La Tonte des Animaux et la Douleur : Une Question de Sensibilité et d'Éthique

La question de la douleur chez les animaux est une préoccupation croissante, qui impacte la façon dont nous traitons les animaux dans divers contextes, de l'agriculture à la recherche scientifique en passant par les soins vétérinaires. Ce changement de regard sur les animaux soulève des interrogations fondamentales sur nos responsabilités envers eux, et la tonte des animaux n’y fait pas exception. L'Association internationale pour l'étude de la douleur (IASP) définit la douleur comme "une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à des lésions tissulaires réelles ou potentielles". Les avancées scientifiques actuelles nous permettent de mieux comprendre cette expérience chez de nombreuses espèces.

La Reconnaissance de la Douleur Animale

Les scientifiques utilisent plusieurs critères pour déterminer si un animal ressent la douleur. L'un des principaux indicateurs est le comportement. Des études menées sur des rongeurs ont montré que ces animaux modifient leur comportement après des procédures douloureuses. Par exemple, ils peuvent adopter des postures antalgiques, lécher la zone blessée ou montrer une diminution de l'activité. En plus des comportements, on peut observer des réponses physiologiques du corps lorsque les animaux éprouvent de la douleur. Chez les animaux, comme chez les humains, la douleur provoque généralement une libération de cortisol, une hormone associée au stress. Les conséquences de la libération de cette hormone son# La complexité de la sensibilité animale : entre tonte, pisciculture et éthique scientifique

La question de la perception de la douleur chez les animaux est devenue une préoccupation centrale au sein de nos sociétés contemporaines, influençant profondément notre rapport au vivant. Des profondeurs océaniques aux pâturages, en passant par les laboratoires de recherche, le changement de paradigme est manifeste : nous ne considérons plus les animaux comme de simples objets, mais comme des êtres vivants doués de sensibilité. Cet article explore les connaissances scientifiques actuelles sur la douleur animale et la manière dont cette reconnaissance transforme nos pratiques quotidiennes, de la gestion des troupeaux à la protection des espèces aquatiques.

Schéma illustrant les systèmes nerveux comparés chez les mammifères, poissons et invertébrés

La douleur : une réalité biologique au-delà des mammifères

Pour comprendre les enjeux éthiques, il faut d'abord définir ce que nous observons. Selon l'Association internationale pour l'étude de la douleur (IASP), la douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à des lésions tissulaires réelles ou potentielles. Les scientifiques utilisent plusieurs critères pour déterminer si un animal ressent la douleur. L'un des principaux indicateurs est le comportement. Des études menées sur des rongeurs ont montré que ces animaux modifient leur comportement après des procédures douloureuses.

En plus des comportements, on peut observer des réponses du corps lorsque les animaux éprouvent de la douleur. Chez les animaux, comme chez les humains, la douleur provoque généralement une libération de cortisol, hormone associée au stress. Les conséquences de la libération de cette hormone sont assez larges. Le cortisol diminue la réponse immunitaire, entraîne une diminution du nombre de globules blancs et les centralise dans les ganglions, diminue l'appétit, limite l'envie de reproduction. Tout se passe finalement comme si l’organisme abaissait son activité pour utiliser son énergie pour la guérison.

Le cas des espèces aquatiques

Les poissons ressentent-ils la douleur ? Oui, nous sommes une majorité de chercheurs du monde entier à considérer que les poissons ressentent la douleur, tout comme les céphalopodes (poulpes, calmars, seiches…) et les crustacés (crabes, crevettes, écrevisses, homards, langoustes). Ces animaux ont un système nerveux suffisamment développé pour ressentir la douleur et des émotions, notamment des émotions négatives comme la peur et l’anxiété qui peuvent conduire à des états de stress.

En 2009, des travaux menés par l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) ont permis de dresser un premier état des lieux des connaissances sur le concept de douleur chez les poissons. Enrichis d’études réalisées plus récemment, ces travaux démontrent, par des preuves neuro-anatomiques, physiologiques et comportementales, que les poissons ressentent la douleur. Il n’en reste pas moins que certains auteurs questionnent ces preuves et ont d’ailleurs récemment publié un article listant « les raisons d’être sceptiques quant à la souffrance et la douleur chez les poissons et les invertébrés aquatiques ».

Les poulpes, des cerveaux plein les bras

Statut juridique et bien-être animal

Au niveau de l'Union européenne, et en droit français, les poissons au même titre que les autres animaux sont reconnus comme des êtres sensibles et les États membres doivent tenir pleinement compte de leur bien-être dans leur politique. La directive européenne de protection des animaux dans les élevages s’applique aussi aux poissons, et stipule que « les États membres prennent des dispositions pour veiller à ce que les propriétaires ou les détenteurs prennent toutes les mesures raisonnables pour assurer le bien-être des animaux dont ils ont la garde et pour s'assurer que ces animaux ne subissent aucune douleur, souffrance ou blessure inutile ». De fait, cette obligation ne concerne que les pisciculteurs (« propriétaires et détenteurs » des poissons) et non les pêcheurs considérés comme des « cueilleurs ».

Ces travaux de l’EFSA de 2009 sont encore aujourd’hui le point d’ancrage des recommandations européennes en termes d’élevage et d’abattage des animaux marins. Cependant, dans le cadre du programme « Farm to Fork » (De la ferme à la table), l’Union européenne a récemment sollicité l’EFSA pour mettre à jour la partie « bien-être » en élevage au regard de l’évolution des connaissances ces 13 dernières années sur plusieurs espèces : les saumons, les truites, d’autres espèces d’eau douce et les poissons marins. Il faudra cependant attendre 2029 au mieux pour que la réglementation européenne intègre ce nouvel état de l’art.

Défis de l’abattage et méthodes protectrices

Quelle que soit la méthode, l’abattage n’est jamais « doux ». On parle plutôt de méthodes « protectrices », qui infligent le moins de douleur et le moins longtemps possible. Le règlement européen exige que « toute douleur, détresse ou souffrance évitable est épargnée aux animaux lors de la mise à mort et des opérations annexes » (Règlement CE n° 1099/2009 du Conseil relatif à la protection des animaux au moment de l'abattage).

Ce qui implique d’étourdir les poissons avant de les tuer, une méthode protectrice que l’on applique en France aux mammifères et oiseaux, mais peu souvent aux poissons, et encore moins aux poissons marins. La plupart des pisciculteurs de poissons marins européens abattent en effet les poissons destinés à la consommation dans un mélange d’eau et de glace. Si le froid tétanise les poissons - et permet de bien conserver leur chair à 2°C comme le recommandent les normes sanitaires - il a été démontré par des électro-encéphalogrammes que leur cerveau reste actif et qu’ils restent conscients avant leur mort.

Ressentent-ils de la douleur (morsure du froid sur la peau, empilement…) et cela leur cause-t-il de la souffrance ? Les connaissances scientifiques issues de nombreuses disciplines convergent vers une réponse affirmative. En Norvège, les éleveurs de saumons étourdissent électriquement (électronarcose) avant de pratiquer une saignée. Côté pêche, certaines grandes industries sont sollicitées par leur clientèle, de plus en plus vigilante quant au bien-être des animaux, pour savoir comment les poissons sont mis à mort à bord des navires.

Infographie comparant les méthodes d'abattage (glace vs électronarcose)

La tonte des animaux à laine : soin ou maltraitance ?

Dans le contexte singulier de ce que l’on appelle aujourd’hui « le bien-être animal », la question nous a été posée de savoir si le fait de tondre un mouton pourrait être ou non, dans certains cas, un acte de maltraitance. Tous les animaux que l’on peut être amené à tondre - les moutons, les alpagas et certaines races de chèvres (angora ou mohair) - sont pourvus d’une toison destinée à les protéger. Ne pas tondre certains animaux pourrait être interprété comme une forme de négligence.

Ne pas les tondre, au bon moment, et selon des méthodes éprouvées (en faisant appel à des gens expérimentés) pourrait, notamment dans les cas extrêmes, être assimilé à une forme de maltraitance, susceptible de faire l’objet de poursuites pénales. La tonte de leurs animaux devient alors une nécessité, très largement compensée par l’obtention d’une laine de qualité. Mais la pire situation, lors de la tonte, est celle qui est liée à leur contention, souvent défectueuse.

La maîtrise de l’animal - qui doit avoir le moins peur possible - doit aller de pair avec la technicité, le geste sûr, la précision, la patience et la douceur du tondeur. Quand cela est fait dans les règles de l’art, il y a une véritable harmonie entre l’opérateur et l’animal. Par contre, lorsque le tondeur est inexpérimenté, brutal, ou équipé d’un matériel inapproprié, cela devient un calvaire.

Le principal écueil des concours de tonte réside dans la vitesse d’exécution, puisque la rapidité est l’un des critères retenus pour désigner les vainqueurs. Cette rapidité-record se trouve ainsi en totale contradiction avec le concept littéral du bien-être des animaux. La dextérité du tondeur et la parfaite exécution de la tonte, sans éraflures ni blessures, ne seraient-elles pas des critères amplement suffisants pour départager les meilleurs candidats ?

Recherche scientifique et éthique

À l’Ifremer, nous respectons les règles édictées par la Directive Européenne 2010/63/UE relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques. La « règle des 3 R » est systématiquement appliquée : Remplacer, Réduire et Raffiner. L’Ifremer a également signé en 2021 la charte de transparence sur l’expérimentation animale réaffirmant ainsi sa volonté d’exemplarité.

Les scientifiques travaillent à la rédaction d’un guide interne de « bonnes pratiques » qui inclura des réflexions et propositions pour améliorer nos pratiques au-delà de la réglementation actuelle. Une étude récente co-portée par l’Ifremer a montré qu’il est possible d’effectuer des biopsies de muscles sur des poissons sans altérer leurs performances métaboliques et physiques. Ces échantillonnages non-létaux permettraient de réduire le nombre d’individus utilisés en expérimentation, mais aussi d’éviter le sacrifice d’animaux sauvages.

La multiplication des reptiles comme nouveaux animaux de compagnie (NAC) a également amené la médecine vétérinaire à interroger le ressenti de la douleur chez ces animaux. Leur système nerveux central, jugé primitif en comparaison de ceux des mammifères, semblait confirmer l’hypothèse d’insensibilité. Mais des tests de réactions à des substances anti-douleur montrent des effets, ce qui laisse penser que les serpents ressentent la douleur.

Fondements philosophiques et implications sociétales

Les travaux du philosophe Jeremy Bentham, né en 1748 et mort en 1832, sont souvent citées pour alimenter les réflexions dans ce domaine. Il a formulé l'idée que ce qui compte moralement, ce n'est pas la capacité de penser ou de parler, mais la capacité de souffrir. Les partisans des droits des animaux vont plus loin, affirmant que la capacité à ressentir la douleur donne aux animaux certains droits inaliénables.

Dans le domaine agricole, reconnaître que les animaux ressentent la douleur a conduit à des améliorations dans les pratiques d'élevage. De nombreux pays ont adopté des réglementations exigeant des méthodes d'abattage plus humaines. Pour les animaux domestiques, comprendre qu'ils ressentent la douleur a des implications pour les soins vétérinaires. Les propriétaires d'animaux sont encouragés à surveiller les signes de douleur chez leurs animaux et à consulter un vétérinaire en cas de doute.

La tonte des animaux - souvent opportune et parfois nécessaire - devient alors véritablement, si elle a d’abord été un acte de bientraitance, un élément de bien-être, en tous points conforme à l’esprit et à la lettre du désormais célèbre article 515-14 du Code civil : « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité ». La question de savoir si les animaux ressentent la douleur est une préoccupation qui croît, impactant la façon dont nous traitons les animaux dans divers contextes, de l'agriculture à la recherche scientifique en passant par les soins vétérinaires.

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