Le compostage est bien plus qu'une simple gestion des déchets organiques ; c'est une véritable fenêtre ouverte sur l'extraordinaire activité du sol. Les êtres vivants du compost sont en fait les mêmes que ceux constituant la faune du sol, appelée « pédofaune ». Ils sont organisés en une extraordinaire chaîne alimentaire, composée d’un nombre incalculable d’organismes. La différence principale entre la biodiversité d’un sol et celle d’un compost étant la concentration plus élevée des organismes dans le compost. N’importe qui a ouvert un jour un tas de compost a pu s’émerveiller du grouillement de vie qu’il y a à l’intérieur. Véritable écosystème, le compost grouille de vie !

La microflore : Le moteur invisible du compostage
Le processus de décomposition repose d'abord sur des acteurs microscopiques. Difficiles à observer à l’œil nu, les bactéries, protozoaires et autres levures ont un rôle très important dans le compost.
Les bactéries sont de tailles variables (de l’ordre de quelques microns) et de formes diverses, souvent filamenteuses. Elles sont toujours présentes dans la masse des déchets organiques dès le début du processus. Elles restent actives durant tout le compostage et en particulier à température élevée. Elles se multiplient très rapidement. L’action des bactéries fait monter en température la matière, c’est pour cela que le compost « fume » en hiver !
Les champignons, plus grands que les bactéries, agissent surtout sur les matières qui résistent aux bactéries, principalement les matières composées de celluloses. Ils ont donc un rôle capital. Cependant, ils ne résistent pas à des températures supérieures à 50°C; ce qui explique qu’on les retrouve plus particulièrement en périphérie du compost.
Les actinomycètes sont également très présents ; ce sont en fait des bactéries filamenteuses évoluées, qui sont devenus commensales ou symbiotes. Ils agissent plus tardivement que les bactéries et les champignons et se multiplient moins rapidement. Ils sont actifs dans les derniers stades du compostage.
La mésofaune et la macrofaune : Les ingénieurs du tas
Une fois l’action des micro-organismes passée et que la température redescend, place aux macro-organismes ! Seule la macrofaune est visible à l’œil nu (animaux de 2 à 20 mm). La mésofaune, quant à elle, est composée d'animaux dont la taille est comprise entre 1 et 2 millimètres, souvent observables à la loupe.
Les décomposeurs spécialisés
Les cloportes sont des crustacés terrestres qui fragmentent les déchets organiques en plus petits morceaux. Ils sont très friands de tout ce qui contient de la lignine. Les mille-pattes ou myriapodes mangent des choses très dures comme du bois. Il existe plusieurs types de « mille-pattes » : iules, scutigères, scolopendres, centipèdes. Certains décomposent la matière organique, d’autres sont prédateurs. Les collemboles, minuscules (inférieurs à 1 mm), se nourrissent des parties tendres de la matière organique. Ils sont d'ailleurs souvent qualifiés de « pros du compostage ».

Les vers : Les alliés du jardinier
Les vers de fumier (Eisenia fetida), mesurant environ 40 à 50 mm, sont les stars du compost. Ils ne sont pas des vers de terre classiques (Lumbricus terrestris), mais des vers « épigés » vivant en surface. Leur zone de confort se situe entre 15 et 25°C. Ils sont particulièrement efficaces dans la dégradation des matériaux organiques tendres et humides. Il est fréquent d’observer leurs cocons jaune orangé dans le tas.
Insectes et larves : Entre visiteurs et résidents
Le compost attire de nombreux insectes. Les cétoines adorent venir pondre dans le compost. Leur larve, blanche, avec une petite tête et un gros abdomen, participe activement à la décomposition. Il ne faut surtout pas les détruire ! Attention à ne pas les confondre avec la larve de hanneton, qui est jaune, lisse, avec de longues pattes et une tête plus grosse, et qui peut causer des dégâts au jardin.
On rencontre aussi des staphylins, des coléoptères noirs et véloces, ou encore les larves de mouche-soldat. Ces dernières consomment une grande quantité de nourriture en un court laps de temps. Elles sont très voraces et accélèrent la décomposition de la matière.
Quelle est la différence entre le hanneton et le charançon ?
Les visiteurs de grande taille : Les hôtes surprises
Parfois, certains squatteurs plus gros nichent dans le compost. Le compost peut héberger de nombreux animaux : musaraignes, souris, campagnols, orvets, voire hérissons.
Analyser la présence des rongeurs
Quand on composte, on a parfois affaire à quelques habitants surprises ! S’il s’agit d’un petit rongeur comme un mulot ou une musaraigne, cela n’est pas vraiment embêtant. Ils font des galeries et donc aèrent, grignotent les restes… pour moi c’est un partenariat gagnant. Ils permettent d’éliminer ou de réduire les déchets organiques les plus durs.
Pour les rats, c'est différent. Ils véhiculent beaucoup de peur. Si l'on souhaite éviter leur présence, la solution est de mettre un grillage très fin à la base du composteur, ou de ne pas laisser de nourriture accessible. Cependant, il faut être conscient que les animaux bougent, et que ces squatteurs repartent souvent d'eux-mêmes.
La faune prédatrice
Les carnivores comme les hérissons ou les orvets débarrassent le tas de compost de nombreux invertébrés, jouant un rôle de régulateur naturel. Les orvets sont fragiles : n’essayez pas de les saisir, vous pourriez les casser.
La dynamique de vie : Un équilibre fragile
Le type de matières organiques mises à composter (fumier pailleux, restes de cuisine, cartons, feuilles mortes) va influencer la communauté de microorganismes qui se développera. Dans les composts bien mouillés et aérés, la température s’accroît rapidement jusqu’à environ 60°C, signe d’une intense activité biologique. La compétition pour les nutriments est telle que les microbes pathogènes sont détruits lors de la fermentation.
La variation de température au cœur du compost induit une succession de populations microbiennes mésophiles, puis thermophiles et de nouveau mésophiles. Après ces phases de dégradation, les microbes réorganisent la matière en grumeaux épais et gras, créant une structure idéale.

Le compost est donc une source de biodiversité : en plus d’être un engrais naturel utile pour vos plantations, il est un habitat précieux pour la petite faune environnante. Acceptons ces petits animaux dans le tas de compost, ils y ont une parfaite légitimité ! Que ce soit les bactéries infatigables, les collemboles invisibles, les larves de cétoines ou même les mulots visiteurs, chaque habitant contribue, à son échelle, à transformer nos déchets en une substance brun foncé qui sent bon les bois.