
L'art du bonsaï, cet univers fascinant où la nature est sculptée en miniature, attire de nombreux passionnés. Si pour le commun des mortels bonsaï rime avec Orient, il convient d'aller un peu plus loin : ainsi vous découvrirez que le monde entier s'intéresse aux bonsaïs comme un art à part entière. Bien que cet art asiatique ait été étudié et raffiné pendant des siècles, il est tout à fait possible de cultiver un arbre par soi-même. On n'a pas de bonsaïs par hasard ; il s'agit d'une démarche artistique sur le vivant, un loisir certes prenant mais passionnant. Cet article explore les différentes manières de créer un bonsaï, en se concentrant particulièrement sur la culture à partir de semis, la voie royale du bonsaï qui offre un contrôle quasi-total sur tout le développement de l'arbre.
Choisir son point de départ : Les différentes approches pour créer un bonsaï
Il y a de nombreuses façons de créer un bonsaï, chacune ayant ses avantages et ses défis. Que vous soyez débutant ou plus expérimenté, le choix de la méthode dépendra de votre patience et de vos objectifs.
Le semis : La voie royale de la patience et du contrôle
Beaucoup de débutants dans l’art du bonsaï veulent former leurs premiers arbres à partir de semis. Cultiver un bonsaï à partir d'une graine est considéré comme la voie royale du bonsaï, car cela vous donne un contrôle quasi-total sur tout le développement de l’arbre. Cela permet également d’économiser les premières années de culture. Néanmoins, le semis est LA véritable école de patience. N’espérez pas obtenir quelque chose qui ressemble à un bonsaï avant 10 ans de bonne culture. Pour l’amateur qui se lance dans le bonsaï, vouloir partir uniquement de semis est une erreur si l’on souhaite un résultat rapide. Il faut plutôt voir le semis comme une activité complémentaire ou un amusement sans prétention. Au Japon, certaines pépinières sont spécialisées dans le semis ; elles ne font que ça. Lorsque le plant a commencé à grossir, c’est une nouvelle pépinière qui prendra le relais pour l’amener au stade de pré-bonsaï, illustrant la segmentation du processus de formation. Ce n'est pas pour autant que vous devez vous décourager. Restez humbles, car pour beaucoup d’entre vous, le bonsaï n’est qu'un loisir. Vous ferez certainement des erreurs sur vos premiers semis, mais ce n’est pas grave.
Bouturage et marcottage : Des alternatives plus rapides
Le bouturage est également tout à fait envisageable pour obtenir un bonsaï. L'avantage de cette technique est qu'elle donne accès à des essences non spontanées dans la nature ou les jardins, et elle est plus rapide que le semis. Le marcottage se pratique au printemps et est assez facile à réussir chez les espèces qui s’y prêtent, notamment les feuillus. Chez les conifères, il faut compter un à deux ans pour avoir suffisamment de racines, contre 1 à 6 mois pour un feuillu. L'inconvénient est qu'il faut avoir l’arbre « père » sous la main. Dans le cas d’un bouturage ou d’un marcottage, il faudra attendre que les jeunes plants se soient bien enracinés et qu’ils aient bien redémarré avant de commencer à les tailler ; comptez entre 1 et 2 ans de culture avant toute intervention.
Partir d'un jeune plant : Gagner du temps
À l’opposé, lorsque vous partez d’un plant de jardinerie, ou d’un yamadori (un prélèvement sauvage), vous devez composer avec ce que vous avez. Cependant, pour des raisons principalement économiques, les producteurs ne prennent pas en compte les contraintes propres à la culture des bonsaï au niveau des racines de l’arbre. Tout le travail sur le pain racinaire est alors à reprendre, et le réel gain de temps par rapport aux semis est alors loin de nos espoirs. Pour les débutants, il est conseillé d'opter pour cette solution après s'être "fait la main" sur des boutures ou des semis, ou si l'on est pressé. Un prélèvement d'un jeune plant dans la nature permet de gagner quelques années. En France, il faut en principe obtenir l’autorisation de l’État ou du propriétaire du terrain. Les feuillus supportent généralement mieux la transplantation que les conifères, dont le prélèvement s’avère plus délicat.
Le choix de l'essence : Adapter l'arbre à l'art et à l'environnement
Le bonsaï n'est pas une espèce particulière d'arbre, mais un art botanique possédant une manière bien spécifique de faire pousser la plante. Si l’on peut théoriquement faire un bonsaï avec quasiment n’importe quelle plante ligneuse, dans la pratique certaines sont plus adaptées que d’autres.
Critères de sélection
Certains critères doivent être respectés pour obtenir un bonsaï réussi : une bonne réaction à la taille des racines, une bonne cicatrisation lors de la taille des branches, et la capacité à réduire la taille des feuilles en cohérence avec les futures dimensions du bonsaï. Le feuillage a également son importance : les espèces à petites feuilles (ou aiguilles) comme le buis, l’if ou le charme sont plus adaptées à la formation d’un bonsaï harmonieux que celles à larges feuilles, telles que le platane ou le marronnier. La longueur des entre-nœuds est aussi à prendre en compte : plus les nœuds sont rapprochés sur le rameau, meilleur sera le résultat.
Essences recommandées pour le semis
Pour obtenir de bons résultats, privilégiez les arbres qui poussent à côté de chez vous. Promenez-vous en forêt, dans les parcs, regardez ceux qui poussent à l’état naturel ou qui sont utilisés en ornement. Il y a également des essences qui ne sont pas faciles à faire germer, et qu’il est plus facile de multiplier par bouture (par exemple le genévrier). Voici une liste non exhaustive d'essences intéressantes à semer pour créer un bonsaï : érables du Japon, érable champêtre, charme, hêtre, aubépine, pyracantha, pommier Everest ou Coccinella, tilleul, micocoulier, chêne pédonculé.
Adapter l'essence à votre environnement
Il est crucial de choisir une essence d’arbre qui convienne à votre environnement. Si vous désirez conserver l’arbre à l’intérieur, vos options seront limitées aux bonsaïs subtropicaux qui peuvent vivre à l’intérieur (ficus, bougainvillée, gardénia…). Ces arbres nécessitent souvent beaucoup de lumière et une température relativement élevée. Si vous souhaitez mettre votre bonsaï à l’extérieur, la majorité des arbres non-tropicaux pousseront parfaitement bien tant qu’ils sont protégés de l’ensoleillement intense ou des températures glaciales. Un bon choix est de choisir une essence indigène.

De la graine au plant : Les premières étapes de la germination et du repiquage
Tout commence par une graine, que vous pouvez acheter auprès de revendeurs spécialisés ou tout simplement ramasser dans la nature. Pour optimiser vos chances, préférez ramasser les graines à maturité directement sur l’arbre, sur les branches les plus hautes. Un point essentiel à préciser : les graines de bonsaï n’existent pas. Lorsque vous semez une variété greffée, vous retomberez sur la variété souche.
La stratification : Simuler l'hiver
Pour faire germer une graine, il est nécessaire de provoquer leur « réveil ». Car vous avez certainement remarqué que les graines tombent au sol à l’automne mais ne germent qu’au printemps. Pour assurer une bonne germination, il est donc nécessaire de « donner un coup de froid » aux graines, pour leur faire comprendre que c’est l’hiver, puis des températures plus douces. On appelle cela la « stratification ».
Il existe plusieurs méthodes de stratification :
- Semis à l'automne en extérieur : Semez à l’automne et laissez vos bacs dehors, en les protégeant des pluies prolongées (préférez un arrosage à la main quand le dessus du substrat est sec).
- Stratification froide en réfrigérateur : Mélangez les graines dans un sachet plastique contenant du sable légèrement humide et placez le tout pendant 2 mois dans le bac à légumes de votre réfrigérateur.
Certaines graines demandent également un peu de préparation avant de les semer, notamment celles des arbres à fruits, comme les pommiers (Malus Everest ou Coccinella). Il est conseillé d’ouvrir les petites pommes pour en extraire les petites graines qui s’y trouvent.
Comment débuter dans les semis de Bonzaï ?[PEARLTV.FR]
Le repiquage et la coupe du pivot : Façonner les racines
Lorsque vos plants ont fait au moins deux paires de feuilles, il est temps de les repiquer dans des petits pots individuels. Il y a une étape essentielle à faire à ce moment : couper la racine pivot. C’est la grosse racine, prolongement du tronc, qui va chercher à s’enfoncer dans le sol pour bien ancrer l’arbre. Ce que nous voulons, c’est avoir des racines qui partent en étoile autour du tronc. En coupant le pivot au-dessous de petites racines latérales, vous allez stimuler ces dernières, et elles vont prendre le relais. Utilisez un cutter avec une lame propre, et taillez environ 1 centimètre au-dessous des racines latérales. Certains de vos plants ne vont pas supporter cette coupe du pivot, il est normal d’avoir de la perte. Ceux qui résistent sont les plus vigoureux.
La formation du tronc et des branches : Les techniques fondamentales
Dès lors que l’on a acheté ou cultivé un arbre, c’est le moment de commencer à le mettre en forme et à l’entretenir. C’est la partie créatrice de la culture du bonsaï, mais aussi la plus difficile. Néanmoins, même s’il a fallu plusieurs décennies pour affiner les techniques comme la taille et la ligature, quelques fondamentaux peuvent être enseignés et appris assez aisément.
La mise en forme initiale et les styles
Lors du repiquage et de la coupe du pivot, commencez à donner une forme à ce qui deviendra le tronc. N’oubliez pas que lorsque le plant va grossir, la courbe que vous donnez s’atténuera. Si votre objectif est de créer un bonsaï dans un style droit (CHOKKAN) ou dans un style « balai » (HOKIDACHI), ce sera l’inverse. Vous utiliserez la ligature pour que le tronc reste rigoureusement droit.
Une des difficultés de créer un bonsaï à partir d’une graine est que vous devez avoir une idée plus ou moins précise de la forme que vous voulez obtenir. Bien sûr, vous pouvez laisser pousser et voir dans quelle direction l’arbre va vous mener. Évidemment, la forme choisie doit se faire dans le respect de l’essence. Une forme en cascade donne rarement de bons résultats avec les érables. Vous devez également savoir quelle sera la hauteur finale de votre bonsaï, quel diamètre de tronc vous voulez obtenir. Avoir une idée de ce que l'on veut obtenir n'est pas non plus savoir précisément où vont se situer les branches et comment elles vont être.
Partir de petits plants permet également de former facilement des bonsaïs multi-troncs, ou des bosquets. Dans ce style, il faut vraiment que les troncs soient fusionnés à la base. Ces multi-troncs peuvent également être utilisés dans la création d’une forêt en bonsaï. Cela amène une touche esthétique supplémentaire que l’on ne voit que trop rarement. Il existe de nombreuses formes de bonsaï, chacune ayant ses propres caractéristiques. Les styles les plus courants sont le chokkan (droit formel), le moyogi (droit informel), le shakan (incliné), le han-kengai (semi-cascade) et le kengai (style cascade).

Les méthodes de croissance et de taille
Après une année de pousse, vous avez des tas de petits arbres qui ne demandent qu’à être travaillés. Pour cela, il y a deux méthodes principales, et l’une n’est pas meilleure que l’autre. D’une façon générale, le principe est de laisser pousser pour faire grossir, tailler, laisser pousser, tailler.
Méthode douce : Croissance et raccourcissement hivernal
La première méthode consiste à laisser pousser le tronc jusqu’à la hauteur voulue. Les branches ne seront pas systématiquement taillées une fois arrivées à la longueur souhaitée. Il faut plutôt les laisser pousser pendant toute la saison, puis les raccourcir pendant l’hiver. Cette méthode permet un travail tout en douceur, sans avoir de grosses cicatrices, et donne un résultat très naturel, avec des courbes douces et élégantes. Par contre, le travail de formation est plus long, et ce n’est pas forcément une méthode adaptée si vous souhaitez former un arbre avec un gros tronc trapu.
La méthode "Clip and Grow" : Pour des troncs plus épais
La seconde méthode consiste à faire le « clip and grow » sur le tronc et les branches. Vous laissez pousser le tronc jusqu’à la moitié du diamètre souhaité, puis vous le rabattez fortement. Des bourgeons vont apparaître sur le bois nu. Puis vous laissez pousser, le prolongement du tronc et les branches, et vous taillez à nouveau. Cette méthode fonctionne bien si vous souhaitez obtenir un gros tronc, mais l’essence choisie doit pouvoir rebourgeonner facilement sur le vieux bois. C’est très souvent le cas des feuillus, mais plus rarement des conifères. Les mouvements obtenus sont beaucoup plus marqués que par la ligature. En effet, vous faites la continuité du tronc ou d’une branche en utilisant un rameau qui n’est pas directement dans le prolongement, mais fait un angle. Le gros inconvénient est cependant que vous allez avoir de grosses cicatrices, qui ne sont pas toujours évidentes à refermer.
La ligature : Orienter la croissance
La ligature constitue un complément presque indispensable à la taille pour les conifères, mais elle est applicable à toutes les essences. C’est une technique utilisée pour mettre en forme les branches d’un bonsaï. Elle consiste à enrouler avec précaution des fils d'aluminium anodisé (ou de cuivre recuit) autour des branches, il est possible de les plier et de les mettre en forme, au moins en partie. Choisissez le bon diamètre de fil en fonction de l'épaisseur de la branche et pensez à ne pas trop serrer la ligature. La ligature peut être appliquée à n’importe quel moment de l’année, mais il faut la retirer avant qu’elle ne blesse les branches qui s'épaississent. Durant les semaines suivantes, surveillez la ligature pour ne pas qu’elle s’incruste (c’est aussi pour ça qu’il faut la faire très lâche).
La culture en pleine terre : Accélérer la croissance du tronc
Il n’y a pas de méthode absolue pour donner une forme au tronc et aux branches. Si vous le laissez dans un petit pot, sa croissance va être limitée. À l’opposé, plus un arbre a de l’espace pour que ses racines se développent, plus il va pousser et grossir. Si votre objectif est de créer un bonsaï avec un gros tronc, un passage en pleine terre permet d’aller plus vite.
Tout d’abord, précisons qu’il est inutile de mettre vos plants de l’année en terre. Il est préférable de les cultiver au moins 2 ou 3 ans en pot, pour qu’ils prennent de la force. Lors de la première année en pleine terre, vous aurez l’impression que votre arbre ne pousse pas de façon vigoureuse. C’est normal, les racines s’installent. Le problème de la culture en pleine terre, c’est que le développement est (trop) rapide. Vous allez avoir de longs entre-nœuds, de grosses racines vont filer dans la terre. C’est le prix à payer pour un grossissement rapide du tronc. Dans notre pépinière, certains de nos bonsaïs ont passé quelques années en terre. Notre objectif était de former un gros tronc, rien de plus. Ensuite, nous les cultivons dans de grands pots afin de former les branches.
L'entretien et l'affinage : Les clés de la longévité
Les techniques d'horticulture qui s'appliquent aux bonsaïs permettent d'obtenir des bonsaïs de toute beauté qui vieilliront… et vous survivront ! Les bonsaïs sont des organismes vivants dont il faut apprendre à connaître le fonctionnement pour lui offrir les meilleures conditions au niveau du sol et de l'environnement.
Le rempotage : Un renouvellement vital
Le travail sur le racinaire doit être régulier. Tous les 2 ou 3 ans, rempotez vos bonsaïs en taillant les racines qui plongent, raccourcissez celles qui poussent plus à l’horizontal. Les rempotages sont également l’occasion de construire la partie visible des racines, juste à la base du tronc. Cette zone, « départ des racines » ou « nebari » en japonais, donne une image d’ancrage solide du bonsaï au sol et rend plus vraisemblable la vision miniature d’un arbre mature. Choisir le bon mélange de substrat et rempoter régulièrement est primordial pour garder votre arbre en bonne santé.
Le substrat : Un environnement adapté
Le substrat devra être drainé, aéré et léger. On préférera des apports très réguliers d'engrais organiques à un substrat très nourrissant, afin d'adapter les apports au cycle végétatif de l'arbre. Soignez cependant sa qualité, car les bonsaïs n'ont que très peu de terre à leur disposition. On trouve parfois en jardinerie des substrats spécifiques adaptés aux bonsaïs, importés du Japon (akadama, kanuma…). Ces terres naturelles sont onéreuses : réservez peut-être l'investissement pour plus tard, lorsque votre arbre sera installé dans un vrai pot à bonsaï. En attendant, préparez votre propre mélange, par exemple :
- Pour les feuillus : 1/2 de terre de jardin, 1/4 de sable de rivière assez fin, 1/4 de terreau horticole.
- Pour les conifères : 3/4 de terre de jardin, 1/4 de sable de rivière.
- Pour les arbres à fleurs et à fruits : 1/2 de terre de jardin, 1/2 de terreau horticole.
- Pour les bonsaïs d'intérieur (ficus, bougainvillée, gardénia…) : 1/4 de terre de jardin, 3/4 de terreau horticole.
L'arrosage : Un équilibre délicat
La fréquence à laquelle un bonsaï demande à être arrosé dépend de nombreux facteurs, comme l’essence de l’arbre, la taille du pot, la qualité du substrat et le climat. L’excès d’arrosage peut conduire à une pourriture des racines, l’une des plus grandes causes de mort. Comme ils sont plantés dans des pots relativement petits, les bonsaïs tendent à s’assécher très facilement. Une bonne règle pour l’arrosage est de vérifier les besoins en eau de l’essence de votre arbre, et lors de l’arrosage, de le faire abondamment (pour s’assurer que le substrat absorbe complètement l’eau). Assurez-vous que la totalité du système racinaire est bien humidifiée et pensez à ce que l'eau ne stagne pas dans le pot afin qu'elle ne fasse pas pourrir les racines. Pour les bonsaïs en intérieur, vous pouvez aussi les stimuler en reproduisant les conditions de leur habitat naturel. Pour ce faire, pulvérisez légèrement de l'eau sur les feuilles de temps en temps, comme une pluie pour revitaliser et enlever la poussière des feuilles.
La fertilisation : Nourrir la croissance
Comme l’espace des pots pour les arbres est limité avec peu de nutriments disponibles, la fertilisation avec de l'engrais pendant la saison de croissance est importante pour conserver la santé de l’arbre. Une fois par mois à partir du printemps (jusqu’en octobre), donnez-lui de l’engrais par très petites doses. À nouveau, cela dépend de l’essence de l’arbre ; quand, combien et à quelle fréquence il est approprié de mettre de l'engrais.
La taille d'affinage et la ramification
La prochaine étape est celle de l’affinement. C’est elle qui va transformer ce pré-bonsaï en bonsaï. Vous allez travailler la ramification, finir de fermer les cicatrices. Les rempotages seront plus espacés, il faut que les racines se retrouvent un peu serrées, qu’elles se développent moins vite et se divisent. Ce qui se passe au niveau des racines, se passe au niveau du feuillage. Les branches primaires sont en place à ce stade. Il s’agit maintenant de développer les branches secondaires (qui partent du tronc) et les tertiaires qui s’ancrent sur les secondaires. La ramification est obtenue par pincements successifs qui favorisent la division en deux de chacune des branches.
Impossible de ne pas aborder ici la question de la taille, nous direz-vous… Et pourtant, celle-ci est tellement cruciale qu'elle mériterait une fiche bien à elle, d'autant que les bonsaïs peuvent prendre des formes très variées. Certains auteurs en font des ouvrages complets, c'est dire la complexité de la question. Pour vous permettre de vous lancer, voici déjà quelques conseils basiques, que vous affinerez de vous-même au fur et à mesure :
- Intervenez rapidement sur les jeunes sujets, notamment ceux issus de semis (les boutures et marcottes, on l'a vu, ont besoin d'un an ou deux "avec la bride sur le cou" avant de subir leur première taille). Si vous laissez "filer" en hauteur les jeunes arbres, il sera difficile de corriger ensuite.
- Gardez en tête l'aspect qu'aurait l'arbre dans la nature, avec ses dimensions normales. Un bonsaï n'est pas un topiaire ! Sa silhouette, bien que miniature, doit être naturelle.
- Équilibrez la ramure : les branches doivent être disposées régulièrement autour du tronc, et sur plusieurs étages. Supprimez les branches qui se croisent, et pincez les rameaux pour favoriser la ramification. Pour les conifères, raccourcissez délicatement les jeunes pousses sans abîmer les aiguilles.
- Faites confiance à votre instinct, et n'ayez pas peur de mal faire ! La taille de structure est destinée à mettre en place l’architecture du bonsaï. Elle est l’occasion de finaliser la construction des branches primaires et du tronc. Cette étape constitue le moment à la fois le plus créatif et le plus déterminant de la mise en forme de l’arbre : des décisions trop hâtives peuvent nécessiter de revenir à des étapes précédentes pour reconstruire de nouvelles branches. Une des façons de l’aborder sereinement consiste à imaginer le bonsaï à un horizon de plusieurs années à travers un dessin. Il nous permettra de valider nos choix et garder un fil directeur pour les travaux des saisons suivantes. Au-delà des aspects esthétiques, la santé de l’arbre doit rester la préoccupation principale.

La patine du temps : L'évolution vers la maturité
Progressivement, la patine va apparaître sur l’arbre. L’écorce des pins va se craqueler, celle des érables du Japon va commencer à se griser. Ainsi, comptez au moins 15 ans pour obtenir un feuillu en bonsaï à partir d’une graine (érable du Japon, charme, etc.). La culture du bonsaï est un processus long qui peut prendre plusieurs années, voire des décennies. Ce qui fait la supériorité du Japon sur l’Europe, c’est qu’ils possèdent des bonsaïs cultivés depuis des décennies.
Les outils essentiels et les ressources pour débuter
Si vous décidez de vous lancer dans la culture du bonsaï, commencez alors par vous acheter un kit de base des principaux outils adaptés à cette culture. Il va de soi que le terreau et les substrats utilisés ont une importance dans la culture des bonsaïs, tout comme la juste dose de nourriture et d'arrosage : des excès peuvent être fatal à la plante. Pour les tailles conséquentes, il faut s’assurer d’utiliser une bonne pince concave pour couper branches épaisses. Les plaies creuses que ces outils laissent derrière eux cicatrisent nettement mieux que celles de sécateurs standards. Pour les tailles plus fines, des ciseaux fins sont idéaux.
Évidemment, mieux vaudrait que vous vous procuriez un guide d'entretien. Par exemple, Comment créer et entretenir vos bonsaïs de Peter Warren (Éditions Larousse) est une petite bible recommandée. Les premiers pas pour cultiver le bonsaï sont expliqués dans cette introduction ; culture, mise en forme et entretien. Bien que le bonsaï soit un art millénaire, démarrer cette occupation fascinante n’est pas si difficile ! Des cours en ligne spécialement pour les débutants sont disponibles, et le forum Bonsaï est un bon endroit pour demander conseil. Les clubs de Bonsaï locaux organisent également des cours et des ateliers et sont à recommander.