L'Héritage d'Évelyne Leterme : Une Vie Dédiée à la Préservation du Patrimoine Fruitier

L'arboriculture contemporaine se trouve à la croisée des chemins, tiraillée entre des méthodes productivistes standardisées et la nécessité urgente de retrouver une harmonie avec le vivant. Cette problématique trouve une réponse structurée à travers la vision portée par Évelyne Leterme, figure emblématique de la sauvegarde des ressources génétiques fruitières en France. Son approche, qui mêle rigueur scientifique et sensibilité paysagère, constitue aujourd'hui un socle fondamental pour tous ceux qui souhaitent intervenir sur les arbres fruitiers de manière éclairée et respectueuse.

Portrait d'un verger conservatoire diversifié illustrant la richesse de la biodiversité fruitière

La nécessité d'une approche différenciée de l'arbre fruitier

Trop souvent, les interventions telles que la taille, la conduite ou la régénération sont réalisées de façon mécanique, sans tenir compte de la physiologie propre de l’arbre. Or, chaque arbre est un individu à part entière, dont les réactions aux gestes humains peuvent profondément influer sur sa vitalité, sa mise à fruit ou son dépérissement. Les arbres fruitiers ne peuvent être abordés comme des objets standards : leur conduite dépend de leur espèce, de leur âge, de leur vigueur, mais aussi de leur histoire et des interactions avec leur environnement.

Cette formation a été conçue pour répondre à un besoin croissant d’accompagnement des arboriculteurs, agroforestiers, maraîchers et porteurs de projets souhaitant intervenir de manière éclairée sur des arbres fruitiers aux situations variées. Elle propose une approche à la fois sensible et rigoureuse, fondée sur l’observation, la compréhension du vivant, et des gestes adaptés.

Évelyne Leterme : Un parcours entre génétique et transmission

Évelyne Leterme était consultante et formatrice en arboriculture fruitière agroécologique et en ressources génétiques fruitières. Elle proposait une activité de conseil à la création et gestion de collections de ressources génétiques fruitières et à la création et gestion de vergers agroécologiques paysagers ou productifs. Elle donnait des conférences sur l’ensemble de ces thèmes.

Son engagement a débuté bien avant la reconnaissance publique. Originaire de la Seine-et-Marne, elle a d'abord travaillé dans les Landes, où elle a rédigé une grande thèse universitaire sur la génétique végétale. C'est en 1979 qu'elle fera une première prospection en Lot-et-Garonne. Elle est la fondatrice et directrice retraitée du Conservatoire végétal régional d’Aquitaine (1979 - 2021). Co-fondatrice avec Jean Pernes, CNRS de Gif-Sur-Yvette, en 1983 de l’Association de Soutien au Conservatoire Végétal d’Aquitaine (1002 adhérents en 2017), dénommée Fruitiers & Patrimoine Vivant en 2023. Présidente de l’association Fruitiers & Patrimoine Vivant, juin 2023. Officier du mérite agricole janvier 2018, Lauréate de la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet pour la Vocation en 1983.

Schéma explicatif de la diversité génétique des variétés anciennes de pommiers

Le travail de fourmi : Sauvegarder pour transmettre

Le Conservatoire est un lieu singulier. Déjà par sa superficie. Sur près de 19 hectares, des arbres fruitiers en tous genres se mélangent, formant un paysage détonnant. On passe d'un coin réservé aux pommiers, à un autre pour les pruniers et quelques mètres plus loin à des plants de vignes. « Nous avons installé le conservatoire qu'en 1996, suite à la première Fête de l'arbre », se souvient Évelyne Leterme. « Ce fut un travail de fourmi. Aller chez les agriculteurs, les particuliers, pour récupérer les différentes variétés. Notre objectif, c'est de valoriser et de sauver le patrimoine végétal ! »

« 1982 : la vision de ce paysan d’autrefois cultivant le maïs avec un outil venu de la nuit des temps, m’a semblé anachronique alors que ses proches voisins de la Haute-Lande exploitaient des centaines d’hectares avec du matériel de grosse dimension. » Cette conviction qu’elle exprimait en 1982 - ce rôle de lien entre passé et avenir - est devenue sa mission au fil du temps.

Adapter les méthodes à un environnement changeant

La femme a une passion, celle de transmettre ses connaissances. Elle a écrit, depuis sa nomination à la tête du Conservatoire, cinq livres. « Ce sont des ouvrages de différents styles. Il y en a un où j'explique les greffes des variétés, un autre où je raconte l'histoire des fruits anciens, etc. » Ce qu'elle a instauré également, ce sont les cours, les ateliers pour apprendre comment préserver les arbres fruitiers.

« Tout au long de l'année, nous accueillons des stagiaires, de la France entière. On leur apprend différentes techniques, dans le respect de la nature. Car les méthodes ont évolué depuis le temps où étaient cultivées ces anciennes variétés. On ne peut pas cultiver comme avant. L'environnement n'est plus le même. Les parasites sont plus nombreux et les saisons ne sont plus celle d'autrefois. L'autrefois n'existe plus. »

Comprendre les arbres pour mieux les tailler – Formation fruitiers avec Julien Coirier

L'impact et la pérennité de l'œuvre

L'organisme est d'ailleurs autofinancé à 75 %, et la directrice était loin d'imaginer, à l'époque, le rayonnement actuel. « Nous avons des antennes un peu partout dans la région. Notre savoir-faire et notre volonté de préservation se sont répandus. C'est l'une de mes fiertés. » Une femme de conviction qui a su imposer sa volonté. Et le nombre de variétés sauvées prouve que son combat n'a pas été vain. Et ce combat n'est pas fini.

Nous avons le regret de vous informer du décès de notre présidente, Evelyne Leterme, en Seine-et-Marne, alors qu’elle était partie y donner une formation. Nous lui serons à jamais reconnaissants pour tout ce qu’elle a accompli pour la sauvegarde et la diffusion du patrimoine fruitier en France. Merci de tout cœur à Evelyne d’avoir été ce lien pour nous, d’avoir patiemment rassemblé ce patrimoine pour nous le transmettre, à nous ainsi qu’aux générations à venir.

Les témoignages des participants soulignent l'importance de son œuvre : « MERCI madame Leterme. Quel travail fait et quel travail à faire encore !!! La diversité du patrimoine génétique permet sans doute d'espérer de belles créations à venir grâce et dans le respect des espèces anciennes », confie Paul. Un autre utilisateur ajoute : « Merci, c'est sur les travaux de Évelyne Leterme que nous avons mis en place toutes nos haies fruitières ».

Le Conservatoire comme vitrine vivante du patrimoine

C'est le branle-bas de combat. Des dizaines de bénévoles s'affairent sur le site du Conservatoire végétal régional, à Montesquieu. Le site se prépare à accueillir près de 7 000 visiteurs en un week-end, pour ce qui est la vitrine du conservatoire, la Fête de l'arbre. Au milieu de cette grande organisation, une femme impose la marche à suivre. Elle, c'est Évelyne Leterme, la première à avoir mis les pieds sur le site de ce conservatoire et à avoir mis sur pied cette manifestation.

« Ça a tout de suite marché. La Fête de l'arbre a été créée en novembre 1995, avant la création du Conservatoire. On avait une exposition de fruits et quelques exposants. Les visiteurs venaient déjà de loin. Aujourd'hui, ce sont sept mille visiteurs qui viennent chaque année. » Cet événement, véritable moteur de sensibilisation, démontre que la préservation n'est pas une mise sous cloche, mais un processus vivant qui nécessite une adhésion du public et des professionnels.

Photo de la Fête de l'arbre à Montesquieu, illustrant l'affluence et l'intérêt du public

La dimension technique : De l'identification à la gestion

Même si elle ne connaît pas, encore, tous les secrets des variétés d'arbres fruitiers, Évelyne Leterme voulait rendre service aux particuliers. « Il y a des gens qui viennent avec des fruits, et qui ne savent pas à quelle variété ils appartiennent. Nous essayons de la déterminer, selon plusieurs critères. » Cette rigueur scientifique appliquée au quotidien permet de maintenir une base de données vivante, indispensable à la pérennité des espèces.

L'approche de gestion des vergers, qu'ils soient paysagers ou productifs, repose sur cette connaissance intime des variétés. Elle permet d'éviter l'écueil de la standardisation et de favoriser des systèmes agroécologiques résilients, capables de s'adapter aux aléas climatiques et sanitaires actuels. La transmission de ces savoirs techniques, par le biais de formations et d'ateliers, reste le meilleur rempart contre la perte de biodiversité cultivée en France.

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