Le sol est un milieu vivant. Des millions d’espèces y habitent, aussi bien en surface qu’en profondeur. C’est un monde invisible, en trois dimensions, abritant une riche biodiversité. Ainsi, les 15 premiers centimètres du sol abritent environ 90% de la vie souterraine. Cette faune, très variée, constitue la pédofaune. La plupart des représentants sont des animaux microscopiques (quelques dixièmes de mm), souvent méconnus, mais indispensables. Ils contribuent au bon fonctionnement des écosystèmes dont l’une des principales fonctions est la formation de l’humus.
L’humus est la couche naturelle supérieure du sol, créée par la décomposition de la matière organique (feuilles, aiguilles, tiges…). Sous l’action combinée des invertébrés, des bactéries et des champignons du sol, la pédofaune contribue à transformer la matière organique en éléments minéraux : carbone (C), azote (N), phosphore (P).

La hiérarchie de la pédofaune : épigés, hypogés et endogés
La faune du sol se divise en trois grands groupes selon leur mode de vie et leur localisation habituelle.
Animaux épigés : les habitants de la litière
Il s’agit d’organismes présents dans la litière en décomposition, comme les tous petits collemboles, le cloporte ou bien le carabe qui est un coléoptère. Les collemboles sont des petits arthropodes sauteurs (2-3 mm) qui jouent un rôle écologique majeur dans le cycle de la matière organique. On trouve de 20 000 à 400 000 collemboles par m² de sol. La plupart sont saprophages. Le cloporte est le seul crustacé entièrement terrestre ; il est muni d’un exosquelette rigide et segmenté. Les carabes sont quant à eux de redoutables insectes prédateurs, de grande taille (15 à 40 mm) qui mangent de tout. On trouve en surface bien d’autres animaux comme les escargots, les limaces ou de nombreuses petites espèces d’araignées.
Animaux hypogés : les fouisseurs de surface
Ces animaux vivent juste en dessous de la surface du sol mais remontent parfois en surface. On trouve notamment la courtilière, un insecte de la famille des grillons qui creuse des galeries souterraines. La fourmi noire des jardins fait aussi partie des organismes hypogés ; elle installe ses colonies sous terre. La taupe d’Europe est un mammifère fouisseur dont la morphologie est particulièrement adaptée à la vie souterraine : un corps cylindrique, des yeux minuscules et des pattes antérieures en forme de pelle. Elle se nourrit principalement de vers de terre.
Animaux endogés : le monde profond
Les organismes endogés effectuent leur cycle vital à l’intérieur du sol sans jamais remonter à la surface. On trouve dans ce groupe des vers de terre beaucoup plus petits (entre 1 et 16 cm). Si les vers de terre sont les principaux représentants de ce groupe, on trouve également des coléoptères dépigmentés, dépourvus d’yeux et aptères, comme le staphylin de Païolive. Dans le sol vivent également les diploures et protoures, de petits invertébrés terrestres primitifs, entièrement blancs ou transparents.

Les vers de terre : piliers de la fertilité
Les vers de terre (lombrics ou vers anéciques) sont à la base des réseaux trophiques. Ces vers, de grande taille, transforment la matière organique végétale morte en humus. Ils peuvent représenter jusqu’à 80% de la biomasse du sol. Ils sont aussi une importante source de nourriture pour de nombreux animaux du jardin : hérisson d’Europe, taupe, orvet fragile et de nombreux oiseaux comme le merle noir ou le rouge-gorge familier. Les turricules sont leurs rejets qui forment des tourbillons de terre à la surface du sol, renfermant beaucoup d'éléments fertilisants comme l’azote ou le phosphore.
Le paillage : une pratique vertueuse pour la pédofaune
Parmi les pratiques plébiscitées par de nombreux jardiniers, le paillage comporte plusieurs intérêts : protéger le sol des gelées hivernales, de l'érosion et du phénomène de battance, y maintenir l'humidité et ainsi réduire la fréquence des arrosages, limiter les travaux de désherbage. Mais aussi favoriser la prolifération des auxiliaires.
Les différents types de paillis
- Paillage organique : Déchets verts du jardin (feuilles mortes, tontes, BRF), ressources locales (paille, foin, laine de mouton), ou produits du commerce (paillettes de lin, coques de cacao). Ils nourrissent le sol en se décomposant.
- Paillage minéral : Galets, pouzzolane, ardoise ou gravier. Durable et esthétique, il emmagasine la chaleur mais n'enrichit pas le sol.
- Paillage synthétique : Toile tissée, feutre géotextile. Efficace contre les adventices, mais présente bien moins d'intérêt pour la vie du sol.
Quels sont les différents types de paillage ? - Truffaut
Interactions biologiques et services écosystémiques
La faune du sol n'est pas qu'un simple observateur ; elle est un acteur clé de la production primaire. D'après le CNRS, en moyenne un hectare de sol contient une tonne de vers de terre.
Nutrition des plantes et recyclage
L'effet positif des vers de terre sur la croissance des plantes serait principalement dû à la modification de la disponibilité des nutriments. Les turricules fraîchement produits sont riches en ammonium issu de la minéralisation de la matière organique ingérée. Plus globalement, l’impact de la faune du sol sur la production primaire se manifeste par le recyclage des nutriments, l’entretien de la structure du sol, le contrôle des bioagresseurs et le support de biodiversité.
Bioturbation et structure du sol
La bioturbation est la formation, par l’action des êtres vivants, de biostructures et biopores dont les propriétés sont différentes de celles du sol environnant. L’activité fouisseuse des lombriciens aboutit à la création de macropores sous la forme de galeries. En prairie tempérée, la longueur totale des galeries peut atteindre 890 m par m² de sol. Ces galeries ont un rôle très important dans le fonctionnement hydrique des sols car elles constituent des voies d’écoulement préférentiel pour l’eau.

Vers une gestion écologique des espaces
Le sol est une couche à la surface de la Terre à l’interface entre la lithosphère et l’atmosphère. Dans le cadre de la stratégie Écophyto 2030, de nombreuses collectivités réduisent l’usage des pesticides et expérimentent des pratiques plus respectueuses du vivant.
Créer des refuges
Nos jardins, nos balcons, nos parcs sont des refuges pour les oiseaux, les insectes, la faune du sol. Réunis, ils forment ce que l’on appelle des corridors écologiques car ils permettent à la biodiversité de circuler. Tondre moins souvent, accepter des herbes folles, un coin de feuilles mortes ou un tas de bois, c’est offrir toit et couvert à une multitude d’espèces. La transition écologique des espaces verts est résolument collective. Partout en France, les communes, les jardiniers, les entreprises et les citoyens réinventent la manière de gérer la nature en ville. Ensemble, ils montrent qu’il est possible d’allier qualité de vie et préservation du vivant. La permaculture, en nous invitant à imiter le fonctionnement de la nature, nous rappelle un principe fondamental : « tout déchet est une ressource inexploitée ».