de fumier. Les chevaux ne doivent pas accéder à la prairie pendant environ quinze jours après la fertilisation pour permettre aux engrais d'être bien absorbés par le sol. Diviser la prairie en petites parcelles permet de gérer cet entretien sans avoir à enfermer les chevaux à l'écurie pendant une longue période.

Les chevaux ont besoin d'oligo-éléments et de minéraux tels que le sélénium, le zinc, le phosphore, le cuivre et le manganèse pour de bonnes performances. Bien que ces éléments soient souvent apportés via les aliments concentrés, la fertilisation de l'herbe avec ces minéraux permet aux chevaux de les assimiler directement par le pâturage. Une herbe de prairies non fertilisées, comme les prairies naturelles, peut présenter un taux élevé de fructanes et souvent un déséquilibre en oligo-éléments et minéraux. L'azote est nécessaire à la production de protéines; en cas de carence, la graminée produira du fructane au lieu de protéines. Il est donc essentiel de n'utiliser que du foin ou de l'ensilage provenant de prairies bien fertilisées avec des graminées adaptées aux chevaux.

Infographie sur les nutriments essentiels pour la croissance de l'herbe

Gérer la fertilisation des prairies équines : un raisonnement précis

Une gestion efficace de la fertilisation des prairies destinées aux chevaux nécessite un raisonnement précis, guidé par plusieurs questions clés :

  • Quel chargement moyen à l'hectare ? Le nombre d'Unités Gros Bétail (UGB) par hectare influence directement les besoins en nutriments de la prairie.
  • Quelle part d'herbe dans la ration des animaux pâturant ? Une dépendance plus grande à l'herbe requiert une fertilisation plus soutenue.
  • Connaît-on l'historique des apports de fertilisants ? Cela permet d'éviter les carences ou les sur-fertilisation.
  • Quel niveau de fertilité des sols ? Une analyse de sol régulière (tous les quatre à cinq ans) est indispensable pour connaître la teneur en P et K et déterminer les besoins exacts.
  • Les effluents d'élevage sont-ils valorisés sur l'exploitation ? Le fumier et le lisier peuvent apporter une part significative des nutriments.

Azote : une question de dosage

Contrairement à l'idée reçue qu'il ne faut pas d'azote pour les prairies équines, une évaluation des besoins est nécessaire. Pour des exploitations avec moins d'un UGB/ha, la minéralisation de la matière organique et la fixation symbiotique de l'azote atmosphérique par les légumineuses peuvent suffire à une pousse d'herbe adéquate, et un apport complémentaire pourrait entraîner une extension des zones de refus. Cependant, pour des parcelles exploitées plus intensivement, où le chargement atteint régulièrement les 2 UGB/ha, un apport d'environ 50 unités d'azote en fin d'hiver peut favoriser une mise à l'herbe plus précoce et un gain de rendement.

Graphique montrant l'effet de l'azote sur le rendement des prairies

Phosphore et potasse : maintenir un capital

La prairie est une culture modérément exigeante en phosphore et en potasse. L'objectif est de maintenir un niveau de ces éléments dans le sol qui couvre les exportations sans créer de carences ni d'excédents superflus. L'analyse de sol est primordiale pour connaître les teneurs en P et K. L'analyse d'herbe, quant à elle, renseigne sur l'état de nutrition des plantes et l'efficacité des apports au fil du temps. Il faut cependant être prudent avec l'analyse d'herbe provenant de parcelles à l'historique de fertilisation inconnu, car la flore peut s'être adaptée à des carences, donnant l'impression d'un indice de nutrition satisfaisant.

Les critères de décision pour les apports de P et K incluent le niveau de production attendu de la prairie, les impasses de fertilisation des années précédentes, les teneurs du sol et les restitutions par les déjections au pâturage ou sous forme de fumier.

Mélanges de semences spécifiques pour chevaux

Une belle prairie dense et productive, offrant suffisamment d'herbe pour le pâturage quotidien du cheval, est le souhait de tout propriétaire. Cependant, de nombreux chevaux pâturent sur des prairies clairsemées ou semées avec des graminées destinées aux bovins, ce qui peut engendrer divers problèmes de santé.

Les mélanges de semences spécifiques pour chevaux sont formulés pour répondre aux exigences particulières de leur pâturage. Ils doivent assurer :

  • Tolérance au piétinement intensif : Les chevaux piétinent la prairie de manière différente des bovins.
  • Couverture très dense : Pour éviter les vides qui favorisent les mauvaises herbes indésirables.
  • Reprise de croissance rapide : Pour une régénération rapide après le pâturage.
  • Appétence, mais pas trop riche en énergie : Une teneur en sucres et protéines faible est souhaitable.
  • Composition de graminées avec assez de structure : Pour répondre aux besoins digestifs des chevaux.

Des mélanges comme Horse Master® de Barenbrug ou HIPPO-GREEN sont composés de graminées adaptées. Le ray-grass anglais, avec des types intermédiaires et tardifs diploïdes (plus persistants et moins sucrés), assure une reprise de croissance rapide. Le pâturin des prés, qui forme des stolons souterrains et résiste bien au pâturage court, garantit un gazon dense et tolérant au piétinement. La fléole des prés offre une excellente résistance au froid et une faible teneur en sucres, tandis que la fétuque rouge traçante apporte de la structure au fourrage et présente un faible taux de protéines et de sucres.

Diagramme des différentes graminées adaptées aux prairies équines

Traitement des problèmes de prairie : mauvaises herbes et parasites

L'entretien des prairies inclut également la gestion des mauvaises herbes et, dans une certaine mesure, la prise en compte des parasites.

Les plantes révélatrices et les mauvaises herbes

Certaines plantes sont révélatrices des caractéristiques d'une parcelle. La présence de mousse, de rumex ou de petite oseille peut indiquer un sol acide. Une CEC faible et une faible fertilité peuvent être signalées par la fétuque rouge, la flouve, l'agrostis, la minette ou le lotier corniculé.

Les boutons d'or (renoncules) et les prêles sont des plantes acidophiles. Le chaulage peut contribuer à diminuer leur présence en remontant le pH du sol, ce qui favorise la flore microbienne participant plus facilement à la dégradation de la matière organique, contrairement aux champignons qui sont présents en milieu acide et dégradent la matière organique plus lentement. La cyanamide calcique a montré une amélioration significative dans la lutte contre les boutons d'or et autres "crasses".

Les ronces sont des mauvaises herbes particulièrement coriaces. Il est recommandé de les couper en fin d'été, après la floraison. À ce moment, elles ne peuvent pas effectuer de photosynthèse pour l'hivernage, ce qui les affaiblit, alors qu'une coupe au printemps aurait tendance à stimuler leur multiplication.

Chaux et parasites : une efficacité mitigée

La chaux est parfois conseillée pour limiter la présence des parasites du cheval dans l'environnement et notamment pour traiter les pâtures. Cependant, son efficacité directe pour les parasites des chevaux fait débat. Certains la jugent "géniale", d'autres "inutile". Cette divergence de résultats suggère que la question n'est pas simple et que le contexte joue un rôle crucial.

Une hypothèse pour expliquer les différences d'effets parasitaires est que la chaux n'aurait pas un effet direct, mais plutôt un effet indirect par un rééquilibrage du sol, qui pourrait alors devenir moins propice au développement de certains stades parasitaires. La période à laquelle la pâture est chaulée pourrait également influencer les résultats. Dans d'autres espèces animales (ovins, bovins, caprins), le chaulage est souvent considéré comme une technique efficace, mais insuffisante seule pour un contrôle parasitaire complet.

En résumé, si le chaulage peut améliorer la santé générale de la prairie et, par extension, la résistance du cheval aux parasites en favorisant un environnement sain, son rôle direct de "désinfectant" est moins établi. Il est donc préférable de se concentrer sur les bénéfices prouvés du chaulage pour le sol et l'herbe, plutôt que sur une hypothétique action antiparasitaire directe.

Image d'un champ infesté de renoncules avant traitement

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